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Politique française / L’Europe est-elle condamnée ?
Last post by JacquesL - Aujourd'hui à 05:08:24 PM
L'Europe est-elle condamnée ?



par Philippe Rosenthal

Les troubles en France sont en train de se répandre comme le feu dans une traînée de poudre dans le reste de l'Europe et menacent de faire exploser l'UE. En Allemagne, des appels sont lancés sur le Net et des tracts sont distribués pour lancer une vague d'émeutes dans le pays pour renverser le gouvernement. Les facteurs qui les alimentent sont communs à la plupart des pays de l'UE : hausse des prix des carburants, augmentation du coût de la vie, restrictions budgétaires et problèmes liés à l'immigration. À cela se rajoute le ras-le-bol de la population de voir une caste dirigeante se pavaner et de se goinfrer pendant qu'ils reçoivent les injonctions de leur part de se serrer la ceinture depuis des années.

Les castes actuellement en poste dans les gouvernements des pays de l'UE mènent à la destruction de la civilisation européenne et des peuples européens. Ces derniers ont pris conscience de cet état de fait et refusent de servir de chair à canon économique au quotidien ou militaire sur le front ukrainien pour l'idéologie et les intérêts très personnels de cette caste qui a volé le pouvoir démocratique et la liberté de vivre aux peuples d'Europe. De nouveau, ils se lèvent contre une aristocratie de caste : la mèche de la révolution a été allumée au départ — comme par tradition en France.

Les scènes effroyables en provenance de France témoignent de la crise que traverse le continent

On disait autrefois que lorsqu'une France éternue, c'est toute l'Europe qui s'enrhume. Il suffit de se souvenir de la Révolution française, du «Printemps des peuples» de 1848, ou encore des manifestations étudiantes de mai 1968, pour s'en convaincre : la France possède une particularité qui en fait à la fois un catalyseur et un baromètre des profonds bouleversements de l'ordre européen.

Il reste à voir si les troubles qui secouent actuellement le pays s'avéreront être une nouvelle illustration de ce phénomène. Ces dernières semaines, des dizaines de milliers de personnes mécontentes sont descendues dans la rue à travers le pays pour réclamer des mesures. Tout a commencé avec des étudiants, qui ont déclaré protester contre les mauvaises conditions scolaires et les problèmes d'admission à l'université. Mais ils ont rapidement été rejoints par des syndicalistes et des militants de tous bords, et les cibles de leur colère se sont multipliées : le prix des carburants et la hausse du coût de la vie, les coupes budgétaires, le mépris des priorités de gauche et, finalement, la notion même de pouvoir.

Certes, les manifestations françaises sont rarement aussi calmes, mais ce week-end, elles ont sombré dans un chaos et une violence inhabituels, même pour la France. Le monde a été témoin de pillages, de destructions gratuites et d'agressions brutales à travers le pays ; près de mille policiers et gendarmes ont été blessés et plus de 2400 personnes ont été arrêtées entre samedi et dimanche.

L'illustration la plus frappante de cette décadence est sans doute l'incendie criminel de l'hôtel de ville de Limoges, un imposant édifice ancien qui avait survécu à deux guerres mondiales et qui a finalement succombé aux convulsions insensées de la foule.

Certains mouvements de contestation ont déjà dépassé les frontières françaises. Ces derniers jours, des manifestations similaires ont éclaté à Madrid, Milan, Lisbonne et Bruxelles. Et il y a fort à parier que d'autres débordements surviendront : les conditions qui ont donné lieu à ces protestations sont communes à la plupart des pays européens.


Appel à l'émeute et à l'insurrection en Allemagne

«La CDU voit dans les troubles en France un signal d'alerte pour l'Allemagne», avertit le Oldenburger Zeitung Online, précisant : «On ne serait donc pas si éloigné de la situation en France». Alexander Throm, porte-parole du groupe parlementaire de l'Union au Bundestag pour les questions de politique intérieure, a déclaré au média allemand, en référence aux troubles, que «les événements survenus en France devaient constituer un signal d'alarme clair pour l'Allemagne — et tout particulièrement pour Berlin — car les courants et alliances extrémistes menacent également la sécurité et la cohésion sociale».

Throm a déclaré que «l'alliance impie entre des forces d'extrême gauche, des segments du milieu issu de l'immigration et des criminels» était «préoccupante». Comme en France, le pouvoir en place accuse l'extrême gauche et aussi l'extrême droite de vouloir déstabiliser la démocratie.

«L'Allemagne est menacée par une vague de violence similaire à celle qui sévit en France : des extrémistes de gauche, alliés à des groupes de défense des migrants, appellent à des manifestations sur le modèle français le 31 octobre dans plusieurs villes. Seule l'AfD rétablira la sécurité intérieure !», martèle la vice-présidente de l'AfD sur X citant un article de Bild.

«Les extrémistes veulent importer les émeutes françaises dans notre pays !», titre le tabloïd.

«Les images apocalyptiques d'incendies, de pillages et de destructions mobilisent également l'extrême gauche en Allemagne. Celle-ci organise déjà une journée de protestation dans neuf grandes villes allemandes, afin de reproduire le chaos et les violences observés dans les pays voisins. Des appels au renversement du gouvernement, accompagnés d'images de violence, circulent déjà sur les réseaux sociaux, et des tracts seront distribués dans les écoles allemandes» ; «L'étincelle est allumée», «L'heure de la résistance a sonné», «Grève comme la jeunesse française !» ; «Avec ces cris de ralliement, les radicaux de gauche veulent importer en Allemagne les émeutes qui ont déjà transformé de nombreuses villes françaises en champs de bataille», poursuit le média allemand.

La situation sociale et économique est si mauvaise en Allemagne ou en France que les citoyens de ces pays choisissent des partis politiques situés à l'extrême du spectre politique. Les partis politiques établis ont échoué et portent la responsabilité de la grave crise historique qui secoue l'Europe.

Ces émeutes françaises s'étendent maintenant à la Belgique. «Comme en France, les mobilisations du 17 octobre ont dégénéré chez nous», titre RTL Belgique. La révolte s'étend là où se trouvent les instances du pouvoir politique de l'UE. «Des slogans antifascistes, des critiques contre le gouvernement fédéral et des messages de soutien au peuple palestinien ont été entendus», selon le média belge. La France brûle, la Belgique face au risque de contagion sociale. DHNET, un autre média belge titre : «Derrière les pillages et les émeutes en France, une colère sociale nourrie par la vie chère et le sentiment de déclassement. Alors que l'inflation menace de repartir, les premiers débordements en Belgique font craindre une contagion».

Les manifestations et les affrontements sociaux qui ont éclaté en France contre le coût élevé de la vie, l'inflation et les politiques gouvernementales ont également trouvé un écho en Italie, avec des manifestations et des émeutes concentrées surtout à Milan et dans d'autres grandes villes comme Rome, Turin, Gênes et Naples. «Les manifestations en France se sont propagées en Europe», constate Il Giornale : «Les manifestations en France semblent se propager au reste de l'Europe. En Italie, les étudiants tentent de monter le soulèvement et ont déjà été appelés certains jours de protestation tandis que les lycées sont occupés de jour en jour».

«Des manifestations ont été enregistrées en France, en Italie, en Espagne, en Albanie, en Belgique et au Portugal», signale Metropoles, média portugais : «Les manifestations portugaises ont été motivées en grande partie par l'approbation au Parlement portugais, fin septembre, d'une réforme du marché immobilier qui facilite les expulsions de locataires et met fin au contrôle des montants facturés dans les nouveaux contrats». «Dans les villes de Porto et de Lisbonne, des manifestants campent sur une place publique. À Porto, environ 200 manifestants restent campés à Praça D. João I, même après que la police locale a ordonné la retraite du camp».


Les circonstances matérielles

La France, comme les États-Unis ou les autres pays de l'UE, est confrontée à une crise du coût de la vie qui pèse sur l'ensemble des citoyens. Cependant, dans certains secteurs clés, cette crise est plus aiguë et douloureuse, notamment celle du pétrole et du gaz, indispensables au transport de marchandises, à l'industrie et au chauffage domestique. Le gaz naturel est un composant clé dans la fabrication des engrais azotés.

Des prix élevés du gaz peuvent donc faire grimper les coûts de production en amont, avec un décalage de plusieurs mois avant d'atteindre les étagères.

De plus, les dirigeants français ou européens ont beaucoup moins de pouvoir ou surtout ne veulent pas agir sur les causes profondes de cette crise. L'UE et les responsables politiques des pays européens continuent de soutenir Volodymyr Zelensky et de mener des sanctions contre la Russie qui est le 3e producteur mondial de pétrole, avec une production d'environ 9 à 9,5 millions de barils par jour en 2026, après les États-Unis et l'Arabie saoudite.

