Nouvelles:

Notre mission est de former les citoyens de référence de l'avenir, les aider à coévoluer et créer.

Main Menu
Welcome to Pratiquer les vertus citoyennes. Please login or sign up.

23 Octobre 2026, 12:20:52 AM

Login with username, password and session length

Crier !

jacquesloyal

2007-11-12, 17:03:07
Etre loyal et ne pas mentir

Récents

Membres
Stats
  • Total des messages: 8,535
  • Total des sujets: 5,492
  • En ligne aujourd'hui: 4
  • Record de connexion total: 448
  • (18 Mai 2024, 04:24:13 AM)
Membres en ligne
Membres: 0
Invités: 1
Total: 1

Messages récents

#71
Coopération stratégique Iran-Chine : la transformation de la guerre dans un monde multipolaire



par Lucia Izaguirre Castañeda

Au-delà de l'important lien énergétique, la guerre imposée à la République islamique a mis en lumière la coopération entre Pékin et Téhéran dans les domaines du renseignement et de la technologie, qui a constitué l'un des aspects de l'efficacité opérationnelle iranienne dans le contexte de la guerre.

Le ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Seyed Abbas Araqchi, s'est rendu à Pékin le 16 septembre et a rencontré son homologue chinois, Wang Yi. Il s'agissait de sa deuxième visite dans ce pays asiatique depuis le début du conflit en février, après une première visite en mai.

La rencontre entre les deux diplomates s'inscrit dans le cadre du dialogue politique et des mécanismes de coopération stratégique entre Téhéran et Pékin.

La Chine a exhorté l'Iran et les États-Unis à relancer le Mémorandum d'Islamabad, afin de prendre des mesures efficaces pour rouvrir le détroit d'Ormuz, dans le but de garantir la sécurité des voies maritimes internationales et de préserver la stabilité des chaînes d'approvisionnement et de transport de l'énergie.

Abbas Araghchi a déclaré que son pays ne souhaitait pas que le conflit se poursuive et espérait rétablir les voies diplomatiques, tout en préservant ses droits et ses intérêts. Il a également indiqué que l'Iran considérait le Mémorandum comme toujours valable et qu'un accord avait été conclu avec Oman pour l'ouverture du détroit d'Ormuz, mais que les États-Unis devaient respecter leurs engagements.

Pékin a rejeté à plusieurs reprises les sanctions unilatérales de Washington contre Téhéran ainsi que les menaces d'appliquer des mesures à l'encontre des pays qui ne se joignent pas à ces actions.

La guerre imposée le 28 février à la République islamique a marqué un tournant décisif pour l'Asie occidentale, entraînant un réalignement géopolitique, mais aussi parce qu'elle a mis en lumière les relations de coopération et d'intégration que Téhéran et Pékin entretiennent, non seulement dans le domaine de l'énergie, mais aussi dans celui du renseignement et de la technologie, ce qui a permis au pays perse d'atteindre une efficacité opérationnelle en matière de guerre militaire et électronique qui a remis en cause la «supériorité occidentale» et a apporté une nouvelle dimension à la guerre moderne.


Liens commerciaux : le secteur énergétique

La Chine et l'Iran entretiennent des liens commerciaux importants, notamment dans le secteur énergétique, et partagent une méfiance commune à l'égard de l'hégémonie américaine. Cependant, la relation entre les deux pays est asymétrique, Téhéran étant bien plus dépendant de Pékin que l'inverse.

Environ un cinquième du pétrole importé par la Chine provient du territoire iranien, transporté pour l'essentiel clandestinement.

Et depuis que les États-Unis et Israël ont déclenché leur guerre fin février, entre 85% et 90% des exportations de pétrole brut iranien ont été destinées à la Chine, faisant de ce pays asiatique le principal partenaire commercial de Téhéran.

Il convient d'ajouter que plus de la moitié du pétrole importé par la Chine provient de pays de la région d'Asie occidentale. C'est pourquoi Pékin observe avec une inquiétude croissante l'escalade militaire dans le golfe Persique et la fermeture du détroit d'Ormuz. La stabilité dans le golfe est vitale pour les Chinois.

Diverses sources ont indiqué que l'Iran était, l'année dernière, le deuxième fournisseur de pétrole de la Chine, juste derrière l'Arabie saoudite.

En 2015, les États-Unis ont levé la plupart de leurs sanctions économiques contre l'Iran dans le cadre d'un accord sur le nucléaire, ce dont la Chine a tiré parti en envoyant une main-d'œuvre considérable dans ce pays perse et en ouvrant la voie à de nombreuses entreprises de taille moyenne venues y rechercher des opportunités, effectuant ainsi une exploration de l'économie iranienne.

Bien que la rupture de l'accord sur le nucléaire sous la présidence de Donald Trump ait entravé les liens économiques de la Chine avec l'Iran, entre 2015 et 2021, ce pays asiatique est resté le premier partenaire commercial — direct ou indirect — et le premier importateur de pétrole iranien.

L'accord de partenariat stratégique d'une durée de 25 ans signé entre l'Iran et la Chine a été perçu comme une menace par les États-Unis, un défi direct lancé à l'ordre occidental.

Par exemple, en recourant à des mécanismes alternatifs tels que l'utilisation de la monnaie nationale chinoise dans le commerce du pétrole et les opérations bancaires conjointes, la Chine a démontré sa capacité à contourner les sanctions, l'un des mécanismes disciplinaires les plus importants du système international actuel. Cela est perçu comme un coup dur porté à l'efficacité de ces mesures coercitives, l'arme la plus puissante dont disposent les États-Unis à l'échelle mondiale.


Accord de coopération dans le cadre d'un partenariat stratégique global pour les 25 prochaines années

Cet accord, signé par l'Iran et la Chine le 27 mars 2021, a marqué une étape importante en établissant un cadre de collaboration dans les domaines de l'énergie, des infrastructures, de la sécurité et du développement technologique. Il prévoit notamment des investissements chinois dans l'économie iranienne et le renforcement de secteurs stratégiques tels que les télécommunications, les infrastructures de transport et les technologies de Défense.

La vision alternative de la modernisation prônée par la Chine s'impose progressivement dans divers pays, dits «sous-développés» ; en particulier dans les pays d'Asie centrale, du sous-continent indien et d'Europe de l'Est, comme en témoigne l'Initiative Ceinture et Route lancée en 2013.

Dans ce contexte, la position géopolitique stratégique de l'Iran en fait un allié précieux pour Pékin ; le pays perse joue en effet un rôle central dans l'Initiative Ceinture et Route.

Avec la signature de l'accord de coopération entre Pékin et Téhéran, les fondements de l'axe Chine-Russie-Iran ont été consolidés pour faire face aux États-Unis et à l'Union européenne.


Accords et cadres stratégiques entre l'Iran et la Chine :

  • Alliance stratégique globale, plan sur 25 ans. Signé en 2021 ; réaffirmé en 2025 — Coopération à long terme dans les domaines de l'énergie, des infrastructures, de la technologie et de la sécurité.
  • Projet de cadre de coopération sur 25 ans, 2020–2021. Propositions d'investissements à grande échelle ; garanties d'approvisionnement à long terme ; détails de mise en œuvre classifiés.
  • Coordination militaire et sécuritaire (cybersécurité/guerre électronique/radars), 2025–2026. Renforcement de la souveraineté numérique iranienne ; participation des services de renseignement chinois et déploiement de radars anti-furtivité.
  • Engagement diplomatique en matière de Défense (exercices navals et interarmées), 2023–2026. Exercices navals conjoints ; coordination du renseignement et de la communication stratégique sur des plateformes multilatérales.
  • Intérêts pour les armements de pointe et la défense aérienne, 2025. Recherche par l'Iran du HQ-9, de radars anti-furtivité chinois et de la technologie des missiles à longue portée.


Coopération stratégique dans le contexte de la guerre

La capacité de l'Iran à mener des attaques précises à l'aide de missiles et de drones contre des cibles israéliennes spécifiques et des installations militaires américaines dans la région du Golfe, depuis le début de la guerre en février, démontre l'existence de systèmes de ciblage avancés, de réseaux de navigation par satellite et de renseignement en temps réel, de systèmes radar et de technologies de guerre électronique.

Bien que la République islamique développe son propre programme de missiles depuis trente ans, de nombreux analystes mettent l'accent sur le soutien stratégique apporté par la Chine.

L'alliance en matière de renseignement entre les pays asiatiques et perses, dans le contexte de la guerre actuelle, englobe quatre dimensions clés : le renseignement d'origine satellitaire, les systèmes de navigation BeiDou, les réseaux radar avancés et les capacités de guerre électronique.

Les systèmes de renseignement spatial permettent aux forces armées de surveiller, de suivre et d'attaquer des cibles avec une précision sans précédent ; par conséquent, les satellites sont essentiels aux opérations militaires modernes.

Le programme spatial iranien ne dispose pas encore des capacités des grandes puissances spatiales. La série de satellites militaires et de reconnaissance «Noor», exploitée par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique, n'est qu'un exemple parmi d'autres de satellites iraniens, mais ceux-ci ne disposent pas de la couverture mondiale nécessaire ni des technologies de détection avancées.

La Chine, en revanche, possède l'un des réseaux de satellites les plus vastes et les plus avancés au monde. Les satellites de reconnaissance «Yaogan» et le réseau d'imagerie commerciale «Jilin-1» sont capables de prendre régulièrement des photographies haute résolution et de mener des observations SAR sur de vastes zones de la planète.

Les satellites chinois assurent la surveillance et le renseignement pour localiser les cibles, tandis que les missiles et drones iraniens mènent l'attaque cinétique. La combinaison du renseignement spatial et des forces de missiles représente un changement radical dans la manière dont les guerres sont menées aujourd'hui.

En ce qui concerne les systèmes de navigation, les responsables de la Défense iraniens ont cherché des alternatives afin de réduire leur dépendance vis-à-vis de la technologie occidentale. L'Iran accorde une grande importance stratégique à l'accès à un système de navigation par satellite alternatif.

Des études récentes montrent que l'Iran utilise de plus en plus les services de navigation BeiDou dans certains secteurs de son infrastructure militaire. Cela signifie que ses systèmes d'armes peuvent utiliser les signaux des satellites chinois à la place des réseaux GPS contrôlés par les États-Unis.

Le système de navigation par satellite BeiDou (BDS) est le réseau mondial chinois de navigation et de positionnement par satellite qui fournit des services précis de positionnement, de navigation et de synchronisation aux utilisateurs tant militaires que civils.

En ce qui concerne les réseaux radar, le radar anti-furtivité YLC-8B est un radar chinois à très haute fréquence (VHF) fréquemment cité dans les analyses de Défense. Et selon certaines informations, l'Iran, qui accorde la priorité à l'amélioration de sa couverture radar, aurait étudié ou utilisé des technologies radar chinoises capables de détecter les avions furtifs et d'intégrer les données radar à son système de défense aérienne.

La guerre électronique est désormais un élément clé des opérations militaires modernes et consiste à mener des opérations dans le spectre électromagnétique afin de localiser, d'intercepter ou de modifier les communications, les systèmes radar et les technologies de navigation de l'ennemi.

L'Iran et la Chine ont tous deux investi massivement dans l'amélioration de leurs capacités de guerre électronique, conscients qu'une meilleure technologie dans ce domaine peut compenser les lacunes dans d'autres secteurs de leurs forces armées.

Téhéran a développé sa propre infrastructure de guerre électronique, mais ces capacités pourraient encore s'améliorer grâce au savoir-faire technologique chinois et permettre de contrer les interférences GPS occidentales, d'empêcher le blocage des signaux de guidage des missiles et de brouiller les systèmes radar ennemis lors d'opérations militaires.

Par conséquent, les forces iraniennes sont mieux à même de coordonner des lancements de missiles et des opérations de drones, même lorsque les forces américaines et israéliennes tentent de perturber leurs systèmes de communication et de navigation. En conséquence, la guerre électronique et les réseaux de cyberattaques sont devenus des éléments importants de la stratégie militaire iranienne.

L'Iran acquiert des capacités technologiques de pointe et des réseaux de renseignement qui renforcent son efficacité opérationnelle, tandis que la Chine consolide un allié stratégique qui lui assure la sécurité énergétique, une influence géopolitique dans la région et la possibilité d'analyser les systèmes militaires occidentaux dans des scénarios concrets.


Téhéran : le mythe de la supériorité technologique de l'Occident s'effondre

En janvier 2026, l'Iran est devenu le théâtre de l'effondrement de Starlink, le système satellitaire d'Elon Musk que l'Occident présentait comme invulnérable. Il a été neutralisé à 80% sur le territoire iranien grâce à une opération coordonnée entre la Russie, la Chine et l'Iran.

La situation a débuté par des manifestations de commerçants à Téhéran contre la chute du rial iranien, mais a rapidement dégénéré en une opération de déstabilisation orchestrée par les sionistes et les États-Unis.

Les Iraniens ont activé le protocole d'urgence en limitant l'accès à Internet afin de couper la communication entre les agitateurs et leurs centres de commandement à Tel-Aviv et Washington. Face à cela, Trump a proposé une connexion Starlink afin de maintenir les cellules de déstabilisation opérationnelles. Entre 40 000 et 50 000 récepteurs avaient été introduits clandestinement depuis les manifestations de 2022 et surtout après la guerre des 12 jours de juin 2025.

Mais le jeudi 8 janvier, le trafic Starlink s'est effondré, grâce à la division du travail conjointe entre l'Iran, la Russie et la Chine, qui est passée de la rhétorique à l'action.

Les chercheurs chinois de l'université du Zhejiang et de l'Institut de technologie de Pékin ont étudié et compris l'architecture de Starlink ; leur solution a consisté non pas à cibler des satellites individuels, mais à créer un dôme électromagnétique couvrant l'ensemble du territoire visé depuis les airs.

En déployant un millier de plates-formes de brouillage dans des zones synchronisées, volant à 20 kilomètres d'altitude et espacées les unes des autres, la bande de fréquence Ku (celle utilisée par Starlink) a été inondée d'un bruit suffisant pour rendre les récepteurs au sol inutilisables.

Le modèle avait été conçu pour Taïwan, mais mis en œuvre en Iran. La Russie a fourni le matériel de guerre électronique de niveau militaire : des systèmes tels que le Murmansk-BN, capable de brouiller les communications par satellite à une distance de 5000 kilomètres, et le Krasukha-4, conçu pour aveugler les satellites de reconnaissance.

L'opération a fonctionné grâce à plusieurs facteurs. Premièrement, l'Iran a intensifié son brouillage des signaux GPS après la guerre avec Israël en juin 2015, cherchant à entraver les opérations des drones ennemis. Les récepteurs Starlink dépendent du GPS pour le positionnement et la connexion à la constellation de satellites.

Deuxièmement, les autorités iraniennes ont déployé des brouilleurs mobiles répartis géographiquement, et non concentrés en des points fixes que SpaceX aurait pu identifier.

Troisièmement, les sanctions interdisent à Starlink d'opérer légalement en Iran. Musk n'a pas pu envoyer de mises à jour logicielles ni ajuster les paramètres de la constellation pour aider les utilisateurs iraniens sans enfreindre la législation américaine.

La neutralisation de Starlink n'était pas une fin en soi, mais s'inscrivait dans une stratégie plus large visant à développer des capacités de résistance à la cyberguerre, que l'Occident a perfectionnée comme alternative aux interventions militaires directes.

Le partage de renseignements entre l'Iran, la Russie et la Chine s'est intensifié de manière exponentielle à tous les niveaux. Mais au-delà du partage d'informations, une véritable coopération opérationnelle se met en place. Des techniciens chinois et russes fournissent des conseils sur les technologies de surveillance, tandis que des experts iraniens partagent les enseignements tirés de la résilience économique dans un contexte de sanctions totales.


Politique étrangère

Lors de sa dernière visite à Pékin, Abbas Araghchi a souligné que l'Iran accordait une grande importance à ses relations avec la Chine et qu'il était disposé à poursuivre des échanges étroits à tous les niveaux, à approfondir la coopération pratique, à relever ensemble les défis et à promouvoir le développement durable des relations bilatérales.

Téhéran joue un rôle crucial pour garantir l'approvisionnement en pétrole à long terme et assurer la continuité des voies commerciales maritimes.

Il convient de noter que l'Iran mène une politique étrangère multilatérale qui, plutôt que de s'aligner sur une superpuissance, cherche à maximiser ses avantages en entretenant des relations équilibrées et équidistantes.

Le ministre des Affaires étrangères de la Chine, Wang Yi, a affirmé que la politique de la Chine à l'égard de l'Iran restait cohérente et stable, et a réaffirmé que son pays avait toujours défendu la justice au sein du Conseil de sécurité de l'ONU et sur les instances multilatérales, s'était opposé au recours à la force et avait préservé les normes régissant les relations internationales.

M. Wang a également déclaré que «la Chine est disposée à renforcer la communication et la coordination avec l'Iran et à favoriser de nouveaux progrès dans les relations bilatérales».

Dans le contexte de la guerre imposée à la République islamique et de l'escalade dans toute la région, le président chinois Xi Jinping, lors de sa visite en Égypte, a présenté une proposition en quatre points visant à construire une nouvelle architecture de sécurité au Moyen-Orient, fondée sur une vision commune, globale, coopérative et durable de la sécurité. M. Wang a ajouté que la situation actuelle a mis en évidence les lacunes de l'architecture de sécurité existante et que la Chine salue les initiatives constructives prises par les pays de la région à cet égard.

Dans le même ordre d'idées, M. Araghchi a indiqué que l'Iran était également disposé à engager un dialogue et des consultations avec les pays de la région, à établir et à développer des relations de bon voisinage et d'amitié, et à œuvrer au rétablissement de la paix et de la tranquillité dans la région.

Il a ajouté que l'Iran saluait et soutenait la proposition en quatre points visant à maintenir la paix et la stabilité dans la région ainsi que celle visant à promouvoir la sécurité commune, présentées par Xi Jinping, et qu'il était donc disposé à renforcer sa coopération avec la Chine dans ce contexte.


La coopération et l'intégration des écosystèmes technologiques transforment l'art de la guerre

Le soutien technologique et en matière de renseignement que la Chine apporte à l'Iran est une forme de coopération qui reflète une transformation de l'art de la guerre, où le succès dépend de plus en plus d'écosystèmes technologiques intégrés plutôt que de plates-formes d'armes individuelles.

Les réseaux de renseignement, la surveillance spatiale, les systèmes de navigation et les capacités cybernétiques fonctionnent de concert pour créer une architecture opérationnelle complète qui soutient la guerre de précision moderne.

D'une manière générale, cette coopération démontre à quel point la guerre moderne dépend davantage du contrôle de l'information que de la seule force militaire.

L'Iran a réussi à accroître la précision et l'efficacité de ses attaques de missiles et de drones en s'appuyant sur le soutien chinois en matière de renseignement pour ses opérations militaires, même lorsque ses adversaires disposent d'une technologie supérieure.

Dans ce contexte, les alliances technologiques entre États peuvent modifier l'équilibre stratégique, même lorsqu'un des partenaires n'est pas directement impliqué dans des opérations de combat. La Chine s'est montrée très prudente quant à son implication directe dans les conflits militaires au Moyen-Orient.

Les guerres futures n'impliqueront pas nécessairement une confrontation militaire ; elles pourraient se développer par le biais d'une concurrence indirecte, de conflits par procuration et d'un soutien technologique aux acteurs régionaux.

Le soutien indirect que l'Iran reçoit de la Chine renforce et réaffirme sa position de partenaire important dans la région. De plus, la collaboration technologique confère à la Chine un avantage stratégique, lui permettant d'accroître son pouvoir géopolitique dans la région.

L'Iran, pour sa part, tire parti du soutien chinois pour contrer la supériorité militaire des États-Unis et d'Israël de manière innovante.

Du point de vue de la Chine, la collaboration avec l'Iran offre également l'opportunité de surveiller et d'évaluer les capacités militaires occidentales dans des contextes opérationnels réels, en obtenant des informations cruciales sur l'efficacité des systèmes américains de défense antimissile, des avions furtifs, des capacités de frappe de précision et des opérations de guerre électronique.

La guerre électronique a cessé d'être un simple complément aux opérations militaires conventionnelles pour devenir le champ de bataille où se définit la capacité à projeter sa puissance au XXIe siècle. C'est alors que les empires découvrent que leur prétendue supériorité technologique peut devenir leur plus grande faiblesse lorsqu'ils sont confrontés à des adversaires prêts à partager leurs connaissances et à coordonner des stratégies asymétriques.

L'alliance entre l'Iran et la Chine repose sur de vastes intérêts géopolitiques. Téhéran est un allié clé de l'Initiative Ceinture et Route, un fournisseur énergétique majeur et un contrepoids géopolitique crucial à la domination américaine dans la région.

Ce type de coopération stratégique caractérise l'évolution vers un système international multipolaire, où les conflits régionaux sont de plus en plus liés à la concurrence entre grandes puissances et où les alliances technologiques ainsi que les réseaux de partage de renseignements sont appelés à jouer un rôle croissant dans la définition de l'équilibre des pouvoirs dans des zones géopolitiques clés.


Source : PIA Global via China Beyond the Wall

https://reseauinternational.net/cooperation-strategique-iran-chine-la-transformation-de-la-guerre-dans-un-monde-multipolaire/

#72
L'élite américaine décrypte la «catastrophe stratégique» : Trump doit négocier avec l'Iran... Maintenant



par Khodor Kharoubi

Alors que les États-Unis continuent de piétiner dans la même impasse lors de leur guerre contre l'Iran, incapables d'accomplir la moindre percée vers la réalisation d'une partie de leurs objectifs, le cercle des évaluations pessimistes américaines s'élargit quant aux performances de l'administration de Donald Trump et aux conséquences catastrophiques qu'elles pourraient entraîner pour le statut et les intérêts de Washington.

Dans ce cadre, le magazine Foreign Policy a passé en revue les contours de ce qu'il a qualifié de «défaite américaine à tous les niveaux», soulignant le contraste saisissant entre les déclarations de victoire des responsables de l'administration Trump et les réalités du terrain — qu'il s'agisse des programmes nucléaire et balistique de Téhéran, de son réseau d'influence régional, du sort de son régime ou du mécanisme de passage par le détroit d'Ormuz.

Le magazine a qualifié le résultat de cette guerre de «catastrophe stratégique» pour les États-Unis, mettant en lumière de «graves vulnérabilités au sein de leur armée», notamment la dispersion de leur déploiement militaire et des pertes matérielles colossales dépassant les 38 milliards de dollars jusqu'à présent — sans compter le déclenchement d'une crise énergétique mondiale.

Le magazine évoque un ensemble de facteurs ayant favorisé l'enlisement de l'administration dans des «bourbiers extérieurs» et des «guerres perdues» — notamment la méconnaissance des réalités politiques locales, l'absence de conseillers pragmatiques, le manque de débat professionnel et une confiance excessive dans une victoire rapide.

Il affirme ainsi que l'attaque contre l'Iran «n'a rapporté que très peu aux États-Unis» et que la situation «s'est aggravée à certains égards», Téhéran ayant démontré pour la première fois sa capacité à fermer le détroit d'Ormuz sur une longue période.

Selon Gregory Brew, expert des affaires iraniennes et analyste senior au groupe de recherche Eurasia, «si l'on revient au mois de février dernier pour observer ce que les États-Unis déclaraient vouloir accomplir, l'échec américain à atteindre ses principaux objectifs stratégiques est flagrant et incontestable».

De son côté, tout en évoquant les «sources de résilience économique» de l'Iran et la difficulté qui en découle pour l'étrangler commercialement, Foreign Affairs a souligné la nécessité de «trouver une issue à cette situation insoutenable, après environ six mois d'alternance entre attaques militaires et pressions économiques qui n'ont pas réussi à contraindre Téhéran et ses partenaires à concéder des compromis ou à modifier leur comportement».

Dans un article conjoint, Richard Haass (président émérite du Council on Foreign Relations) et Carolyn Kissane (professeure à l'Université de New York) estiment que rien ne laisse croire au succès de ces stratégies, y compris la menace de Trump d'«anéantir» l'Iran.

Selon eux, «les États-Unis et leurs alliés ne pourront pas protéger indéfiniment les infrastructures énergétiques et leurs expéditions», d'autant que Téhéran et ses alliés menacent de frapper les intérêts pétroliers et stratégiques américains.

Partant de ces coûts militaires et économiques «inacceptables», les deux auteurs ont estimé que «le retour à la diplomatie constitue l'option la moins mauvaise», appelant à négocier des amendements aux clauses du «mémorandum d'entente» signé en juin, incluant l'élaboration d'un «plan pour garantir le maintien de l'ouverture des voies navigables vitales», ainsi que des «mesures d'incitation pour encourager Téhéran à respecter les termes de l'accord», telles que l'allègement des sanctions, le déblocage de certains avoirs gelés et d'autres facilités pour la reconstruction.

En contrepartie, toutes les parties cesseraient les attaques contre les infrastructures énergétiques, le gouvernement iranien accepterait de ne pas modifier l'état de ses capacités nucléaires, et les États-Unis s'engageraient à limiter toute réponse à une violation éventuelle à des frappes ciblant exclusivement des installations nucléaires.

Parallèlement à tout règlement avec l'Iran, les deux auteurs ont insisté sur la nécessité d'encourager l'Arabie saoudite à «chercher un compromis similaire» avec le mouvement «Ansarallah» au Yémen — compte tenu de l'«indépendance» politique et stratégique dont ce dernier bénéficie —, incluant «l'acceptation de la participation du mouvement à la vie politique yéménite» et l'octroi d'«avantages économiques» issus des revenus du pétrole yéménite.

Les deux auteurs redoutent de voir le prix du baril atteindre 150 à 200 dollars, alors que la réserve stratégique américaine est tombée sous la barre des 300 millions de barils — son plus bas niveau depuis les années 1980. Selon eux, l'option diplomatique imposerait des «concessions douloureuses à la fois pour Washington et Riyad», mais éviterait une «catastrophe économique bien plus cuisante» si la confrontation se poursuivait, dans un contexte où le trafic maritime quotidien dans le détroit a chuté de 130-150 navires en temps de paix à parfois moins de dix.

Conformément à ce que les auteurs ont qualifié de «version propre au secteur énergétique» de la doctrine de la «destruction mutuelle assurée» — qui a consacré l'équilibre de la dissuasion nucléaire pendant la Guerre froide —, ils ont estimé que l'Iran, Israël et les États-Unis ont chacun leurs «propres raisons d'exercer de la retenue» et de s'abstenir de frapper les gisements pétroliers, les stations de traitement, les oléoducs et les terminaux d'exportation.

Parmi ces raisons figurent la «difficulté à intercepter les drones, missiles et bombes», les «pressions» du Golfe sur Washington, les pressions de cette dernière sur Tel-Aviv, ainsi que la vulnérabilité des voies alternatives du Golfe pour contourner Ormuz, telles que l'oléoduc saoudien «Est-Ouest».

En conséquence, le magazine a soutenu que «les États-Unis doivent chercher à parvenir à un accord avec l'Iran pour mettre fin à la guerre», même si cet accord venait à faire pencher la balance en faveur des intérêts de ce dernier — que ce soit en ne lui imposant pas de restrictions sur les activités de ses alliés régionaux, sur son arsenal de missiles et de drones, ou en lui accordant d'importants avantages économiques.

Les deux auteurs concluent qu'un règlement permettrait d'«alléger les pressions sur le commerce mondial de l'énergie et de mettre fin au blocus américain sur les navires iraniens», en plus de la «cessation des opérations d'implantations de mines par l'Iran dans le détroit d'Ormuz et des attaques contre les pétroliers en transit».

Ils insistent sur la nécessité d'établir un «plan de création d'une instance administrative multilatérale chargée de superviser le passage par le détroit et de percevoir des redevances raisonnables», à laquelle participeraient tous les États du Golfe, au lieu du «système de gestion irano-omanais» préconisé par ces deux pays.

En revanche, le directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de l'International Crisis Group, Ali Vaez, estime plus probable une reprise de l'escalade au détriment de la diplomatie.

Dans un article paru dans le même magazine, il avance que «la troublante réalité est que le conflit est encore très loin de sa fin», en raison de la persistance de «l'incapacité des deux parties à atteindre leurs objectifs escomptés» — l'expulsion des forces américaines de la région pour ce qui est de l'Iran —, et du fait qu'elles «estiment accomplir suffisamment pour que la poursuite de la guerre — combinant outils militaires et économiques — en vaille la peine», sans compter qu'elles «disposent encore des ressources nécessaires pour continuer le combat indéfiniment».

Vaez ajoute que les deux parties restent convaincues qu'elles «n'ont d'autre choix que d'employer les outils coercitifs à leur disposition», et que «l'allègement de la pression incitera l'autre partie à poursuivre l'offensive jusqu'à lui infliger une défaite humiliante ou lui imposer ses conditions».

Dans ce cadre, l'auteur explique que «le gouvernement iranien craint qu'abandonner ses leviers de pression ne le rende vulnérable aux contraintes futures», tandis que les États-Unis «redoutent qu'un allègement massif des sanctions n'offre à Téhéran les ressources et le temps nécessaires pour reconstruire ses capacités».

Quant à Israël, il «craint qu'une retenue observée aujourd'hui ne donne naissance à un Iran plus fort demain».

Partant de ces considérations, Vaez estime qu'«il n'y aura ni solution globale, ni accord de paix durable», tout en écartant dans le même temps une «escalade spectaculaire», d'autant qu'aucune des parties n'est en mesure de trancher la situation à son avantage.

Cela ne signifie pas pour autant que Téhéran et Washington ne négocieront pas : ils maintiendront, selon toute vraisemblance, des canaux de dialogue et œuvreront à suspendre le conflit par intervalles, se donnant ainsi le temps de réorganiser leurs rangs.


Source : Al-Manar

https://reseauinternational.net/lelite-americaine-decrypte-la-catastrophe-strategique-trump-doit-negocier-avec-liran-maintenant/
#73
Syrie + Iraq + Jordanie / L’Irak n’est pas encore un pa...
Last post by JacquesL - 02 Octobre 2026, 11:31:06 AM
L'Irak n'est pas encore un pays souverain

Publié le octobre 1, 2026 par Wayan



Par Moon of Alabama – Le 30 septembre 2026

Après plus de 20 ans de désordre dans le pays, les troupes américaines ont finalement quitté l'Irak :

CiterLes dernières troupes américaines ont quitté une base aérienne dans le nord de l'Irak en vertu d'un accord entre Bagdad et Washington.
...

Bagdad a vanté la fin de la mission américaine comme un signe de la force et de la souveraineté croissantes du pays.

Le retrait a également été célébré par des groupes soutenus par l'Iran, mais a suscité des inquiétudes parmi d'autres Irakiens, en particulier dans la région kurde, où beaucoup craignent une résurgence d'Etat Islamique ainsi que de nouvelles attaques de groupes liés à l'Iran, peut-être enhardis par le départ des forces américaines.

Pendant ce temps, des questions planent sur l'avenir des milices irakiennes, que le gouvernement de Bagdad a cherché à désarmer, sans grand succès jusqu'à présent.

Ce départ est surtout symbolique. La souveraineté de l'Irak est encore faible.

Il y a encore des forces turques dans les zones kurdes, prétendument pour traquer les forces de résistance kurdes qui se cachent dans le nord de l'Irak.

Les milices alignées avec l'Iran sont toujours armées. Certaines d'entre elles aident activement l'Iran dans sa guerre. C'est dans l'intérêt de l'Irak, mais cela en fait une cible pour les avions de guerre américains, saoudiens et israéliens.

L'Irak n'a pas de défense aérienne. Elle n'est pas encore capable de défendre ses propres frontières.

Mais le plus important est son manque de contrôle sur ses propres ressources financières :

CiterGrâce au compte bancaire irakien basé aux États-Unis pour les paiements pétroliers, Washington contrôle le flux physique des dollars que l'Irak gagne et s'est montré disposé à utiliser ce pouvoir après avoir temporairement interrompu ce flux cette année.

L'Irak a besoin d'un plan pour résoudre ces problèmes. Les entreprises qui pompent ou achètent du pétrole en Irak devraient être obligées de payer directement à Bagdad. Si elles ne le souhaitent pas, à cause des pressions américaines, les entreprises chinoises devraient être invitées à prendre leur place.

L'Irak devra reconstruire davantage son armée avant de pouvoir devenir un véritable État.


Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/lirak-nest-pas-encore-un-pays-souverain
#74
Syrie + Iraq + Jordanie / Israël envisage d’occuper Dam...
Last post by JacquesL - 02 Octobre 2026, 11:23:40 AM
Israël envisage d'occuper Damas

Publié le octobre 2, 2026 par Wayan

Par Kevork Almassian – Le 22 septembre 2026 – Source : le blog de l'auteur



Au cours des dernières semaines, j'ai remarqué quelque chose d'intéressant dans la presse israélienne. Les responsables israéliens de la sécurité affirment qu'Ahmed al-Sharaa, ou Abu Mohammad al-Jolani comme la plupart d'entre nous le connaissaient depuis de nombreuses années, reconstruit l'armée syrienne et utilise les ressources de l'État pour créer une grande armée permanente. Selon les évaluations de la sécurité israélienne publiées par le Jerusalem Post, Jolani utiliserait les recettes fiscales et l'aide internationale pour acquérir des armes, réhabiliter les infrastructures militaires et constituer des forces qui pourraient éventuellement remettre en question la liberté d'action militaire d'Israël en Syrie. Une autre analyse israélienne affirme même que Jolani veut transformer la Syrie en une puissance régionale capable de projeter sa force dans plusieurs directions, y compris éventuellement contre Israël.

Cependant, lorsque j'observe l'armée syrienne actuelle, j'ai du mal à concilier cette image avec la réalité. Je ne nie pas que Jolani veuille reconstruire une armée. Bien sûr qu'il le fait. Mais il y a une énorme différence entre reconstruire les institutions militaires de base d'un État et devenir la menace militaire régionale que craignent les renseignements israéliens. L'armée syrienne actuelle n'est pas bien armée, elle n'est pas bien entraînée, elle ne possède pas de puissance aérienne, elle n'a pas de marine, et la Turquie elle-même semble prudente quant au type de capacités qu'elle transfère car Ankara n'a aucun intérêt à créer une confrontation incontrôlable avec Israël.

Les rapports israéliens peuvent contenir des éléments de vérité concernant le réarmement syrien mais, à mon avis, ils exagèrent le danger parce que cette exagération sert un autre objectif stratégique.

Il suffit de regarder la nouvelle marine syrienne, si on peut l'appeler ainsi. Le régime de Jolani a récemment publié l'une de ces vidéos militaires magnifiquement produites, avec des drones, un montage dramatique et des officiers en grande tenue, grades et médailles. Du point de vue des relations publiques, les agences de relations publiques étrangères qui aident Jolani savent ce qu'elles font. L'emballage est professionnel. La capacité militaire derrière l'emballage, cependant, est moins évidente.

Avant le changement de régime, la Syrie n'avait jamais possédé une marine puissante en Méditerranée, mais elle possédait des navires de guerre et, plus important encore, de sérieuses capacités défensives côtières. La Syrie avait acquis des systèmes de missiles anti-navires russes Yakhont parce que Damas n'avait pas besoin d'une marine capable de projeter de sa puissance dans toute la Méditerranée. Sa stratégie était défensive, juste pour rendre le littoral syrien coûteux à attaquer. Israël a détruit une grande partie de cette infrastructure militaire après la chute d'Assad. Ce que nous voyons annoncé aujourd'hui comme la nouvelle marine syrienne est loin de la remplacer.

Alors, quand les responsables israéliens disent que la Syrie se transforme rapidement en cette effrayante puissance militaire régionale, je me demande de quoi exactement ils ont peur. Israël est-il vraiment effrayé par une marine syrienne qui a encore du mal à reconstruire des navires de base et des capacités de défense côtières ? L'Armée de l'air israélienne, l'une des forces aériennes les plus puissantes au monde et soutenue par les États-Unis, perd-elle soudainement le sommeil face à une armée émergeant de quinze années de guerre, une économie dévastée et des infrastructures militaires détruites ? Ou la conversation sur le réarmement syrien est-elle utile parce qu'elle crée une justification politique et militaire pour quelque chose qu'Israël a déjà en tête ?

Je penche fortement vers la deuxième hypothèse.

Le problème c'est la Turquie. Et c'est là que les gens comprennent parfois mal ce que je dis à propos de la Turquie et d'Israël depuis des années. Je n'analyse pas ce qui se passe en Syrie à travers le cadre simpliste selon lequel un camp est musulman et représente donc la libération tandis que l'autre camp est israélien et représente donc l'occupation. La Turquie et Israël ont des idéologies différentes, des alliances différentes et des intérêts de plus en plus contradictoires, mais les deux pays ont des projets impérialistes régionaux et les deux pays considèrent la Syrie comme un espace stratégique. Après la destruction de l'État syrien et l'effondrement de l'ancien ordre politique, ils se sont retrouvés en compétition pour le butin. Parce que lorsqu'un ennemi est vaincu, ce qui reste devient quelque chose que des puissances concurrentes commencent à se diviser entre elles.

C'est à ce moment que les enseignements d'Antoun Saadeh deviennent pertinents. Je ne suis pas un nationaliste syrien, je ne suis pas un panarabiste et je n'appartiens pas au Parti Nationaliste Social syrien. Cependant, Saadeh comprenait la géopolitique du Levant d'une façon que de nombreux mouvements politiques panarabes refusaient de comprendre. Les panarabistes se concentraient traditionnellement massivement sur le danger israélien tout en négligeant souvent les ambitions turques au nord. La Turquie a gouverné une grande partie de cette région pendant des siècles sous l'Empire ottoman, et l'idée qu'Ankara ait soudainement abandonné toutes ses aspirations géopolitiques lorsque l'État ottoman a disparu n'a aucun sens pour moi. La Turquie a aujourd'hui des forces militaires en Syrie, elle a développé une énorme influence économique dans le nord de la Syrie et, à travers les réseaux de l'Islam politique et des Frères musulmans, elle possède ce qui manque souvent à Israël, à savoir le réseau idéologique et organisationnel capable de projeter le soft power turc au plus profond des sociétés arabes.

C'est pourquoi je dis toujours quelque chose qui agace les gens. Si la Palestine était d'une manière ou d'une autre "libérée" demain par des forces soutenues par la Turquie pour devenir politiquement subordonnée à Ankara, je n'appellerais pas cela une libération. Vous ne pouvez pas remplacer une occupation par une autre et célébrer la libération. La libération signifie que ce sont les Palestiniens qui contrôlent la Palestine. Cela signifie que les Syriens contrôlent la Syrie. Cela signifie que les Irakiens contrôlent l'Irak. La religion, l'ethnie ou le drapeau de la puissance étrangère dominante ne change rien au problème sous-jacent. Si la Turquie domine Alep alors qu'Israël domine le sud de la Syrie, les Syriens vivant sous domination extérieure ne deviennent pas libres parce qu'un occupant parle la langue de l'Islam tandis que l'autre parle la langue du sionisme.

Le problème est que les Arabes eux-mêmes ne possèdent plus de projet régional sérieux capable de rivaliser avec l'un ou l'autre projet. Quoi que l'on pense du panarabisme – et j'ai de nombreuses critiques à son égard – il représentait autrefois une véritable force politique, militaire et économique. L'Egypte sous Nasser avait un projet régional. La Syrie sous Hafez avait un projet régional. Il y a eu des tentatives, réussies et infructueuses, de coordonner les États arabes autour d'intérêts géopolitiques plus vastes que les intérêts d'un petit gouvernement. Les monarchies du Golfe considéraient cela comme une menace parce que le nationalisme arabe républicain contestait les monarchies héréditaires et leur subordination sécuritaire d'abord à la Grande-Bretagne et plus tard aux États-Unis. Au fil des décennies, ce projet politique panarabe a été défait, fragmenté et finalement évidé. Après la destruction de la Syrie, je pense que nous devons admettre qu'il est essentiellement mort en tant que force géopolitique fonctionnelle. L'idéologie peut rester dans les livres et dans l'esprit des gens, mais où sont les puissances militaires et économiques que la soutiennent ? Où est le leadership politique ?

Aujourd'hui, je vois trois projets régionaux sérieux en compétition au Moyen-Orient : le projet turc, le projet israélien et le projet iranien. Il n'y a pas de projet arabe indépendant comparable. Cela ne signifie pas que je romantise le projet iranien, et j'ai mis en garde à plusieurs reprises contre la confusion entre ce qu'ils veulent que l'Iran soit et ce que l'Iran est réellement capable de faire. L'Iran a soutenu des acteurs qui résistaient à la domination américaine et israélienne et a le mérite d'en avoir payé un prix très élevé, mais l'Iran est toujours l'Iran. Si l'Iran gagne la confrontation régionale en cours, Téhéran poursuivra naturellement les intérêts iraniens. L'Iran n'est pas la Syrie. L'Iran n'est pas l'Irak. L'Iran n'est pas le Liban ni la Palestine. Je n'ai pas l'illusion que le remplacement de la domination américaine par la prédominance iranienne créera automatiquement de la souveraineté pour tous les autres. La tragédie est que les peuples de la région ont permis au sectarisme, à la haine ethnique, à la polarisation sunnite-chiite, à l'hostilité arabo-perse et à des dizaines de divisions plus petites de détruire la possibilité de construire quelque chose d'autochtone entre les Arabes et l'Iran.

C'est dans ce contexte que j'interprète l'anxiété d'Israël à l'égard de la Turquie en Syrie. Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan s'est rendu à Damas en septembre et a publiquement décrit Israël comme l'acteur ayant le plus grand potentiel de déstabilisation de la Syrie. À mon avis, la Turquie et Israël sont toutes les deux des forces déstabilisatrices en Syrie.

Le 18 août, Israël a frappé la base aérienne d'Abu al-Duhur dans le nord-ouest de la Syrie. Israël a déclaré que la frappe était liée aux inquiétudes selon lesquelles la Turquie se préparait à y établir une présence militaire, y compris potentiellement des systèmes susceptibles de restreindre les opérations aériennes israéliennes. Ankara a rejeté les allégations israéliennes d'un déploiement turc, tandis que des responsables syriens ont reconnu que des militaires turcs avaient visité l'installation. Le régime de Jolani a également déclaré qu'il avait communiqué à Israël que les travaux de reconstruction de la base restaient sous contrôle syrien. Israël l'a bombardé de toute façon.

Pour moi, cet incident aide à expliquer tout le problème. Dans l'état d'esprit sécuritaire israélien, apparemment, toute expansion significative de l'influence turque à l'intérieur de la Syrie devient une menace potentielle parce que les radars turcs, les systèmes de défense aérienne ou les bases militaires compliqueraient la capacité presque illimitée d'Israël à opérer dans l'espace aérien syrien. Si je me mets dans la position d'un planificateur militaire sioniste israélien, je préférerais bien sûr une Syrie sans défenses aériennes fonctionnelles, sans armée sérieuse, sans systèmes turcs et sans aucune puissance extérieure capable de limiter les opérations israéliennes.

Néanmoins, je pense que la prétendue menace turque devient de plus en plus la justification du maintien et potentiellement de l'extension de l'occupation israélienne du sud de la Syrie. Israël a occupé un territoire syrien supplémentaire après la chute d'Assad et a fait valoir que sa présence militaire était nécessaire pour empêcher des forces hostiles de se déplacer vers sa frontière. Si la Turquie devient la nouvelle force hostile dans le récit israélien, alors presque chaque amélioration de la capacité militaire de la Syrie peut être recadrée comme preuve que l'occupation doit se poursuivre et s'étendre. Un radar devient une menace. Une batterie de défense aérienne devient une menace. Un aérodrome réhabilité devient une menace. Un conseiller militaire turc devient une menace. À terme, la reconstruction de la Syrie en tant qu'État fonctionnel risque elle-même d'être définie comme une menace.

Maintenant, posons-nous la question inconfortable : pourquoi le sioniste radical et criminel de guerre Benjamin Netanyahu se précipiterait-il dans un accord de sécurité avec une Syrie faible si Israël peut déjà imposer la plupart de ce qu'il veut sans accord ?

Asseyons-nous un instant et parlons franchement, comme on dit.

Imaginez que vous êtes en poste dans l'establishment de la sécurité israélienne. La Syrie est dévastée. Son infrastructure a été détruite. Son économie a besoin de centaines de milliards de dollars en reconstruction. Ses anciens alliés stratégiques ont disparu. Le nouveau régime de Damas veut désespérément des investissements étrangers, une légitimité internationale et a publiquement manifesté son intérêt pour la conclusion d'arrangements de sécurité avec Israël. Jolani lui-même a parlé d'un tel arrangement comme d'une étape possible vers un règlement plus profond.

Pourquoi, dans ces circonstances, Israël négocierait-il volontairement l'abandon de l'influence militaire qu'il possède déjà ?

Les gens supposent que chaque conflit se termine lorsque les deux parties réalisent que la paix est géopolitiquement rationnelle. Mais Israël ne veut pas maximiser la prospérité. Israël veut maximiser son pouvoir. Si Netanyahu pense qu'Israël peut dicter l'environnement militaire dans le sud de la Syrie, détruire les capacités militaires qu'il n'aime pas, occuper des positions stratégiques et faire pression sur le gouvernement qui siège à Damas, alors un accord ne devient attrayant que lorsque l'accord donne à Israël plus que l'équilibre des pouvoirs existant lui donne déjà.

Et le rapport de force aujourd'hui est extraordinairement favorable à Israël.

C'est pourquoi je crois aussi que les attaques militaires israéliennes constantes créent une possibilité dangereuse. Jolani a signalé à plusieurs reprises qu'il ne voulait pas d'une guerre avec Israël. Son gouvernement veut la reconstruction, l'investissement, l'allégement des sanctions, la normalisation avec les capitales occidentales et éventuellement une sorte d'arrangement sécuritaire et diplomatique avec Israël lui-même. Mais combien de temps un dirigeant syrien peut-il rester complètement passif si Israël continue de frapper le territoire syrien, d'étendre sa présence militaire et d'humilier l'État central ? À un moment donné, peu importe ce que Jolani veut personnellement, si les attaques d'Israël posent la question de la légitimité de Jolani devant ses partisans, et plus important encore, devant les hommes armés takfiris qui l'ont aidé à établir l'ordre politique à Damas, une réponse militaire pourrait devenir nécessaire pour sauver la face.

C'est pourquoi je crois que les provocations continues d'Israël sont stratégiquement utiles.

Je peux voir une logique stratégique à travers laquelle des pressions israéliennes répétées pourraient éventuellement forcer Jolani à répondre, même symboliquement. Il n'est pas nécessaire que ce soit une attaque massive. Cela pourrait être quelque chose d'extrêmement limité entrepris simplement pour que Damas puisse dire qu'il n'a pas complètement abandonné sa souveraineté. Au moment où la Syrie répondra, Israël pourra dire : nous vous avons prévenus. Nous vous avions dit que cet ancien djihadiste finirait par retourner ses armes contre nous. Le renforcement militaire syrien dont nous avions averti est maintenant réel. La zone tampon était nécessaire. Plus d'occupation est donc nécessaire.

Ce qui m'inquiète encore plus, c'est que cet appétit pour une intervention israélienne plus profonde n'est pas simplement quelque chose que j'invente de l'extérieur d'Israël. Les réservistes israéliens servant dans la 210e Division ont récemment critiqué les restrictions pesant sur les opérations à l'intérieur de la Syrie et ont plaidé pour des incursions plus en profondeur. Selon des informations basées sur le média israélien Walla, un officier supérieur a reconnu que de nombreux réservistes soutiendraient une avancée jusqu'à Damas.

Pensez-y un instant.

En même temps que les responsables des services de renseignement israéliens avertissent que la Syrie pourrait un jour devenir assez forte pour menacer Israël, certains soldats israéliens discutent ouvertement de la possibilité d'avancer plus profondément dans une Syrie qui est aujourd'hui militairement incapable de les arrêter.

C'est ce qui me dérange le plus dans toute la situation. Nous avons détruit l'ancien équilibre régional et célébrons maintenant que les Syriens peuvent choisir entre faire partie de la sphère turque, de la sphère israélo-américaine, de la sphère iranienne ou d'une combinaison négociée au-dessus de leurs têtes. Nous appelons cela un projet de libération parce que ses dirigeants sont musulmans. Nous appelons un autre projet la paix parce qu'on signe des accords à Washington. Nous appelons un autre projet résistance parce que Téhéran le soutient. Mais où est le projet syrien ? Où est le projet arabe ? Où est la force politique capable de dire que la Syrie ne devrait pas exister en tant que champ de bataille entre empires concurrents mais en tant que pays souverain capable de prendre ses propres décisions ?

Je ne le vois pas à ce jour.

Peut-être que cela me rend pessimiste. J'ai dit à plusieurs reprises que j'appartiens probablement au côté pessimiste de l'analyse géopolitique parce que je pense que ma responsabilité est d'avertir les gens des pires scénarios avant qu'ils ne se produisent plutôt que de leur vendre des promesses d'un avenir coloré. Le danger pour la Syrie n'est pas simplement qu'Israël et la Turquie puissent un jour s'affronter directement. Le plus grand danger est que la Syrie reste trop faible pour empêcher les deux parties d'utiliser son territoire comme arène dans laquelle se dérouleront leurs combats.

La Syrie sera-t-elle un jour autorisée à devenir assez forte pour redevenir la Syrie ?

Vous connaissez la réponse.

Je connais la réponse.


Kevork Almassian

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/israel-envisage-doccuper-damas
#75
Questions mondiales. / Quel était le sujet de la vis...
Last post by JacquesL - 30 Septembre 2026, 02:26:32 PM
Quel était le sujet de la visite de Xi ?

Publié le septembre 28, 2026 par Wayan


Par Moon of Alabama – Le 26 septembre 2026

On a pu voir une certaine pompe autour de la visite et des entretiens du président chinois Xi à Washington DC. On n'a vu aucun résultat.

On se demande alors l'objet de cette visite.

Une remarque un peu raciste dans un reportage du NY Times semble impliquer que c'était Xi qui avait besoin de la visite :

CiterLe voyage était certainement un coup de propagande pour M. Xi, qui a cherché à se présenter comme l'égal de M. Trump sur la scène mondiale.

À mon avis, c'est exactement l'inverse. C'était Trump qui avait besoin du coup de propagande.

(Au fait, dans quelle catégorie et dans quelle mesure les États-Unis sont-ils encore supérieurs à la Chine?)

Le seul résultat de la visite de Xi qui aura des conséquences est un accord visant à prolonger de deux mois la trêve commerciale actuelle entre les pays. Une visite n'était pas nécessaire pour parvenir à cela. L'accord à ce sujet a été conclu deux jours avant l'arrivée de Xi.

Les Chinois avaient espéré une prolongation d'un an de l'accord. Mais les États-Unis semblent toujours penser qu'ils ont un effet de levier. Ils veulent que la Chine achète plus de ses produits agricoles :

Citer« Pékin voulait une période de prévisibilité beaucoup plus longue, tandis que Washington a conservé l'opportunité de tester les performances chinoises et de réévaluer rapidement son effet de levier« , a déclaré Singleton. « D'ici janvier, l'administration devrait savoir si la Chine a réellement respecté ses engagements agricoles ».

"Il s'agit moins d'acheter deux mois de calme que de faire gagner à la Chine la prochaine prolongation", a-t-il ajouté.

Mais les États-Unis n'ont aucun moyen de pression pour inciter la Chine à acheter plus de soja – du moins pas maintenant. Lorsque Trump a imposé des taxes douanières extrêmement élevés à la Chine, le pays a bloqué ses exportations de terres rares. Les États-Unis ont un besoin urgent de ces minéraux et n'ont aucun moyen de les produire eux-mêmes. Après le blocage des exportations de terres rares, les taxes ont été retirées. Trump a dû faire marche arrière.

Cette situation n'a pas changé aujourd'hui et n'aura pas changé dans un an. Il est également peu probable que les deux prochains mois donnent plus de poids aux États-Unis.

Trump et Xi se rencontreront à nouveau lors de la Réunion des dirigeants économiques de l'APEC en Chine en novembre et lors du Sommet des dirigeants du G20 aux États-Unis en décembre. Il y a donc amplement de possibilités de prolonger davantage l'accord commercial.

Tout le reste, vu du point de vue de la Chine, peut attendre un certain temps.

La Chine peut continuer à s'asseoir et à regarder pendant que Trump aide l'empire américain à se dégrader.


Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/quel-etait-le-sujet-de-la-visite-de-xi
#76
Suicide dirigé / Les chiens de guerre s’en pre...
Last post by JacquesL - 30 Septembre 2026, 12:26:16 PM
Les chiens de guerre s'en prennent à nos enfants !

Publié le septembre 30, 2026 par Wayan

Le lavage de cerveau s'intensifie. La classe de mon fils est récemment partie en voyage scolaire à Londres. Un subtil endoctrinement psychologique guerrier y a été glissé.

Par Alex Krainer – Le 26 septembre 2026 – Source Blog de l'auteur

Les cochons de guerre viennent pour nos enfants !

Lundi dernier, dans TrendCompass, j'ai écrit sur la soudaine folie guerrière contre la Russie qui a saisi les établissements dirigeants européens, comme une fièvre, avec une poignée d'analystes médiatiques réputés faisant le tour des panneaux télévisés et des interviews pour tenter de convaincre le public qu'une guerre contre la Russie est inévitable, que le peuple doit se préparer à faire son devoir et s'enrôler dans l'armée pour défendre "nos nations" et notre mode de vie.

On a l'impression que la décision que l'Europe entrera en guerre contre la Russie a déjà été prise. Comme l'a dit pompeusement, Jacob Rees-Mogg :

CiterSi nous sommes confrontés à une guerre, nous aurons besoin de gens qui rejoindront les forces armées et qui sortiront et feront leur devoir. Nous pouvons même être confrontés à des circonstances où des gens devront mourir pour sauver leur pays...

L'un des promoteurs de guerre les plus enthousiastes, l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson [le même qui a poussé Zelensky à ne pas signer les accords de paix d'Istanbul, entre l'Ukraine et la Russie en avril 2022, NdT], a récemment déclaré ceci :

CiterJe ne vois aucune raison pour laquelle nous ne devrions pas envoyer des forces terrestres pacifiques pour montrer notre soutien, notre soutien constitutionnel à une Ukraine libre et indépendante.

La formulation de Johnson elle-même est intéressante : "forces terrestres pacifiques" et "soutien constitutionnel", et il ressort clairement de la vidéo (lien ci-dessus) qu'il avait du mal à cracher tous ces mots pour que son plaidoyer en faveur d'une guerre pacifique puisse sonner parfaitement honorable et digne. Il a semblé particulièrement scrupuleux de mettre les mots « constitutionnel » et « soutien » ensemble.

Pendant ce temps, les médias britanniques font leur part, informant consciencieusement leurs concitoyens que les Russes arrivent :


Nombre d'articles sur la Russie publiés au Royaume-Uni du 13 au 19 septembre 2026

En seulement une semaine, plus de 250 articles ont été publiés sur la prétendue menace russe, ce qui est remarquable ! Ils ne peuvent pas tous se tromper, n'est-ce pas ? Comme quand ils nous ont vendu la pandémie et les vaccins sûrs et efficaces.. ?

Mais cette rampante propagande de guerre est planifiée depuis un certain temps maintenant, y compris l'endoctrinement subtil des enfants.


Privé en paix

Plus tôt cette année, mon fils est allé en voyage scolaire à Londres et à son retour, il avait sur lui un dépliant (voir ci dessous) intitulé "IWM Photo Treasure Hunt – privé en paix", lié à un roman sur ce "privé en paix", qui était lié aux enfants dans le cadre du programme de ce voyage.

Un titre à peine plus subtil que : « la guerre, c'est la paix ».

La mission des enfants était de "Prendre des photos de scènes qui font penser au livre « privé en paix »" et, « lorsque vous retournerez à l'école, en faire une présentation PPTX ». La mission était également accompagnée d'un avertissement : "Si vous faites quelque chose d'inapproprié, vous serez puni en conséquence", un avertissement vraiment bizarre à lancer dans un voyage scolaire. Les tâches suivantes, énumérées dans le dépliant, faisaient partie de leur mission :

  • Discipline militaire/exécution : « Tout ce qui concerne la cour martiale, la désertion ou la punition... L'exécution de Charlie peut-elle être considérée comme juste sur la base de ce que vous avez appris ? »
  • Lettre ou objet personnel : « Qu'est-ce que cela montre sur les sentiments des soldats ? Comment pouvez-vous le relier à Privé en paix ?"
  • Uniforme/équipement : « À quel point est-il pratique ou confortable ? Que pensait Tommo de son uniforme/kit ? »
  • Attaque au gaz : « En quoi cela change-t-il votre compréhension de la peur et de la panique de Tommo lors d'une attaque au gaz ? »
  • Enrôlement : « Tommo a pu s'enrôler même s'il était trop jeune. Auriez-vous pu le faire ? Pourquoi oui ou pourquoi non ? »
  • Bataille/armes : « En quoi cela change-t-il votre vision de la guerre ? Est-ce que cela rend ce que les frères pacifiques ont traversé plus héroïque ou plus effrayant ? Pourquoi ? »
  • Les tranchées : « Parcourez la reconstruction de la tranchée et notez vos impressions »

Il y a quelque chose de profondément sinistre à demander à des jeunes de 14 ans si l'exécution d'un camarade était "juste", à s'imaginer dans des tranchées et à se demander s'ils pensent qu'ils pourraient « réussir » à s'enrôler même s'ils sont trop jeunes. Appeler les troupes « les frères pacifiques » donne la touche orwellienne, la guerre c'est la paix et l'esclavage c'est la liberté, mais tout cela faisait vraiment partie du programme de voyage scolaire des enfants à Londres.



Un grand conte sur les frères pacifiques...

Tout cela pue l'un de ces plans psychologiques de "l'unité de manipulation" de l'institut Tavistock, pour préparer les jeunes esprits à se considérer comme de la chair à canon de futurs soldats disciplinés qui devraient considérer le fait de s'enrôler pour rejoindre les frères pacifiques à un jeune âge comme un succès.


Compte à rebours vers une provocation russe

Bien sûr, toutes ces préparations psychologiques pour une « guerre pacifique » peuvent ne pas aller très loin sans un événement galvanisant approprié qui pourrait déclencher une psychose collective et commencer à changer les comportements. Pour les jeunes, ce changement devrait impliquer une transition entre s'imaginer comme soldats et poursuivre réellement un enrôlement « réussi » et entrer dans de vraies tranchées.

Il n'y a pas si longtemps, les dirigeants européens parlaient d'une guerre contre la Russie en 2029 ou 2030, mais maintenant il semble que cette chronologie ait été un peu avancée [l'Ukraine a tenu moins longtemps qu'ils ne l'avaient prévu, NdT]. Il ne manque que la surprise inattendue pour induire la psychose collective nécessaire pour que tous les européens se lèvent et s'enrôlent pour faire leur devoir.

J'ai déjà écrit ici qu'un événement sous fausse bannière pourrait être en préparation mais, jusqu'à présent, pas encore. Pour une raison quelconque cependant, le journaliste ukrainien Dmytro Gordon, très proche de Volodymyr Zelensky, a osé partager ce joyau avec le public :

CiterJe le sais avec certitude : littéralement, dans quelques jours, quelque chose se produira qui nous donnera un grand espoir. Permettez-moi de dire ceci : sachez que je parle de ce que je sais. Je ne peux pas dire ce que ce sera parce que c'est un secret militaire, mais je sais que dans les prochains jours, dans une semaine ou deux semaines tout au plus, quelque chose se produira qui donnera des ailes à la nation. Je le sais.

Eh bien, je ne vois pas grand-chose qui puisse donner des ailes à une nation, mais dans ce cas, l'explication est assez évidente. À moins que M. Gordon ne cherche simplement qu'à attirer l'attention sur lui-même, ce "quelque chose" pourrait être un événement qui galvaniserait les partisans et les sponsors occidentaux de l'Ukraine à mobiliser leurs populations réticentes pour enfin se lever et faire leur « devoir ».

Attaque sous fausse bannière provocation russe à la rescousse !

Quatre jours s'étaient écoulés depuis la déclaration de M. Gordon lorsque les médias espagnols ont rendu public un avertissement, soi-disant reçu de la CIA, selon lequel les ignobles Russes planifiaient des attaques de drones contre des cibles civiles en Méditerranée.



Bien sûr, cela doit être pris très au sérieux. Les Russes nous détestent pour nos libertés, ils détestent la démocratie, ont des armes de destruction massive, et même s'ils échouent en Ukraine (comme l'a révélé Ed Miliband à l'ONU cette semaine), ils sont malgré tout très désireux d'envahir l'Europe. La meilleure façon de lancer une telle invasion serait de lancer des drones sur un tas de cibles en Espagne, en France et en Italie. La CIA et d'autres agences de renseignement occidentales ne mentiraient jamais aussi effrontément au public, juste pour déclencher une grande guerre ; ce serait très méchant, et faux en plus !


La guerre psychologique contre les peuples européens

À en juger par l'écrasante majorité des réactions et commentaires au bellicisme de l'establishment au pouvoir, le public ne croit pas vraiment au récit de la menace russe. Si les attaques de drones en Méditerranée sont bien ce à quoi Dmytro Gordon faisait allusion, cela pourrait ne pas suffire à déclencher une vague d'indignation nécessaire pour pousser les Européens à désigner un coupable et susciter l'enthousiasme nécessaire pour une guerre.

André Public ne semble pas aussi enclin à croire les médias ou la classe politique qu'il ne l'était autrefois, même si le conditionnement psychologique a été planifié de manière assez approfondie, bien au-delà de simples slogans et de l'endoctrinement des enfants. En conséquence, les médias inondent soudainement la population d'histoires de guerre et parlent d'une guerre "inévitable", qui approche à grands pas. En France par exemple, le 18 novembre, un long métrage complet sortira dans les salles de cinéma.

Le film s'intitule « Jupiter » et, à en juger par sa bande-annonce effrayante, il préfigure un anéantissement nucléaire mutuel volontaire entre la France et la Russie :

CiterAndrew Bridgen @ Abridgen – 15h51 · 24 septembre 2026

En France, ils sortent bientôt un nouveau film. Le scénario implique que le Président français choisisse d'entrer en guerre contre la Russie pour aider l'Ukraine ! Les Français sont-ils conditionnés à la guerre autant que le Royaume-Uni.