La Russie est le 2e producteur mondial de gaz naturel (représentant environ 14,5% de la production mondiale) derrière les États-Unis et est le premier exportateur mondial de blé et l'un des tout premiers producteurs mondiaux. L'aveuglement des responsables politiques de l'UE est patent et explique les émeutes qui ont débuté en France pour se répandre dans d'autres pays européens.


La question de l'immigration

Quelle que soit la composition ethnique des émeutiers et des pillards, une chose est claire : les migrations de masse ont engendré des fractures profondes, voire insurmontables, au sein des sociétés européennes. Près de 12% de la population française est née à l'étranger (soit près de 8 millions de personnes) ; parmi ces millions de résidents, nombreux sont ceux qui n'ont ni le désir ni la capacité de s'intégrer à la société française. Et ces millions de personnes marginalisées, à leur tour, sont pleinement conscientes de la précarité de leur situation. Il en résulte une hostilité mutuelle profondément enracinée. C'est pourquoi, en temps de crise, émergent d'importants groupes d'individus avides de trouver de l'argent, peu attachés à l'ordre établi et tirant largement profit de son effondrement.

Finalement, le système politique s'est complètement effondré. Emmanuel Macron dirige la France depuis dix ans, et pourtant sa cote de popularité n'atteint que 15%.

Et bien que son objectif initial a été de prévenir la vague de colère populaire actuelle en s'attaquant à ses causes profondes, une chose est sûre : le projet macroniste a échoué. Il n'a pas réussi à rétablir l'ordre dans l'économie et les finances françaises. Il n'a pas réussi à consolider l'ordre ni à accroître significativement la puissance ou la sécurité de la France. Et il n'a pas réussi à unir les Français.

Contraint de s'adresser au pays, Macron a imputé les émeutes à des instigateurs d'extrême gauche et à des «hors-la-loi», promettant laborieusement d'«entendre la colère et d'en traiter les causes» et de «défendre sans relâche l'ordre républicain». Le gouvernement français a également insisté sur l'instauration de couvre-feux locaux limités. Cependant, rares sont les citoyens qui semblent prendre le président au sérieux.

La conclusion du journaliste Vincent Trémeau-le de Villers résume bien la situation dénonçant une impuissance d'État : Si l'extrême gauche, les éléments criminels et les pillards peuvent plonger la France dans le chaos en quelques heures, c'est principalement parce que la monarchie technocratique, ivre de la conscience de sa propre importance, a méthodiquement rasé tous les supports moraux, de pouvoir, culturels et économiques qui permettent à la société de tenir debout.

Les trois défaillances décrites ci-dessus sont peut-être les plus profondément ancrées en France. Mais elle n'est pas la seule à en souffrir. La même situation est observable dans d'autres pays européens, surtout chez ceux qui ont élaboré l'UE. La question se pose. Est-ce vraiment la fin ? L'Europe est-elle vraiment condamnée ?

Les partis de droite anti-système, qui gagnent du terrain en France, en Allemagne et dans des pays similaires, laissent entrevoir un espoir de renouveau. Si la chance leur sourit à nouveau — ce qui est loin d'être acquis — le Rassemblement National (RN), l'AfD et leurs semblables pourraient remplacer les élites européennes actuelles par des dirigeants conscients de l'urgence de la situation et de la nécessité d'agir avec détermination.

Toutefois, même si les populistes consolident l'ordre politique et s'attaquent de front à la question migratoire, il est peu probable qu'ils parviennent à sortir le continent de l'impasse matérielle et sociologique dans laquelle il se trouve. La compétitivité économique continuera de s'affaiblir, la crise du coût de la vie risque de s'aggraver et les technologies qui façonneront l'avenir du monde — notamment l'intelligence artificielle — risquent de laisser l'Europe dans un cul-de-sac. À cela se rajoute le changement structurel de la population européenne.


Source : Observateur Continental

https://reseauinternational.net/leurope-est-elle-condamnee/
#2
Politique française / Comment manipuler la génératio...
Last post by JacquesL - Aujourd'hui à 04:18:59 PM
Comment manipuler la génération Z



par Thierry Meyssan

Alors qu'une douzaine d'États ont déjà vécu — parfois avec succès — des manifestations de la génération Z, celles qui viennent d'avoir lieu, en France, donnent une occasion de manipuler la population. Les destructions programmées, survenues le 17 octobre, semblent préparer une sorte d'état d'urgence qui permette de suspendre l'élection présidentielle comme cela a lieu en Ukraine depuis deux ans.


Le président de la République intervient le 18 octobre pour annoncer qu'il n'y aura pas d'élection si l'ordre n'est pas rétabli.

Dans cet article, j'examinerai une douzaine de manifestations de la «génération Z», c'est-à-dire les 14-29 ans, qu'elles soient organisées ou désorganisées. Si de nombreux mouvements de contestation auquel elle a participé ont eu lieu dans d'autres États, la génération Z a toujours dénoncé la corruption, le népotisme et les abus de pouvoir avant toute autre injustice.

Je conserverai toujours à l'esprit que si l'on ne peut pas provoquer la colère d'une foule, il est très facile de la détourner de son objectif initial. Ces manifestations commencent donc toujours dans l'intérêt général, mais peuvent s'égarer en chemin.

Une première caractéristique de ces mouvements est qu'ils ont tous éclaté après des scandales de corruption ou de répression. Les manifestants ne se sont pas réclamés d'une idéologie politique particulière, mais ont avant tout exprimé leur exigence de justice.

• Mongolie : le 11 janvier 2025, des jeunes gens manifestent à Oulan-Bator pour protester contre le train de vie de la famille du premier ministre Luvsannamsrai Oyun-Erdene. Le mouvement dénonce rapidement la corruption dans l'ensemble de la classe politique et demande la démission de 33 députés. En définitive, le premier ministre finira par démissionner, le 3 juin.

• Indonésie : en février 2025, des manifestations ont éclaté à Java contre la corruption. Elles ont été amplifiées par un syndicat étudiant lorsque le gouvernement a impliqué les universités dans des projets miniers en échange de repas gratuits pour tous les étudiants.

Les manifestations ont alors couvé, un peu partout dans le pays, alors que le gouvernement accordait des avantages importants aux militaires et qu'il soutenait le «transfert» des gazaouis en annonçant leur possible transfert dans le «plus grand État musulman du monde».

En août, les manifestations ont repris, à l'appel des camionneurs, à l'occasion de considérables hausses d'impôts.

C'est à ce moment-là que le drapeau pirate de l'équipage de Chapeau de paille du manga One Piece a fait son apparition. Il était le symbole de la lutte contre la corruption. Le brandir est devenu passible de poursuites criminelles pour trahison.

En définitive, le président Prabowo Subianto a reconnu que la jeunesse avait le droit de manifester et a fait lever les sanctions contre le drapeau pirate.

• Togo : le 26 juin 2025, des manifestations ont éclaté après l'arrestation par la police et la torture du rappeur Aamron. Elles ont immédiatement pris une tournure politique car sa longue torture avait été filmée par les policiers et que le président Faure Gnassingbé était en train de faire changer le régime politique en faisant réformer la Constitution. Le mouvement a duré jusqu'en décembre. Il s'est essoufflé face à la répression très violente, souvent létale.

• Népal : du 8 au 14 septembre 2025, des jeunes gens manifestent à Katmandou contre les enfants et les proches des responsables politiques, qui font étalage sur les réseaux sociaux de leur vie luxueuse. Le pouvoir répond en bloquant les réseaux sociaux, mais cette mesure provoque l'effet inverse de celui escompté. En définitive, le premier ministre Khadga Prasad Sharma Oli doit démissionner.

• Timor-oriental : du 15 au 17 septembre, un syndicat étudiant manifeste à Dili pour protester contre les avantages économiques accordés aux parlementaires. En définitive, ceux-ci devront se passer des voitures de luxe qu'ils avaient commandées.

• Philippines : le 21 septembre 2025, 100 000 jeunes gens défilaient à Manille contre la corruption des clans au pouvoir, les Marcos et les Duterte. 70% des fonds destinés aux luttes contre les inondations auraient disparus.

• Madagascar : en septembre 2025, des manifestations éclatent à Madagascar contre l'absence de répartition de la croissance économique après un discours malheureux du président Andry Rajoelina qui se félicite de progrès économiques que le peuple ne voit pas. Les manifestations qui se généralisent débouchent sur un coup d'état militaire et la fuite du président Andry Rajoelina.

• Maroc : le 27 septembre 2025, 200 000 jeunes manifestent dans le désordre dans les grandes villes marocaines contre la corruption et le népotisme. Il démarre alors que l'État consacre des sommes importantes à la préparation de la Coupe du monde de football tandis que les hôpitaux tombent en ruine. Le mouvement s'arrête face à sa répression.