Endoctrinement ?!

Ce qui est étrange dans cette bande-annonce, c'est qu'elle ne dépeint pas le président de la France et ses militaires comme des dégénérés fous mais comme des gens sérieux et sombres, gérant la crise de manière responsable pour protéger la nation – en d'autres termes, une fiction totale qui pourrait sembler tout à fait en contradiction avec l'expérience de vie qu'ont les Français avec leur classe politique.

Il reste à voir si toute cette planification et ces préparatifs se dérouleront comme le souhaitent si passionnément nos dirigeants. Quelque chose s'est passé dans l'esprit collectif du public, en particulier depuis la pandémie de Covid 19 et les confinements de 2020, qui a rompu la confiance entre les peuples et leurs gouvernements. Une grande partie du public ne croit plus rien de ce qui est publié dans les médias grand public et ils pourraient être plus enclins à se retourner contre leurs classes dirigeantes qu'ils ne le sont à croire que « les Russes arrivent ».

Néanmoins, ce n'est pas le moment d'être complaisant ou de penser que cette campagne militariste échouera. En 2022, la grande majorité des Ukrainiens hésitaient à combattre la Russie et même lorsqu'il était clair qu'une invasion russe était vraiment en préparation, plus de 80% des Ukrainiens exprimaient leur réticence à s'enrôler et à se battre. D'une manière ou d'une autre, cependant, plus d'un million d'entre eux ont, jusqu'à présent, été sacrifiés, ce qui suggère que nos classes dirigeantes ont les moyens de contraindre un public réticent à la guerre. En d'autres termes : aujourd'hui, ce sont les Ukrainiens, demain, ce seront peut-être nos enfants !

Pour la plupart d'entre nous, il est temps de repousser ces chiens de guerre si nous voulons voir nos enfants vivants et intacts, plutôt qu'alignés le long d'une rangée interminable de tombes, sous le drapeau de la nation. Nous DEVONS être sûrs de garder nos enfants loin de ces tranchées qui ont été planifiées pour eux et leur futur « succès ».


Alex Krainer

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/les-chiens-de-guerre-sen-prennent-a-nos-enfants
#77
Citoyenneté économique / La naissance maffieuse du doll...
Last post by JacquesL - 30 Septembre 2026, 11:56:31 AM
La naissance maffieuse du dollar



par Aline de Dieguez

«La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n'importe quelle idée jusqu'à sa source». ~ Edward Mandell House

La remontée à la source est donc l'objet de ce texte. Il m'a semblé capital de donner au squelette d'une description linéaire des faits leur densité psychologique et leur incarnation dans les hommes qui ont fait l'histoire de cette époque-là.

J'ai pensé qu'il était important d'y ajouter des informations sur le contexte politico-social qui seul permet d'accéder à une compréhension en profondeur des motivations psychologiques et politiques qui ont rendu possibles les décisions prises à ce moment-là de l'histoire. Cependant rôle des personnages en apparence secondaires — et même tombés dans l'oubli — est souvent méconnu. Ainsi, on attribue d'ordinaire au président des États-Unis alors en exercice, Woodrow Wilson, la paternité de la banque centrale privée américaine, alors qu'il est probablement le personnage politique de l'époque le plus étranger tant à sa conception qu'à sa venue au jour.

C'est pourquoi j'insiste sur les aspects humains du contexte politique, et notamment sur le rôle décisif joué par un homme de l'ombre dans une opération financière qi s'est révélée majeure pour l'avenir du monde. Le Colonel House le disait lui-même à la fin de sa vie : «Ma main a pesé sur les faits», voulant signifier par là qu'il avait joué un rôle important dans la politique d'une période-charnière dont nous subissons aujourd'hui encore les conséquences.


1 – La préhistoire du système monétaire de Picrocholand : de la déclaration d'indépendance en 1776 à la crise de 1907

L'action des «barons voleurs» et la décision de 1913 qui en sera le point d'orgue, n'est pas un acte isolé. C'est le dernier et le plus décisif des coups de boutoir des financiers et des «barons voleurs» dans la guerre féroce, tant en Europe qu'en Amérique, entre le pouvoir politique et le pouvoir des banquiers, notamment celui des Warburg et des Rothschild d'Angleterre. Cette guerre durait depuis la Déclaration d'indépendance des colonies anglaises. Elle se termina par une victoire par KO de la finance internationale sur le pouvoir politique de l'État naissant et ouvrit la voie à une domination exponentielle des financiers sur le monde entier.

La bataille avait d'ailleurs commencé avant même la déclaration d'indépendance, en 1776, lorsque les banquiers de la City de Londres réussirent à faire voter par le gouvernement anglais une loi qui interdisait aux treize colonies d'Amérique de créer une monnaie locale, le Colonial Script, et de n'utiliser, pour leurs échanges, que la monnaie or et argent des banquiers. Comme cette monnaie était obtenue moyennant un intérêt, elle devenait automatiquement une dette des colonies.

Les monétaristes l'appellent une monnaie-dette et cette monnaie est un racket permanent des banques sur l'État soumis à ce régime.

Au moment de la déclaration d'indépendance du nouvel État, méfiants les Pères fondateurs inscrivirent dans la Constitution américaine signée à Philadelphie en 1787, dans son article 1, section 8, § 5, que «c'est au Congrès qu'appartiendra le droit de frapper l'argent et d'en régler la valeur».

Thomas Jefferson était si persuadé du rôle pervers des banquiers internationaux qu'il a pu écrire : «Je considère que les institutions bancaires sont plus dangereuses qu'une armée. Si jamais le peuple américain autorise les banques privées à contrôler leur masse monétaire, les banques et les corporations qui se développeront autour d'elles vont dépouiller les gens de leurs biens jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront sans domicile sur le continent que leurs Pères avaient conquis».

Et voilà comment Jefferson a prophétisé, il y a plus de deux siècles, la crise des «subprimes», qui qui a jeté des milliers de citoyens du Picrocholand à la rue.

Mais les banquiers ne s'avouèrent pas vaincus. Ils trouvèrent des soutiens auprès du nouveau gouvernement et notamment auprès du secrétaire au Trésor, Alexander Hamilton et du président George Washington lui-même. Ils obtinrent en 1791 le droit de créer une banque, abusivement appelée Banque des États-Unis de manière à faire croire qu'il s'agissait d'une banque de l'État central alors que c'était une simple banque privé appartenant à ses actionnaires. Cette banque privée obtint, pour vingt ans, le privilège d'émettre la monnaie-dette du nouvel État.

Lorsqu'au bout de vingt ans, le président Jackson voulut mettre fin à ce droit exorbitant, sortir du cycle de la monnaie-dette et revenir au droit inscrit dans l'art.1 de la Constitution, les banquiers anglais, menés par Nathan Rothschild, suscitèrent en 1812, sous divers prétextes commerciaux — taxe sur le thé, taxes maritimes, contrôle des navires — une guerre de l'Angleterre contre ses anciennes colonies. Ils mirent alors en action toute leur puissance financière afin de ramener le nouvel État au rang de colonie. «Vous êtes un repaire de voleurs, de vipères, leur avait crié le président Jackson. J'ai l'intention de vous déloger, et par le Dieu Éternel, je le ferai !»

Mais il échoua à les déloger et les banquiers eurent le dernier mot.

En 1816, les privilèges de la Banque des États-Unis étaient rétablis et les banquiers menés par la famille Rothschild avaient définitivement terrassé les hommes politiques qui, comme Jefferson et plus tard, Lincoln, tentèrent de s'opposer à leur racket.

C'est donc à juste titre que James Madison (1751-1836), le quatrième président du Picrocholand naissant a pu écrire : «L'histoire révèle que les banquiers utilisent toutes les formes d'abus, d'intrigues, de supercheries et tous les moyens violents possibles afin de maintenir leur contrôle sur les gouvernements par le contrôle de l'émission de la monnaie».

Car il s'agit bien d'un racket. La guerre que mena — et perdit — Abraham Lincoln contre les banquiers en fut une nouvelle illustration éclatante.

Durant la guerre de Sécession (1861-1865), la banque Rothschild de Londres finança les Fédérés du Nord, pendant que la banque Rothschild de Paris finançait les Confédérés du Sud en application d'un scénario mis au point en Europe durant les guerres napoléoniennes. Les deux groupes, profitant de la situation, exigeaient des intérêts usuraires de vingt-cinq à trente-six pour cent.

Le président Lincoln, qui avait percé à jour le jeu des Rothschild refusa de se soumettre au diktat des financiers européens et, en 1862, il obtint le vote du Legal Tender Act par lequel le Congrès l'autorisait à revenir à l'art. 1 de la Constitution de 1787 et à faire imprimer une monnaie libérée du paiement d'un intérêt à des tiers — les dollars «Green Back» —ainsi dénommés parce qu'ils étaient imprimés avec de l'encre verte. C'est ainsi qu'il a pu, sans augmenter la dette de l'État, payer les troupes de l'Union.

«Le pouvoir des financiers tyrannise la nation en temps de paix — écrivait-il — et conspire contre elle dans les temps d'adversité. Il est plus despotique qu'une monarchie, plus insolent qu'une dictature, plus égoïste qu'une bureaucratie. Il dénonce, comme ennemis publics, tous ceux qui s'interrogent sur ses méthodes ou mettent ses crimes en lumière. J'ai deux grands ennemis : l'armée du sud en face et les banquiers en arrière. Et des deux, ce sont les banquiers qui sont mes pires ennemis».

Il aurait ajouté ces paroles prémonitoires : «Je vois dans un proche avenir se préparer une crise qui me fait trembler pour la sécurité de mon pays. [...] Le pouvoir de l'argent essaiera de prolonger son règne jusqu'à ce que toute la richesse soit concentrée entre quelques mains». (Letter from Lincoln to Col. Wm. F. Elkins, Nov. 21, 1864).

Lincoln voyait clairement combien il était néfaste pour une nation souveraine que des puissances autres que l'État central aient le pouvoir de créer la monnaie. Il a été tué à Washington le 14 avril 1965 par John Wilkes Booth qui lui tira une balle dans la tête alors qu'il assistait à une représentation théâtrale dans la loge du Ford's Theater.

Les causes réelles de sa mort n'ont pas été élucidées, bien que la version officielle prétende toujours que son assassin vengeait la défaite des Sudistes. De nombreuses recherches, abondamment documentées, orientent la recherche de la vérité vers un complot beaucoup plus complexe et révèlent, notamment, que Booth reçut à ce moment-là des sommes d'argent très importantes de la part d'hommes d'affaires connus et qu'il bénéficia de nombreuses et efficaces complicités, tant pour accomplir son crime que pour quitter les lieux.

Toujours est-il que le successeur de Lincoln, Andrew Johnson, semble, lui, n'avoir eu aucun doute quant à la cause de la mort de son prédécesseur : il a immédiatement et sans donner d'explication, suspendu l'impression des greenbacks et le Picrocholant naissant est revenu à la monnaie-dette des banquiers.

Le 12 avril 1866, le Congrès officialisait sa décision par le vote du Contraction Act qui stipulait que les billets greenbacks de Lincoln seraient progressivement retirés de la circulation monétaire.

Il est une autre personnalité qui, elle non plus, n'avait aucun doute sur les commanditaires de l'assassinat perpétré par Booth, c'est Otto von Bismarck, Chancelier de Prusse depuis 1862, qui écrivait : «La mort de Lincoln fut un désastre pour la chrétienté. Il n'y avait pas dans tous les États-Unis d'homme qui méritât de seulement porter ses bottes. Je crains que les banquiers étrangers ne dominent entièrement l'abondante richesse de l'Amérique et ne l'utilisent systématiquement dans le but de corrompre la civilisation moderne. Ils n'hésiteront pas à précipiter les États chrétiens dans les guerres et le chaos, afin de devenir les héritiers de la terre entière».


2 – Les préparatifs de l'accouchement : les crises monétaires successives : 1869 – 1873 – 1893 – 1901 – 1907

La première «Tempête sur Wall Street» — le premier «Vendredi noir» — date du 24 septembre 1869. Elle était liée à la ruée vers l'or et aux manœuvres de deux escrocs de la finance, Jay Gould et Jim Fisk, qui soudoyèrent des fonctionnaires du Trésor afin d'accaparer tout le marché de l'or, dont les transactions s'opéraient encore en greenbacks.

Une nouvelle panique avait secoué Wall Street le 20 septembre 1873. La faillite d'une société de courtage qui assurait le financement du Northern Pacific Railway avait provoqué une vente massive des titres de la compagnie.

Le 27 juin 1893 a eu lieu le premier krach boursier à Wall Street. Faillites, incertitudes monétaires, diminution des réserves d'or avaient provoqué une panique sur les titres et une classique ruée sur les achats d'or. Le sauveur sera, déjà, J. Pierpont Morgan, que nous retrouverons à la manœuvre en 1910 et en 1913. Après sa victoire sur Jay Gould et Jim Fisk dans la «bataille du rail»de 1873, J. P. Morgan s'est présenté en sauveur du Trésor américain, après un marché conclu avec le président Cleveland le 8 février 1895.

Une nouvelle panique a secoué Wall Street le 9 mai 1901 à propos d'une spéculation féroce sur la même Northern Pacific appartenant toujours au même J. Pierpont Morgan qui ruina d'un même élan les investisseurs honnêtes et les spéculateurs.

Le 13 mars 1907 vit une nouvelle chute vertigineuse des cours et comme par hasard, la même Northern Pacific s'était retrouvée au cœur de la crise. En même temps, J. P. Morgan annonçait la faillite de Knickerbocker Trust Co et de Trust Company of America qui mettaient en péril tout le réseau bancaire du Picrocholand de l'époque. Cette petite répétition de la situation montre, une fois de plus, que les mêmes causes provoquent les mêmes effets.

C'est dans ces grands moments-là qu'on reconnaît le prédateur de haut vol. Après avoir été le poison, notre banquier, John Pierpont Morgan, dont le nom se retrouve dans toutes les crises depuis 1869, s'est présenté en remède et en sauveur de la nation. Un parfait pharmakon monétaire, en somme.

Ce n'est pas sans raison qu'il proclamait : «Un homme a toujours deux raisons de faire ce qu'il fait. La bonne et la vraie». Au cours d'une scène cocasse digne d'un scenario hollywoodien, ce personnage aussi truculent que redoutable avait convoqué dans son bureau les présidents des sociétés financières et les avait séquestrés toute la nuit. Il ne les avait libérés que le lendemain matin à 5 h après les avoir contraints à verser vingt-cinq millions de dollars greenbacks afin de «sauver les banques»... qu'il avait contribué à mettre en péril.

Du coup, qualifiés précédemment de «malfrats richissimes» par le président Theodore Roosevelt — celui qui avait envoyé la Grande flotte blanche faire le tour du monde afin de démontrer la puissance du pays — J.P. Morgan et ses acolytes s'étaient métamorphosés en un clin d'œil en «conservateurs solides qui agissent avec sagesse pour le bien public». Et c'est ainsi que la «bonne raison» de faire — celle qu'il est honorable d'afficher — est devenue la «vraie raison» d'agir, c'est-à-dire la raison officielle, la raison «ad usum delphini» pendant que la «vraie raison» — la rapacité et les manœuvres frauduleuses des auteurs de la crise — disparaissaient dans les souterrains de l'histoire et des consciences.

Comme John Pierpont Morgan fut l'un des acteurs majeurs de la création de la machine de la FED, il n'est pas inutile de préciser le pedigree de ce magnat des finances :

– qui se trouvait à la tête trois puissants groupes bancaires, J.P. Morgan & Co., First National, et National City Bank,

– qui contrôlait aussi quatre des cinq plus importantes compagnies ferroviaires,

– qui était propriétaire du méga trust de l'acier US Steel,

– qui avait créé la General Electric en fusionnant les sociétés Edison et Thompson,

– qui avait mis la main sur la flotte Leyland, ainsi que sur de nombreuses lignes qui assuraient la navigation sur le Mississipi,

– qui avait créé une nouvelle ligne de bateaux, la White Star et que, parmi les paquebots construits dans les chantiers navals dont il était le propriétaire, figurait ... le Titanic. On comprend peut-être mieux les raisons pour lesquels ce paquebot luxueux dans sa partie visible, mais fragile dans sa partie immergée en raison de l'absence de double coque, avait sombré aussi rapidement.

John Pierpont Morgan, le loup-cervier cynique qui n'hésitait pas à proclamer : «Je n'ai nul besoin d'un avocat qui me dise ce que je n'ai pas le droit de faire. Je le paie pour me dire comment faire ce que je veux faire» avait pourtant lui aussi son jardin secret qu'il est juste de mentionner. Passionné d'horlogerie, il consacra une partie importante de sa fortune à enrichir une magnifique collection d'horloges et de montres anciennes, que son fils Jack légua en 1916 au Métropolitan Museum, où une aile lui est consacrée.

A la deuxième génération, les louveteaux-héritiers deviennent d'honorables philanthropes.


3 – Les hécatonchires de la finance internationale

Les Hécatonchires étaient les fils d'Ouranos et de Gaïa. C'étaient des géants à cent bras et cinquante têtes. V. Hugo a utilisé ce mot dans plusieurs œuvres : «Rome a beaucoup de bras. C'est l'antique hécatonchire. On a cru cette bête fabuleuse jusqu'au jour où la pieuvre est apparue dans l'océan et la papauté dans le moyen âge» (in Actes et paroles). Le mot se trouve également dans son William Shakespeare et dans divers poèmes.

Commençons par l'éminence grise que fut le Colonel House. Qui connaît aujourd'hui ce personnage, Edward Mandell House (1858 – 1938) ? Aucun Européen, assurément, et probablement très peu d'Américains en ont entendu parler. Et pourtant ce «faiseur de présidents» comme il se plaisait lui-même à se nommer, fut l'un des hommes politiques américains les plus puissants et les plus importants du début du XXe siècle. Il contribua, en effet, à faire d'un État récemment débarqué sur la scène politique, encore peu peuplé et à peine sorti d'une sanglante guerre civile, l'empire militaro-financier qui allait dominer le siècle.

L'histoire politique officielle a tendance à ne se référer qu'aux dirigeants officiels des nations : les rois, les présidents, les Premiers Ministres et autres responsables des grandes administrations civiles ou militaires. Et pourtant, à l'abri des lumières de l'avant-scène, des éminences grises, mal connues ou totalement inconnues du grand public, exercent le véritable pouvoir. Certains le doivent au gigantisme de leur fortune, comme ce fut le cas, hier et aujourd'hui, des grands banquiers regroupés autour des Rothschild et des Warburg dans la plupart des États européens ; en Picrolandie les hommes d'influence sont représentés par de puissants groupes de pression ethniques ou financiers, tels l'AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), la loge maçonnique B'nai B'rith (les Enfants de l'Alliance en hébreu) fondée en 1843 sur une stricte appartenance ethnique, l'industrie de l'armement ou de la pharmacie ; en France, le MEDEF (Mouvement des entreprises de France) et le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) jouent ce rôle.

Le Colonel House constitue cependant une exception à la règle : il fut un de ces hommes-charnières qui ont exercé sur le cours de l'histoire une influence disproportionnée à leurs qualités intrinsèques ainsi qu'à leur fortune. Homme de l'ombre, sorte de Père Joseph américain, confident du président Woodrow Wilson dont il dirigea en réalité toute la politique, son rôle s'explique par l'extraordinaire ascendant qu'il prit sur lui — à l'instar du Karl Rove de G. W. Bush ou du Claude Guéant de Nicolas Sarkozy. Bien qu'il n'exerçât aucune fonction officielle, il fut le diplomate officieux qui, à un moment-clé de l'histoire du monde, a tenu entre ses mains tous les fils du destin de la planète. Il n'a ni inventé, ni créé la Fed ou le sionisme, mais il fut le passeur qui, sans en mesurer toutes les conséquences, permit à des mouvements et à des évènements qui mûrissaient dans l'ombre depuis de longues années de prendre un élan qui en fit les acteurs principaux de l'histoire du monde durant tout le XXe siècle.

En 1938, peu de temps avant sa mort, Edouard House dira à son biographe, Charles Seymour, «Durant les quinze dernières années, bien que peu de personnes ne l'eussent suspecté, je me suis trouvé au centre de toutes choses. Aucun étranger important ne s'est rendu aux États-Unis sans [venir] me parler. J'étais proche du mouvement qui assura à Roosevelt son investiture. Il m'a donné carte blanche pour le conseiller. Tous les Ambassadeurs me faisaient fréquemment des comptes-rendus». (Charles Seymour, Col. E.M. House, The Intimate papers of Col. House, 4 v. 1926-1928, Houghton MifflCo.)

Le destin du Colonel House nous intéresse donc dans la mesure où nous subissons, aujourd'hui encore, les conséquences de son action. Celles-ci n'ont pas fini de sécréter leur venin pour le plus grand malheur des victimes d'hier et d'aujourd'hui de ses initiatives. En effet, la planète lui doit notamment les premiers pas de la légitimation internationale de l'idéologie sioniste qui a pris, à partir de l'empire US, l'essor planétaire que l'on connaît, qui a conduit à l'édification d'une nouvelle variété d'Archipel du Goulag en Palestine et à la création à Gaza du plus gigantesque camp de concentration que l'histoire ait jamais connu avec la complicité active ou passive des dirigeants occidentaux et la démission bouffie des dirigeants arabes ainsi que du génocide en cours à Gaza.

En tant qu'envoyé et représentant du président de Picrocholand au traité de Versailles qui mit fin à la première guerre mondiale, il est le concepteur du think tank «The Inquiry» composé de quinze membres triés sur le volet qui remodelèrent les frontières de l'Europe de l'après-guerre selon le principe du «droit des peuples à disposer d'eux-mêmes». Ce principe apparemment généreux masquait le but réel de l'opération, à savoir la volonté d'affaiblir définitivement le Hearthland — le cœur de l'Europe — en application de la théorie du géopoliticien Mackinder qui préconisait l'émiettement de l'ancien empire austro-hongrois en une multitude de petits États géopolitiquement inexistants.

Sur le plan international, ce principe fut également utilisé au Moyen-Orient pour démembrer «à la hache» l'empire ottoman, sans tenir le moindre compte du fameux «droit des peuples».

Depuis lors, ce principe n'est «actif» que lorsqu'il coïncide avec les intérêts de la Picrolandie. C'est pourquoi la destruction des grands ensembles est devenue le pivot et le but constant de la politique étrangère du Picrocholand comme l'ont encore prouvé récemment les guerres de Yougoslavie, d'Irak, ainsi que la floraison des révolutions colorées qui ont accompagné et amplifié l'effondrement et la dislocation de l'empire soviétique. Les gigantesques tentes militaires abondamment pourvues en nourriture et en boissons chaudes, les kilomètres de tissu orange et les banderoles en anglais ont surgi comme par magie en vingt-quatre heures, au moment des fameuses révolutions oranges en Ukraine, prélude à l'actuelle guerre Russie/OTAN avec les Ukrainiens servant de chair à canon. Démembrer la Russie et piller ses innombrables richesses, tel fut le but caché des empires occidentaux depuis Napoléon. L'Irak n'est plus qu'un champ de ruines dans lequel une société autrefois multi ethnique a volé en éclats et qu'un féroce nettoyage ethnique a métamorphosé en communautés ethnico-religieuses rivales et enfermées derrière des murs, le tout au nom de l'affichage d'une moraline pour midinettes qui prétendait «gagner les cœurs et les esprits» à la «Démocratie» à coups de bombes et de missiles tout en pillant les ressources des pays. Ça continue avec le Venezuela, l'Iran, le Groenland, etc.

Le même scénario fut mis en œuvre en Afghanistan où la fameuse «coalition internationale» prétendait «sécuriser» des zones tribales mais a semé en réalité les germes des guerres futures entre Tadjiks, Ouzbeks et Pashtouns qu'on espérait neutraliser en préparant le terrain à des conflits ethniques à venir.

L'objectif d'Inquiry a merveilleusement fonctionné en ex-Yougoslavie dans laquelle les accords de Dayton imposés par Washington ont abouti à l'émiettement d'un État unifié en sept micro républiques — la Serbie, la Croatie, la Macédoine, le Monténégro, la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, et surtout le Kosovo — cette dernière parcelle formée d'une province détachée de la Serbie a abouti à un pseudo État maffieux, non viable destiné à donner un cadre à la gigantesque base américaine de Camp Bondsteel opportunément édifiée à l'arrivée du gigantesque pipeline en provenance des champs pétrolifères de la mer Caspienne.

Le Colonel House conduisit l'énorme délégation de l'empire au Traité de Versailles en 1919 qui sema les germes de la deuxième guerre mondiale. Il fut également le concepteur et le fondateur du Conseil des relations étrangères (Council on Foreign Relations ou CFR), un des think tank du Picrocholand les plus influents en politique étrangère aujourd'hui encore.

Mais ce n'est pas tout : Edward Mandell House a surtout à son actif un soutien déterminant aux actions en coulisses des puissants groupes bancaires qui, après des dizaines d'années de manœuvres infructueuses, sont parvenus à donner naissance au Système monétaire du Nouveau Monde et à créer un moyen de paiement appartenant à des banquiers privés, le dollar, pivot de la puissance du Picrocholand jusqu'à la fin du XXe siècle.

C'est durant les années de tractations des financiers avec le pouvoir politique — entre 1910 et 1913 — que l'influence de l'homme qui s'était quasiment approprié le cerveau du président des États-Unis, Woodrow Wilson, fut si importante dans l'ordre de la politique monétaire qu'on peut considérer qu'il fut le gros grain de sable qui a fait dévier la trajectoire de la politique mondiale afin de la mettre sur les rails de l'expansion impériale et de l'enchaîner, dans le même temps, aux puissants groupes financiers qui dominent le monde d'aujourd'hui et le conduisent à des cataclysmes imprévisibles.

Comme les informations concernant la genèse de l'emprise des financiers sur la planète tout entière soulèvent une révérence apeurée et comme le Moyen-Orient demeure par excellence la région du globe dans laquelle l'activité des groupes de pression et les falsifications de la vérité atteignent des sommets, il m'a semblé capital de remonter, autant que possible à la source, afin de tenter de comprendre par quels chemins tortueux quelques banquiers ont fait main basse sur le monde et comment le sionisme talmudique a pris le pouvoir sur la terre palestinienne jusqu'à incarner un judaïsme rigoriste et raciste, qui rêve d'un État ethniquement pur, débarrassé des «animaux à deux pattes» palestiniens — pour reprendre la terminologie du Talmud — qui en contaminent le sol et en polluent l'atmosphère.

Car il est candide de croire que le sionisme aurait jailli à partir de rien et d'en fixer l'origine en 1896, avec l'ouvrage du juif allemand Theodor Herzl intitulé Der Judenstaat. De même que l'Amazone n'est pas un miracle solaire jailli ex nihilo des entrailles de la terre, d'obscurs et mystérieux cheminements souterrains ont précédé le jaillissement de la source devenue le fleuve imposant que nous connaissons. De même l'idéologie sioniste a cheminé secrètement dans les souterrains du rabbinat de Russie, de Pologne et d'Ukraine durant des siècles avant d'acquérir la force d'apparaître en pleine lumière, puis de s'exporter en l'Europe de l'Ouest et enfin de débarquer outre Atlantique où elle est devenue quasiment omnipuissante.

Il est tout aussi naïf d'imaginer que la loi de la Federal Reserve (FED) votée la veille du jour de Noel qui énumère les conditions de son fonctionnement serait née tranquillement d'un vote loyal du Congrès et que le président Wilson en serait l'initiateur.


La source des informations sur le Colonel House

Les principales informations sur le Colonel House nous sont données directement par lui-même, aussi bien dans son journal que par une sorte de roman étrange et baroque que l'on peut qualifier d'autobiographique, dans lequel l'auteur se rêve en dictateur de la planète et imagine les mesures à imposer pour assurer le bonheur de l'humanité.

– The intimate papers of Colonel House arranged as a narrative by Charles Seymour, Boston, New York : Houghton Mifflin Co, 1926-1928 –

– PHILIP DRU : ADMINISTRATOR : À STORY OF TOMORROW, 1912 (Ces deux textes sont disponibles en libre accès dans le Projet Gutenberg.)

Des informations indirectes intéressantes sont également disponibles dans la biographie de Arthur Howden Smith, The Real Colonel House, Doran Company, New-York, 1918, ainsi que par l'ouvrage de George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932, ces deux derniers ouvrages ne sont pas traduits et ne le seront probablement jamais. Une biographie plus récente vient de paraitre : Godfrey Hodgson, Woodrow Wilson's Right Hand : The Life of Colonel Edward M. House (Hardcover, 2006). Ouvrage également non traduit en français.

Bien qu'il ne lui soit pas consacré dans sa totalité, l'ouvrage d'Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve, The London Connection contient également des éléments de première importance sur notre personnage, notamment sur tout ce qui concerne la conception de la Réserve fédérale et les circonstances de son vote par le Congrès.

Ces textes permettent de dresser un portrait précis et documenté tant de la personnalité que de l'action de cet homme politique étrange et hors du commun. Nous savons qu'il était d'ascendance hollandaise et que son patronyme Huis devint House lorsque son père émigra d'abord en Angleterre, puis outre Atlantique au début du XIXe siècle. L'immigré se fixa au Texas et fit fortune comme briseur de blocus pendant la guerre de Sécession.

Il est classique que les périodes troublées soient particulièrement propices à la formation de colossales fortunes en un temps record. Il y quelques années, le monde entier a été le témoin stupéfait des «réussites» financières foudroyantes des Roman Abramovitch, Mikhaïl Khodorkovski, Boris Berezovski ou Vladimir Goussinski, plus connus sous le nom générique d'«oligarques russes». Au moment de l'effondrement de l'URSS, une brochette de petits et de gros malins, particulièrement rapaces et avisés, en cheville avec un pouvoir politique chancelant et corrompu avait, en un éclair et avec la complicité tacite du FMI et des grandes banques du Picrocholand, fait main basse sur l'essentiel des ressources énergétiques et des grandes entreprises de l'ex-URSS devenue la Russie.

M. House père n'était pas seul à avoir su exploiter les troubles de la guerre civile américaine de 1861à 1867 — également appelée guerre de Sécession — qui ont permis à quelques chevaliers d'industrie de donner la mesure de leur talent et de leur mépris pour les principes du droit et de la morale. Cette période a connu l'ascension fulgurante des John D. Rockefeller, des Andrew Carnegie, des John Pierpont Morgan ou des Cornelius Vanderbilt, lequel n'a pas hésité à affirmer froidement, en 1867, dans une gazette de New-York : «Je n'en ai rien à faire des lois».

Ces banquiers et ces entrepreneurs affairistes dont on a vu les actions lors des crises monétaires sciemment provoquées évoquées ci-dessus se sont spécialisés dans les abus de pouvoir et les pratiques immorales, mais grassement payantes. Ils ont été qualifiés de «barons voleurs» (robber barons). Leurs descendants, devenus vertueux, se sont d'ailleurs empressés de consacrer une partie de leur argent à des œuvres de bienfaisance, afin de conquérir l'honorabilité qui leur permettait de blanchir et de faire protéger par la loi une fortune frauduleusement acquise. L'exemple des Rockefeller est le plus célèbre. C'est sur ces méthodes-là que s'est construit le capitalisme américain.

Le père du Colonel House fut donc un homme de cette trempe mais à un niveau moindre. Comme briseur de blocus durant la guerre civile, il exportait les productions locales — notamment le coton — et le vendait à ses correspondants anglais, dont le principal était le chargé d'affaires des Rothschild. Le fils saura se souvenir de ce contrat d'affaires. Le briseur de blocus ramenait, en échange, les produits qui manquaient au Texas et les écoulait au plus haut prix. Après avoir amassé un confortable magot — il est devenu un des hommes les plus riches du Texas — il plaça prudemment ses coquets bénéfices à Londres, dans la banque Baring, alliée à la Maison Morgan. Un nouveau marchepied était prêt pour le fils.

Il n'est pas sans intérêt de noter que les grandes banques anglaises faisaient partie de la célèbre «Corporation de la drogue» et s'étaient enrichies dans le lucratif et très officiel trafic d'opium de la couronne britannique avec les Indes et la Chine à la suite de la fameuse guerre de l'opium qui avait dévasté et ruiné l'empire du Milieu à la fin du XIXe siècle. En effet, après avoir subi l'incendie du Palais d'été, la Chine avait été contrainte de légaliser le commerce de l'opium et d'ouvrir ses frontières aux marchandises anglaises et françaises, mesures qui ont conduit à la ruine du pays.

La géopolitique de l'opium s'est poursuivie de plus belle en Afghanistan avec la bénédiction — et la protection — des troupes d'occupation de l'OTAN, bien que cet organisme s'en défende. Mais un rapport officiel de l'ONU nous apprend qu'en 2007, quatre vint treize pour cent du marché mondial de l'opium provenait de ce pays et on voit mal comment les nombreuses troupes d'occupation auraient pu ignorer ce trafic. Picrocholand était donc devenu un État narco trafiquant quasiment officiel.

 Les Chinois n'ont pas oublié la volonté de l'Angleterre de pourrir leur pays de l'intérieur par la drogue et la récente exécution d'un trafiquant anglais prenait place dans ce contexte. Pendant ce temps, le Picrochole aujourd'hui en charge du pays utilise le prétexte de la «lutte contre les trafiquants» pour envahir le Venezuela, kidnapper son président et son épouse, les incarcérer, piller le pays, procéder à un quasi changement de régime, s'emparer de ses réserves de pétrole et de toutes ses autres richesses.

À la mort de M. House père, la fortune ayant été partagée entre ses trois fils, le jeune Édouard, qui avait également hérité d'un second prénom juif — Mandell, en souvenir d'un précieux associé de son père — se trouva, nous apprend son biographe Arthur Howden Smith, «à la tête de plantations de coton qui lui rapportaient un revenu de vingt mille dollars par an», ce qui était confortable, mais ne le plaçait cependant nullement dans la catégorie des très grosses fortunes de l'époque.

Très vite, le jeune héritier, handicapé par une méningite et une insolation durant son adolescence et de santé fragile, abandonna les plants de coton pour une activité autrement plus excitante : la politique. Mais, soit conscience de son infirmité physique, soit résultat d'une fine observation de la manière réelle dont s'exerce le pouvoir, il refusa toujours de s'engager officiellement. Il préférait influencer les hommes politiques en demeurant dans les coulisses. «Il adorait l'exercice secret du pouvoir par le biais des autres» et «fuyait la publicité» écrit son éditeur Charles Seymour.

Bénéficiant de puissants appuis et d'amis dans le Ku Klux Klan — dont son père était membre — amis qui occupaient tous les postes-clés du Texas dans les années 1890 — le jeune Édouard Mandell mit à contribution son argent, sa passion pour la chose politique et son génie d'agent électoral afin d'assurer successivement l'élection de quatre gouverneurs de cet État : James S. Hogg (1892), Charles A. Culberson (1894), Joseph D. Sayers (1898), S. W.T. Lanham (1902). Conformément à la théorie qu'il mit plus tard dans la bouche de Philippe Dru dans son roman autobiographique, Édouard House occupait auprès de chacun d'eux le poste de conseiller occulte et tout puissant.

En récompense de son soutien financier et de ses judicieux conseils le Gouverneur James S. Hogg lui décerna le titre honorifique de «Colonel» bien qu'il n'eût jamais eu le moindre contact avec la chose militaire. Il devint donc, du jour au lendemain, le Colonel House et ne fut plus désigné que par ce nom.

Mais l'ambition du Colonel House ne se limitait pas au contrôle du Texas. C'est le pays tout entier qu'il souhaitait dominer. Le rêve de «dictateur de l'ombre» exposé par Philippe Dru- House en 1912, consistait à transposer au pays tout entier, la méthode qui avait réussi au jeune Edouard Mandell au Texas. Par le truchement de son double romanesque, il a en effet exposé longuement sa théorie du pouvoir et le moyen presque infaillible de gagner les élections — méthode appliquée encore de nos jours et qui consiste à ne cibler que les électeurs répertoriés comme non officiellement inscrits dans un parti, à les contacter un par un par des lettres personnelles, fruits d'une minutieuse enquête apparentée à de l'espionnage et à ne faire campagne que dans les États hésitants, les fameux «swing states». «J'enroulai un fil presque invisible autour du peuple, qui le maintenait fermement», écrit-il.


Les amis et les soutiens

Dès 1902, Edouard Mandell quitte son Texas natal pour New-York. Ses exploits électoraux et son rôle d'efficace «conseiller de l'ombre» lui ouvrent toutes grandes les portes des milieux politiques et financiers new-yorkais. Il remarque qu'à Washington également, le pouvoir politique est exercé par une petite poignée d'hommes au Sénat et à la Maison Blanche. «Il est assez facile pour quelqu'un sans responsabilité de s'asseoir autour d'un cigare et d'un verre de vin, et de décider de ce qu'il y a de mieux à faire», écrit-il dans ses Papiers intimes. Et plus loin : «À Washington... j'ai constaté que deux ou trois hommes au Sénat et deux ou trois hommes à la Chambre, ainsi que le président dirigeaient le gouvernement. Les autres n'étaient que des hommes de paille. [...] C'était mon ambition d'y faire irruption si cela était possible, et mon ambition a maintenant fait un bond, au point de vouloir, non seulement en faire partie, mais plus tard, en être le centre...»

C'est donc cette petite société qu'il s'efforça de pénétrer. Bien qu'il n'eût apparemment rien de flamboyant et que ses exploits universitaires fussent modestes, il y réussit à merveille, car il jouissait du flair infaillible de détecter les amis de qualité qui appréciaient sa discrétion et ses conseils. Son plus récent biographe, Gogfrey Hodgson, fournit une liste flatteuse des invités habituels de son salon et de sa table, parmi lesquels on trouve des figures importantes de la littérature anglo-saxonne de l'époque tels Henry James, Edith Warton ou Rudyard Kipling, futur prix Nobel, le grand pianiste polonais Jan Ignacy Paderewski, qui deviendra le premier président de la Pologne libre, des hommes politiques, dont le très puissant Sénateur Aldrich, l'homme fort du Congrès et le principal soutien des banquiers et de leur projet de création d'une banque centrale privée. Tout ce qui comptait à Washington — des généraux, des professeurs, des journalistes, des femmes du monde et tous les grands banquiers de la place — fréquentait sa maison. Le très influent et sulfureux financier et chevalier d'industrie John Pierpont Morgan était l'un de ses intimes.

Parmi les fréquentations étroites du Colonel House, il faut également compter son beau-frère juif, Sydney Mezes, le Rabbin Stephen Wise, président du Congrès juif américain, l'avocat Louis Brandeis qui sera «le premier juif nommé à la Cour Suprême» en 1916. Mais auparavant il aura joué un rôle crucial dans l'élaboration et le processus de validation par le congrès du Federal Reserve Act voté en décembre 1913. Il convient également de ne pas oublier le richissime financier Bernard Baruch, qui sera le plus gros contributeur de la campagne électorale de Woodrow Wilson, le Colonel House étant son second «bienfaiteur».


4 – La conspiration de l'île Jekyll

Le 22 novembre de l'année 1910, le luxueux wagon privé du richissime sénateur Nelson Aldrich a été accroché au train qui reliait New-York au sud des États-Unis et quelques personnes s'embarquaient en direction de la Géorgie.

Le voyage durera deux jours et deux nuits et les occupants de ce wagon affecteront, avec une ostentation puérile, de ne pas se connaître bien que leur long périple ait eu le même but : la chasse au canard sur une petite île située à quelques encablures des côtes de Georgie, l'île de Jekyll.

Notre groupe voyagea sous des noms d'emprunts. Les participants avaient fait preuve de ruses de Sioux afin de ne pas se croiser avant l'ébranlement du convoi et s'étaient interdit de se nommer en s'adressant la parole — ou de n'utiliser que leurs prénoms — durant le temps que dura le voyage, tellement leur méfiance était grande et s'étendait au personnel de service. Un incognito total devait être préservé. L'un d'entre eux, qui n'avait jamais chassé de sa vie, portait même un grand fusil sur l'épaule afin de compléter le réalisme naïf du tableau.

Ces personnages, qui se comportaient de manière aussi étrange, représentaient pourtant à eux seuls le quart de la richesse planétaire de l'époque.

La description de l'embarquement et du voyage figure dans les ouvrages des auteurs qui rapportent cette scène, notamment dans celui, très détaillé, d'Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve, The London Connection, dont je parlerai plus loin. Comme les voyageurs occupaient un wagon privé — donc soustrait par définition aux regards du public — les précautions des participants semblaient pour le moins excessives, à moins que tel Monsieur Le Trouadec saisi par la débauche, nos sévères banquiers se fussent livrés à un moment de détente ludique, avant de se concentrer sur le beau coup financier qu'ils étaient sur le point de concocter.

«À l'automne 1910, six hommes sont partis chasser le canard : Aldrich, son secrétaire Shelton, Andrews, Davison, Vanderlip et Warburg. Des journalistes les attendaient à la gare de Brunswick (Géorgie). M. Davison est sorti leur parler. Les journalistes se sont dispersés et le secret de cet étrange voyage n'a pas été révélé. M. Aldrich lui a demandé comment il s'y était pris, mais celui-ci n'a pas donné d'explications de son propre chef». ~ Nathaniel Wright Stephenson, Nelson W. Aldrich, À Leader in American Politics, Scribners, N.Y. 1930, Chap. XXIV «Jekyll Island», cité in Mullins, SECRETS OF THE FEDERAL RESERVE The London Connection

La liste des conspirateurs : Étaient présents :

Le propriétaire du wagon qui roulait, tous rideaux baissés, vers son destin et vers le nôtre, le Sénateur Nelson Aldrich accompagné de son secrétaire privé, Shelton. Président de la National Monetary Commission (Commission Monétaire Nationale) créée en 1908 et entérinée par le président Théodore Roosevelt à la suite de la panique monétaire de 1907 qui succédait à plusieurs autres catastrophes boursières, il était l'aiguillon et l'organisateur de la réunion.

Le Sénateur entretenait des relations commerciales étroites avec l'influent homme d'affaires et banquier, John Pierpont Morgan, beau-père de John D. Rockefeller et grand-père de Nelson Rockefeller, un ancien vice-président des États-Unis. Celui-ci n'était pas physiquement présent, mais triplement représenté, il marqua la réunion de son empreinte. Au Congrès, le Sénateur Aldrich passait pour être le porte-parole du banquier J.P.Morgan, lequel représentait également les intérêts des Rothschild d'Angleterre.

Des représentants directs de John Pierpont Morgan figuraient parmi les participants ;

Henry Davison, associé principal de la John Pierpont Morgan Company et considéré comme son émissaire personnel, Charles Norton, président de la First National Bank de New York, dominée par J.P. Morgan Company, Benjamin Strong, le directeur général de la J. P. Morgan's Bankers Trust Company, et connu pour être également un lieutenant de J.P. Morgan. Il devint d'ailleurs le P.D.G. de la banque, trois ans plus tard, à la suite à l'adoption de la Loi sur la Réserve fédérale. Ces deux banquiers représentaient, eux aussi, les intérêts des Rothschild

Il semble qu'il y ait eu quelques autres «invités» dont les noms n'étaient pas révélés au début, mais lorsque George F. Baker, un des associés les plus proches de JP Morgan, mourut le 3 mai 1931, le New-York Times écrivit : «Le club de l'Ile Jekyll a perdu un de ses membres les plus distingués».

Était également présent, Frank Vanderlip, le président de la National Bank de New York, la plus grande et la plus puissante banque du pays. Il représentait les intérêts financiers de William Rockefeller et de la société d'investissement internationale Kuhn, Loeb and Company.

Contrairement à ce laissent entendre ceux qui affirment qu'il se serait agi d'un «complot des seuls banquiers», le gouvernement n'était pas étranger à cette réunion. Il était représenté par A. Piatt Andrew, secrétaire adjoint du Trésor et Aide Spécial de la National Monetary Commission. Je reviendrai sur cette Commission que le Congrès avait officiellement chargée, en 1907, de préparer une réforme monétaire. D'ailleurs, les défenseurs du système de la FED se fondaient sur son existence et sur la présence du représentant du gouvernement à l'Ile Jekyll pour dénoncer comme «complotistes» les critiques de la réunion de l'île Jekyll en omettant sciemment de mentionner les conditions dans lesquelles fut conçue, votée puis annoncée la création de la Federal Reserve. La présence de ce membre du Gouvernement prouve pour le moins la complicité de ce dernier avec les banquiers dans le «coup d'État constitutionnel» que banquiers et Gouvernement préparaient de conserve contre le Congrès et contre le peuple.

Mais le personnage le plus important parmi les participants était Paul Warburg. C'était l'un des hommes les plus riches du monde. Son expérience du fonctionnement des banques européennes, sa forte personnalité et ses compétences en firent le meneur, la tête pensante du groupe et le véritable initiateur de la création de la FED. Il révèlera d'ailleurs des capacités de manœuvrier exceptionnelles en 1913, au moment du vote de la loi au Congrès.

D'origine allemande, il se fit ensuite naturaliser citoyen américain. En plus d'être un partenaire de la Coon, Loeb and Company — il avait épousé en 1893 la fille du banquier Salomon Loeb, propriétaire de la banque Kuhn, Loeb & Co de New-York — il représentait sur place la dynastie bancaire des Rothschild d'Angleterre et de France. Associé avec son frère Felix, il entretenait également des liens étroits avec son autre frère Max Warburg, le directeur en chef du consortium bancaire Warburg d'Allemagne et des Pays-Bas.

« Paul Warburg estimait que chaque question soulevée par le groupe exigeait non seulement une réponse, mais aussi un exposé. Il ne manquait que rarement une occasion de tenir aux membres un long discours destiné à les impressionner par l'étendue de ses connaissances en matière bancaire ». (cité dans Mullins, SECRETS OF THE FEDERAL RESERVE The London Connection)

Cette fine brochette représentait donc les intérêts croisés des plus grands groupes bancaires mondiaux : les Morgan, les Rothschild, les Warburg et les Rockefeller. Les historiens du Nouveau Monde les appelleront les Barons voleurs.

Ils s'installèrent autour d'une table et neuf jours durant dans le plus grand secret, ils mirent au point et rédigèrent minutieusement le règlement de ce qui allait devenir le Système de la Reserve Une fois arrivés dans la luxueuse propriété de J.P. Morgan sur l'ilot Jekyll, nos banquiers millionnaires rédigèrent l'acte de naissance du Système monétaire du Nouveau Monde.


5 – Les banquiers de la City repartent à l'assaut de Picrocholand

Jusqu'en 1910, le Colonel House s'attache habilement à consolider son réseau new-yorkais et washingtonien, ainsi qu'à resserrer les liens tissés par son père avec les puissants groupes qui dominent Wall Street — les Maisons Morgan, Rockefeller, Dukes, Mellons, Brown-Harriman, Dillon-Reed, sans compter les Carnegie, les Whitney ou les Vanderbilt. Au cours de son séjour en Europe durant l'été 1913, il tissera également des liens étroits avec les financiers de la City, notamment les Rothschild et les Warburg, dont la puissance financière dominait déjà secrètement l'Europe tout entière.

On ne peut qu'être frappé par l'étonnante homogénéité ethnique des grands financiers qui gravitent autour du Colonel House et plus généralement par celle de tous les banquiers de la City ou de Wall Street. Un co-religionnaire, Jacques Attali, fournit quelques clés psycho-religieuses de ce phénomène dans un gros ouvrage à prétention historique, Les juifs, le monde et l'argent, Fayard 2002 dans lequel il théorise la spécialisation des juifs dans le commerce de l'argent et justifie leur omniprésence dans cette activité : «Pour les juifs, tirer un intérêt de l'argent n'est pas immoral. (...) L'argent est, comme le bétail, une richesse fertile, et le temps est un espace à valoriser. Pour les chrétiens, au contraire, comme pour Aristote et les Grecs, l'argent — comme le temps — ne produit pas en soi-même de richesse, il est stérile ; aussi faire commerce de l'argent est-il un péché mortel». (p. 120, coll. poche) Car, précise-t-il dans une interview donnée après la parution de son livre : «Pour un juif, la pauvreté est intolérable. Pour un chrétien, c'est la richesse qui l'est».

Ces considérations psycho-théologico-monétaires éclairent quelque peu les motivations des grandes maisons bancaires anglaises — notamment celle des Rothschild, de ses succursales et de ses alliés — au cours de la guerre qu'ils déclenchèrent pour la troisième fois depuis la naissance de cet État contre la loi fondamentale des USA.

Remonter à la source de la création de la FED, c'est donc découvrir que dès la naissance du nouvel État, les puissants banquiers de la City conduits par les clans Rothschild et Warburg avaient mené une guerre violente, obstinée et sournoise contre les principes que les pères fondateurs du nouvel État avaient voulu graver dans la Constitution de 1787 inspirée par les philosophes libéraux. C'est dès son premier article, section 8, § 5 que la loi fondamentale précise avec force que «c'est au Congrès qu'appartiendra le droit de frapper l'argent et d'en régler la valeur». Ses rédacteurs avaient précisément voulu éviter de reproduire le modèle anglais et sa banque centrale, propriété des actionnaires privés ; car comme disait Napoléon Bonaparte, «la main qui tient les cordons de la bourse détient le pouvoir».

Durant tout le XIXe siècle, les coups de boutoir des financiers furent constants (voir ci-dessus). Les banquiers de la City de Londres avaient conduit, notamment en 1812 et 1866, deux puissants assauts contre la Constitution des États-Unis.

Ils échouèrent provisoirement, mais ils provoquèrent, à titre collatéral, si je puis dire, l'assassinat de deux présidents qui avaient eu l'audace de contrecarrer leurs prétentions : Abraham Lincoln avec son dollar «Greenback», et James Garfield, qui venait de faire un discours sur les problèmes monétaires peu de temps avant son assassinat. Un troisième président, John Fitzgerald Kennedy paiera de sa vie l'audace d'avoir voulu, en 1963, mettre fin à l'exorbitant privilège des financiers né de la création de la FED.

Au début du XXe siècle, après plusieurs paniques analysées ci-dessus — en 1869 – 1873 – 1893 – 1901 et 1907 — provoquées et astucieusement contrôlées notamment par un des principaux «barons voleurs», le financier et homme d'affaires John Pierpont Morgan — les banquiers de la City revinrent à l'assaut et remirent sur le tapis leur projet de création d'une banque centrale privée en prenant pour prétexte l'exaspération de la population après la panique boursière de 1907 artificiellement provoquée par leurs soins.

Cependant, ils savaient que le Gouvernement et le public étaient réticents et ne voulaient pas de ce genre d'institution. Il leur avait donc fallu créer de toutes pièces un événement-choc de nature à vaincre l'hostilité du gouvernement. Ce fut John Pierpont Morgan qui s'en était chargé. Fort de sa réputation d'expert financier compétent, il avait habilement distillé des rumeurs de faillite de deux banques new-yorkaises — Knickerbocker Trust Co et Trust Company of America — qui mettaient en péril tout le réseau bancaire du pays et la panique attendue se produisit.

Le Congrès confia alors au Sénateur Aldrich, un Républicain, chef de la Commission des finances du Sénat qui passait pour le politicien le plus influent de l'époque, le soin de constituer et de diriger deux commissions : l'une sur le fonctionnement du système monétaire américain et l'autre destinée à mener une expertise sur le fonctionnement des banques centrales européennes. Ses relations avec le cartel des banques — sa fille avait épousé l'héritier des Rockefeller et son fils devint le président de la Chase National Banque — en faisaient pourtant un politicien pour le moins suspect de sympathie avec les financiers internationaux.

Son voyage en Allemagne, en Angleterre et en France entre 1908 et 1909, ainsi que ses rencontres avec les banquiers européens, notamment avec Paul Warburg, l'avaient conforté dans la conviction, qui était déjà la sienne au départ, de l'excellence des banques centrales privées.

Mais l'opinion américaine et une forte majorité du Congrès, toujours aussi méfiantes à l'égard des financiers, demeuraient fermement hostiles à toute modification de la Constitution. Pressé par ses amis des lobbies, le riche Sénateur prit la tête de ce qu'il faut bien appeler un complot puisque, entre 1910 et 1913, les méthodes politiques utilisées les principaux acteurs tenaient davantage de celles la maffia sicilienne que de l'État de droit.

En effet, les deux échecs précédents de leur tentative de faire main basse sur le système monétaire du nouvel État avaient servi de leçon aux banquiers. Conscients de ce qu'il leur fallait changer de stratégie et ne pas attaquer de front et à visage découvert, ils mirent patiemment au point un véritable plan de campagne dont on mesure, avec le recul, tout le machiavélisme. Ils agirent, en effet, sur quatre fronts à la fois et, le plus souvent, en se dissimulant derrière des hommes de paille.

Il s'agissait :

– Premièrement, de définir l'objectif avec une grande précision, autrement dit, de rédiger d'avance, et en un petit comité composé de quelques membres acquis d'avance ou partie prenante, le contenu de la loi qu'il conviendra de réussir à faire voter et qui contiendra tous les éléments de ce que devra être la future banque centrale. Ce fut l'objet de la réunion de l'île Jekyll.

– Deuxièmement, il convenait d'assurer l'élection d'un nouveau président favorable à leurs intérêts afin qu'il n'y ait pas d'obstacle inattendu à partir de la Maison Blanche.

– Troisièmement, il ne fallait pas oublier de mener des actions ciblées au Congrès, afin de conquérir une majorité favorable au projet.

– Quatrièmement, il était capital d'entreprendre une vigoureuse et habile campagne publicitaire dans la presse et dans les milieux intellectuels en choisissant des journalistes connus et des professeurs directement payés par les groupes financiers, propriétaires des journaux ou importants actionnaires des Universités sollicitées, afin d'endormir l'hostilité de l'opinion publique et la convaincre du bien-fondé des «réformes» proposées.

Chaque secteur eut donc son chef de corps d'armée :
  • au Colonel House fut dévolue la campagne de l'élection présidentielle, puis de l'action psychologique sur le président ;
  • au Sénateur Aldrich, l'action sur le Congrès ;
  • aux financiers la corruption de la presse et l'achat des agents d'influence.

Mais l'homme qui tirait les ficelles dans les coulisses fut le puissant banquier allemand, Paul Warburg en liaison avec le Colonel House, eux-mêmes téléguidés par la puissante Maison Rothschild de Londres.

Paul Warburg fut en effet le chef d'orchestre de toute cette opération. Allemand et co-propriétaire avec son frère Félix de la banque familiale de Hambourg, il avait épousé en 1893 la fille de Salomon Loeb, de la banque new-yorkaise Kuhn, Loeb & Co et s'était installé aux États-Unis. Or cette banque était le poisson-pilote des Rothschild européens aux États-Unis, ce qui signifie que Paul Warburg était, en l'espèce, l'homme de paille des Rothschild.

Lui et son frère étaient devenus co-actionnaires de la banque du beau-père — laquelle avait fusionné avec Lehman Brothers en 1977, mais avait connu, comme on s'en souvient, une triste fin en forme de faillite en 2008. Cependant, au début du XXe siècle, Kuhn, Loeb & Co connaissait une si insolente prospérité que le nouvel associé et gendre s'était vu gratifié d'une rémunération mirobolante pour l'époque de cinq millions de dollars par an, simplement destinée à lui assurer la liberté de préparer la réforme du système monétaire américain en vue de l'aligner sur le modèle de la banque centrale d'Angleterre — la première au monde — qui appartenait à des banquiers privés depuis sa création en 1694.

C'était le modèle que les conspirateurs de l'île Jekyll rêvaient de reproduire aux États-Unis.

Ce sont donc les groupes bancaires internationaux Eugène Meyer, Lazard Frères, J. & W. Seligman, Ladenburg Thalmann, Speyer Brothers, M. M. Warburg et Rothschild Brothers qui, à travers leurs succursales américaines, menèrent en sous-main toute la campagne. On voit qu'ils s'étaient préparés de longue date pour un marathon politique et que la réunion de l'île Jekyll était loin d'être improvisée.


6 – La réunion secrète des banquiers dans la propriété du Sénateur Aldrich dans l'île Jekyll et ses conséquences

Eustache Mullins a décrit minutieusement les circonstances rocambolesques de la réunion de l'ile Jekyll, ouvrage qui continue d'être ostracisé, alors qu'il est le premier historien qui soit remonté le plus près possible de la source de la naissance de la FED. Depuis lors, tout le monde s'inspire de ses travaux et, sans jamais le citer et les pille sans vergogne. Je reviendrai sur la naissance et le destin de cet ouvrage.

C'est grâce à lui qu'une connaissance détaillée des circonstances du voyage et du séjour des dix participants à ce conclave est désormais répandue dans le public. On sait aujourd'hui que le Colonel House faisait lui aussi partie du petit groupe de la dizaine de «conspirateurs» déguisés en chasseurs de canard qui s'est réunie à huis clos durant une semaine dans la propriété du Sénateur Aldrich bien que Mullins, bizarrement, ne le cite pas. Peut-être parce qu'à la fin de l'année 1910, ce personnage n'avait encore aucun pouvoir politique officiel et n'exerçait aucune fonction notable dans le privé. Néanmoins sa présence parmi les banquiers à une telle assemblée donne une idée de la force des liens de confiance qui l'unissaient alors à eux.

Le terme de «conspirateurs» donne, aujourd'hui encore, de l'urticaire aux défenseurs des banquiers. Mais c'est le terme même qu'emploie l'un des participants à cet élégant raout, Frank A. Vanderlip, dans l'autobiographie qu'il a rédigée en 1935 : From Farmboy to Financier (Du garçon de ferme au financier) : «J'étais aussi discret et aussi prudent que peut l'être un conspirateur. Nous savions que nous ne devions pas être découverts, ou alors, tout le temps et les efforts que nous avions consacrés à ce travail seraient détruits. S'il avait été révélé que notre petit groupe s'est réuni et qu'il a, en commun, rédigé un projet de banque central, celui-ci n'avait aucune chance d'être accepté par le Congrès... Je ne crois pas qu'il soit exagéré considérer que notre expédition à Jekyll Island fut la source de ce qui est devenu le Federal Reserve System. [...] Les résultats de cette conférence furent entièrement confidentiels. Même le fait qu'il y ait eu une réunion n'était pas autorisé à être rendu public», car le Sénateur Aldrich «a fait promettre à tous les participants de garder le secret» écrivit de son côté Paul Warburg dans le compte-rendu qu'il fit dix-huit ans après les évènements dans The Federal Reserve System, Its Origin and Growth, Volume I, p. 58, Macmillan, New York, 1930 (cité par Mullins).

Le plan Warburg rédigé lors du conclave de l'île Jekyll, fut consigné dans le rapport Aldrich. En bons chasseurs de canards, les «conspirateurs» utilisèrent ensuite la technique bien connue du leurre. Deux plans aux noms différents, mais aux contenus quasi identiques furent lancés dans le public et chacun eut ses détracteurs virulents et ses partisans enthousiastes : le Rapport Aldrich qui faisait l'unanimité contre lui, était défendu par les Républicains et passait pour être le plan des trusts bancaires, et la Loi de Réserve Fédérale, défendue par les Démocrates, était censée préserver les intérêts des citoyens.

Bien que le terme de «Banque centrale» eût été soigneusement évité, c'était bien de cela qu'il était question dans les deux cas, pour le plus grand profit des banquiers, en application de la phrase du vieux, richissime et cynique John Pierpont Morgan : «La Monnaie est une matière première» — à l'instar des pommes-de-terre ou des tomates — à cette petite différence près que les banquiers n'ont aucun mal à produire cette «matière première-là».

Cette conception agricole de la monnaie est un reflet fidèle de celle exposée par Jacques Attali : «Pour le peuple juif, [...] écrit-il, il n'y a aucune raison d'interdire le prêt à intérêt à un non-juif, car l'intérêt n'est que la marque de la fertilité de l'argent». Mais usure interdite entre juifs.

Pour pimenter encore plus le stratagème, Nelson Aldrich, qui venait de perdre son poste de Sénateur ainsi que Frank Vanderlip — les deux principaux meneurs de la cabale en faveur de Wall Street — attaquèrent violemment la Loi de Réserve Fédérale, lui reprochant d'être beaucoup trop hostile aux banquiers. Comme justement le Congrès était lui aussi majoritairement hostile aux trusts, les congressistes furent dupes de cette rouerie et se ruèrent sur le leurre.

Les chapitres I à IV de l'ouvrage de Mullins qui traitent de la naissance de la FED sont dignes d'une enquête de Sherlock Holmes et se lisent comme un roman policier. Peu de membres du Congrès avaient eu le courage de s'opposer publiquement à l'un et à l'autre plan des banquiers. Le député Charles Lindbergh fut l'un de ces opposants les plus combattifs. Père du célèbre aviateur, il avait déclaré le 15 décembre 1911 : «Le gouvernement poursuit d'autres trusts en justice, mais il soutient le trust monétaire. J'ai attendu patiemment pendant plusieurs années l'occasion d'exposer le niveau erroné atteint par la masse monétaire et de montrer que le plus grand des favoritismes est celui que le gouvernement a étendu au trust monétaire».

Le 23 décembre 1913, au moment où la loi fut votée, amer, il prononça au Congrès un discours prémonitoire, et plus actuel que jamais, compte tenu de ce que sont devenus Wall Street et la Fed : «Cette Loi établit le trust le plus gigantesque de la terre. Lorsque le président signera ce projet de loi, un gouvernement invisible, celui de la puissance monétaire, sera légalisé. Le peuple peut ne pas s'en rendre compte immédiatement, mais le jour du jugement n'est éloigné que de quelques années. Les trusts réaliseront bientôt qu'ils sont allés trop loin, même pour leur propre bien. Pour se délivrer de la puissance monétaire, le peuple devra faire une déclaration d'indépendance. Il pourra le faire en prenant le contrôle du Congrès. [...] Ceux de Wall Street n'auraient pas pu nous tromper si vous, les Députés et les Sénateurs, n'aviez fait du Congrès une fumisterie. [...] Si nous avions un vrai Congrès du peuple, la stabilité règnerait. Le plus grand crime du Congrès est le vote de son système monétaire. Le pire crime législatif de tous les temps est perpétré par ce projet de loi bancaire. Les groupes parlementaires et les chefs de partis ont à nouveau agi et empêché le peuple d'obtenir le bénéfice de son propre gouvernement».