• Paraguay : le 28 septembre 2025, des manifestations de jeunes ont débuté pour protester contre la corruption et une tentative de modification de la Constitution pur permettre à l'ancien président, le mafieux Horacio Cartes, de revenir au pouvoir. Les amérindiens se sont joints à la génération Z lorsqu'ils ont appris le transfert du bureau de l'Instituto Paraguayo del Indígena (INDI) dans une base militaire. Le mouvement a cessé le 3 octobre après que le président Santiago Peña ait annulé cette décision.

• Mexique : le 15 novembre 2025, suite à l'assassinat d'un maire par un cartel, des dizaines de milliers de jeunes ont manifesté pour leur sécurité et contre la corruption. Les manifestations ont cessé, à la mi-décembre, sans solution.

• Bulgarie : le 26 novembre 2025, des manifestations de jeunes ont éclaté pour protester contre le projet de budget qui transférait le financement des retraites et de la sécurité sociale des entreprises sur les impôts, et contre la corruption. Elles n'ont cessé qu'un mois plus tard, après la démission du gouvernement Zheliazkov et le retrait de la réforme.

• Japon : le 3 mai 2025, 50 000 jeunes ont manifesté contre la remilitarisation de leur pays en utilisant des bâtons lumineux, comme lors des concerts de K-Pop et lors de la tentative de loi martiale en Corée du Sud. Elles se sont bientôt multipliées dans tout le pays et ont cessé par épuisement.

• Inde, le 15 mai 2026, le président de la Cour suprême assimile les jeunes chômeurs à des cafards. Un jeune étudiant en communication crée alors le «Parti du peuple des cafards». Il organise des manifestations jusqu'à ce que le ministre de l'Éducation démissionne. Le mouvement repart, en octobre avec la protestation contre la réforme des listes électorales dont la procédure exclut les Indiens les plus pauvres. Elle se poursuit aujourd'hui, malgré l'emprisonnement de son leader.1


La manifestation du 17 octobre en France

À partir du 18 septembre 2026, des lycéens manifestent, d'abord à Créteil, puis dans toute l'Île de France, et enfin dans tout le pays contre leurs conditions d'études. Ils sont bientôt rejoints par les étudiants. Et, un peu plus tard, par les syndicats de la fonction publique.

Les premières manifestations sont pacifiques, mais des débordements commencent à être signalés lorsque des élus de gauche affirment que la violence est légitime. Des casseurs se joignent alors aux lycéens et étudiants, provoquant de nombreux dégâts dans les lycées et les universités. Les policiers s'interrogent alors sur leur commandement : en effet, ils reçoivent des ordres contradictoires qui ne leurs permettent pas de protéger les manifestants et les exposent aux casseurs.

Des manifestations sont annoncées au plan national, le 17 octobre. Les «Gilets jaunes», c'est-à-dire le mouvement informel, de 2018-2019, contre le prix des carburants et pour la France périphérique, se joignent au mouvement. Ils poursuivent l'objectif de lutter contre la vie chère.

La police territoriale, pourtant réputée pour sa grande précision, sous-estime à 150 000 manifestants maximum ces rassemblements, tandis qu'ils seront entre 550 000 et 800 000. La direction de la police s'assure que les unités de maintien de l'ordre ne soient prévues que pour les manifestations estimées et veille à ce qu'elle ne dispose que du minimum de munitions en gaz lacrymogènes et en grenades de dispersion.

Les black blocs européens acheminent des milliers de militants, principalement d'Italie, de Suisse, d'Allemagne et de Belgique.

Le 17 octobre, des heurts débutent avant midi. Ils se termineront au petit matin, le 18. La police débordée ne parvient pas à protéger qui que ce soit et quoi que ce soit, hormis le palais de l'Élysée. Plus de 600 policiers et gendarmes sont blessés, mais seules 26 personnes sont déférées à la Justice. 1500 commerces sont détruits, des bâtiments historiques sont incendiés. Les dégâts sont estimés à plusieurs centaines de millions d'euros.


Analyse

Aucun événement particulier n'a déclenché la contestation lycéenne. Il s'agit d'un ras-le-bol généralisé face au sentiment d'abandon d'une génération à qui on explique qu'elle doit se contenter de locaux mal-isolés, où l'on souffre du chaud et du froid selon les saisons ; et qu'elle ne doit pas espérer avoir de professeurs lorsque les siens sont malades ; que de toute manière, elle n'aura jamais d'emploi et sera remplacée par l'Intelligence artificielle ; mais qu'elle devra quand même payer la dette et les intérêts de la dette que leurs parents ont accumulée.

Dans un premier temps, un parti politique de gauche a tenté de récupérer ces manifestations en venant se poster aux sorties des lycées. Mais tout a changé, ce 17 octobre.

Il est évident que des responsables, au sein du commandement de la police, ont tout fait pour que cette manifestation dégénère, au mépris des manifestants et de leurs subordonnés, les policiers. Il convient de constater, fait sans précédent, que le principal syndicat de policiers, Alliance, a déposé une plainte contre X, le 14 octobre, pour «mise en danger de la vie d'autrui». Cette organisation rassemble des témoignages, partout dans le pays, pour identifier les officiers qui ont organisé le chaos.

Il convient de se demander, comme le font ces policiers, ce que recherchent les responsables cachés de ces violences. Il est probable qu'ils préparent une opération visant à perturber l'élection présidentielle des 18 avril et 2 mai 2027.

Il est possible que ces responsables cachés soient en France, mais aussi envisageable qu'ils soient à l'étranger ; une hypothèse renforcée par la participation des black blocs européens.

Comment ne pas se rappeler qu'en 2011, le candidat à la présidentielle en tête les sondages, Dominique Strauss-Kahn, a été arrêté à New York pour viol, par la police locale, mais avec l'aide du Pentagone, assurant l'élection de son «ami», François Hollande ?2Comment ne pas se rappeler qu'en 2017, le candidat à la présidentielle en tête les sondages, François Fillon, a été mis en cause pour avoir engagé son épouse comme assistante parlementaire sans qu'elle accomplisse de travail à l'assemblée nationale, ouvrant ainsi la voie à l'élection d'un tiers, Emmanuel Macron ?
Comment ne pas envisager qu'en 2027, le candidat à la présidentielle en tête les sondages, Marine Le Pen, soit condamnée par la justice et privée de ses droits civiques... ou que la situation exige de placer le pays sous «état d'urgence» ou encore, selon la nouvelle disposition introduite par la loi du 16 août 2026, sous «état d'alerte de sécurité nationale» ?

S'adressant à la Nation, le lendemain même, le président Emmanuel Macron a dressé un rapide bilan de cette journée de destruction3. Il en a conclu que les Français étaient impuissants face à ces violences. Puis, il a conclu en souhaitant rétablir l'ordre... afin que les élections puissent avoir lieu.



Thierry Meyssan


Source : Réseau Voltaire

https://reseauinternational.net/comment-manipuler-la-generation-z/
#3
Yemen + Oman / Les missiles d’Ansarallah ont ...
Last post by JacquesL - Aujourd'hui à 04:04:06 PM
Les missiles d'Ansarallah ont appris à atteindre leur cible. Quelqu'un leur a appris



par Larry Johnson

Pendant la majeure partie de la guerre menée par l'Arabie saoudite au Yémen, les missiles balistiques d'Ansarallah avaient une portée plus politique que militaire. Bruyants et terrifiants, ils étaient cependant rarement décisifs. En 2017, la presse pouvait légitimement rapporter que les missiles du groupe étaient souvent allégés par réduction de leur charge utile et atteignaient rarement leurs cibles. La défense aérienne saoudienne en interceptait un grand nombre, et les autres tombaient dans le désert.

La situation a changé. Depuis la reprise des hostilités cet été, cinq aéroports saoudiens ont été la cible d'attaques houthies depuis le 5 octobre, faisant 20 morts et des centaines de blessés. Le 10 octobre, l'AFP a photographié l'aéroport international Roi Khaled de Riyad au moment où il a été touché. Lorsque les Houthis ont revendiqué des frappes contre des installations d'Aramco, la coalition a qualifié ces affirmations de trompeuses, mais des journalistes indépendants ont signalé des incendies et de la fumée au-dessus de la raffinerie de Riyad. Il ne s'agit pas de frappes de zone atterrissant à proximité d'une ville. Ce sont des frappes ciblées sur des installations à des distances de 1000 kilomètres ou plus, contre l'un des réseaux de défense aérienne les plus denses de la région.