Le député Louis Mc Fadden avait, lui aussi, manifesté une opposition violente et écrivit : «Un système bancaire mondial est en train de mettre en place un super État contrôlé par les banquiers internationaux. [...] Ils travaillent ensemble à l'asservissement du monde au nom de leur propre intérêt. La Fed a usurpé le pouvoir du gouvernement».

Car les circonstances du vote au Congrès avaient fait, elles aussi, l'objet de ruses, de manipulations, de tractations secrètes dans les coulisses, de marchandages. Là encore les deux mêmes larrons, Paul Warburg et le Colonel House, avaient été à la manœuvre. George Sylvester Viereck écrivit : «Les Schiff, Warburg, Kahn, Rockefeller et Morgan avaient placé leur confiance en House. Lorsque la législation sur la Réserve Fédérale prit enfin une forme définitive, House fut l'intermédiaire entre la Maison Blanche et les financiers». (George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932.)

L'opération de vote au Congrès se déroula cependant d'une manière extra-ordinaire dans ce genre d'enceinte. En effet, le Federal Reserve Act fut présenté en catimini et dans une discrétion absolue, le 23 décembre 1913, dans la nuit, entre 1h30 et 4h30, au moment où les membres du Congrès étaient soit endormis, soit en vacances pour les fêtes de Noël.


7 – Lendemains qui déchantent

Les députés démocrates présents étaient persuadés, à l'instar du président Wilson, qu'ils votaient contre le projet des banquiers et «en faveur de la réduction des privilèges des banquiers». Il s'agit d'un stratagème classique, mais inusable. Le président Sarkozy l'a également utilisé avec succès en faisant voter par une majorité obséquieuse un traité de Lisbonne qui n'est que le frère jumeau d'un traité constitutionnel refusé par un referendum, et passé dans un shaker de manière à créer un désordre tel qu'il devenait difficile de s'y retrouver. Même magouille, même tromperie du peuple et même trahison des membres du Parlement.

Nietzsche nous avait prévenus : «L'État ment dans toutes ses langues de la terre ; et, dans tout ce qu'il dit, il ment — et tout ce qu'il a, il l'a volé...» (Zarathoustra)

Et pendant ce temps, les journaux appartenant aux banquiers publiaient des articles délirants d'enthousiasme, chantaient la grâce du cadeau de Noël, prédisaient des lendemains qui chantent et une prospérité sans limites pour toutes les classes de la société.

Le lendemain du jour mémorable du vote, le 24 décembre 1913, le banquier Jacob Schiff remerciait le diligent homme de l'ombre : «Mon Cher Colonel House. Je veux vous dire un mot pour le travail silencieux, mais sans aucun doute efficace, que vous avez fait dans l'intérêt de la législation monétaire, et vous féliciter de ce que cette mesure a été finalement promulguée en loi. Tous mes meilleurs vœux. Sincèrement votre, JACOB SCHIFF».

On ne peut s'empêcher de voir dans ce document le ton et le contenu du commanditaire à son subordonné et exécuteur.

Le président Wilson, pourtant «créé» par les banquiers et exceptionnellement favorable à leurs plans avait, à la surprise générale, renâclé au dernier moment et avait refusé de signer le décret destiné à donner force de loi à ce vote. Le banquier Bernard Baruch, qui jouera un rôle capital dans la politique des États-Unis dans les années qui allaient venir, s'était précipité à la Maison Blanche et avait arraché l'accord du président qui contestait, non point le principe ou l'ensemble de la loi, mais des détails concernant les nominations à l'intérieur du système.

Néanmoins, en 1916 prenant tardivement conscience des conséquences de cette loi et des restrictions qu'elle apportait au pouvoir exécutif — le sien — il manifesta, des regrets et émit forces gémissements d'impuissance : «Notre grande nation industrielle est contrôlée par leur système de crédit. Notre système de crédit est privatisé, c'est pourquoi la croissance du pays ainsi que toutes nos activités sont entre les mains d'une poignée d'hommes qui si nécessaire, pour des raisons qui leur sont propres, peuvent geler, vérifier et détruire la liberté économique. Nous sommes devenus un des plus mal gouvernés, des plus contrôlés et des plus soumis de tous les gouvernements du monde civilisé. Il ne s'agit plus d'un Gouvernement libre d'opinion ni d'un Gouvernement de conviction élu à la majorité mais d'un Gouvernement soumis à la volonté et à la fermeté d'un petit groupe d'hommes dominants». (L'Économie Nationale et le Système Bancaire, document sénatorial N°3, N° 223, 76ème Congrès, 1ère session, 1939.)

C'est pourquoi les journalistes, et même les historiens qui attribuent la paternité de la FED au président Woodrow Wilson, alors que sa contribution à ce projet fut pratiquement nulle, ne connaissent pas les circonstances de sa venue au monde.

Jusqu'en 1910, le Colonel House s'attacha habilement à consolider son réseau new-yorkais et washingtonien, ainsi qu'à resserrer les liens tissés par son père avec les puissants groupes qui dominent Wall Street — les Maisons Morgan, Rockefeller, Dukes, Mellons, Brown-Harriman, Dillon-Reed, sans compter les Carnegie, les Whitney ou les Vanderbilt. Au cours de son séjour en Europe durant l'été 1913, il tissera également des liens étroits avec les financiers de la City, notamment les Rothschild et les Warburg, dont la puissance financière dominait déjà secrètement l'Europe tout entière.

On ne peut qu'être frappé par l'étonnante homogénéité ethnique des grands financiers qui gravitèrent autour du Colonel House et plus généralement par celle de tous les banquiers de la City ou de Wall Street. Un co-religionnaire, Jacques Attali, fournit quelques clés psycho-religieuses de ce phénomène dans un gros ouvrage à prétention historique, Les juifs, le monde et l'argent, Fayard 2002 dans lequel il théorise la spécialisation des juifs dans le commerce de l'argent et justifie leur omniprésence dans cette activité : «Pour les juifs, tirer un intérêt de l'argent n'est pas immoral. [...] L'argent est, comme le bétail, une richesse fertile, et le temps est un espace à valoriser. Pour les chrétiens, au contraire, comme pour Aristote et les Grecs, l'argent — comme le temps — ne produit pas en soi-même de richesse, il est stérile ; aussi faire commerce de l'argent est-il un péché mortel». (p. 120, coll. poche) Car, précise-t-il dans une interview donnée après la parution de son livre :«Pour un juif, la pauvreté est intolérable. Pour un chrétien, c'est la richesse qui l'est».

Ces considérations psycho-théologico-monétaires éclairent quelque peu les motivations des grandes maisons bancaires anglaises — notamment celle des Rothschild, de ses succursales et de ses alliés — au cours de la guerre qu'ils déclenchèrent pour la troisième fois depuis la naissance de cet État contre la loi fondamentale de Picrocholand.

Remonter à la source de la création de la FED, c'est donc découvrir que dès la naissance du nouvel État, les puissants banquiers de la City conduits par les clans Rothschild et Warburg avaient mené une guerre violente, obstinée et sournoise contre les principes que les pères fondateurs avaient voulu graver dans la Constitution de 1787 inspirée par les philosophes libéraux. En effet, c'est dès son premier article, section 8, § 5 que la loi fondamentale précise avec force que «c'est au Congrès qu'appartiendra le droit de frapper l'argent et d'en régler la valeur». Ses rédacteurs avaient précisément voulu éviter de reproduire le modèle anglais et sa banque centrale, propriété des actionnaires privés ; car comme disait Napoléon Bonaparte, «La main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit» ?

L'opération de vote au Congrès se déroula cependant d'une manière extra-ordinaire dans ce genre d'enceinte. En effet, le Federal Reserve Act fut présenté en catimini et dans une discrétion absolue, le 23 décembre 1913, dans la nuit, entre 1h30 et 4h30, au moment où les membres du Congrès étaient soit endormis, soit en vacances pour les fêtes de Noël.

En revanche, l'éditorial du New York Times contenait un commentaire dithyrambique du projet. Il ne cachait pas son enthousiasme et dans son édition du 23 décembre 1913, il se félicitait de la «vitesse sans précédent» qui avait marqué l'adoption de la loi et ajoutait qu'«on voit la main excellente de Paul Warburg dans cette stratégie finale». Il ajoutait «Le projet de loi portant sur les Opérations de banque et de Monnaie s'améliorait et devenait plus sain chaque fois qu'il passait d'une extrémité du Capitole à l'autre. Le Congrès a travaillé sous la surveillance publique dans la fabrication de ce projet de loi».

Eustace Mullins, dans son excellent Secrets de la Réserve Fédérale, dont je parlerai dans une deuxième partie, ajoute ce commentaire ironique : «Par surveillance publique, le Times apparemment voulait désigner Paul Warburg, qui pendant plusieurs jours avait gardé un petit bureau dans le bâtiment du Capitole, où il dirigeait la campagne couronnée de succès d'avant-Noël de passer le projet de loi et où les Sénateurs et des Membres du Congrès venaient toutes les heures à sa demande pour conduire sa stratégie».

Ce n'est que six ans après fameuse réunion de l'Ile Jekyll, en 1916, que Bertie Charles Forbes en révéla l'existence dans la revue qu'il venait de fonder, le Forbes Magazine. Le Federal Reserve Act était voté et les dés étaient jetés depuis trois ans.

Depuis lors, l'île Jekyll a été vendue à l' État de Georgie et une maison porte une plaque sur laquelle est inscrite la phrase : «Le système de la Réserve fédérale fut créé dans cette maison».


À suivre... 

• John Fitzgerald Kennedy et la nouvelle tentative de réforme financière
• Histoire de l'Histoire de la révélation au public du système de la Réserve Fédérale
• Ezra Pound et son combat contre l'usurocratie
• Le mécanisme de l'escroquerie de la Réserve Fédérale
• L'entrée en guerre des États-Unis

Bibliographie

• The intimate papers of Colonel House arranged as a narrative by Charles Seymour, Boston, New York : Houghton Mifflin Co, 1926-1928.
• Philip Dru administrator : A story of tomorrow, 1912 (Ces deux textes sont disponibles en libre accès dans le Projet Gutenberg.)
• Arthur Howden Smith, The Real Colonel House, Doran Company, New-York, 1918
• George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932.
• Une biographie plus récente vient de paraître : Godfrey Hodgson, Woodrow Wilson's Right Hand : The Life of Colonel Edward M. House (Hardcover, 2006)
• Bien qu'il ne lui soit pas consacré dans sa totalité, l'ouvrage d'Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve, The London Connection
• Jacques Attali, Les juifs, le Monde et l'Argent, Histoire économique du peuple juif, Fayard 2002, (Livre de poche pour les références)
• S. Freud, W.C. Bullit, Payot 2005, President T.W.Wilson, portrait psychologique, (livre de poche).


Aline de Diéguez

https://reseauinternational.net/la-naissance-maffieuse-du-dollar-2/
#78
Yemen + Oman / Les invisibles avantages d’An...
Last post by JacquesL - 30 Septembre 2026, 10:41:59 AM
Les invisibles avantages d'AnsarAllah face à l'Arabie Saoudite

Publié le septembre 29, 2026 par Wayan

Par Alastair Crooke – Le 25 septembre 2026 – Source Conflicts Forum



AnsarAllalah bénéficie de nombreux avantages, peu visibles, dans son conflit contre le « riche » et occidentalisé Royaume saoudien. C'est une guerre qui a récemment été ravivée par la rupture, par l'Arabie saoudite, d'une trêve conclue en 2022. La trêve a été rompue lorsque l'Arabie Saoudite a bombardé l'aéroport international de Sanaa, en juillet 2026, pour empêcher un avion civil iranien d'atterrir.

L'Arabie saoudite a déclaré que Trump avait explicitement approuvé la frappe de l'aéroport – offrant à AnsarAllah l'opportunité de mettre la trêve de côté et de reprendre la guerre.

AnsarAllah a répondu au bombardement saoudien par une attaque éclair qui lui a permis de s'emparer de la côte ouest du Yémen (environ 5 400 km carrés pris en 11 jours), les principaux ports et les principales îles stratégiques de la mer Rouge. Leurs actions et leur stratégie étaient bien planifiées et fondées sur une compréhension et une expérience approfondies de la géographie et de la composition sociétale uniques de la péninsule.

Un rapide coup d'œil sur la carte montre que l'Arabie saoudite et le Yémen sont situés dans une « boîte« , dont le centre est désertique, avec ses flancs composés de crêtes montagneuses escarpées descendant vers la mer Rouge. AnsarAllah tient maintenant les hautes terres au-dessus des rives de la mer Rouge et s'est également emparé des principales îles de la mer Rouge qui contrôlent l'accès au détroit de Bab al-Mandab.

À certains égards, cette géographie reflète le terrain iranien rocheux à flanc de colline qui encadre Ormuz.

Cette réalité géographique suggère que la puissance aérienne saoudienne ne délogera pas les agiles tribus de leur redoute montagnarde. AnsarAllah, en tout cas, se bat de manière asymétrique. Bombardés sans relâche depuis plus d'une décennie, ils se battent en "hommes libres" ; ils « voltigent » d'un endroit à l'autre, et leur infrastructure militaire est enterrée (dans une pratique similaire à celle de l'Iran). Ils contrôlent maintenant le détroit de Bab al-Mandab avec de l'artillerie, économisant ainsi leurs drones et missiles plus sophistiqués à d'autres fins.

En bref, la puissance aérienne saoudienne ou occidentale ne servira pas à grand-chose. Il n'y a pas de cibles évidentes ; les combattants d'AnsarAllah sont comme des mirages se déplaçant çà et là. Les forces alignées sur l'Arabie saoudite dans le sud sont plutôt des coalitions issues de différentes tribus et mercenaires du Sud ; il y a aussi des restes de mercenaires pro-EAU avec lesquels les forces pro-saoudiennes s'affrontent régulièrement.

L'offensive saoudienne initiale contre AnsarAllah fut une débâcle ; sans commandement central, sans plan et sans logistique préparée, l'assaut s'est effondré. Les combats semblent maintenant s'étendre aux provinces de Jizan et de Najran — qui font actuellement partie de l'Arabie saoudite. Ce sont deux des trois provinces yéménites riches et fertiles saisies par l'Arabie saoudite dans les années 1930, sans aucun doute le Yémen veut les récupérer.

Alors, que peuvent faire Israël et les États-Unis pour soutenir leur allié pivot ? Eh bien, Israël semble vanter la Corne de l'Afrique comme base à partir de laquelle lancer un assaut amphibie à travers la mer Rouge pour s'emparer du bord de la « boîte d'AnsarAllah » bordant la mer Rouge. Une telle notion, cependant, ressemble tellement à l'assaut amphibie raté de la Première Guerre mondiale à Gallipoli, à travers le détroit des Dardanelles, qui a entraîné la mort de plus de 44 000 forces alliées qu'il n'est pas difficile d'imaginer les frissons remontant l'épine dorsale des responsables du Pentagone.

Notamment, Trump et d'autres « alliés » ont refusé de venir à la rescousse de MbS ; un ostracisme et un déni qui ne passeront pas inaperçus auprès des clans et tribus saoudiens qui en veulent toujours au roi Salman de la succession royale de 2017 qui, contrairement à la tradition, avait nommé MbS, son fils préféré, comme prince héritier (plutôt que le prochain frère dans la lignée de succession). Ils n'ont pas oublié non plus le remaniement de près de 400 princes, oligarques et ministres de MbS en novembre 2017 à l'hôtel Ritz-Carlton de Riyad ; ni l'accaparement des ressources pétrolières et, comme le souligne le professeur Madawi Al-Rasheed, l'assujettissement des tribus saoudiennes pour la mise en place d'un règne familial unique.

Le deuxième facteur – en dehors de la géographie – qui devrait être pris en compte sont les racines d'Ansar Allah dans un credo révolutionnaire historique et la longue histoire controversée de la péninsule.

José Alberto Nino explique que "derrière les gains géopolitiques surprenants d'Ansar Allah se cache une ancienne tradition religieuse. Le zaïdisme est l'une des 3 branches majeures survivantes de l'islam chiite aux côtés du Douzième et de l'ismaélisme"...

Citer"Le Douzième – la branche dominante, comprenant la majorité des musulmans chiites dans le monde entier et qui est la religion d'État de l'Iran – soutient que la légitimité spirituelle passe par une lignée de 12 Imams ... L'ismaélisme, parfois appelé Septuple Chiite, s'est séparé de la lignée des Douzaines pour laquelle le fils du sixième Imam était le successeur légitime ; sa branche survivante la plus importante aujourd'hui suit l'Aga Khan en tant qu'Imam vivant".
« Le zaydisme tire son nom de Zayd ibn Ali, un arrière-arrière-petit-fils du Prophète Mahomet Alors que les Douzièmes croient que l'Imam doit être divinement nommé et que les Ismaéliens suivent un Imam héréditaire vivant, les Zaydis soutiennent que tout descendant savant d'Ali peut diriger en se soulevant, les armes à la main, contre la tyrannie".

"Les Houthis restent un mouvement enraciné dans les Zaïdites, mais ont construit une coalition plus large au-delà des lignes sectaires...[en récupérant] les sunnites shafi'i et en installant des politiciens sunnites du Sud à des postes civils visibles, tout en faisant appel aux communautés sunnites par le biais de la souveraineté, de la lutte contre la corruption, de la lutte contre l'intervention saoudienne et des messages de solidarité pro-palestiniens."

"La révolution [iranienne] de 1979 a offert aux revivalistes zaïdites un exemple de soulèvement islamique réussi contre la monarchie et le pouvoir occidental. [Leur chef], Hussein, admirait la résistance de l'ayatollah Khomeiny, adoptait des éléments de l'art de gouverner iranien, [mais] considérait le Hezbollah comme un modèle organisationnel".

Pourtant, AnsarAllah n'est pas un proxy iranien, insiste Nino.

Son défi constant à Israël, dit-il, ne vient pas seulement du Hezbollah ni de l'Iran, mais est ancré dans « le soulèvement, armes à la main, contre la tyrannie » de son premier imam lorsqu'il s'est rebellé contre le califat omeyyade en 740 de notre Ère et a été martyrisé.

L'antipathie envers les Juifs parmi les Houthis est apparue primordialement, écrit Nino, « après le mouvement sabbatéen de 1666, une vague messianique massive » [d'un grand nombre de Juifs centrés sur Sabbatai Zevi, alors que le Messie conduisait les Juifs à une Rédemption imminente] qui ont pris d'assaut le Yémen.

Le mysticisme sabbatéen était très controversé partout, de l'Europe à l'Asie, des milliers de Juifs étant ex-communiés par leurs autorités rabbiniques pour leur pratique sabbatéenne. Sabbatai Zevi, et les pratiques adoptées par son mouvement, ont tellement indigné le calife ottoman, Mehmed IV, qu'il a ordonné à Zevi de se convertir à l'Islam ou d'accepter d'être mis à mort. Zevi a choisi de se convertir à l'islam en 1666. La plupart de ses nombreux adeptes se sont ostensiblement convertis à l'Islam aussi, suivant l'exemple de Zevi, mais sont secrètement restés « sabbatéens« . C'est de la d'où vient le mouvement Dönmeh de dissimulation d'allégeance à l'intérieur de la Turquie et au-delà.

Au Yémen, l'Imam Houthi, après avoir consulté des érudits zaïdites, a rendu une décision qui, comme le Calife, exigeait également la conversion des Juifs ; un ultimatum que la plupart des Juifs yéménites ont refusé. L'épisode s'est terminé par la démolition des synagogues dans tout le Yémen, en 1679, et l'expulsion de toute la population juive du Yémen (bien que les Juifs soient revenus après environ un an d'absence, même si beaucoup aient vu leurs anciennes propriétés confisquées).

Il ne fait aucun doute que le calife ottoman imaginait que l'épisode sabbatéen avait été bouclé en 1666 – mais il y a eu un retour de bâton qui a finalement contribué au démantèlement du califat. La manière dont le califat a été démantelé jette une ombre sur l'adhésion d'Ibn Saud à la doctrine zélée d'Abd-al Wahhab ; une alliance considérée comme profondément antithétique à l'islam sunnite dans son ensemble.

Pendant des siècles, les Dönmeh ont vécu une double vie — pratiquant une identité « secrète mais publique » où les véritables allégeances religieuses étaient dissimulées. Lorsque les Jeunes Turcs ont commencé à plaider en faveur d'un État laïc de style occidental, les Dönmeh ont ardemment défendu la cause. Une Turquie laïque et nationaliste signifiait qu'ils ne seraient plus définis par les codes juridiques religieux stricts (le système du mil) de l'Empire ottoman. Ils pourraient enfin sortir de l'ombre en tant que citoyens turcs égaux et laïques.

Les historiens traditionnels reconnaissent que la communauté Dönmeh a joué un rôle fondamental dans le Comité de l'Union et du progrès (CUP) et l'effondrement ultérieur de l'Empire ottoman.

Du point de vue des loyalistes ottomans, l'Empire ottoman a été renversé par deux forces perturbatrices peu orthodoxes — des réformateurs sécularisants internes à l'Ouest (en particulier des Dönmeh) , et deuxièmement, par des fanatiques religieux radicaux à l'Est (les wahhabites). Dans le désert reculé de l'Arabie centrale (le Najd), l'alliance entre Muhammad ibn Abd al-Wahhab et la Maison des Saoud était perçue comme une guerre directe contre les références religieuses ottomanes et contre son hégémonie territoriale.

Les points de basculement sont venus avec les raids dévastateurs wahhabites sur Karbala (1802), La Mecque et Médine (1803-1805), qui ont choqué le monde musulman et forcé le sultan ottoman à prendre des mesures drastiques.

Un rapport de renseignement irakien très médiatisé de 2002, découvert après la chute de Bagdad (et des travaux antérieurs d'écrivains ottomans comme Ayyub Sabri Pacha), explique que Muhammad ibn Abd al-Wahhab (le fondateur du wahhabisme) et Muhammad bin Saud étaient des descendants des Dönmeh.

Bien qu'il n'y ait aucune preuve littérale d'un tel lien, un certain nombre d'observateurs ont noté les puissantes « résonances » structurelles et fonctionnelles dans la façon dont ces trois mouvements — sabbatéisme, wahhabisme et Sionisme messianique — fonctionnent au sein de leurs religions respectives : tous les trois représentent des ruptures radicales avec l'orthodoxie traditionnelle. Le wahhabisme a rejeté des siècles de tradition savante islamique en faveur d'un littéralisme rigide ; le sabbatéisme a entièrement enfreint la loi rabbinique et le Sionisme messianique a subverti l'enseignement juif orthodoxe traditionnel (qui attend le Messie).

Pendant des décennies, l'Arabie saoudite a fortement protégé son histoire, ancrant sa légitimité directement dans le mandat divin de l'alliance de 1744 avec Ibn Abd al-Wahhab. Ces dernières années, cependant, l'Arabie saoudite s'est engagée dans un découplage volontaire du wahhabisme sous Mohammed Bin Salman. L'État a réécrit son histoire officielle pour mettre l'accent sur l'identité nationale et tribale à partir de 1727, minimisant le rôle d'Ibn Wahhab.

Alors que la Turquie – en tant que principal État successeur de l'Empire ottoman – conserve un profond souvenir culturel des guerres ottomanes-wahhabites, de nombreuses autorités religieuses turques considèrent le wahhabisme comme un mouvement hautement destructeur et non islamique menaçant l'intégrité spirituelle de l'Islam. De même, les chiites, qu'ils soient iraniens ou yéménites, considèrent le sac de Karbala, dirigé par Saud bin Abd-al Azziz (le fils du Roi), comme une attaque existentielle contre leur identité spirituelle. Entre 2 000 et 5 000 chiites ont été tués et le sanctuaire d'Ibn Hussein a été pillé.

L'événement a horrifié les musulmans chiites et sunnites de la région. Pour se venger, un assassin chiite a voyagé d'Irak vers la capitale saoudienne de Diriyah à la fin de 1803 et a poignardé à mort le souverain saoudien, Abd-al Aziz. Finalement, une force ottomane-égyptienne assiégea la capitale saoudienne de Diriyah. Après un siège brutal de plusieurs mois, la ville se rendit.

Cette histoire illustre la vulnérabilité structurelle des références islamiques des al-Saoud dans leur guerre avec AnsarAllah ; une compréhension complètement en contradiction avec la « perception » occidentale de l'Arabie saoudite qui est considérée comme un État « réformiste » et un pôle de crédibilité islamique.


Alastair Crooke

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/les-invisibles-avantages-dansarallah-face-a-larabie-saoudite
#79
Tout peut partir en vrille à partir de fin septembre



par Pepe Escobar

Période de danger extrême : du 30 septembre au 3 novembre. L'Asie occidentale est sur le point de s'embraser.

Le président sociopathe des États-Unis a complètement ignoré la proposition chinoise pour mettre fin au drame iranien, présentée en personne à la Maison Blanche par le président Xi Jinping jeudi dernier.

En substance, Xi a dit à Trump que l'issue du problème se trouve sous son nez : revenir à l'accord mort-né, le protocole d'accord (MoU), signé puis torpillé par Trump. La Chine, a déclaré Xi, est prête à soutenir pleinement ce rétablissement de la voie diplomatique.

Comme on pouvait s'y attendre, le sociopathe a non seulement rejeté l'offre de Xi, mais aussi la proposition iranienne en sept étapes présentée par le ministre des Affaires étrangères Araghchi à New York, prévoyant un retour progressif aux négociations.

Cette combinaison doit en réalité être vue comme une proposition sino-iranienne, comportant un ensemble de modalités définitives, peaufinées par Araghchi et Wang Yi lors de deux réunions successives, au sommet des BRICS à New Delhi puis à Pékin.

Trump a non seulement rejeté l'offre de paix, mais s'est également vanté — sous les rires du monde entier — que les États-Unis exercent un «contrôle total» sur le «détroit Trump».

Le mépris de Trump a profondément irrité tant Wang Yi que le président Xi. Dans la culture asiatique, le rejet d'une recommandation officiellement formulée par les plus hautes instances gouvernementales équivaut à la pire des humiliations.

Il faut donc s'attendre à ce que la riposte chinoise soit aussi efficace qu'un écheveau de soie imprégné de poison. Pékin soutiendra désormais Téhéran avec encore plus de détermination, et ce à plus d'un titre.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), pour sa part, a réagi en verrouillant plus étroitement encore le détroit d'Ormuz. En l'espace de 48 heures, l'Iran a frappé pas moins de 19 pétroliers qui tentaient de traverser sans respecter les procédures de la marine du CGRI et de la PGSA, tarifs compris.

Ce qui a donné lieu à une blague virale dans toute l'Asie occidentale, invitant à dire à Trump qui est le «grand patron» du détroit.

Téhéran a joué ses cartes diplomatiques à New York avec une extrême finesse. Non seulement ils ont contraint le néo-Crassus/néo-Caligula/Goldfinger à rejeter publiquement une offre de paix, mais ils l'ont également poussé à communiquer son «nouvel appel à bombarder l'Iran» après les élections de mi-mandat. Il est désormais clair pour la planète entière que ce sociopathe se moque éperdument de l'avalanche des crises mondiales économico-énergétiques et alimentaires qui s'accumulent. En réalité, il en est l'instigateur.

S'ajoute à tout cela une prestation sans faille du président Pezeshkian, non seulement à la tribune de l'ONU, mais aussi lors de la réunion avec les dirigeants des think tanks américains et les rédacteurs en chef des principaux médias dans un hôtel new-yorkais. Pezeshkian a remporté la guerre médiatique au cœur même de l'antre de l'ennemi, un exploit qui restera dans les annales.


Trump ferme la porte ouverte par Téhéran, mais le compte à rebours continue

Le blocus trumpien du détroit d'Ormuz fuit comme jamais. Les tankers saoudiens et irakiens acheminent d'énormes quantités de pétrole — des tonnes de «pétro-yuan» changent de mains. La contrebande est monnaie courante, même dans le couloir omanais théoriquement contrôlé par les États-Unis — le pétrole iranien transitant aussi bien par des navires officiels que par ceux des «pétro-cheikhs» opérants dans l'ombre.

Personne ne surpasse les Perses en matière de contrebande et de stratagèmes de survie après 47 années de sanctions. Tous ces facteurs fidélisent les clients du secteur énergétique comme la Chine, l'Asie du Sud-Est et même la Corée du Sud.

Ce mercredi, le délai de 45 jours fixé par Téhéran le 16 août pour la fin du blocus naval de Trump arrive à échéance. Sans quoi... Le 30 septembre est également la date butoir fixée par les Irakiens pour le retrait définitif des États-Unis d'Irak.

Et ceci coïncide avec le récent délai de 4 à 5 jours fixé par Mohsen Rezaee, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC) et numéro deux de facto en Iran, pour que les Américains mettent fin au blocus. Ce délai expire demain jeudi.

En bref, alors que Washington a refusé la proposition de Téhéran, le compte à rebours de Téhéran poursuit son cours. Notre chaîne Transition Protocol a obtenu la confirmation que les hauts responsables politiques et les dirigeants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont déjà décidé de la suite des événements.

Ils maintiendront le cap. Et si aucune solution n'est trouvée selon les conditions exposées par le président Xi à Trump dans le Bureau ovale, Téhéran est prêt à prendre cinq mesures cruciales :

  • Étendre le champ de bataille au-delà du détroit d'Ormuz jusqu'à l'océan Indien.
  • Se réserver le droit de frapper tout navire de guerre américain appliquant le blocus.
  • Collaborer avec Ansarallah pour étendre le blocus jusqu'au détroit de Bab el-Mandeb.
  • Agir de manière préventive contre tout renforcement militaire jugé menaçant.
  • Restreindre le trafic aérien de tout pays s'associant au blocus aérien.

Tout est permis. Littéralement.

Pour l'instant, nous avons donc un avertissement inquiétant concernant l'océan Indien, une menace confirmée contre tous les centres de déploiement américains si Washington attaque, et une doctrine de frappe préventive officiellement proclamée.

Ce qui manque encore, c'est l'ordre de frapper directement les navires américains.

Sur le front aérien, l'Iran misera sur la réciprocité plutôt que sur les missiles.

La position des dirigeants iraniens concernant les sanctions secondaires américaines visant pratiquement tous les aéroports, où qu'ils se trouvent, accueillant des vols iraniens est très claire :

«Si nos avions ne décollent pas, alors les vôtres ne décolleront pas non plus».

Voilà ce qu'a déclaré Mohammad Mokhber, conseiller du Guide suprême. Samedi, Mohsen Rezaee a indiqué que l'Iran ne répondra pas militairement à cette interdiction, mais qu'il négocie avec les États concernés et dispose de «multiples options non militaires» pour certains aéroports.

Outre les grandes puissances que sont la Chine et la Russie, plusieurs États — dont la Turquie, la Malaisie, le Vietnam, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kazakhstan — ignorent totalement le siège aérien impérialiste imposé à la Perse.

Reste le cas particulier de l'Irak.

Plusieurs hauts dignitaires religieux à Najaf et Karbala ont ensuite protesté de concert et ont privé de toute légitimité le gouvernement fantoche de Bagdad.

D'énormes manifestations ont également secoué Bassorah — la capitale pétrolière de l'Irak où vivent des tribus chiites bédouines armées jusqu'aux dents (dont je garde un excellent souvenir du début des années 2000). L'un de leurs cheikhs a donné 48 heures à Bagdad pour mettre fin à sa complicité avec le blocus américain contre l'Iran. Il se pourrait donc qu'une dérogation soit finalement accordée aux vols entre l'Iran et Najaf — qui transportent essentiellement des pèlerins.


Horloges iranienne et américaine : le risque suprême

Passons maintenant au front de la mer Rouge.

La «coalition des volontaires» dérisoire — composée des chefs d'état-major saoudiens, turcs et pakistanais, réunis vendredi dernier à Riyad en tant que membres de l'Alliance de défense de La Mecque — est passée des discours creux à une éventuelle tentative d'arrangements opérationnels, même si elle n'a pas annoncé de frappes conjointes contre le Yémen.

Ansarallah ne tremble pas vraiment dans ses sandales. Les Houthis ont lancé des drones sur Riyad et des missiles sur Khamis Mushait, qualifiant leurs opérations de «répétition générale» en vue d'une montée en puissance à grande échelle.

Attendez-vous simplement à voir déferler la tempête yéménite.

Le Yémen bouillonne de colère depuis le bombardement des Saoudiens sur un marché bondé à Taïz qui a fait au moins 50 morts et blessés, dont des femmes et des enfants selon un premier bilan. Cette opération a forcément bénéficié d'informations directes et de renseignements, surveillance et reconnaissance (ISR) fournis par le CENTCOM et la secte mortifère.

Selon des sources yéménites à Sanaa, Ansarallah pourrait être sur le point d'imposer un embargo aérien à l'Arabie saoudite. Riyad est déjà en train de sombrer dans un véritable bourbier, allant jusqu'à forcer Google et les satellites occidentaux à censurer les preuves de destruction des infrastructures pétrolières et de sites à Riyad, Jizan, Abha et Najran.

La probabilité d'une action significative de l'Iran et/ou d'Ansarallah contre les moyens navals américains, les voies maritimes au sens large ou la dérivation saoudienne vers Yanbu, et ce jusqu'à la fin de cette semaine, reste donc très élevée.

Pourtant, le scénario le plus probable reste une impasse ultra-militarisée qui verra Téhéran envoyer des signaux plutôt que de lancer des frappes le 30 septembre.

Quoiqu'il en soit, la période comprise entre le calendrier iranien et celui de Washington — du 30 septembre au 3 novembre — constitue désormais celle du «risque suprême».


Les véritables pôles civilisationnels arabes face aux stupides éleveurs de chameaux

Ce qui nous mène à une révélation cruciale provenant d'une source au cœur même de l'alliance stratégique entre la Chine, le Pakistan et l'Iran. Elle a confirmé qu'après la visite de Xi aux États-Unis, Wang Yi et le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, ont mené une conversation directe et top secrète.

Pékin laisse tomber Washington et joue désormais à nouveau sa carte pakistanaise, chargeant ouvertement les plus hautes instances gouvernementales de contenir la crise. Les Pakistanais interviendront donc au nom de Pékin et de Téhéran auprès de Trump et MbS avant que l'escalade n'atteigne un stade critique cette semaine.

Ce qui est sous-entendu, c'est que le Pakistan — personne ne sait où en est la Turquie — ne soutiendra certainement pas l'Arabie saoudite dans son offensive prétendument massive annoncée contre le Yémen.

Ce point a été confirmé par une autre source bien informée à Islamabad. Le gouvernement pakistanais a sans doute fait le calcul : aider à sauver la maison des Saoud, déjà condamnée, équivaudrait à enterrer le rôle du Pakistan en tant que médiateur entre l'Iran et les États-Unis comme le protocole d'accord d'Islamabad.

On ne soulignera jamais assez que, pendant des siècles, Bagdad, Damas, Le Caire et Sanaa ont constitué les véritables pôles civilisationnels des Arabes soufis cosmopolites. Rien à voir avec ces stupides éleveurs de chameaux qui composent l'épouvantable maison des Saoud.

Et c'est là que se situent les deux impératifs catégoriques majeurs de la mafia Epstein.

Ils veulent la destruction de la Perse — ce génocide nucléaire annoncé à la tribune de l'ONU par le président américain sociopathe. Cet objectif devrait s'accompagner de la destruction de l'Axe arabe de la Résistance — au Liban, en Irak et au Yémen. Avec dans son sillage celle des pétro-cheikhs stupides du CCG également, car ils seraient encore trop riches, influents et potentiellement imprévisibles une fois l'Axe de la Résistance anéanti.

D'où la rencontre «secrète» du chef de la secte mortifère en Asie occidentale qui s'est rendu dimanche à Abu Dhabi à bord d'un avion privé pour rencontrer MbZ. Il a passé la journée entière aux Émirats. Aucune fuite n'a filtré concernant la rencontre. Cet événement fait suite à la nouvelle diatribe du chef de la secte mortifère contre l'Iran à l'ONU.

Le Yémen et la Perse forment désormais un tout indissociable — les deux fronts privilégiés du théâtre d'opérations en Asie occidentale. Attention aux conséquences de cette rencontre «secrète» entre le chef du culte de la mort et les sionistes arabes. L'Asie occidentale est sur le point de s'embraser jusqu'aux cieux.


Pepe Escobar

Source : Strategic Culture Foundation via Spirit of Free Speech

https://reseauinternational.net/tout-peut-vriller-a-partir-de-fin-septembre/

#80
Citoyenneté économique / La naissance maffieuse du doll...
Last post by JacquesL - 29 Septembre 2026, 04:40:33 PM
La naissance maffieuse du dollar (2ème partie)



par Aline de Diéguez

1 – John Fitzgerald Kennedy, le dernier président US qui osa défier les banquiers

Il est impossible de ne pas évoquer, à la suite de celle du président Lincoln, la tentative du président John Fitzgerald Kennedy de dépouiller la FED de sa puissance, tellement elle lui est parallèle. Elle eut lieu un siècle exactement après celle de Lincoln. Les coïncidences biographiques, politiques et même numérologiques qui rapprochent les destins de ces deux hommes politiques sont, il faut le reconnaître, tout à fait extraordinaires et ont fait saliver de nombreux Sherlock Holmes amateurs. Leurs morts violentes semblent les avoir liés pour l'éternité dans un parcours historique en miroir.

En effet, le 4 juin 1963, le président Kennedy signait l'Executive Order n°11,110 par lequel le gouvernement retrouvait un pouvoir inscrit dans la Constitution, celui de créer sa monnaie sans passer par la Réserve fédérale. Cette nouvelle monnaie, gagée sur les réserves d'or et d'argent du Trésor, rappelait les greenbacks et le coup de force du président Lincoln.

CiterExecutive Order 11,110 AMENDMENT OF EXECUTIVE ORDER NO. 10289 AS AMENDED, RELATING TO THE PERFORMANCE OF CERTAIN FUNCTIONS AFFECTING THE DEPARTMENT OF THE TREASURY

«By virtue of the authority vested in me by section 301 of title 3 of the United States Code, it is ordered as follows : Section 1. Executive Order No. 10289 of September 19, 1951, as amended, is hereby further amended – a. By adding at the end of paragraph 1 thereof the following subparagraph (j) : (j) The authority vested in the President by paragraph (b) of section 43 of the Act of May 12,1933, as amended (31 U.S.C.821(b)), to issue silver certificates against any silver bullion, silver, or standard silver dollars in the Treasury not then held for redemption of any outstanding silver certificates, to prescribe the denomination of such silver certificates, and to coin standard silver dollars and subsidiary silver currency for their redemption and — b. Byrevoking subparagraphs (b) and (c) of paragraph 2 thereof. Sec. 2. The amendments made by this Order shall not affect any act done, or any right accruing or accrued or any suit or proceeding had or commenced in any civil or criminal cause prior to the date of this Order but all such liabilities shall continue and may be enforced as if said amendments had not been made». John F. Kennedy The White House, June 4, 1963.

«It is interesting to note how many assassinations of Presidents of the United States follow their concern with the issuing of public currency ; Lincoln with his Greenback, non-interest-bearing notes, and Garfield, making a pronouncement on currency problems just before he was assassinated». (Cité par Mullins)

(Décret présidentiel n° 11,110 MODIFICATION DU DÉCRET PRÉSIDENTIEL N°10289, TEL QUE MODIFIÉ, RELATIF À L'EXERCICE DE CERTAINES FONCTIONS CONCERNANT LE MINISTÈRE DES FINANCES

«En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par l'article 301 du titre 3 du Code des États-Unis, il est ordonné ce qui suit : Article 1. Le décret n°10289 du 19 septembre 1951, tel que modifié, est à nouveau modifié par les dispositions suivantes : a. En ajoutant à la fin de son paragraphe 1 le sous-paragraphe (j) suivant : (j) Le pouvoir conféré au président par le paragraphe (b) de l'article 43 de la loi du 12 mai 1933, telle que modifiée (31 U.S.C. 821(b)), d'émettre des certificats d'argent contre tout lingot d'argent, toute argent ou tout dollar d'argent standard détenus au Trésor et non destinés à ce moment-là au remboursement de certificats d'argent en circulation, de fixer la valeur nominale de ces certificats d'argent, et de frapper des dollars d'argent standard et des pièces d'argent de plus petite valeur en vue de leur remboursement et – b. En abrogeant les alinéas (b) et (c) de son paragraphe 2. Art. 2. Les modifications apportées par le présent décret n'affectent aucun acte accompli, aucun droit naissant ou acquis, ni aucune action ou procédure engagée ou en cours dans une affaire civile ou pénale avant la date du présent décret ; toutefois, toutes ces obligations subsistent et peuvent être exécutées comme si lesdites modifications n'avaient pas été apportées». John F. Kennedy, La Maison Blanche, le 4 juin 1963.

«Il est intéressant de noter combien d'assassinats de présidents des États-Unis ont suivi leur implication dans l'émission de monnaie publique : Lincoln avec son «Greenback», ces billets sans intérêt, et Garfield, qui s'était prononcé sur les problèmes monétaires juste avant d'être assassiné». – Cité par Mullins)

Le président Kennedy fit imprimer 4,3 milliards de billets de 1, 2, 5, 10, 20 et 100 dollars. En 1994 il restait l'équivalent de 284 125 895 dollars en circulation aux États-Unis, détenus, probablement par des collectionneurs (source : The 1995 World Almanac).

Les conséquences de l'Executive Order n°11,110 étaient énormes. En effet, d'un trait de plume John Fitzgerald Kennedy était en passe de mettre hors-jeu tout le pouvoir que les banques privées de la FED s'étaient arrogé depuis 1816 et qu'elles détenaient officiellement depuis 1913.

Car si, dans un premier temps, les deux monnaies auraient circulé parallèlement, la monnaie d'État, gagée sur les réserves d'argent, aurait fini par terrasser la monnaie créée ex-nihilo par les banquiers. Cette nouvelle monnaie aurait considérablement diminué l'endettement de l'État, puisqu'elle éliminait automatiquement le paiement des intérêts.

Les 26 volumes du rapport Warren n'ont pas réussi à apporter une explication crédible à l'assassinat du président Kennedy à Dallas le 26 novembre 1963, cinq mois après sa réforme monétaire. Il n'est nul besoin d'être un «complotiste» primaire ou secondaire pour n'accorder qu'un crédit poli à la thèse officielle, non pas seulement à cause de l'analyse des conditions de l'exécution, mais parce que le fait que tous les témoins oculaires de l'événement soient morts dans les deux ans ; que la disparition ou l'élimination de 400 personnes en relations même lointaines avec cet événement — y compris le personnel médical de l'hôpital Parkow où Kennedy a été admis, du portier au personnel médical, ainsi que des proches du tireur accusé, Lee Harvey Oswald — que tous ces événements soient le fruit du hasard relève d'un pourcentage de probabilités si infinitésimal qu'il est proche du zéro absolu. Le calcul des probabilités devient un juge plus efficace que n'importe quelle vérité officielle.

De puissants comploteurs ont donc sévi, y compris longtemps encore après le crime initial. Parmi les innombrables pistes avancées par les uns et par les autres, la piste monétaire était évidemment tentante. Elle fut relativement peu explorée au début de l'enquête.
Cependant beaucoup la tiennent pour d'autant plus avérée qu'ils rapportent une phrase du père du président, Joseph Kennedy, lorsqu'il apprit la décision de réforme monétaire de son fils : «Si tu le fais, ils te tueront».

Le message semble, une nouvelle fois avoir été reçu cinq sur cinq par le vice-président Lyndon B. Johnson, devenu président par la grâce de cet assassinat. Comme son homonyme Andrew Johnson un siècle auparavant, et avec une célérité particulièrement remarquable, il suspendit la décision monétaire prise le 4 juin 1963 par le président assassiné alors que le cadavre de ce dernier n'était pas encore froid.

«L'ordre exécutif 11110 a été abrogé par le président Lyndon Baines Johnson, devenu trente- sixième président de Picrolandie — de 1963 à 1969 — alors qu'il se trouvait dans l'avion présidentiel Air Force One, entre Dallas et Washington, le jour même de l'assassinat du président Kennedy», écrivait un chroniqueur. Cette affirmation n'est pas exacte : le décret présidentiel n'a jamais été officiellement abrogé, mais son application fut suspendue. Fut abrogée l'autorisation d'imprimer de nouveaux billets et de frapper de nouvelles pièces, si bien que l'Executive Order n° 11110 demeure officiellement en vigueur... dans la stratosphère.

Cet assassinat était peut-être un avertissement aux futurs présidents qui auraient voulu emboîter le pas à Abraham Lincoln et à John Fitzgerald Kennedy et priver les banquiers de leur rente en éliminant le système de la monnaie-dette. John Fitzgerald Kennedy aurait payé de sa vie cette provocation à la puissance de la finance internationale. Mais nous sommes là dans le domaine des innombrables coïncidences troublantes qui ont jalonné la vie de ce président même si la célérité de la décision du président Johnson donne du crédit à cette supposition. Eustace Mullins rappelle que le président Abraham Garfield avait lui aussi été assassiné le 2 juillet 1881 après avoir fait une déclaration sur les problèmes de la monnaie. Que de coïncidences ! Depuis le président Kennedy, aucun successeur ne s'est avisé d'apporter la moindre réforme au fonctionnement de la FED.


La piste israélienne

La piste israélienne est considérée par certains comme la plus crédible. En effet, des Israéliens s'étant félicité de ce que l'élimination de J.F. Kennedy ait laissé le champ libre à l'accession d'Israël au statut de puissance nucléaire, cette conséquence s'est métamorphosée en cause pour certains. Ce second motif, parfaitement crédible n'exclut pas la piste monétaire. Elles s'additionnent.

En effet, le journal israélien Ha'aretz 5 février 1999 écrivait, dans sa critique de l'ouvrage d'Avner Cohen, Israel et la bombe : «L'assassinat du président américain John F. Kennedy mit un terme brutal à la forte pression de l'administration des États-Unis sur le gouvernement d'Israël afin de l'amener à interrompre son programme nucléaire...» L'auteur ajoute que «si Kennedy était resté vivant, il est douteux qu'Israël aurait aujourd'hui une défense nucléaire».

Le président Kennedy avait, en effet, fermement annoncé au premier ministre israélien David Ben Gourion qu'en aucun cas il n'accepterait qu'Israël devînt une puissance nucléaire. Peut-être faudra-t-il encore vingt-six autres volumes d'enquête pour éclaircir cette énigme historique.

«It is interesting to note how many assassinations of Presidents of the United States follow their concern with the issuing of public currency ; Lincoln with his Greenback, non-interest-bearing notes, and Garfield, making a pronouncement on currency problems just before he was assassinated». (Cité par Mullins)

(«Il est intéressant de noter combien d'assassinats de présidents des États-Unis ont suivi leur engagement en faveur de l'émission de monnaie publique : Lincoln avec son «Greenback», ces billets sans intérêt, et Garfield, qui s'était exprimé sur les problèmes monétaires juste avant d'être assassiné».)


Tentative de balayer la poussière sous le tapis, Oliver Stone

En 1991, le célèbre réalisateur américain, Oliver Stone, nouveau Sherlock Holmes, s'est lancé dans l'arène et s'est donné pour but d'élucider les causes de l'assassinat de John F. Kennedy à Dallas. Hollywood n'est-il pas coutumier de multiples tentatives de réécrire l'histoire des États-Unis et du monde et d'imposer des images frappantes d'une nouvelle vérité officielle à la gloire de l'empire ? Dans un univers de la communication, l'impact de l'image sur les cervelles écrase les démonstrations ou les contestations écrites. Écartant les 26 volumes du rapport Warren dont je doute qu'il les ait lus, il s'est lancé sur la piste d'une conspiration en relations avec... la guerre du Vietnam — «The business of war» — autrement dit, l'industrie de l'armement. Il fit siennes les conclusions du procureur de la Nouvelle-Orléans, Jim Garrison et du journaliste Jim Marrs, écartant ainsi les causes probables les plus sensibles, donc les plus gênantes.

M. Oliver Stone a peut-être été convaincu par les arguments de Jim Garrison et de Jim Marrs, mais je ne doute pas que le fait que son film ait été financé par le fonds Rothschild ait augmenté considérablement le pouvoir de conviction des thèses d'un complot qui aurait été fomenté à partir du lobby de l'armement. La thèse financière et la piste israélienne ont été soigneusement évitées.

M. Oliver Stone avait peut-être besoin de faire quelques «concessions» afin de paver la route de son film de garanties de succès. Comme le disait un illustre ancêtre et fondateur de la Maison qui porte son nom, Mayer Amschel Rothschild : «Give me control of a nation's money supply, and I care not who makes it's laws» (Donnez-moi le contrôle de la monnaie d'une nation et je ne me soucie pas de ceux qui font ses lois»). Et si on remplaçait «lois» par «films» : «Give me control of a nation's money supply, and I care not who makes it's films» ?

L'argent du fonds Rothschild s'est révélé d'une efficacité remarquable dans sa capacité à inciter un réalisateur célèbre à concevoir une opération hollywoodienne de fixation des soupçons dans une certaine direction. Rien de tel, n'est-il pas vrai, que de quitter une autoroute et de s'engager sur une petite route de traverse et ainsi, de focaliser de l'attention sur un «chemin qui ne mène nulle part», pour reprendre le titre d'un ouvrage de Heidegger. Les images et le talent du réalisateur impriment alors une certaine vérité dans les esprits. Tout le monde connaît le pouvoir de séduction et de persuasion de l'image, si bien que les spectateurs et les admirateurs d'Oliver Stone oublient qu'il s'agit d'un film, c'est-à-dire d'une œuvre de fiction.

Les autres pistes de recherche des commanditaires de l'assassinat du président Kennedy, au moins aussi sérieuses, sinon davantage, n'ont même pas été évoquées, pour le plus grand intérêt du généreux mécène. C'est ainsi qu'Hollywood écrit et impose sa vérité, laquelle devient progressivement LA vérité. Celui qui paie, commande.

Il est étonnant que le fait le plus troublant de tous, plus troublant même que celui de l'impossibilité, aujourd'hui encore, de connaître avec certitude l'identité du tueur est, comme je l'ai noté ci-dessus — celui de constater que quatre cents (je dis bien 400) personnes en relations même lointaines avec cet événement — y compris le personnel médical de l'hôpital Parkow où Kennedy a été admis, du portier au personnel médical, ainsi que des proches du tireur accusé, Lee Harvey Oswald, sont mortes en deux ans et que les autorités officielles ne se sont pas penchées sur cet évènement proprement stupéfiant.

Il est également extraordinaire qu'aucun des innombrables Sherlock Homes, amateurs ou professionnels, qui ont analysé le crime, la loupe à la main et le nez sur le macadam, ne se soit penché sur ces «coïncidences-là» et n'a osé prendre l'enquête à revers. Or, il est impossible, statistiquement, d'attribuer au hasard ou à des circonstances naturelles l'élimination systématique de la totalité des témoins, même les plus mineurs, liés à cette affaire.

Cette preuve statistique signe irréfutablement l'existence d'un complot de très grande ampleur. Quels sont le commanditaire ou le groupe disposant du personnel, des moyens financiers et du pouvoir suffisants afin de réaliser un tel «exploit» dans un laps de temps aussi court et cela de manière à ce que tout paraisse globalement naturel ? L'élucidation de l'assassinat du président Kennedy est au bout de cette enquête-là.

Allons, M. Oliver Stone, encore un effort !


2 – Histoire de l'Histoire de la révélation au public du Système de la Réserve fédérale, le rôle d'Eustache Mullins

Les péripéties de la parution de l'ouvrage d'Eustache Mullins

Les péripéties détaillées des préparatifs du singulier voyage des conspirateurs et du séjour dans l'ile Jekyll qui s'ensuivit se trouvent consignées depuis lors dans divers ouvrages, dont le plus connu aujourd'hui est celui d'Edward Griffin. Cet ouvrage de vulgarisation a paru en anglais en 1995 — soit 85 ans après la réunion de l'île Jekyll — et il fut traduit en français sous le titre La créature de Jekyll Island. Il reprend, en le romançant, mais sans jamais le citer, des informations contenues dans le premier ouvrage de fond sur la question, celui d'Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve, The London Connection, qui lui est antérieur de près d'un demi-siècle, puisqu'une première version, Mullins, The Federal Reserve, a vu discrètement le jour en 1948.

Deux autres ouvrages beaucoup plus tardifs ont été rédigés en anglais sur ce sujet : The Case Against the Fed by Murray Newton Rothbard (1994) et Secrets of the Temple: How the Federal Reserve Runs the Country (1989) de William Greider.

Le manuscrit définitif de Mullins avait été refusé par dix-huit éditeurs. Après deux ans de vaines recherches, le dix-neuvième éditeur écrivit à l'auteur : «J'aime votre livre, mais nous ne pouvons pas le publier. Personne d'autre ne le peut à New-York. Présentez-nous le synopsis d'une nouvelle et je pense que nous pourrons vous faire un à-valoir. Mais vous pouvez oublier l'espoir de voir publié l'ouvrage sur la Réserve fédérale. Je doute qu'il soit jamais édité».

Une version complétée a cependant paru en 1952, à compte d'auteur après deux ans de tribulations, grâce au soutien de deux disciples du poète Ezra Pound et Kasper Norton. Les frais de l'édition avaient été partagés entre l'auteur et les deux éditeurs, lesquels reprirent modestement le premier titre de l'ouvrage Mullins, The Federal Reserve. Ce titre, en retrait par rapport à celui refusé par les éditeurs, suggérait qu'il s'agissait simplement de l'opinion de M. Mullins sur la Réserve fédérale.

Mais en 1954, une édition pirate, avec des coupures, voyait le jour dans le New-Jersey sous le titre : La Conspiration de la Réserve fédérale.

En 1955, l'éditeur Guido Roeder acceptait la parution d'une édition en langue allemande. Cependant, la pression politique de Picrocholand sur l'Allemagne occupée était telle, à l'époque, que la totalité des 10 000 exemplaires de la première édition fut saisie et condamnée à la destruction par le feu.

Le dernier autodafé d'un ouvrage en Occident, et le seul depuis la fin de la guerre, se déroula donc le 21 avril 1961 sous la direction du juge Israël Katz de la Cour suprême de Bavière et avec l'approbation du haut-commissaire des États-Unis en Allemagne, James B. Conant, qui avait pourtant exercé de 1933 à 1953 la fonction de président de la prestigieuse Université d'Harvard. Konrad Adenaeur était alors chancelier d'Allemagne.

Le précédent autodafé européen remontait à 1933. Ce fut le grand autodafé du 10 mai 1933, à Berlin au cours duquel les nazis avaient décrété que «le livre juif et communiste, doit être détruit». Il avait été accompagné du rituel inspiré de l'Inquisition du Moyen Âge, avec parades, chants, torches et hérauts. La grandiose mise en scène ravissait toujours une population inculte et idéologiquement manipulée.

En 1980, toujours en Allemagne, une édition identique à celle qui avait subi l'infamie de la crémation sacrilège put enfin voir le jour sous son titre complet : Secrets of the Federal Reserve, The London Connection. Le chancelier Helmut Kohl se trouvait à la tête du gouvernement de Bohn et le pouvoir d'influence et même d'intervention directe des États-Unis dans les affaires allemandes, avait sensiblement décliné depuis Adenauer.

Une édition française de cet important ouvrage existe depuis. Voici comment l'ouvrage est présenté dans le site Questions critiques dirigé par M. Jean-François Goulon :

«LES SECRETS DE LA RÉSERVE FÉDÉRALE – Le célèbre ouvrage d'Eustace Mullins enfin traduit en français et en vente sur internet. Préface : Michel Drac ; traduction : Jean-François Goulon ; éditeur : Le retour aux sources».

Je connais d'autant mieux cette édition que l'éditeur m'avait proposé la traduction, une préface et une post face. Pour des raisons personnelles, je n'avais pas pu donner suite à ce projet.

Néanmoins, soucieuse de voir le projet aboutir, j'en ai corrigé ligne par ligne la syntaxe et la grammaire de la traduction. M. Goulon, le traducteur nominal qui m'envoyait son projet chapitre par chapitre a, semble-t-il «oublié» de le mentionner... J'avais essayé d'atténuer autant que possible la gaucherie du style bien connu des traductions effectuées à partir de traducteurs automatiques, mais en réalité, il aurait fallu réécrire l'ensemble en bon français. Quant à la préface de M. Drac, c'est de l'idéologie sioniste primaire qui n'a rien à voir avec l'économie réelle. Dommage pour la qualité de l'ensemble.

L'ostracisme qui frappe l'excellent ouvrage de Mullins, pillé par ses successeurs, mais jamais cité, trouve sa cause dans le sujet traité, certes, mais envenimé par le soutien de l'auteur au poète Ezra Pound et au qualificatif ignominieux d'antisémitisme qui les frappe tous les deux. L'étude minutieuse, scientifique et honnête de Mullins porte sur les circonstances qui ont accompagné la naissance de la Réserve fédérale et l'action des banquiers, et nullement sur un quelconque complot national ou mondial de telle ou telle catégorie d'individus.

Il est dommage qu'elle fasse l'objet d'un procès d'intention, alors que personne ne songe à rejeter les œuvres de James Joyce, de Yeats ou d'Hemingway alors qu'eux aussi sont restés fidèles toute leur vie à leur ami Ezra Pound. Personne n'ose accoler à ces prix Nobel de littérature l'étiquette infamante d'«antisémite» qui est la manière contemporaine de clouer un auteur au pilori et de censurer son œuvre Ezra Pound et son combat contre l'usurocratie.

L'ouvrage de Mullins est dédicacé aux deux personnes dont la collaboration s'est révélée précieuse pour l'auteur. Outre le contenu ultra-sensible du contenu dans le pays du libéralisme, de l'argent roi et des hécatonshires triomphants de la finance nationale et internationale, ils permettent de mieux comprendre les raisons des tribulations éditoriales d'une étude pourtant si importante et si finement documentée.

Le premier dédicataire, George Stimpson, l'ami fidèle et le plus proche collaborateur de l'auteur était un intellectuel éminent, mais discret et inoffensif. C'est surtout le second dédicataire, l'écrivain et poète Ezra Pound, dont la réputation politique était sulfureuse après 1945, qui suscitait le recul horrifié des éditeurs. Mullins, en ami fidèle, le fréquenta assidûment durant l'internement de Pound comme prisonnier de guerre américain — donc prisonnier de son propre pays — dans un asile psychiatrique.

Ezra Pound fut, en effet, à l'origine de l'idée même de l'ouvrage sur la Réserve fédérale, ainsi que l'auteur le reconnaît dans sa préface. Il lui rend d'ailleurs un vibrant et chaleureux hommage. C'est lui qui incita Mullins à entreprendre ses recherches dans la bibliothèque du Congrès — démarche et recherches qu'il était interdit à l'interné d'effectuer. On apprend que Pound «subventionna» même Mullins sur les modestes ressources qu'il semble avoir conservées, afin de l'aider dans son entreprise — dix dollars par semaine — et il lui conseilla de travailler comme s'il s'agissait d'un roman policier : «You must work on it as a detective story».

Le poète était en effet tombé dans chaudron de l'économie et de la politique dès sa naissance en 1885 puisque son père occupait un poste de haut fonctionnaire de l'hôtel de la Monnaie de l'État de l'Idaho et que son grand-père avait été un membre du Congrès. Ezra Pound considérait que les arts étaient indissociables de la politique et de l'économie et qu'ils se soutenaient et s'influençaient les uns les autres.

À vingt-trois ans, sa rencontre avec le major C.H. Douglas, le fondateur du Crédit Social déterminait d'une manière décisive son engagement politique de lutte contre le pouvoir des banquiers. Il n'est pas certain que le poète américain ait intégré les finesses et les impasses de la théorie économique que le major d'origine écossais rêvait d'appliquer au Canada mais son horreur pour une financiarisation usuraire de l'économie américaine à la suite de la privatisation de la monnaie par un groupe de banquiers internationaux a motivé son engagement politique sa vie durant.

Le major Douglas prônait, en effet, l'utopie quelque peu fumeuse de distribuer à tous de l'argent — le «crédit social» — qui serait émis par «la société», par opposition à l'argent payant actuellement émis par les banques, afin que tout le monde puisse acheter les biens et les services produits en abondance par l'entreprise capitaliste. Personne n'a jamais pu expliquer clairement comment cette «distribution» pourrait bien s'opérer.

Cette utopie, légèrement aménagée, a été reprise par l'Église catholique, notamment au Québec et en Australie. Ses limites se trouvent illustrées par l'apologue bien connu de Louis Even : L'île des naufragés qui démontre excellemment le parasitisme ravageur des banquiers, sans s'attarder sur la manière dont il conviendrait de procéder pour les remplacer.

Néanmoins, le rapprochement intellectuel avec un mouvement chrétien d'un homme que sa vie privée et le bouillonnement de sa vie intellectuelle classent parmi les «artistes maudits» et révolutionnaires, est une de ces rencontres inattendues et incongrues qu'offre la biographie d'Ezra Pound, surtout lorsqu'on connaît le mépris désabusé de son regard sur l'Église de Rome.

«Autre point dont je suis fermement convaincu, écrit-il, c'est qu'il reste davantage de lambeaux de civilisation encore utilisables dans les lézardes, le foutoir, les interstices de ce monument baroque et poussiéreux qu'est l'Église de Rome que dans toutes les autres institutions de l'Occident».

On comprend cependant que la théorie du Crédit Social ait séduit un poète qui voyait dans le pouvoir de l'argent, identifié au pouvoir des banquiers hécatonchires, et notamment des banquiers centraux de la Fed et à la corruption de la culture et de tous les arts.

Ezra Pound écrivit une série de brochures sur l'économie et la politique : «Le Crédit Social : un choc» (1935), puis «Une carte de visite» (1942), en 1944 «L'Or et le Travail», et «L'Amérique, Roosevelt, et les causes de la présente guerre».