J'ai consacré ma carrière au ciblage et à la planification militaire, et je sais ce que cela signifie. La précision à longue portée ne dépend pas d'un meilleur moteur-fusée. Un missile dérivé du Scud, guidé uniquement par inertielle, accumule des erreurs tout au long de son vol, et son ogive de rentrée atmosphérique en ajoute encore. Pour réduire un écart de plusieurs centaines de mètres à quelques dizaines de mètres, il est nécessaire de corriger la trajectoire en fin de vol, grâce à des mises à jour de navigation par satellite, une ogive de rentrée manœuvrable ou un autodirecteur terminal. Quel que soit le matériel utilisé, il faut également des coordonnées précises de la cible. Or, Ansarallah ne peut fabriquer ni l'un ni l'autre dans les montagnes de Sanaa.

Les corps des missiles sont d'origine iranienne. Ce point n'est pas sérieusement contesté. Cependant, les progrès de l'Iran en matière de précision indiquent clairement leur provenance, et il y a ici deux candidats potentiels, et non un seul.

La première est la Russie. Depuis la frappe iranienne de 2020 sur Aïn al-Assad, des informations persistantes indiquent que les missiles de la famille Fateh utilisent le GLONASS, le système de navigation par satellite russe. Pour que l'Iran puisse utiliser le signal militaire GLONASS crypté et résistant au brouillage, la Russie devrait lui fournir les clés de chiffrement.

La seconde possibilité est la Chine, et je ne l'écarterais pas. La constellation BeiDou chinoise est plus étendue que le GPS, et son service à accès restreint, réservé aux utilisateurs autorisés, est conçu pour résister au brouillage et à l'usurpation d'identité. Les chercheurs qui suivent les relations sino-iraniennes évoquent un accord conclu en 2015 pour intégrer BeiDou à l'infrastructure militaire iranienne, ainsi que des informations selon lesquelles Pékin aurait ouvert son réseau militaire crypté à Téhéran après le partenariat stratégique de 2021. D'après certaines sources, l'Iran aurait achevé sa transition du GPS américain vers BeiDou en juin 2025, juste après la guerre des douze jours. L'ancien chef du renseignement français, Alain Juillet, a avancé que l'amélioration de la précision des missiles iraniens depuis lors s'explique le mieux par l'accès à BeiDou. Téhéran n'a jamais confirmé ces allégations. La Chine se contente d'affirmer qu'elle utilise toutes les sources disponibles et qu'elle n'est dépendante d'aucune.

Je soupçonne que la vérité est que l'Iran utilise les deux types de signaux, et que, quelle que soit la constellation sur laquelle reposent ses missiles, la même logique s'applique. Le signal civil ouvert est précisément ce que les systèmes de guerre électronique saoudiens et américains brouilleraient en priorité. Un missile qui continue d'atteindre sa cible malgré cet environnement utilise un signal militaire protégé, et seuls Moscou ou Pékin peuvent l'autoriser. Si l'Iran dispose de ce signal, il y a fort à parier que les missiles qu'il expédie au Yémen en sont également équipés.
La couche de ciblage pointe dans la même direction. En 2024, le Wall Street Journal a révélé que la Russie transmettait des données satellitaires aux Houthis par l'intermédiaire des Gardiens de la révolution. Washington a également accusé publiquement une entreprise chinoise de satellites commerciaux de fournir des images ayant appuyé les attaques houthies. Des coordonnées précises représentent la moitié de la précision d'une frappe. Un mouvement dépourvu de satellites propres a besoin de la surveillance d'autrui.


«Ils utilisent simplement Google Earth»

Certains commentateurs rejettent cette hypothèse d'un revers de main. Selon eux, n'importe qui peut trouver des coordonnées sur Google Earth, donc Ansarallah n'a besoin d'aucune aide extérieure. Il suffit de saisir les coordonnées d'une piste d'atterrissage ou d'une raffinerie et de tirer.

Cet argument confond le fait de savoir où se trouve une cible avec le fait d'être capable de l'atteindre.

La précision comporte deux marges d'erreur distinctes, que la doctrine de ciblage militaire traite séparément. La première est l'erreur de localisation de la cible : la précision avec laquelle on connaît le point visé. La seconde est l'erreur d'armement : la précision avec laquelle le missile peut réellement voler par rapport à une coordonnée donnée. Ces deux erreurs se combinent, et la plus importante prévaut. L'imagerie commerciale gratuite a permis d'améliorer la première. Pour une grande installation fixe et bien cartographiée comme un aéroport saoudien, les coordonnées de Google Earth sont souvent précises à quelques mètres près horizontalement. C'est un changement radical par rapport aux années 1990, et je ne le nierai pas.

Mais une coordonnée n'est qu'un nombre. Elle est inutile pour un missile incapable de s'y diriger. Un missile dérivé du Scud, guidé par inertiel et dont la tête de rentrée oscille lors de sa descente, manquera sa cible de plusieurs centaines de mètres, aussi précise soit la coordonnée. Une coordonnée de 5 mètres utilisée pour une arme d'une précision de 500 mètres donnera une arme d'une précision de 500 mètres. Le seul moyen de transformer de bonnes coordonnées en cibles précises est un système de guidage capable de corriger sa trajectoire en fin de vol : mises à jour de la navigation par satellite, tête de rentrée manœuvrable ou autodirecteur terminal. L'argument de Google Earth ne justifie pas le besoin de cette technologie. Il présuppose simplement que cette technologie existe déjà.

Il existe un second problème. La qualité du guidage par satellite dépend entièrement du signal qu'il reçoit, et le signal GPS civil est la première cible des systèmes de guerre électronique saoudiens et américains en temps de conflit. Un missile qui continue à atteindre sa cible dans un environnement électromagnétique perturbé ne fonctionne pas avec un signal libre et non crypté. L'accès à un signal militaire protégé, qu'il s'agisse de GLONASS ou de BeiDou, ne peut provenir que de l'État propriétaire de la constellation.

Enfin, l'imagerie commerciale n'est qu'un instantané, souvent vieux de plusieurs semaines ou mois. Elle ne permet pas de savoir quel hangar abrite des avions ce soir ni quelle partie d'une raffinerie est en activité. Cibler des points stratégiques plutôt que de simples installations exige des renseignements à jour, ce que les données satellitaires russes publiées en 2024 permettraient précisément de fournir.

Google Earth a donc un rôle à jouer. Il permet de comprendre pourquoi le ciblage d'infrastructures fixes est devenu plus facile pour tous les acteurs non étatiques du monde. En revanche, il n'explique pas comment les missiles d'un mouvement yéménite ont pu atteindre leurs cibles. Cela nécessite un système de guidage et un signal de navigation, or Ansarallah ne fournit ni l'un ni l'autre.


La chaîne d'approvisionnement

Il est donc facile de reconstituer la chaîne. L'Iran fournit les missiles, la formation et les conseillers des Gardiens de la révolution sur le terrain. La Russie, la Chine, ou les deux, fournissent ce que les États-Unis ne peuvent pas désactiver : un signal de navigation militaire protégé, GLONASS ou BeiDou. Il a déjà été rapporté que la Russie fournit des données de ciblage et la Chine des images commerciales. Ansarallah fournit les lanceurs et la volonté politique.

Pourquoi Moscou ou Pékin prendraient-ils un tel risque ? Un coup d'œil à la carte suffit. Les États-Unis déploient deux groupes aéronavals et un groupe amphibie en mer d'Arabie pour leur guerre contre l'Iran. Chaque intercepteur de défense aérienne saoudien tiré sur un missile yéménite est un intercepteur de moins pour ce conflit, et chaque aéroport et raffinerie saoudiens perturbés alourdissent le coût politique de l'alignement de Riyad sur Washington. Pour la Russie, la logique est la même que celle qui sous-tend le soutien occidental en matière d'armement et de ciblage fourni à l'Ukraine. Pour la Chine, c'est un moyen peu coûteux de maintenir la puissance navale américaine loin du Pacifique occidental. Ni l'une ni l'autre n'a besoin de tirer un seul coup de feu ni d'apposer son nom sur un missile.

Washington et Riyad devraient cesser de considérer la menace des missiles houthis comme un problème exclusivement iranien. Les sanctions et les interdictions dans les ports de la mer Rouge visent les lanceurs de missiles. Elles n'ont aucun effet sur les signaux provenant de l'orbite ni sur les images achetées par le biais d'une société écran. Tant que le système de guidage et de ciblage ne sera pas attaqué de front, que ce soit par la voie diplomatique avec Moscou et Pékin ou par des contre-mesures électroniques et spatiales efficaces, les aéroports saoudiens continueront de faire la une des journaux télévisés.