Si les poètes sont souvent d'excellents visionnaires des maux de la société, ils sont presque toujours de piètres hommes politiques et des économistes rêveurs. C'est ainsi que faisant de l'art et de la littérature d'avant-garde des phares de la civilisation, Ezra Pound, l'ami de William Carlos Williams, de T.S. Eliot, d'Hemingway, de James Joyce, de Yeats — les trois derniers futurs prix Nobel de littérature — l'inventeur bouillonnant de mouvements littéraires connus sous le nom d'imagisme et de vorticisme, le poète inspiré par le «culte d'amour» des troubadours, et par les religions à mystère de l'Antiquité, le mystique qui vénérait les enseignements de Confucius et sa religion civique, assignant à chacun un devoir social, l'amoureux du Japon, cet homme des cimes crut, ô misère, voir en Mussolini l'incarnation de l'homme politique de ses rêves, capable de procéder à la mise en place d'un nouveau système monétaire.

Pour Ezra Pound, la politique était une forme d'art. Or Mussolini qui «avait dit à son peuple que la poésie est une nécessité de l'État» exprimait à ses yeux «un niveau de civilisation supérieur à celui qui régnait à Londres ou à Washington». Les artistes et les dictateurs avaient en commun, disait-il, d'être «nés pour diriger». Mais il fallait oublier les règles de la démocratie écrivait Pound dès 1914, car l'artiste possède «assez de bon sens pour savoir que l'humanité est insupportablement stupide». L'artiste doit donc «essayer de la diriger et de la persuader, de la sauver d'elle-même».

En 1922, il écrivait que «les masses sont malléables» et il ajoutait que «ce sont les arts qui forment les moules pour les modeler». C'est pourquoi, en 1935, dans son ouvrage Jefferson et/ou Mussolini, Ezra Pound a pu écrire : «Je ne crois pas qu'un jugement sur Mussolini puisse être valable s'il ne part pas de sa passion de bâtisseur. Traitez-le comme un ARTISTE et tous les détails trouvent leur place...». Il voyait également dans le fascisme italien «la première attaque sérieuse contre l'usurocratie depuis l'époque de Lincoln».

Le malheur est que Mussolini ne se contenta pas d'être un «artiste» ! Ezra Pound et sa femme Dorothy s'installèrent donc en Italie en 1924 et le poète parvint, en 1933, à présenter à Mussolini, ses idées pour une réforme monétaire. On ne connaît pas l'accueil que leur réserva le Duce.

Durant la guerre, la position politique de Pound devint très inconfortable. Tout en se considérant toujours comme un patriote américain, le poète, interdit d'entrée dans sa patrie et sans moyen de subsistance, devint chroniqueur de radio en Italie et fidèle aux critiques qu'il avait toujours faites de la FED, il se livra à des attaques virulentes contre le système financier usuraire américain et contre l'administration de Roosevelt, à laquelle il reprochait son entrée en guerre après l'attaque japonaise sur Pearl Harbour.

D'abord considéré comme un opposant, Ezra Pound avait donc fini par passer du statut d'adversaire à celui de traître et d'ennemi, si bien qu'en 1943, il fut inculpé de trahison aux USA. Après l'assassinat de Mussolini par les partisans le 28 avril 1945, Ezra Pound fut capturé dans sa maison alors qu'il cherchait à se rendre et remis aux troupes américaines.

Guantanamo et son poulailler pénitentiaire tropical ne sont pas une invention récente liée à la fameuse «guerre contre le terrorisme» puisqu'en 1945 déjà, Ezra Pound fut enfermé dans une des cages de fer de la prison du camp que les Américains construisirent alors à Pise. Les conditions y étaient aussi féroces que celles actuellement pratiquées sur la base américaine de Cuba : le prisonnier, qui risquait la peine de mort pour haute trahison, était soumis sans protection à la chaleur de l'été italien sur un sol en béton dans une cage de fer éclairée a giorno toute la nuit.

Les amis du poète qui occupaient après la guerre des postes d'influence auprès du gouvernement se mobilisèrent pour essayer de le sauver. La tâche était d'autant plus ardue que l'inculpation était aiguillonnée par le président Roosevelt lui-même, le poète étant soupçonné d'être lié à un groupe d'espions communistes, l'obsession des hommes politiques de cette époque-là. La chasse aux sorcières et le maccarthysme étaient en marche.

Hemingway suggéra de plaider la folie. C'est ainsi que déclaré fou en novembre 1945, Ezra Pound fut rapatrié aux USA et «incarcéré» à St. Elizabeth, un hôpital psychiatrique pour fous criminels. Après avoir expérimenté Guantanamo en avant-première, Ezra Pound connut, pendant treize ans, l'internement psychiatrique pour des raisons politiques, c'est-à-dire les conditions d'incarcération des dissidents politiques en Union soviétique. Mais ce «fou officiel» continua à travailler à son œuvre, les Cantos, une gigantesque entreprise poético-politique, et il traduisit trois cents poèmes chinois qui furent publiés à Harvard en 1954.

«Il s'agit, écrivit l'académicien français d'origine argentine Hector Bianciotti dans Le Monde, d'un recueil de textes concernant tout ce qui a aimanté l'esprit du poète : la littérature et la musique, Confucius et Sophocle, les religions, la traduction et l'anthropologie... On tient là l'itinéraire zigzaguant du poète qui incarna, mieux peut-être que nul autre, le besoin de l'espèce de sauver sa mémoire. C'est-à-dire tout ce qui, au cours des siècles, a fait de l'homme ce perplexe animal qui pense, aime la beauté, et sait parfois la créer pour faire barrage à la souffrance».

Entre temps, à partir de 1953, sa «folie» fut requalifiée en «troubles de la personnalité», mais Pound ne fut déclaré «guéri» que le 18 avril 1958 et son inculpation pour trahison fut abandonnée. Six semaines plus tard, il quittait définitivement l'Amérique pour l'Italie où il mourut le 1er novembre 1972.

L'influence d'Ezra Pound dans la première mise à nu du Système de la Réserve fédérale est capitale. L'obsession de lutter contre le système usuraire mis en place aux USA en 1913 et inventé lors du fameux séjour des «barons voleurs» dans l'île Jekyll en 1910, a traversé toute sa vie, même s'il s'est dramatiquement fourvoyé dans les engagements politiques qui étaient censés apporter une solution au problème crucial qu'il dénonçait.

Il n'en demeure pas moins vrai que le système que le poète n'a cessé de combattre sa vie durant est en train d'agoniser. La gloutonnerie des financiers s'est si bien donnée libre cours durant près d'un siècle, qu'elle a conduit l'économie mondiale au bord d'un gouffre.


3 – Le mécanisme de l'escroquerie de la Réserve fédérale

À l'origine, le cartel de banques appelé Réserve fédérale américaine était composé de dix principaux groupes d'actionnaires privés :

  • Rothschild Banks of London and Berlin
  • Lazard Brothers Bank of Paris
  • Israel Moses Sieff Banks of Italy
  • Warburg Bank of Hamburg and Amsterdam
  • Lehman Brothers Bank of New York
  • Kuhn Loeb Bank of New York
  • Chase Manhattan Bank of New York
  • Goldman Sachs Bank of New York

À l'intérieur de ces groupes, environ trois cents personnes en chair et en os étaient actionnaires — donc propriétaires — de ces banques. Elles se connaissaient toutes car elles étaient soit des membres directs de la famille des quelques-uns des plus gros actionnaires, soit leur étaient apparentées par alliance.

Les mêmes noms avec des prénoms différents reviennent régulièrement. De plus il existe une connexion directe entre la Banque d'Angleterre et la FED par l'intermédiaire de leurs deux principaux représentants à New York, les familles Rothschild et JP Morgan Co. Il en résultait que c'étaient finalement les établissements bancaires de Londres qui contrôlaient les banques de la Réserve fédérale et constituaient ce que le poète Ezra Pound appelait la London Connexion.

La dénomination Federal Reserve elle-même est déjà une escroquerie, car ce cartel de banques privées n'a rien de «fédéral», au sens qu'il serait l'expression de l'État central et donc la propriété collective, publique et inaliénable du peuple étasunien. En fait de «fédération» la Réserve fédérale américaine fédère — c'est-à-dire réunit dans un même «système» — 12 banques commerciales privées ayant chacune un rayon d'action géographique défini :

Nous avons ainsi, dans l'ordre d'importance du chiffre d'affaires réalisé par chacune de ces
banques :

  • La Federal Reserve Bank de New-York
  • La Federal Reserve Bank de San Francisco (qui couvre les 7 états de l'Ouest + Hawaï et l'Alaska)
  • La Federal Reserve Bank de Chicago
  • La Federal Reserve Bank de Richmond
  • La Federal Reserve Bank d'Atlanta
  • La Federal Reserve Bank de Boston
  • La Federal Reserve Bank de Dallas
  • La Federal Reserve Bank de Cleveland
  • La Federal Reserve Bank de Philadelphie
  • La Federal Reserve Bank de Kansas City
  • La Federal Reserve Bank de Saint-Louis
  • La Federal Reserve Bank de Minneapolis

Le véritable pouvoir est exercé par le Conseil des Gouverneurs choisi par les directeurs des douze banques de la Réserve fédérale et qui, dans le plan de Warburg ne devaient pas être connus du public. Cela signifie que le contrôle du Congrès sur la FED est, en réalité, cosmétique.

Comme la Federal Reserve Bank of New-York représente 40% de l'ensemble des actifs des 12 banques régionales, qu'elle a réussi à convaincre ou à contraindre une cinquantaine d'États, ainsi que quelques organismes internationaux et de richissimes particuliers de lui confier la garde de leur or, le dépôt était évalué à 10 000 tonnes environ à la fin de 2006.

Des mouvements étranges de semi-remorques remplis de lingots dans les sous-sols du World Trade Center avaient été signalés avant la destruction des tours. Un semi-remorque plein de lingots et qui n'aurait pas eu le temps d'être évacué, aurait été retrouvé coincé dans un tunnel de sortie. De manière surprenante, des faits aussi singuliers ne semblent pas avoir éveillé la curiosité des enquêteurs officiels et des innombrables Sherlock Holmes privés qui s'étaient intéressés aux anomalies des effondrements des Twin Towers.

Quant au mot «réserve», il signifie tout simplement que chaque fois que l'État ou une autre banque privée «achète» des dollars, ceux-ci sont comptabilisés sur un compte dit «de réserve». Sous cette langue de bois bureaucratique se cachent tout simplement les colonnes des dettes sur lesquelles les banquiers calculent leur pourcentage. Plus les États s'endettent, plus les banquiers s'enrichissent.

Le principe de l'escroquerie mise en place est d'une simplicité biblique. Mais son mécanisme est assez machiavélique pour que le commun des mortels n'en ait pas conscience. On comprend qu'il ait fallu neuf journées à des professionnels de la finance pour mettre au point tous ses rouages.

Pour faire simple et utiliser une métaphore, je dirai que c'est une fusée à trois étages.

A – Premier étage : Alors que le rôle normal d'une banque centrale est d'être un service public qui imprime et met gratuitement à la disposition de l'administration de son pays la monnaie papier et la monnaie fiduciaire ou électronique nécessaires au bon fonctionnement de l'État et de l'économie, dans le système privé imaginé durant le séjour de l'île Jekyll, le cartel des banquiers qui composent la FED s'est substitué à un droit régalien et s'est arrogé le pouvoir de battre monnaie et de vendre cette monnaie à l'État moyennant l'augmentation d'un certain pourcentage.

L'intérêt payé aux banquiers est le montant de la redevance ou tribut que la nation verse aux banquiers qui impriment les billets. Ces banquiers, réunis dans le «Board of Governors of the Federal Reserve System» fixent le taux auquel ils vendent les billets. Plus le taux est élevé, plus ils s'enrichissent.

Les noms donnés à ce type d'opération varient : tantôt on l'appelle une monnaie-dette, tantôt un emprunt. Mais comme cet emprunt est assorti d'un intérêt, et même d'un intérêt composé, il en résulte que les citoyens qui enrichissent les banquiers leur versent annuellement un tribut sous la forme d'une proportion de leurs impôts, appelée intérêt de la dette, en réalité, prix d'achat par le peuple de l'argent qu'impriment gratuitement ses banquiers. Le profit annuel est phénoménal et se chiffre en milliards.

C'est ce système-là qui révoltait Ezra Pound et qu'il appelait la «financiarisation usuraire de l'économie américaine».

B – Mais le deuxième étage de l'escroquerie est encore plus extraordinaire. Le numéraire que les banquiers «prêtent» n'existe nulle part : il s'agit d'une simple ligne d'écriture quand la monnaie est dite fiduciaire, et de quelques piles de papier imprimé quand il s'agit de dollars matérialisés. La FED vend un bien qu'elle ne possède pas, puisqu'aucun argent réel n'a été prêté. Le dollar est donc un simple titre de paiement des banquiers privés de la Réserve fédérale.

Le plus pervers et le plus paradoxal de cette situation, est que, depuis que ce titre de paiement n'est plus relié à la valeur des réserves d'or — depuis le 15 août 1971 — son statut de monnaie n'est nullement fourni par des garanties qu'offrirait l'émetteur — la Fed — mais uniquement par le prestige de l'emprunteur — le gouvernement américain.

Les banquiers ont donc besoin du prestige de l'État picrocholien pour asseoir la crédibilité de leur monnaie. C'est pourquoi, étant en compte à demi avec lui, ils ferment les yeux sur

l'augmentation exponentielle de son endettement et soutiennent le gouvernement en lui apportant les liasses nécessaires au financement de ses guerres destinées à terroriser les récalcitrants et donc nécessaires à son prestige, ainsi qu'à la construction et l'entretien d'un millier de garnisons éparpillées sur tout le globe terrestre.

Quant à l'État, ayant réussi à imposer le dollar comme monnaie de réserve et comme monnaie obligatoire pour l'achat et la vente de pétrole, il ne s'inquiète pas vraiment du montant du déficit financé par la planche à billets. On avance le chiffre de 44 000 milliards, mais c'est probablement davantage. Grâce au privilège accordé au dollar «le reste du monde» s'appauvrit, puisqu'il voit régulièrement diminuer la valeur des dollars qu'il possède comme monnaie de réserve et dans le même temps, il subventionne l'économie américaine.

C'est donc la puissance politique et militaire de l'État picrocholien qui constitue le gage de la crédibilité de la monnaie des banquiers. Conclusion : le dollar, monnaie privée des banquiers, est une monnaie politique gagée sur le zéphyr de la confiance que le monde accorde à l'emprunteur.

C – Troisième étage : L'apparent rééquilibrage des rapports de force entre les deux partenaires — l'État américain et les banquiers internationaux, dans un marché qui semble gagnant-gagnant — ne doit pas cacher que le troisième étage de la fusée de l'escroquerie monétaire mondiale est celui qui permet aux financiers de rafler seuls la mise.

Si, à l'origine, le titre de paiement émis par les banquiers est une simple variante d'une fausse monnaie ou d'un argent sale, le paiement des intérêts qui alimente automatiquement, en retour, le flot ininterrompu des bénéfices que produit l'argent gratuitement fabriqué, devient miraculeusement virginal après son détour dans l'économie réelle. Il est du bon et honnête argent, de l'argent réel, l'argent des impôts, donc le fruit du travail des citoyens. En conséquence, ce sont les citoyens qui entretiennent les banquiers.

En conclusion, les banquiers livrent un argent fictif et reçoivent l'argent réel des impôts fourni par l'activité économique. Les alchimistes du Moyen-Âge avaient besoin de plomb pour produire de l'or, les alchimistes de la FED sont beaucoup plus forts. Pour produire de la richesse, il leur suffit de pianoter sur le clavier de leurs ordinateurs.

Un enrichissement phénoménal des banquiers à partir de rien, à partir du néant, en résulte. Il faut reconnaître qu'il s'agit d'un montage particulièrement astucieux et qui méritait bien l'acharnement des chasseurs de canards de l'île Jekyll afin d'en peaufiner le mécanisme. Il a d'ailleurs donné entière satisfaction aux heureux prestidigitateurs qui depuis près d'un siècle plument joyeusement les palmipèdes que sont les citoyens américains, ainsi que nous tous, les citoyens du monde entier. Ils plument aussi les pays pauvres grâce à l'exportation de ce mécanisme et à son application au FMI (Fonds monétaire international), à la Banque mondiale et à tous les mécanismes bancaires censés «aider» les pays émergents, alors qu'en réalité, ils les ruinent.

D'ailleurs ce mécanisme est si mirobolant qu'il a été imité non seulement par les autres banques centrales, mais par les banques privées du monde entier. C'est le système bancaire tout entier qui fonctionne comme une gigantesque pompe à finances aspirante, parasitaire de l'économie réelle, structurellement génératrice d'inflation et d'appauvrissement des sociétés civiles, mais pourvoyeuse de vertigineuses richesses au profit des banquiers. De plus, il contraint les sociétés à une éreintante course à la croissance afin de pouvoir au moins compenser le montant du tribut payé aux financiers.

Les cent, les mille, les dix mille mains des banquiers hécatonshires auront-elles la force de triompher, une fois de plus, du principe de réalité ? La démesure du casino boursier mondial vient de montrer ses limites. Des optimistes invétérés pensent que «le gros de la crise est passé» pendant que les pessimistes attendent l'apocalypse.

Regrets exprimés par le président Wilson dans son message d'adieu (1921). Il a constaté qu'il avait livré la nation à des intérêts privés qui avaient tué la liberté et l'indépendance du gouvernement légal des États-Unis. Une lucidité tardive d'un président qui n'avait pas compris qu'il travaillait à l'appropriation du pays par un consortium de banquiers internationaux liés entre eux par des liens familiaux.

«Une grande nation industrielle est contrôlée par son système de crédit. Notre système de crédit est privatisé et concentré. Par conséquent, toutes nos activités sont entre les mains de 14 quelques hommes qui, même si leurs actions sont honnêtes et tournées vers l'intérêt public, sont nécessairement concentrées sur les grandes entreprises dans lesquelles leur propre argent est investi et qui, par la force des choses, gèlent, freinent ou détruisent une réelle liberté économique».

«Nous avons limité le crédit, nous avons limité les possibilités, nous avons contrôlé le développement, et nous sommes devenus l'État le plus mal dirigé, l'un des plus complètement contrôlé et dominé du monde civilisé — il n'y a plus de gouvernement libre, plus de gouvernement ayant son propre programme et issu d'un vote de la majorité, mais un gouvernement représentant l'opinion et les directives de petits groupes dominants».

«S'il existe dans ce grand pays des hommes assez puissants pour devenir les maîtres du gouvernement des États-Unis, ils deviendront les propriétaires de la nation. Le destin du système monétaire fondé sur la dette et la cupidité des banquiers est écrit».


4 – Piano, piano, les banquiers prennent possession de la planète

L'étalon or, petit rappel


Personne n'ignore que dans les échanges entre États, la monnaie est le fléau de la balance qui permet d'assurer l'équilibre entre ce qu'on vend et ce qu'on achète. Les deux plateaux de la balance représentent donc des richesses réelles et reposent sur des productions concrètes.

Mais pour que ce «juge de paix» soit convaincant, il a fallu trouver un intermédiaire aussi «impartial» et «fiable» que possible. Un métal précieux et inaltérable — l'OR — s'imposa tacitement durant des décennies afin de remplir ce rôle. Cette première mondialisation financière qui dura une centaine d'années et prit fin avec la guerre de 1914, peut être appelée l'ère de l'étalon-or. Durant cette période les pièces de métal précieux or et argent — furent progressivement remplacées par une monnaie fiduciaire. En effet, la quantité de métal précieux se révéla rapidement insuffisante et les banques centrales furent autorisées à émettre en papier-monnaie environ 10 fois le montant de la valeur de leurs réserves en or. Cependant, un prix fixe de l'once d'or garantissait la stabilité de chaque monnaie par rapport à cet étalon.

Ce système n'était le fruit ni d'une «conférence», ni d'un «accord international» laborieusement négocié. Il résultait de la sagesse d'expériences séculaires qui s'étaient progressivement établies depuis qu'il existait des échanges internationaux et il fut tacitement accepté par le monde économico-financier pendant un siècle. Sa stabilité permit le spectaculaire développement industriel du XIXe siècle sur tous les continents.


La guerre de 1914-1918 et le premier cataclysme monétaire

Le président Abraham Lincoln aurait eu en son temps ces paroles prémonitoires : «Je vois dans un proche avenir se préparer une crise qui me fait trembler pour la sécurité de mon pays. [...] Le pouvoir de l'argent essaiera de prolonger son règne jusqu'à ce que toute la richesse soit concentrée entre quelques mains». (Letter from Lincoln to Col. Wm. F. Elkins, Nov. 21, 1864).

Le président Abraham Garfield, avait lui aussi été assassiné le 2 juillet 1881 après avoir fait une déclaration sur les problèmes de la monnaie. «Whoever controls the volume of money in our country is absolute master of all industry and commerce... and when you realize that the entire system is very easily controlled, one way or another, by a few powerful men at the top, you will not have to be told how periods of inflation and depression originate». (President James A. Garfield, 1881). («Celui qui contrôle le volume de l'argent de notre pays est le maître absolu de toute notre industrie et de tout notre commerce... Et quand vous réalisez que la totalité du système est aisément contrôlable, d'une manière ou d'une autre, par quelques individus puissants à sa tête, vous n'avez plus à vous à interroger sur l'origine des périodes d'inflation et de dépression».)

La première guerre mondiale fit exploser l'équilibre monétaire qui reposait sur l'étalon or. Elle fut financée par des emprunts émis par les belligérants des deux camps — donc aussi bien par les alliés du Reich que par ceux de la France et des Anglo-Saxons. Elle consacra un dérapage de la discipline monétaire qui n'a fait que s'accentuer depuis lors.

L'effort de guerre financé par du papier monnaie non gagé sur les réserves en or fut le premier grand cataclysme monétaire. Il eut deux conséquences immédiates calamiteuses : la première fut une dévaluation spectaculaire des monnaies et la seconde celle de permettre à la guerre de se traîner durant quatre interminables années et de saigner l'Europe à blanc par les millions de morts qu'elle provoqua. Elle entraîna un affaiblissement démographique et économique irréparables dont l'Europe ne s'est jamais relevée.

En effet, les guerres du XIXe siècle ne pouvaient durer plus longtemps que ne le permettait le financement réel — c'est-à-dire en monnaie couverte par l'équivalent or — des dépenses militaires. C'est pourquoi, elles s'arrêtaient en général au bout de quelques semaines ou de quelques mois.


Apothéose des usuriers

Après avoir bafoué la Constitution américaine signée à Philadelphie en 1787 qui stipule en son article 1, section 8, § 5, que «c'est au Congrès qu'appartiendra le droit de frapper l'argent et d'en régler la valeur» et qui permit que ce droit régalien qui fonde la souveraineté d'une nation soit dévolu aux filiales un consortium de financiers privés, incrustés depuis plusieurs siècles en Angleterre, les États-Unis sont devenus, après la fin de la première guerre, les modèles économiques du reste de la planète. Cette situation s'est encore aggravée après la fin de la seconde guerre mondiale, qui a transformé l'Europe en un véritable satellite politique, économique et financier de l'Amérique, que sa soumission volontaire contraint de subir les conséquences des turpitudes des financiers américains et des crises que provoque leur voracité.

C'est pourquoi il est important d'analyser les mécanismes par lesquels le système usuraire créé le 23 décembre 1913 a volontairement généré des crises qui ont appauvri les nations, tout en enrichissant une poignée de banquiers, et de comprendre comment ce mécanisme, localisé à l'origine dans la sphère anglo-saxonne, est devenu une pompe aspirante de la richesse mondiale.

«En politique, rien n'arrive par hasard. Chaque fois qu'un événement survient, on peut être certain qu'il avait été prévu pour se dérouler ainsi», écrivait le président Franklin Delano Roosevelt. La création de la Réserve fédérale — qui ne «fédérait», entre elles que les banques régionales qui la composent et que les banquiers ont essaimées, pour des raisons de commodité et d'efficacité sur l'ensemble du territoire de la «nation indispensable» — signait le retour en majesté des «changeurs du Temple» et celle de l'érection en grande pompe d'un troisième temple, à la gloire de la finance internationale et apatride.

Le 23 décembre 1913 marquait la renaissance, sous sa forme modernisée, de l'activité à la fois frauduleuse et officielle, des vendeurs des demi-shekels dans le temple de Jérusalem qui, après un siècle entier de mensonges, de manœuvres et de corruptions divers sont parvenus à accoucher du monstre dévoreur des richesses de la planète et même à faire oublier leurs turpitudes et à devenir des personnages puissants et respectés.


Mécanismes par lesquels les nouveaux «changeurs du temple» pillent la richesse des nations

L'objectif claironné lors de la création de la FED était de stabiliser l'économie et de mettre fin aux crises en série qui avaient émaillé la fin du XIXe siècle. Il faut savoir qu'à l'époque, quatre types de coupures étaient en circulation :

Les billets, appelés Legal Tender Notes ou United State Notes (UNS), étaient imprimés depuis le Legal Tender Act de 1862 d'Abraham Lincol, par le département du Trésor des Etats-Unis. Ils cohabitaient avec des «Certificats» qui «certifiaient» la convertibilité en or ou en argent de la valeur faciale inscrite sur le billet. Les Gold and Silver Certificate étaient «Payable to the Bearer on demand — Payable au Porteur à sa demande» en or ou en argent métal.

À partir de 1914 et surtout de 1916, la FED commença à imprimer son propre papier monnaie, les Federal Reserve Notes (FNS), qui deviendront le dollar américain que nous connaissons aujourd'hui. Cette variété de billets en circulation fut pain bénit pour nos modernes «changeurs du temple» installés dorénavant au cœur de l'État. Leur objectif était évidemment d'imposer leur propre monnaie — simple reçu de dette — et d'éliminer les vestiges de l'indépendance de l'État.

Dès le lendemain de sa création, les banquiers de la FED mirent leurs pieds dans les pas des barons voleurs des crises monétaires antérieures. Entre 1916 et 1920, l'institution imprima des montagnes de sa propre monnaie, présentant ses Federal Reserve Notes (FNS) comme équivalents aux United State Notes (UNS) ce qui lui permit de doubler la masse monétaire en circulation. Les deux monnaies semblant interchangeables, de nombreux détenteurs candides et sensibles à la propagande qui vantait la commodité d'utilisation de la nouvelle monnaie, se dessaisirent également de leurs certificats garantis par l'or ou l'argent pour un papier garanti par rien, permettant aux banquiers de se faire rembourser en or à bon compte auprès du Trésor.

La FED en profita pour inonder le marché de liquidités de son propre papier imprimé et d'offres de prêt à des taux si attractifs que de nombreux artisans et moult catégories désireuses de se lancer dans les affaires se ruèrent sur l'occasion. Après l'afflux, le reflux. Sous prétexte de «surchauffe» et conformément au fonctionnement de l'accordéon, une brusque compression fut imposée en 1920, ainsi qu'un brutal appel au remboursement des prêts. Les motifs, comme toujours, semblaient parfaitement rationnels : il fallait bien lutter, n'est-ce pas, contre l'inflation, même si celle-ci était précisément provoquée par la générosité calculée dont avaient fait preuve ces mêmes honorables banquiers.

Une banqueroute de cinq mille quatre cents (5400) banques privées s'ensuivit, qui provoqua également la ruine des emprunteurs, contraints de rembourser sur le champ. De nombreux débiteurs aliénèrent leurs «certificats» — opération particulièrement rentable pour la FED, qui vit l'or et l'argent de l'État migrer dans les coffres de la City via ses filiales américaines.

Le bouquet final fut offert par le Congrès qui, en 1920, vota le «Independant Treasury Act of 1920», une décision qui, en fait «d'indépendance» aliénait le «Treasury Department of the United States government», c'est-à-dire la trésorerie américaine gouvernementale au profit du consortium privé des banques actionnaires de la FED.

Actuellement, les propriétaires de la FED (Federal Reserve Bank) sont :

  • Rothschild Banks of London and Berlin
  • Lazard Brothers Bank of Paris
  • Israel Moses Sieff Banks of Italy
  • Warburg Bank of Hamburg and Amsterdam
  • Kuhn Loeb Bank of New York
  • Chase Manhattan Bank of New York
  • Goldman Sachs Bank of New York


5 – Fin de la première guerre mondiale et Conférence de Gènes (1922)

Des vertigineuses «réparations de guerre» furent imposées à l'Allemagne vaincue qui aboutirent à une non moins vertigineuse inflation et instaurèrent la misère et le chaos dans un pays qui avait été un des plus prospères du monde au XIXe siècle. Qui plus est, elles amenèrent au pouvoir un Hitler au départ résolu à redresser un pays qui partait à vau-l'eau. Le système monétaire en a subi les plus violents contrecoups.

Une conférence internationale qui se tint à Gênes en 1922 essaya de remettre de l'ordre dans la chienlit et tenta de rétablir l'étalon-or. Mais les anglo-saxons étaient déjà assez puissants pour imposer également leurs propres monnaies — le dollar et la livre sterling — comme monnaies de réserve. Un relâchement monétaire et une inflation galopantes aboutirent au crash de 1929 et à la perte de la valeur des monnaies. Ainsi, le dollar d'aujourd'hui ne vaut même pas 1% de sa valeur d'avant 1914.

«Monsieur le président, nous avons dans ce pays une des institutions les plus corrompues qui ait jamais existé dans le monde. Je fais référence au Conseil de la Réserve fédérale et aux banques de la Réserve fédérale. [...] Cette institution diabolique a appauvri et ruiné le peuple des États-Unis ; s'est elle-même mise en banqueroute, et a pratiquement mis en banqueroute notre gouvernement. Elle a fait ceci grâce aux défauts de la loi sous laquelle elle opère, grâce à la mauvaise administration de cette loi par le Conseil de la Réserve fédérale et grâce aux les pratiques de corruption des vautours qui la contrôlent.

Ce qu'il nous faut ici est un retour à la Constitution des États-Unis. Il nous faut un divorce complet de la Banque et de l'État. La vieille lutte qui fut menée ici à l'époque de Jackson doit être à nouveau menée. [...] L'Acte de la Réserve fédérale doit être abrogé et les Banques de la Réserve fédérale, ayant violé leurs chartes, doivent être immédiatement liquidées. De déloyaux fonctionnaires du gouvernement qui ont violé leurs serments doivent être mis en accusation et conduits au tribunal. Si nous ne le faisons pas, je prédis que le peuple américain, outragé, volé, pillé, insulté et trahi comme il l'est dans son propre pays, se mettra en colère et enverra ici un président qui expulsera les manipulateurs de la monnaie hors du temple».

Discours de Louis T. McFadden Le 23 mai 1933, devant la Chambre des Représentants

Une fois de plus, la mystérieuse calamité qui s'abat sur les contestataires des usuriers a frappé. Le député Louis McFadden a échappé à plusieurs tentatives de meurtre : à deux reprises, un tireur le rata et il survécut une première fois à une tentative d'empoisonnement au cours d'un banquet. La deuxième tentative semble avoir été la bonne, mais sa mort est officiellement attribuée à une crise cardiaque. Il est mort trois ans seulement après son célèbre discours.

Un des rares hommes politiques de l'époque à avoir compris toute la perversité du système Charles A.Lindberg (le père du célèbre aviateur). Il déclara : «Cette loi établit le plus gigantesque trust sur terre. Lorsque le président (Wilson) signera ce projet de loi, le gouvernement invisible du Pouvoir Monétaire sera légalisé... le pire crime législatif de tous les temps est perpétré par cette loi sur la banque et le numéraire».