Source : A Son of the New American Revolution via La Cause du Peuple

https://reseauinternational.net/les-missiles-dansarallah-ont-appris-a-atteindre-leur-cible-quelquun-leur-a-appris/
#4
Asie, Pacifique / Les États-Unis mènent des pour...
Last post by JacquesL - Aujourd'hui à 03:48:55 PM
Les États-Unis mènent des pourparlers secrets avec les généraux du Myanmar dans le cadre de leur stratégie anti-chinoise




par Giubbe Rosse News

L'administration Trump a discrètement renoué le dialogue avec le gouvernement du Myanmar soutenu par l'armée, organisant une deuxième série de pourparlers en l'espace d'un mois, rapporte Reuters. La réunion de la semaine dernière s'est tenue à Tokyo, après une première rencontre à Naypyidaw à la mi-septembre.

Les discussions initiales se sont concentrées sur deux objectifs concrets : obtenir la libération d'un homme d'affaires américain et mettre fin aux activités frauduleuses visant des citoyens américains.

Ces pourparlers ont toutefois ouvert la voie à un programme plus large. Des responsables américains ont également soulevé la question de l'accès aux importantes réserves de terres rares lourdes du Myanmar. Selon certaines estimations, le Myanmar détiendrait environ les deux tiers des réserves mondiales de terres rares lourdes.

Des obstacles importants subsistent toutefois, car la plupart de ces réserves se trouvent sur des territoires contrôlés par des groupes armés ethniques qui combattent l'armée. La Chine, principal acheteur de terres rares du Myanmar, s'opposerait probablement aussi à toute implication des États-Unis.

En 2025, le Myanmar représentait 52,8% de l'ensemble des importations chinoises de métaux de terres rares lourdes. Ces éléments sont essentiels à la production d'aimants permanents à haute température utilisés dans les moteurs de véhicules électriques, les éoliennes et les équipements de Défense de précision.

Au-delà de ses ressources, la valeur stratégique du Myanmar réside dans sa situation géographique. Le pays offre un accès à l'océan Indien tout en contournant le détroit de Malacca, étroit et vulnérable. Le projet phare dans ce contexte est le Corridor économique Chine-Myanmar (CMEC), qui comprend notamment le port en eau profonde de Kyaukphyu ainsi que des oléoducs et gazoducs s'étendant jusqu'à la province chinoise du Yunnan.

La Chine entretient des liens avec plusieurs groupes armés ethniques le long de sa frontière. Mais, soucieuse de protéger ses investissements et de sécuriser sa frontière, elle a réduit ses livraisons d'armes à ces groupes et fait pression sur eux pour qu'ils mettent fin aux hostilités. La Thaïlande, qui partage une longue frontière avec le Myanmar, a adopté une approche plus pragmatique, collaborant avec la junte militaire sur les questions commerciales et de sécurité frontalière tout en accueillant les réfugiés fuyant les combats.

Le changement de priorités diplomatiques des États-Unis est frappant. Auparavant, Washington soutenait les forces de résistance. Mais après l'arrivée au pouvoir de Trump, il a réduit ses programmes d'aide et entamé un dialogue avec le gouvernement soutenu par l'armée, allégeant ainsi la pression diplomatique et les sanctions. Selon les experts, ce revirement reflète la concurrence stratégique entre les États-Unis et la Chine pour l'influence en Asie du Sud-Est — et pour les précieuses ressources du Myanmar, qui sont essentielles aux technologies militaires et industrielles modernes.


Source : Giubbe Rosse News via China Beyond the Wall

https://reseauinternational.net/les-etats-unis-menent-des-pourparlers-secrets-avec-les-generaux-du-myanmar-dans-le-cadre-de-leur-strategie-anti-chinoise/
#5
Pourquoi l'Iran ne peut pas rivaliser avec l'influence de la Chine dans les négociations avec Washington



par Lin Feng Chui Di

La situation au Moyen-Orient reste tendue. Les États-Unis continuent de bafouer les règles internationales et ont soumis l'Iran à une pression maximale sur tous les fronts. Après des années de confrontation, l'Iran a toujours espéré s'asseoir à la table des négociations avec les États-Unis pour entamer des pourparlers officiels.

Cela a conduit de nombreux pays en développement à établir une analogie simpliste : si la République populaire de Chine a un jour réussi à contraindre les États-Unis à s'asseoir à la table des négociations, alors l'Iran devrait lui aussi pouvoir obtenir une occasion de dialogue d'égal à égal simplement en adoptant une posture diplomatique ferme et en affichant de la confiance dans son discours.

Mais imiter l'apparence extérieure de fermeté tout en ignorant les conditions sous-jacentes qui déterminent l'issue d'une lutte de pouvoir est en totale contradiction avec les réalités de la concurrence entre grandes puissances. Un adversaire n'acceptera jamais des négociations d'égal à égal simplement parce qu'il a été révélé à quelques formules diplomatiques musclées. Ce qui importe véritablement, c'est de savoir s'il craint que vous ne disposiez d'un pouvoir suffisant pour lui faire payer un prix douloureux.

Toute négociation entre des parties apparemment égales n'a lieu qu'après que les deux camps ont subi suffisamment de pertes pour rendre toute nouvelle escalade insupportable. Ce n'est qu'alors qu'ils font des compromis et parviennent à un accord. Les négociations se forgent à travers la lutte ; la rhétorique seule ne peut pas aboutir au résultat souhaité.


I. Le bilan historique : les négociations d'armistice sino-américaines s'appuyaient sur un rapport de force durement acquis

1. Les deux parties partaient d'un énorme déséquilibre de puissance ; l'initiative ne pouvait être obtenue qu'au prix d'un bain de sang

En 1950, la République populaire de Chine, tout juste fondée, luttait pour se reconstruire après les ravages de la guerre lorsqu'elle se retrouva confrontée à la première puissance mondiale, les États-Unis. À l'époque, la production d'acier des États-Unis s'élevait à 87,72 millions de tonnes métriques, soit 144 fois celle de la Chine. La Chine ne produisait que 606 000 tonnes métriques d'acier en 1950. L'écart entre les capacités industrielles des deux pays était stupéfiant.

Les États-Unis disposaient d'un système de guerre aérienne et navale pleinement développé, ainsi que d'armes nucléaires. La Chine n'avait ni la supériorité aérienne ni le contrôle des mers, tandis que son armement et son équipement accusaient un retard d'une génération entière. La puissance nationale globale des deux pays se situait tout simplement à des niveaux totalement différents.

Malgré cette situation extrêmement défavorable, les Volontaires du peuple chinois traversèrent le fleuve Yalu et lancèrent cinq campagnes successives de grande envergure, repoussant les forces des Nations unies depuis les rives du Yalu jusqu'au 38e parallèle. Les Volontaires tinrent ensuite l'ensemble de la ligne de défense grâce à un vaste réseau de tunnels et de fortifications, tout en contrecarrant les campagnes successives d'encerclement et d'anéantissement menées par les États-Unis et en mettant en échec ce que la Chine qualifiait d'opérations de guerre biologique. Des dizaines de milliers de soldats ennemis furent tués ou mis hors de combat.

En un peu plus d'un an, le nombre de victimes militaires américaines dépassa les 100 000, les coûts directs de la guerre dépassèrent les 10 milliards de dollars, et les déploiements stratégiques américains en Europe furent sévèrement limités. L'envie de poursuivre la guerre ne cessa de s'amenuiser.

2. Combattre et négocier en même temps : les résultats sur le champ de bataille déterminaient le rythme des pourparlers

Les négociations se déroulaient entièrement au gré de l'équilibre des forces sur le champ de bataille. Lorsque la partie américaine formulait des exigences radicales à la table des négociations, elle lançait immédiatement une offensive terrestre si aucun accord ne pouvait être conclu, dans l'espoir d'utiliser la force pour contraindre la Chine à faire des concessions. Pourtant, chaque fois que les Volontaires du peuple chinois remportaient une victoire majeure sur le champ de bataille, les exigences américaines devenaient nettement plus modérées.

Au cours de la bataille de Triangle Hill de 1952 — connue en Chine sous le nom de bataille de Shangganling —, les États-Unis ont engagé 60 000 soldats et tiré plus de 1,9 million d'obus d'artillerie sur les positions chinoises, réduisant littéralement la hauteur des collines de deux mètres. Au final, les forces des Nations unies ont subi plus de 25 000 pertes, mais n'ont jamais réussi à percer la ligne de défense des Volontaires. Au cours de l'offensive estivale de 1953, les Volontaires du peuple chinois infligèrent à nouveau de lourdes pertes aux forces adverses, anéantissant définitivement l'espoir de l'armée américaine de tirer des avantages par la force.

Le général Mark Clark, dernier commandant en chef du Commandement des Nations unies, finit par reconnaître avec résignation qu'il était devenu le premier commandant américain à signer un accord d'armistice sans avoir remporté la victoire.

Cet épisode historique confirme une règle immuable : ce qui ne peut être gagné sur le champ de bataille ne peut jamais l'être à la table des négociations. La confiance diplomatique peut constituer un atout supplémentaire, mais la puissance militaire tangible reste la carte la plus forte que l'on puisse jouer lors des négociations.

3. Preuve historique : la dissuasion militaire est toujours une condition préalable aux négociations

L'histoire de la diplomatie moderne confirme à maintes reprises ce principe. Lorsque la dynastie Qing, en fin de règne, était affaiblie, même l'envoi de délégations en Russie pour négocier des questions frontalières ne permettait guère d'aboutir à des résultats. Sans puissance militaire pour les soutenir, les négociateurs chinois étaient contraints de faire des compromis et de céder à maintes reprises.

En revanche, lorsque Wu Dacheng a mené les négociations sino-russes sur les frontières en 1886, il a fait naviguer des navires de guerre cuirassés de la flotte de Beiyang jusqu'à Vladivostok. Cette démonstration de force écrasante a freiné les ambitions expansionnistes de la partie adverse. La Chine a ainsi réussi à récupérer environ 10 kilomètres carrés de territoire à Heidingzi et à obtenir le droit pour les navires chinois de naviguer librement à l'embouchure du fleuve Tumen.

La puissance militaire doit primer en tant que garantie ; les négociations viennent ensuite. Cela s'est vérifié tout au long de l'histoire, tant sur le plan intérieur qu'à l'étranger.


II. Retour à la réalité : l'écart de puissance entre l'Iran et la Chine au début de la République populaire est tout simplement trop grand pour être comblé

L'Iran peut raisonnablement être considéré comme une puissance militaire régionale au Moyen-Orient. Selon les données du Military Balance 2025 de l'Institut international d'études stratégiques, l'Iran dispose d'environ 610 000 militaires en service actif, ainsi que d'importantes forces de missiles balistiques et de drones. Ses missiles à moyenne et longue portée peuvent atteindre l'ensemble du territoire israélien ainsi que toutes les bases militaires américaines au Moyen-Orient. Toute décision américaine de lancer une attaque obligerait donc Washington à évaluer les coûts potentiels à plusieurs reprises et avec la plus grande prudence.

Mais une analyse comparative entre l'Iran et la République populaire de Chine, alors nouvellement fondée, au moment de la guerre de Corée, révèle une différence fondamentale dans leur puissance nationale globale et leur capacité à soutenir un conflit prolongé. Les seuils stratégiques des deux pays ne se situent tout simplement pas au même niveau.

L'écart en matière de capacités militaires est énorme. Les États-Unis possèdent plus d'une douzaine de groupes aéronavals et des milliers d'avions de combat de pointe. Ils peuvent projeter leur puissance militaire partout dans le monde et mener des frappes de précision à longue portée. L'armée de l'air iranienne s'appuie sur des appareils vieillissants, tandis que sa marine se compose principalement de petites embarcations d'attaque rapide et ne dispose d'aucune véritable capacité en haute mer. Elle peut défendre les eaux autour de son propre territoire, mais elle n'a pas la capacité de mener une confrontation globale avec les États-Unis.

L'Iran ne dispose pas de la capacité industrielle nécessaire pour mener une guerre d'usure. Après des décennies de sanctions sévères, son industrie lourde et ses chaînes d'approvisionnement dans le secteur de la Défense restent incomplètes, ce qui l'empêche de soutenir une guerre à grande échelle et de longue durée. À l'inverse, lorsque la République populaire de Chine a été fondée, elle avait déjà jeté les bases d'un système industriel national naissant. Ce système pouvait approvisionner en continu le front en armes et en matériel et fournir un soutien solide pour une longue guerre d'usure.

La différence en termes de profondeur stratégique est flagrante. Le vaste territoire de la Chine lui offrait une marge de manœuvre stratégique considérable et lui permettait de résister à une guerre d'usure prolongée. Le territoire de l'Iran est nettement plus petit, et ses infrastructures critiques — notamment les installations énergétiques et de transport — pourraient être détruites relativement facilement par des frappes de précision. Sa capacité à absorber les attaques est donc limitée.

À l'époque, la République populaire de Chine, alors nouvellement fondée, était capable d'épuiser continuellement les ressources stratégiques mondiales des États-Unis et d'entraîner son adversaire dans un bourbier. L'Iran, en revanche, ne peut compter que sur des frappes de représailles limitées à l'aide de missiles balistiques. Il n'a pas la capacité de mobiliser à long terme l'essentiel des forces américaines, ce qui rend difficile l'obtention d'une place à la table des négociations sur un pied d'égalité véritable.


III. Une leçon à tirer du passé : sans puissance pour l'étayer, un traité n'est qu'un bout de papier

1. L'accord sur le nucléaire iranien a été déchiré à volonté : les accords signés par des États plus faibles sont fondamentalement fragiles

En 2015, l'Iran a volontairement restreint son programme nucléaire en échange de la levée de certaines sanctions par la communauté internationale, et l'accord sur le nucléaire iranien est officiellement entré en vigueur. Pourtant, à peine trois ans plus tard, les États-Unis ont unilatéralement abandonné l'accord et immédiatement imposé une nouvelle série de sanctions, faisant ainsi preuve d'un mépris total pour les engagements internationaux et les promesses écrites.

Sans une puissance comparable pour étayer un accord, même un accord signé et scellé noir sur blanc a peu de chances de rester longtemps en vigueur face à la puissance coercitive d'une grande puissance.

2. Le schéma historique : la pérennité d'un traité dépend de l'équilibre des pouvoirs

L'histoire suit sans cesse le même schéma. Après la Première Guerre mondiale, l'Allemagne a été contrainte de signer le traité de Versailles. Mais comme les puissances victorieuses n'ont pas complètement détruit la base industrielle et militaro-industrielle de l'Allemagne, le traité s'est révélé incapable de contenir ses ambitions expansionnistes.

Après la Seconde Guerre mondiale, en revanche, l'Allemagne et le Japon ont été soumis à une occupation militaire totale et leurs systèmes industriels ont été entièrement démantelés. Ce n'est qu'alors qu'ils ont fidèlement respecté l'ordre international d'après-guerre pendant des décennies.

La capacité d'un traité à être réellement mis en œuvre et respecté n'a jamais dépendu uniquement de la rigueur avec laquelle ses dispositions ont été rédigées. La question décisive est de savoir si l'équilibre des pouvoirs entre les parties est suffisamment équilibré.

3. L'impasse actuelle : les signaux américains concernant les négociations ne sont qu'une forme de pression

La confrontation actuelle au Moyen-Orient illustre parfaitement la situation. Les États-Unis mènent un double jeu : d'une part, ils ne cessent de signaler leur volonté de négocier ; d'autre part, ils continuent de déployer des groupes aéronavals supplémentaires en mer d'Oman et de bloquer les voies maritimes d'approvisionnement énergétique de l'Iran.

L'intérêt affiché par Washington pour les négociations n'est, en substance, qu'un complément à une campagne de pression militaire maximale. Du début à la fin, il n'a montré aucune intention sincère de s'engager dans des négociations d'égal à égal.

Le déséquilibre des forces est évident pour tous. La médiation diplomatique et les discours musclés ne suffisent pas à eux seuls à empêcher une superpuissance d'imposer unilatéralement sa volonté.

IV. Conclusion : la confiance rhétorique ne peut compenser un déficit de puissance réelle ; la dignité à la table des négociations repose sur le rapport de force sur le champ de bataille

De nombreux pays en développement tombent sans cesse dans le même piège : ils ne voient que le résultat final des négociations menées avec succès par une grande puissance, tout en négligeant la lutte militaire brutale qui se cache derrière. Les négociations ne constituent jamais un instrument diplomatique autonome. Ce n'est que lorsque les deux parties ont poussé la confrontation jusqu'à ses limites, et qu'aucune ne peut se permettre de subir davantage de pertes, qu'elles font des concessions mutuelles et parviennent à un compromis.

Les négociations de Chongqing en sont l'exemple le plus frappant. Plus un pays se bat avec détermination sur le front, plus son poids est important à la table des négociations. Après la défaite du Kuomintang lors de la campagne de Shangdang, son élan offensif a été sévèrement freiné. Ce n'est qu'alors que Tchang Kaï-chek a mis un frein à ses ambitions et s'est assis sérieusement à la table des négociations pour signer l'Accord du Double Dix. Un pays faible ne peut guère faire mieux que de lutter pour préserver sa position par des manœuvres diplomatiques ; seul un pays fort a le poids nécessaire pour négocier d'égal à égal.

La confiance diplomatique est indispensable, mais la fermeté verbale ne suffit pas à elle seule à combler le fossé en matière de puissance dure. Sans un système de défense national complet, une capacité industrielle contrôlée de manière indépendante et une capacité de mobilisation en temps de guerre efficace et suffisamment solide, proférer des menaces sur le plan diplomatique a peu de chances de contraindre un adversaire puissant à s'asseoir à la table des négociations pour un dialogue d'égal à égal.