Un lien organique assez lâche était cependant maintenu avec le pouvoir politique : la nomination par le président des États-Unis des sept membres placés à la tête du consortium des banques composant la FED — et confirmés quasi automatiquement par le Sénat — ainsi que par des dépositions de son gouverneur devant les Commissions monétaires du Congrès. Mais chacune des banques privées qui composaient l'ensemble gérait ses affaires à sa guise. Un des promoteurs de cette funeste décision, Salmon P. Chase, Secrétaire du Trésor sous Lincoln, comprit trop tard les conséquences calamiteuses pour le pays — et aujourd'hui pour le monde — qui découlent de cette loi des Banques Nationales : «Ma contribution au passage de la loi des Banques Nationales fut la plus erreur financière de ma vie. Cette loi a établi un monopole qui affecte chaque intérêt du pays. Cette loi doit être révoquée, mais avant que cela puisse être accompli, le peuple devra se ranger d'un côté, et les banques de l'autre, dans une lutte telle que nous n'avons jamais vue dans grande ce pays».

Rien de tel ne se produisit et le système perdure jusqu'à nos jours, ce qui fait que le dollar est toujours la monnaie privée d'un cartel de banques d'affaires qui la gèrent en fonction de leurs intérêts, c'est-à-dire du système capitaliste dont elles sont les représentantes et les bénéficiaires et pas du tout en fonction des intérêts de l'État où elles opèrent et de ses citoyens — et aujourd'hui du monde entier.

Mais ce n'était-là qu'un hors-d'œuvre et une mise en bouche avant le grand exploit de 1929. En dix ans, deux crises, celle de 1920 et surtout celle de 1929, avaient dévasté les marchés boursiers intérieurs et provoqué une catastrophe mondiale. Le mécanisme était chaque fois d'une simplicité enfantine.

En 1921, afin de lutter contre la récession qui menaçait à la suite de la crise qu'elle avait provoquée en 1920, la FED ouvrit donc de nouveau les vannes des facilités monétaires, si bien qu'entre 1921 et 1929, non seulement la masse monétaire fut augmentée de 62%, mais un emprunt de bourse spécifique, appelé «margin loan» («prêt marginal») était destiné à doper la bourse, donc, pensait-on, l'économie. Ce prêt offrait des conditions si phénoménalement attrayantes qu'il provoqua une ruée des demandeurs : il suffisait de payer 10% du prix d'une action pour en être le propriétaire nominal, le créancier, en général la banque, avançant les 90% restants.

Les boursicoteurs se multiplièrent comme champignons après la pluie. Les indices montèrent jusqu'au ciel, ou presque. De 1925 à 1929, la hausse des cours de Bourse fut de 215%. Cette période est aujourd'hui appelée «The Roaring Twenties», c'est-à-dire une décennie particulièrement prospère.

Il serait abusif de prétendre de traiter en quelques mots le krach boursier de 1929 et l'enchaînement des catastrophes qu'il engendra. Mais il est certain que ce déraillement économico-financier est la conséquence directe d'une politique chaotique de la Réserve fédérale, qui s'était traduite par une politique monétaire accommodante et laxiste, ainsi que par la création d'un système d'emprunts si facilement accordés que l'indice boursier, le Dow Jones des valeurs industrielles a été multiplié par cinq durant la deuxième moitié des années vingt.

Si l'on y ajoute un appel à des remboursements de prêts immédiatement exigibles par un établissement bancaire de New York, qui contraignit d'innombrables détenteurs à vendre leurs actions en catastrophe, auxquels il faut ajouter les initiés qui s'étaient empressés de vendre au plus haut, la chute brutale de l'indice, la panique et le krach étaient inévitablement au bout de l'opération.

Des biographies de John-Pierpont Morgan, de Joseph Kennedy — le père du président — de John Davison Rockefeller et de Bernard Baruch indiquent que ces honorables industriels et banquiers ont réussi à vendre tous leurs titres et à convertir leur fortune en or juste avant le krach de 1929. Une légende rapporte que Joseph P. Kennedy avait décidé de vendre son considérable portefeuille d'actions pour avoir obtenu un tuyau de la part... d'un cireur de chaussures. Grâce à cette information pour le moins miraculeuse, la fortune des Kennedy est passée de 4 millions de dollars en 1929 à 100 millions de dollars en 1935.

La catastrophe politique que fut la première guerre mondiale eut, entre autres conséquences politiques néfastes, celle de permettre à une nation excentrée et provinciale, appelée les États-

Unis d'Amérique ou Picrocholand de débarquer en Europe alors que son expansion et son hubris impériales s'étaient jusqu'alors cantonnées à son immédiat environnement. L'empire militaro-financier pointait le bout de son nez.


6 – Bretton-Woods en 1944 et le dollar présent en majesté

La fin de la seconde guerre mondiale marqua le début d'une ère monétaire nouvelle avec l'apothéose de la puissance politique et économique d'un pays que la guerre n'avait pas atteint et qui s'était enrichi grâce aux ventes d'armes. Tout en manifestant les apparences d'une démocratie bénévolante, il avait déjà entrepris de cimenter une grande partie des murailles de la forteresse de l'empire avec des billets verts, des missiles et des centaines de bases réparties sur l'ensemble de la planète.

En effet, forts de leur victoire auto-proclamée sur les nazis et minimisant l'action décisive des armées de l'Union soviétique sur le front de l'Est malgré les éclatantes victoires de Koursk et de Stalingrad, et face à une Europe exsangue, les USA imposèrent en juin 1944, à Bretton-

Woods dans le New-Hampshire, la reconstruction du système capitaliste mondial, mais uniquement fondé sur leur propre richesse industrielle et financière. Ils ressuscitèrent le système de l'étalon-or mais en y adjoignant cette fois le seul dollar comme monnaie de réserve, l'Angleterre et la livre sterling étant sorties moribondes de la guerre.

Il faut dire que la guerre de 1940 fut une considérable source d'enrichissement pour les USA : pendant toute la durée des hostilités, c'est en or qu'ils exigeaient le paiement des armes qu'ils vendaient aux belligérants. Ils en profitèrent, à la fin du conflit, pour mettre la main sur tout l'or des banques allemandes, à titre, une nouvelle fois, de «réparations de guerre». Autrement dit, une masse de 30 000 tonnes d'or récupérés en Europe fut purement et simplement considérée comme un butin de guerre.

L'or de l'Allemagne et celui que la FED possédait déjà ont donc servi de couverture au dollar et ont largement contribué à sa valorisation et à sa consolidation comme monnaie de réserve, bien qu'il soit toujours demeuré la monnaie privée des banquiers possesseurs de la FED. Bretton-Woods marque le début du règne du Roi-Dollar qui dura sans partage jusqu'à la fin des années 1960. Ce fut néanmoins une naissance prudente. En effet, il existait encore quelques garde-fous. Ainsi la valeur du dollar était définie par rapport à l'or : elle était 35 $ pour une once d'or, ce qui garantissait une stabilité et une certaine équité dans les échanges commerciaux.

De plus, les USA jouissaient alors d'une suprématie industrielle immense et possédaient à Fort Knox les plus grosses réserves d'or — 80% de l'or de la planète. De plus, leur balance commerciale était largement excédentaire et représentait 40% de la production mondiale. Le monde entier, en pleine reconstruction, achetait force biens et services américains et les dollars étaient ainsi rapatriés en grande partie. Ce système fonctionnait donc sur une suprématie monétaire et économique incontestées de Picrocholand.

À cette époque, la réserve d'or de la FED couvrait encore à peu près les sommes que les banques centrales du «Rest of the World» pouvaient réclamer. Mais la domination économique américaine a diminué progressivement du fait que les pays européens et le Japon s'étant redressés n'avaient plus importé autant de produits manufacturés du Nouveau Monde.

Comme les appétits intérieurs de l'empire s'étaient aiguisés en même temps que ceux des financiers, il fallut, afin de satisfaire les uns et les autres, faire fonctionner de plus en plus intensivement la planche à billets — métaphore qui désigne la création de monnaie par les banques sous forme de crédits divers aux particuliers et aux entreprises. Les dettes des particuliers, ajoutées à celles de l'État sous forme de dépassements budgétaires ont alors considérablement augmenté la masse de dollars en circulation.

Mais en 1965, le général de Gaulle put encore exiger le remboursement en or d'une dette de 300 millions de dollars. Cinq ans plus tard, au moment de la guerre du Vietnam, la couverture or n'était plus que de 55% et elle est tombée à 22% un an plus tard en 1971. La dernière date officielle de la couverture or aux États-Unis est le 15 août 1971. Le «Nixon Shock» a mis fin de facto au système de Bretton Woods établi en 1944.

Or, en 1971 Picrocholand avait dépensé 500 milliards de dollars dans son effort de guerre au Vietnam alors que la FED ne possédait plus qu'une faible réserve de 30 milliards de dollars en or.

Aujourd'hui, personne ne connaît la quantité d'or stockée en principe à Fort Knox... Le dollar flottant et la mise en place de l'escroquerie monétaire du millénaire par un empire devenu une puissance militaire De nombreux citoyens du Rest of the World (Reste du Monde), emboîtèrent le pas au général de Gaulle et des demandes en provenance de diverses banques centrales étrangères provoquèrent un vent de panique si bien que le 15 août 1971, acculé, le président en exercice de l'empire pirocholien, Richard Nixon, fut contraint de demander à la FED de prendre une décision en forme de coup de poker : abandonner purement et simplement la convertibilité du dollar en or.

N'ayant plus les moyens de racheter ses billets, la FED, en accord avec le pouvoir exécutif de l'empire, décida que le cours du dollar flotterait au gré de l'offre et de la demande. Cette décision signifiait :

1° – Que le dollar n'avait plus de couverture-or.

2° – Qu'il avait également perdu la garantie de l'État tout en demeurant la seule monnaie de réserve de l'État picrocholien et du reste du monde.

3° – Que l'or ayant perdu son statut de garantie, donc de monnaie de réserve, devenait une matière première ordinaire à l'égal du cuivre ou du plomb.
Ce fut le premier gigantesque coup de force d'un Picrocholand militaire, un véritable coup d'État monétaire et un coup de pied dans la fourmilière de l'économie mondiale. Il marque l'entrée d'un Picrocholand belliqueux dans l'ère ouvertement assumée d'un empire militaire. L'interprétation élastique de la Constitution et le mépris pour les règles du droit international remplacé par des «règles» fluctuantes au gré des intérêts du pays, exterritorialité de la justice.

Extorsions, menaces, coercition, grossiers mensonges et manipulations médiatiques de l'opinion intérieure et des opinions mondiales à la source de déclenchements de guerres dévastatrices.

Afin de justifier l'attaque contre le Vietnam du Nord, Picrochole inventa une attaque, de la flotte américaine dans la baie du Tonkin. Ce fut la première manifestation spectaculaire d'un mépris pour le Reste du monde, pudiquement appelée unilatéralisme, qui allait croître et embellir au fil du temps. En effet, les États-Unis avaient décidé tout seuls, et en fonction des aléas de leur politique militaire et des contraintes économiques qu'elles leur imposaient, de changer les règles du jeu monétaire international. Le dollar, détaché d'une valeur-or stable, devint une monnaie dite flottante, c'est-à-dire à la valeur variable au gré de la demande.

Du coup, tous les biens produits par le Rest of the World et destinés à l'exportation, donc libellés en dollars, devenaient, eux aussi, des bouchons flottants. Depuis 1971, il n'existe plus de système monétaire international officiel. En effet, la décision unilatérale de l'empire entraîna ipso facto la perte de valeur de toutes les monnaies du monde puisque les deux étalons monétaires sur lesquels elles étaient fondées s'étaient écroulés. Toutes les monnaies se sont donc mises à flotter, elles aussi. N'ayant plus, à l'instar du dollar, aucune valeur par elles-mêmes, elles sont devenues des moyens de paiement en forme de papier imprimé légal.

En conséquence, l'économie mondiale devenait un bateau sans pilote ni gouvernail et, pour continuer de filer la métaphore maritime, la hauteur des vagues sur lesquelles voguait l'économie mondiale dépendait de l'humeur des financiers et des aléas de la politique du seul État émetteur de dollars.

Cette décision impériale présentait néanmoins un immense avantage aux yeux des financiers de l'empire : sans effet désagréable sur leur propre économie, elle mettait, en revanche, toutes les autres économies mondiales à leur merci. Problème : comment faire avaler cette décision léonine au «Rest of the Wold» ?


Vérification de la démonstration d'Etienne de la Boétie sur la servitude volontaire

Ce grand esprit dirait aujourd'hui que l'Amérique n'est puissante que parce que nous sommes à genoux. Bien plus que sur des courbes et des équations mathématiques, l'économie repose sur la psychologie des peuples et des États. L'étalon or-dollar supposait une vertu et une rigueur économiques séraphiques et surhumaines de la part de l'État dont la monnaie-papier devenait l'équivalent de la référence-or et qui se trouvait donc être à la fois juge et partie dans la compétition économique.

Quant aux États utilisateurs du dollar-étalon, ils devaient soit manifester une allégeance aveugle à l'empire et accepter une soumission passive à ses décisions, soit croire en l'existence d'un État à la vertu miraculeuse qui n'aurait jamais la moindre tentation de créer fictivement de la monnaie et d'arrondir ses fins de mois en achetant au Reste du Monde beaucoup plus de marchandises et d'équipements divers que ce qu'il aurait pu le faire grâce à la richesse réelle produite par son économie propre.

Mais l'histoire révèle que rien n'est plus facile à imposer qu'un miracle, comme le prouvent les dogmes des diverses religions de la planète. Et le miracle, somme toute modeste par rapport à ceux véhiculés par les croyances que l'empire a réussi à répandre, fut la croyance en sa vertu, en son honnêteté et en son désir d'agir pour le bien de l'humanité. De plus l'irrationalité de ce qu'on appelle «les marchés financiers» n'est plus à démontrer, surtout lorsqu'on leur présente l'appât de bénéfices immédiats.

Avec le dollar flottant et l'exterritorialité des «règles», Picrocholand pouvait imposer des «sanctions» et exiger de lourdes amendes. Ainsi, la banque française BNP fut assommée d'une amende de 8 milliards de dollars pour avoir osé commercer avec petit État de la Corne de l'Afrique qui déplaisait à l'empire. Toutes les digues étaient rompues et, comme le disait le sapeur Camenbert, «quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites». Picrocholand pouvait dorénavant créer autant de monnaie que le supporterait son prestige militaire et celui de son économie. Sans couverture officielle, ce n'était rien d'autre que de la fausse monnaie, ou monnaie de singe et saccager impunément les économies concurrentes.

C'est bien ce qui est arrivé, puisque depuis 1971, la richesse produite par l'économie de l'empire a quadruplé, alors que la masse monétaire qu'il a déversée sur le globe a été multipliée par quarante.

Les dirigeants des banlieues du Rest of the World ont beau être d'un naturel crédule et soumis, notamment les Européens, et béer d'admiration devant leurs «libérateurs» de 1944, il n'aurait peut-être pas été si facile d'inciter leurs banques centrales à continuer d'accorder au dollar flottant, donc devenu aussi consistant qu'un caramel mou, un statut privilégié et à utiliser ce pseudo étalon comme monnaie unique des échanges entre eux et comme monnaie de réserve de leurs propres banques centrales. Le mark allemand et le franc suisse jouissaient m à la psychologie des peuples.


7 – L'invention du pétrodollar et la complicité de la maison des Saoud

C'est là qu'intervient la soif de pétrole de l'empire. Le pétrole, hier comme aujourd'hui, n'est pas un produit ordinaire. Il est le moteur de toute l'économie moderne et la condition de son existence. Ce que les États-Unis ne pouvaient plus faire avec la seule arme d'un dollar affaibli, ils tenteront de le réaliser par l'alliance du dollar avec le pétrole. L'opération connut une belle réussite pendant trente ans.

Pour cela, il leur fallait un comparse complaisant — un complice — qui trouverait également son propre intérêt dans cette alliance. Ce fut le royaume de la famille Saoud, appelé Arabie saoudite qui accepta de jouer ce rôle. Le cadeau sans prix que le royaume saoudien fit à l'Amérique au début des années 1970, en échange d'une «protection militaire» et de divers «avantages économiques», fut de libeller et de vendre son pétrole exclusivement en dollars.

Comme il s'agissait du plus gros producteur et du membre le plus influent de l'OPEP, les autres monarchies du Golfe, en bons moutons de Panurge pro-américains, suivirent le mouvement, si bien que l'habitude, puis une sorte de loi tacite s'imposèrent : pour acheter du pétrole, il fallait des dollars. Et pour obtenir des dollars, il fallait, soit acheter des produits américains, ce qui dopait l'industrie de l'empire et procédait en quelque sorte au blanchiment d'une monnaie fictive créée par un simple jeu d'écriture — une variante d'un «argent sale» comme il est démontré ci-dessus — soit n'utiliser que les dollars dans les échanges internes entre tous les autres États de la planète.

On faisait ainsi entrer dans un circuit commercial classique à l'extérieur des USA des billets de banque qui, à l'origine étaient simplement du papier imprimé. Du coup, une monnaie fictive créée ex-nihilo par des institutions financières privées de l'empire, trouvait par la magie de ce mécanisme un statut officiel de monnaie réelle qui permettait donc d'acheter des biens réels.

Comme cette masse flottante de monnaie circulait en dehors de l'État émetteur puisque, de fil en aiguille, elle était devenue l'étalon international des échanges de toutes les marchandises, la créance n'était jamais présentée au débiteur. Celui-ci pouvait d'autant mieux continuer à créer de la monnaie que la demande de pétrole était de plus en plus importante. La quantité de monnaie augmentait donc parallèlement à l'augmentation de la demande de pétrole dans le monde.

Ainsi la monnaie privée des financiers de la FED est devenue, de fil en aiguille, la monnaie mondiale dominante : 75% de la monnaie mondiale étaient des dollars. De plus, tantôt par des pressions, tantôt par des menaces, tantôt par suivisme, lâcheté, indifférence ou ignorance des utilisateurs, les dollars représentaient 80% des fonds détenus par les banques.

C'était le jackpot. Le niveau de vie de Picrocholand faisait saliver d'envie les habitants du reste de l'univers. Ce pays construisait et entassait les armes les plus coûteuses, il construisait des flottes de navires marchands, des armadas de sous-marins, de porte-avions, de destroyers, de corvettes qui sillonnaient toutes les mers du globe, des escadrilles innombrables d'aéronefs furtifs, bombinants et percutants. Picrocholand a siphonné sans relâche ses propres réserves d'hydrocarbures et achetait maintenant avec sa fausse monnaie du pétrole et du gaz à gogo, consommait, gaspillait l'énergie sans le moindre souci d'économie, faisant fi des mines déconfites des Rowiens les pénuries à venir.

Les entreprises et les établissements financiers de cet État miraculeux, le nez au vent à la recherche de l'affaire juteuse, achetaient partout où c'était loisible, des stocks de matières premières, des immeubles, des sociétés, des secteurs entiers dans lesquels elles possédaient un quasi monopole : télécommunications, presse, télévision, cuivre, zinc, or, uranium, agroalimentaire, semences transgéniques, sucre, cacao, bananes, café.

L'empire achetait, corrompait, soudoyait, menaçait sous couvert d'aide au développement, des industriels, des ministres, des chefs d'États et des gouvernements entiers ainsi que toute personne ou organisme dont l'activité pouvait favoriser ses profits. Ainsi, les Picrocholiens avaient soutenu et souvent mis en place toutes les dictatures militaires apparues dans le monde depuis Seconde Guerre mondiale — et donc dévouées corps et âme à l'empire — en Indonésie, en Grèce, en Uruguay, au Brésil, au Paraguay, en Haïti, en Turquie, aux Philippines, au Guatemala, au Salvador, et personne n'a oublié leur action particulièrement horrifique au Chili en 1973.

Et les dollars valsaient, et les Picrocholiens riaient et se gavaient tandis que le Reste du monde, le moral en berne, bavait d'envie. Sur le chemin de ronde de la forteresse de papier monnaie, les habitants du Rest of the World voyaient déambuler fièrement, nez au vent, des Picrocholiens arrogants et repus. Ils les entendaient railler narquoisement les Rowiens pour la pauvreté de leurs Universités, la médiocrité de leur armement, la gestion minable de leurs économies, l'indigence de leur programme spatial. Ils devinaient que les Picrocholiens tournaient en dérision les lourdauds chaussés de semelles de plomb qui se traînaient dans la fange d'un quotidien laborieux pendant qu'en athlètes aux pieds agiles ils galopaient en tête dans le délectable marathon de la piraterie intercontinentale appelée mondialisation.


Picrochole repart en guerre pour imposer le dollar à des récalcitrants

Picrochole est vigilant. Toujours sur le pied de guerre. Après les attentats du 11 septembre 2001, Picrocholand déclara officiellement la «guerre au terrorisme» et déclencha, après la Grenade, la seule victoire éclatante de l'empire, une guerre sanglante au cœur de l'Europe.

L'ensemble yougoslave fut tronçonné en de multiples étaticules et le plus important d'entre eux, la Serbie fut rabotée de sa province originelle, le Kosovo, pour être offerte à des groupes maffieux qui veillaient sur la gigantesque base de Camp Bosteel construite à l'arrivée du pipeline des champs pétrolifères de la Caspienne. Son dirigeant fut kidnappé, jugé, condamné et emprisonné par un organisme sis chez les Bataves censé juger les crimes de guerres mais qui n'a réussi qu'à s'appliquer à la Yougoslavie et à des dirigeants africains. M.Milocevic son président fut innocenté des accusations de la CPI ... après sa mort en prison.

Deux guerres particulièrement dévastatrices ravagèrent deux États prospères, producteurs de pétrole, l'Irak et la Libye. Leurs dirigeants — Saddam Hussein et le Colonel Khadafi furent accusés de fabriquer et de posséder des stocks d'armes de destruction massive prohibées, nucléaires, chimiques et des barils d'armes biologiques. Tout le monde a pu voir l'image du Général Colin Powell brandissant dans le cadre de l'ONU, une fiole censée contenir des venimeux bacilles d'Antrax trouvés par la CIA en Irak.

Derrière ces fariboles inventées, la véritable cause de la guerre destructrice imposée à l'Irak et le péché impardonnable de son dirigeant furent de vouloir vendre son pétrole en euros cherchant à contourner le pétrodollar.

Quant au péché du Colonel Khadafi, il fut d'avoir voulu imposer un dinar-or c'est-à-dire une monnaie panafricaine adossée à l'or pour concurrencer le dollar et proposer une alternative au franc CFA. Le dinar-or, indique Wikipédia, était une ancienne monnaie introduite par la dynastie des Omeyyades, en 696-697 sous le règne du calife Abd Al-Malik.

La France s'est abstenue de participer à la guerre qui a détruit l'Irak et provoqué l'abjecte pendaison hollywoodienne de son dirigeant, afin que nul n'en ignore. En revanche le président Nicolas Sakozy, cornaqué par l'inénarrable et omniprésent Bernard Henri Lévy, alias Botul, avaient activement participé à la destruction de la Libye et à l'assassinat de son dirigeant dans des conditions ignobles.

Le nouveau Picrochole qui règne sur l'USland a suivi le même chemin. Au cours d'une opération hollywoodienne classique, la nuit, après avoir réussi à corrompre la garde personnelle et à assassiner les résistants, un groupe militaro-barbouzard a enlevé le président du Venezuela, M Nicolas Maduro et son épouse, désormais affublés de casaques jaunes et emprisonnés sans jugement à New York. Picrochole s'est immédiatement proclamé propriétaire des immenses réserves de pétrole du pays.

Ce succès lui ayant quelque peu troublé l'entendement, Picrochole a cru pouvoir répéter l'opération sans risques, aidé par son complice, le génocidaire de Gaza, en bombardant sauvagement, en pleines «discussions de paix», un autre État producteur de pétrole, l'Iran, en invoquant l'immense désir des agressés d'être libérés de la tyrannie religieuse par les missiles démocratiques, lesquels s'étaient illustrés en rasant des infrastructures civiles, notamment une école de fillettes. La quarantaine de cadavres d'enfants était le prélude à un changement de régime et à une main mise sur le pétrole.

Picrocholand était coutumier de ce genre d'exploit puisqu'une antépénultième ministre des Affaires étrangères, Mme Madeleine Albright, répondant en 1996 à la question d'une journaliste sur la mort de 500 000 enfants en Irak du fait de la guerre et des sanctions, donc davantage qu'à Hiroshima. «Le jeu en valait-il la chandelle ?» Mme Albright avait claironné : «Nous pensons que le prix en valait la peine».

S'attaquer à l'empire perse pourrait bien avoir été l'ultime mauvaise idée de Picrocholand.


Le bord du gouffre et le dérapage avant la chute

Déjà quelques glissades dangereuses avaient donné des sueurs froides aux plus prudents et aux plus perspicaces, hantés par le crash de 1929 et une répétition en 2008. Une crainte de plus en plus perceptible commençait de troubler les institutions monétaires du Rest of the World de ce qu'à force de creuser le trou des déficits et des dettes, une gigantesque implosion finisse par ébranler la planète.

La panique devant un 11 septembre 2001 financier — ô combien plus catastrophique pour l'économie mondiale que l'écroulement, plus ou moins accompagné officiellement des deux tours jumelles du WTC et de la voisine qui leur faisait face et qui n'ayant pas même été effleurée, s'est visiblement effondrée par compassion — préoccupait de plus en plus d'esprits pendant que la fête battait son plein sur les ponts du Titanic et que l'euphorie régnait chez les boursiers.

En effet, deux événements majeurs sont venus troubler le jeu de cartes des magiciens du dollar flottant : la naissance d'une monnaie commune européenne, l'euro, et la fin de la publication régulière de l'agrégat M3 qui révélait au monde entier l'importance de la gloutonnerie dépensière de l'empire.

Car il existait une dernière petite butée rassurante pour les utilisateurs du dollar avant la chute dans l'abîme : toutes les données monétaires disponibles étaient publiques, aussi bien les liquidités — pièces, billets, comptes courants, livrets, comptes épargne, sicav — que l'ensemble des moyens de paiement. Les monétaristes les désignent sous le nom d' «agrégats» et les ont classés en quatre types : M0, M1, M2 et M3. Le plus important de ces agrégats est le M3 parce qu'il contient les précédents. C'est celui qui nous intéresse car c'est celui qui pilote la politique monétaire globale. Il est l'indicateur le plus fiable de la quantité totale de dollars en circulation à l'intérieur des USA et dans le monde. Il permettait donc de calculer le rapport entre la richesse réelle de l'État et son train de vie.

Accueillie d'abord prudemment, cette météorite creusa néanmoins un gros cratère dans les sables bitumineux du pétro-dollar et remit en cause la superbe construction monétaire qui avait imposé au monde l'utilisation d'un dollar même flottant et dévalué comme seule monnaie de réserve au bénéfice de l'économie des USA.

Mais le coup de grâce vint de l'intérieur même du système. Le 23 mars 2006 un événement capital se produisit dans l'histoire économico-monétaire de la planète, dont la presse quotidienne, le nez sur le guidon du quotidien et complètement myope, n'a pas tout de suite mesuré l'importance : la décision de la Réserve fédérale de l'empire américain (FED), émettrice privée des dollars, d'arrêter la publication de l'agrégat monétaire M3 ainsi que la parution de divers autres indicateurs secondaires qui, par des moyens détournés permettaient aux autres États de la planète de se faire une idée globale de la masse monétaire en circulation.

Continuant de collationner les données, le cartel de banques privées composant la FED rompait le contrat de confiance qui le liait aux utilisateurs de sa monnaie, et gardait pour son usage exclusif les données recueillies, considérant avec le mépris et l'indifférence propres à l'empire, que les banques centrales et les citoyens du Reste du Monde n'avaient qu'à se débrouiller dans le brouillard ou à faire aveuglément confiance aux maîtres du monde, c'est-à-dire aux financiers de la FED.

En réalité, il s'agissait d'une opération de camouflage honteux d'une dette exponentielle, officiellement évaluée à 8000 milliards de dollars, mais qui serait en fait de 42 000 milliards — et même de 55 000 milliards selon d'autres calculs — si l'on y intégrait les dépenses de santé et les retraites, ce qui représentait de dix-huit à plus de vingt fois le budget annuel de ce pays.

Si un particulier doit deux mille euros à une banque, c'est un problème pour lui, mais s'il doit deux millions d'euros à cette même banque, c'est un problème pour la banque. La situation est transposable à la dette américaine, dont le montant colossal des dettes privées et publiques continuant d'augmenter dans le plus grand secret, ne sera évidemment jamais remboursé et constituera à l'avenir un problème majeur pour tous les États de la planète.

Quid du comportement à venir des pays qui détiennent de pleins coffres de créances en dollars ? Quid de l'avenir de l'économie de l'empire ? Mais surtout, quid de l'économie des autres pays des autres pays de la planète ? Quel sera l'avenir de l'euro ? Quid de l'avenir des BRICS ?

On peut, au sujet de la situation monétaire actuelle, appliquer à l'empire picrochlien fondé sur la peur et la violence, donc la coercition et la guerre, la métaphore qui rappelle que la roche tarpéienne est proche du Capitole. Il n'est pas nécessaire d'être un grand prophète pour affirmer avec une quasi certitude que le Capitole américain penche dangereusement, qu'il est sur le point de s'effondrer et de s'écraser dans le gouffre de la dette et de la gloutonnerie impériales comme la traîtresse Tarpeia s'était écrasé dans le gouffre qui s'étendait au pied de la roche à laquelle le Capitole des Romains était adossé et du haut de laquelle elle avait été précipitée, donnant son nom au célèbre rocher.

Seule la date précise reste à déterminer, même si les financiers de Wall Street susurrent que la chute sera assez lente et qu'ils maîtrisent la situation. Il est d'autant plus important d'éviter une panique dévastatrice qu'ils espèrent avoir le temps de mettre leurs billes à l'abri et de trouver un stratagème afin d'obliger le Reste du Monde à assumer les conséquences du fardeau de leur dette. Traduit en langage de l'empire cela donne : «La FED espère un atterrissage en douceur de l'économie américaine...»

Les privilèges monétaires dont jouit l'empire depuis 1945 étaient les sources de sa puissance et de son expansion. Ils sont si faramineux qu'on devine que les USA sont prêts à tout pour en assurer la pérennisation. Les guerres récentes de l'empire, qu'elles soient directes ou masquées, ont toutes eu pour objectif l'élimination ou la soumission des dirigeants qui ont cru pouvoir s'affranchir de la truanderie financière américaine, le tout sous le masque de la vertu démocratique.

Aujourd'hui, l'objectif affiché demeure le démantèlement des BRICS. La Russie a résisté aux assauts de Wall Street. Après quelques soubresauts, la Chine a retrouvé sa pugnacité. L'empire s'est donc tourné vers l'armée des compradores brésiliens et indiens afin de fomenter une de ces révolutions colorées dont il a le secret.

Mais ces manœuvres plus ou moins barbouzardes ne sauveront pas le dollar d'un déclin déjà largement commencé.

En attendant l'apocalypse !

Aline de Diéguez

1ère partie

https://reseauinternational.net/la-naissance-maffieuse-du-dollar-2eme-partie/