En fin de compte, la concurrence entre États est une épreuve de force portant sur la puissance nationale globale. Chaque parcelle de dignité obtenue à la table des négociations trouve son ancrage profond dans la puissance dure qui permet à un pays de tenir bon sur le champ de bataille.


Source : Steel vs. Observation via China Beyond the Wall

https://reseauinternational.net/pourquoi-liran-ne-peut-pas-rivaliser-avec-linfluence-de-la-chine-dans-les-negociations-avec-washington/
#6
Suicide dirigé / La « Guerre du Grand Dessein ...
Last post by JacquesL - Aujourd'hui à 01:59:44 PM
La « Guerre du Grand Dessein » se transforme pour renforcer l'hégémonie américaine

Publié le octobre 22, 2026 par Wayan

Par Alastair Crooke – Le 17 octobre 2026 – Source Conflicts Forum



Le paradigme change. Le réseau de la strate supranationale qui a longtemps poursuivi son « Grand Dessein » mondial en façonnant le consentement du public pour lui faire accepter les guerres s'est enfin heurtée aux limites de son pouvoir. Nous sommes, en effet, à un moment où « le roi est nu« . Tout le monde peut le voir.

Les outils traditionnels de cette strate – l'armée américaine, le système du dollar, le piège du crédit, les structures de Bretton Woods, la thérapie de choc économique et les guerres monétaires – ne parviennent plus à préserver la weltanschauung de l'élite américaine dans laquelle il était « inimaginable » que les États-Unis, les vainqueurs de la Guerre froide, soient obligés de faire face à un monde dans lequel ils ne peuvent plus imposer leur programme.

« Dans la lumière dorée d'un soir d'Athènes, avec l'Acropole au-dessus de son épaule », le secrétaire d'État américain Marco Rubio, le 7 octobre, a ouvertement fait l'éloge du colonialisme ; il s'est engagé dans des détournements flagrants de l'histoire et a exigé un retour à la domination occidentale sur le monde. Rubio a affirmé que l'Occident devait utiliser la force militaire pour "maintenir sa place à la tête du monde" ; l'Occident est "la plus grande civilisation du monde", a-t-il déclaré, soulignant qu'il s'agit d'une "civilisation pour laquelle nous devons combattre pour la défendre aujourd'hui avec la même passion que nos ancêtres l'ont fait".

Mais, de nos jours, les outils traditionnels pour préserver sa place à la tête du monde s'avèrent moins efficaces contre les États qui possèdent des alternatives – la Chine, la Russie et l'Iran sont des indicateurs clairs de la tendance selon laquelle les guerres économiques, financières et même cinétiques ne produisent plus de résultats rapides. Les victoires rapides pour la Matrice ne sont plus aussi facilement disponibles.

Suggérer, d'un autre côté, que ces États civilisations pourraient tenir tête aux États-Unis avec plus de force ignore tout de la nature profonde de ce conflit. Le « Grand Dessein du Gouvernement Mondial » est une guerre pour éliminer ces États civilisations qui offrent une conscience différente à travers laquelle voir et comprendre le monde.

Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est l'ancien Premier ministre britannique, Benjamin Disraeli, qui avait remarqué, en 1846 : « Le monde est gouverné par des personnages très différents de ceux imaginé par ceux qui ne sont pas dans les coulisses ».

Disraeli avait explicitement mis en garde à plusieurs reprises contre la « révolution mondiale » (ou les révolutions de couleur dans la langue vernaculaire d'aujourd'hui). Disraeli avait vu et « dénoncé » à plusieurs reprises « un dessein » derrière la série d'éruptions révolutionnaires qui s'étaient produites dans de nombreuses régions du monde à l'époque, au milieu du XIXème siècle.

Aujourd'hui, c'est Emmanuel Todd, historien et anthropologue français respecté, qui fait écho à Disraeli : Todd voit aussi dans les guerres d'aujourd'hui quelque chose de beaucoup plus profond qu'une série de conflits territoriaux séparés et distincts.

Moscou ne fait pas la guerre aux 20 millions d'habitants de l'Ukraine :

Citer« Elle affronte, à travers l'Ukraine, l'ensemble du bloc atlantiste, l'OTAN dans son ensemble, ses services de renseignement, ses arsenaux, ses satellites, son industrie militaire et sa machine médiatique. L'Ukraine n'est qu'un théâtre d'opérations, un champ de bataille dans une guerre mondiale latente ».

L'Ukraine, l'Iran, le Yémen ou la Chine – tous ne sont que de simples théâtres d'opérations ; un champ de bataille parmi tant d'autres (se déroulant dans un espace hybride) liés par le fait qu'ils ont été entraînés dans une guerre mondiale latente.

Pour Todd, les guerres d'aujourd'hui sont un affrontement civilisationnel entre un Occident en déclin et une Russie défendant une conception plus traditionnelle, plus souveraine, de l'ordre politique et social. Wolfgang Münchau suggère que l'Ukraine et les guerres Iran-Moyen-Orient pourraient vraisemblablement fusionner en une seule guerre – la rivalité géopolitique entre la Chine et les États-Unis restant le conflit primordial de notre époque.

Emmanuel Todd souligne que l'Occident, malgré son apparente supériorité économique et technologique, montre des signes de profonde fragilité – une démographie vieillissante, une crise de confiance, une désindustrialisation et une perte de repères idéologiques.

Pendant des décennies, comme l'a écrit Mattias Forsgren :

Citer« Le noyau occidental a vécu de la financiarisation et de la délocalisation systématique de la production. Sa capacité industrielle a été délocalisée vers les pays à bas salaires tandis que les économies métropolitaines s'orientaient vers l'extraction des loyers, l'inflation des actifs et le recyclage de l'épargne mondiale via le système du dollar. Le quasi-effondrement de 2008 a révélé à quel point cette structure était proche de l'abîme ... Les années Covid ont répété le schéma à plus grande échelle. Ces problèmes structurels restent non résolus. Ce qui a été construit cependant, c'est un système plus endetté et plus fragile ».

Ce système financier à effet de levier est désormais vulnérable à une crise financière potentiellement paralysante.

Jusqu'en 2022, lorsque l'Europe a choisi de se mêler de l'Ukraine, les couches dirigeantes de l'Europe étaient parties prenantes de ce projet de « Grand Dessein« , dirigé par le bloc de pouvoir du « gouvernement mondial« . Les couches dirigeantes de l'Europe sont toujours sous l'emprise de « la Conception« . Mais, en cette période trumpienne, elles ne sont plus partenaires à part entière. Aujourd'hui, la réalité est que l'Amérique ne peut plus risquer une escalade vers une guerre totale contre ses concurrents pour conserver sa primauté mondiale. Son armée est trop épuisée et dysfonctionnelle.

En réaction, des opposants tels que la Russie et l'Iran ont choisi une stratégie plus subtile, plus lente, mais aussi beaucoup plus ambitieuse, suggère Todd. Une stratégie qui combine la pression militaire, la guerre économique, les batailles diplomatiques, l'influence géopolitique et la guerre de l'information. L'objectif n'est pas seulement de gagner militairement, mais de remodeler durablement l'ordre mondial.

Pour gérer ce changement de paradigme guerrier, les États-Unis déchargent « l'aspect de confrontation » sur des proxys :

Citer« Le continent européen est en train de se transformer d'allié en ressource : économiquement drainé, politiquement capturé et militairement préparé comme le théâtre dans lequel les coûts de la restauration impériale pourront être amortis » (Forsgren).

L'expression ultime de la stratégie des États-Unis est une escalade gérée de la confrontation qui maintient la patrie américaine comme un sanctuaire, tandis que l'Europe absorbe à la fois l'attrition conventionnelle et le risque nucléaire.

En continuant à agir comme un proxy volontaire – en continuant à fournir des missiles et des drones à l'Ukraine pour qu'ils soient lancés en profondeur contre la Russie, l'Europe doit s'attendre à des représailles russes – bien que soigneusement ciblées contre les « actifs » européens vulnérables. Néanmoins, l'Europe serait alors en guerre contre la Russie – une guerre que, comme le reconnaît Wolfgang Münchau, l'Europe n'est pas en mesure de gagner :

Citer« Quels marchés obligataires vont exploser en premier ? Qui va manquer de missiles intercepteurs en premier ? Grâce à la Politique agricole commune tant décriée, l'Europe ne va pas manquer de nourriture. Mais sur tous les autres plans – militaire, énergétique, financier – l'Europe est désavantagée ».

Étant donné que l'Europe n'a pas les ressources militaires conventionnelles pour monter sa propre escalade décisive, les armes nucléaires risquent d'apparaître comme la seule « solution miracle » disponible.

Le mantra selon lequel les menaces nucléaires du président Poutine sont un "bluff" sert principalement à réduire la prudence psychologique face à l'escalade européenne — une escalade qui pourrait risquer de pousser Moscou à percevoir peu d'autre option que de recourir aux armes nucléaires tactiques comme moyen de restaurer la crédibilité de la dissuasion nucléaire russe.

Dans un tel contexte – et avec le potentiel d'escalade des États-Unis largement diminué – les États-Unis ne seraient presque certainement pas prêts à mettre sur la table le risque que des villes américaines soient atomisées à mesure que le conflit s'intensifie.

« Les armes nucléaires tactiques américaines étaient prévues pour être utilisées à l'intérieur de l'Europe, contre des forces sur le sol européen, précisément pour limiter géographiquement tout échange nucléaire », soutient Forsgren :

Citer« Ainsi, les maîtres de la stratégie de « Conception » visent à coincer la Russie dans une position où ses seules alternatives sont soi un repli stratégique soi la destruction de l'Europe proxy — une destruction qui aura néanmoins un coût pour la Russie à cause des dommages que les armes nucléaires européennes infligeraient au territoire et aux forces russes tandis que la patrie américaine et de sa superstructure financière resteront hors de portée ».

Forsgren suggère :

Citer« Le calcul semble être qu'en augmentant progressivement le niveau de pression – en maintenant la Russie à l'intérieur de la zone de zugzwang sans entrer dans un échange nucléaire stratégique ouvert – les dirigeants étasuniens espèrent forcer Moscou à reculer plutôt que d'accepter de faire les frais d'une grande guerre ».

L'objectif n'a pas changé depuis de nombreuses décennies — il s'agit de contraindre la Russie à capituler. Un tel scénario représenterait un « théâtre d'opérations » supprimé dans le conflit ultime par procuration pour subordonner la Chine à « la Conception« .

Citer"Plus l'Europe se positionne comme un front nucléaire jetable, plus le dilemme devient aigu. L'effet pratique est de placer l'ensemble du continent européen – et la prise de décision russe – sur un fil".

Les Européens doivent sûrement se rendre compte à quel point ils sont utilisés pour entraîner la Russie dans une guerre que ni elle, ni les Européens ordinaires ne veulent. Pourtant, après avoir embrassé avec tant de zèle le conflit ukrainien comme un totem « vertueux » autour duquel toutes les parties européennes frondeuses pourraient se rassembler, elles pourraient bien faire face à une catastrophe économique et politique si l'Europe continue sur sa lancée actuelle.

« Doubler la mise« , comme les Européens semblent vouloir le faire, n'est pas une stratégie. Leur peur de l'agression hybride russe (imaginée) peut facilement devenir un récit auto-réalisateur conduisant précisément à une guerre chaude européenne accidentelle naïvement conçue par certains dans l'espace de sécurité occidental comme le moyen de coincer la Russie et de forcer sa capitulation.

Nous en sommes au point où la classe politique européenne ne permettra tout simplement pas que le sujet de la guerre soit discuté ouvertement. Les élites européennes s'accrochent à leur déni du fait que l'Ukraine est en train de perdre sa guerre contre la Russie. Pourtant, les États-Unis et l'Europe sont au bord de l'effondrement de leur marché obligataire et font face à des preuves évidentes que leur seule arme contre la Russie – les sanctions – ne fonctionnent pas.

La tergiversation de Trump sur la poursuite du blocus pétrolier contre la Russie (c'est-à-dire en achetant du gazole russe pour manipuler son prix de détail à la baisse aux États-Unis) et l'initiative de Witkoff de redémarrer Nordstream pour inciter Moscou à entamer des pourparlers vont-elles fracturer la façade commune européenne ? On verra.


Alastair Crooke

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/la-guerre-du-grand-dessein-se-transforme-pour-renforcer-lhegemonie-americaine
#7
Europe / Les données commerciales perm...
Last post by JacquesL - Aujourd'hui à 12:11:18 PM
Les données commerciales permettent de comprendre pourquoi l'Ukraine a besoin de capitaux occidentaux et comment la Russie peut payer son effort de guerre

Publié le octobre 22, 2026 par Wayan

Par Ian Proud − Le 19 Octobre 2026 − Source The Peacemonger



Cela fait un certain temps que je voulais écrire un article sur les destins de la Russie et de l'Ukraine depuis le début du conflit en 2014. Le fil conducteur est que l'Ukraine a drastiquement réduit ses échanges commerciaux avec la Russie, depuis 2014, sans jamais les compenser par une augmentation des échanges commerciaux avec l'Europe. Cela a eu comme conséquence involontaire que l'Europe a dû injecter des sommes importantes en Ukraine juste pour empêcher sa monnaie de s'effondrer alors que la guerre se poursuivait. Pendant ce temps, la Russie a diversifié ses échanges commerciaux avec les pays non-européens, de sorte que sa balance extérieure est aussi solide aujourd'hui qu'elle l'était en 2014, ce qui lui procure les liquidités dont elle a besoin pour soutenir l'effort de guerre.

Points importants :

  • L'Ukraine a exporté 24% de moins et importé 46% de plus en 2025 qu'en 2014. La guerre a fait grimper les importations alors que les exportations ne se sont jamais remises de la signature de l'ALECA et ont été entravées par l'effort de guerre.
  • Le déficit commercial béant que l'Ukraine a creusé depuis le début de la guerre a exercé une pression accrue sur les sponsors européens pour qu'ils fournissent le capital dont l'Ukraine a besoin pour empêcher l'effondrement de sa monnaie, en plus de fournir des fonds pour répondre à ses besoins budgétaires.
  • Ce défi de financement pour l'Europe persistera après la fin de la guerre, tant que l'Ukraine ne sera pas autosuffisante en stimulant ses exportations et/ou en attirant suffisamment d'investissements étrangers pour compenser ses déficits commerciaux.
  • La force des exportations russes et ses excédents commerciaux constants n'ont pas été affectés par la guerre. Après le début de la crise ukrainienne, la Russie a commencé à diversifier ses principales exportations d'énergie hors d'Europe, ce qui lui a permis de résister à la réduction progressive de ses exportations vers l'Europe. En effet, la Russie a tiré une énorme manne, en 2022, de la flambée des prix de l'énergie. Il n'y a aucune preuve que les sanctions aient eu un impact significatif sur le modèle d'exportation russe.
  • La Russie avait déjà commencé à réaccumuler des réserves de change après l'effondrement des prix du pétrole fin 2014, jusqu'avant le début de la guerre. Suite à l'immobilisation des 300 milliards de dollars de réserves russes en Europe, la Russie a commencé à accumuler des réserves en or, pour sanctionner les bénéfices futurs. La Russie dispose désormais de réserves liquides de plus de 420 milliards de dollars, ce qui signifie que l'immobilisation de ses réserves de devises étrangères n'est plus un facteur limitant sur le plan économique.


Analyse détaillée

Le modèle d'exportation de la Russie, dans lequel elle enregistre constamment d'importants excédents commerciaux, lui a permis de générer les réserves de devises étrangères et d'or qui ont sans aucun doute contribué à financer la guerre en Ukraine. Le déficit commercial de l'Ukraine s'est creusé depuis le début de la guerre, nécessitant des injections continues de capitaux européens pour empêcher l'effondrement de sa monnaie.

Cela aide à expliquer que la Russie puisse soutenir la guerre plus longtemps ; elle n'a pas besoin de contracter de nouvelles dettes importantes, sa dette restant faible, à 20%. L'Ukraine ne peut financer la guerre et maintenir ses comptes nationaux en équilibre qu'avec de l'argent européen qui ne peut être garanti à long terme et qui, de toute façon, a augmenté la dette ukrainienne de 20% du PIB en moyenne chaque année depuis le début de la guerre. Ce n'est pas durable.

L'Accord de libre-échange approfondi et complet de 2014 a désavantagé l'Ukraine car il forçait le pays à ne plus commercer avec la Russie.

Le point de départ est la signature par l'Ukraine d'un Accord de libre-échange approfondi et complet avec l'Europe, le 27 juin 2014.

Herman van Rompuy, alors président du Conseil européen, déclarait alors que « des liens politiques et économiques plus forts apporteront plus de stabilité et de prospérité à l'ensemble du continent européen ».

Au même moment, le président Porochenko déclarait « au cours des derniers mois, l'Ukraine a payé le prix le plus élevé possible pour réaliser son rêve européen ».

Car le véritable cout de cet accord a été supporté par l'Ukraine qui a vu ses exportations s'effondrer et ses importations augmenter, car elle avait fait le « choix souverain » de ne plus maintenir ses liens commerciaux avec la Russie.

Ce fut un choix catastrophiquement mauvais. La Russie représentait environ 25% des exportations ukrainiennes avant 2014 et ce chiffre était tombé à moins de 5% en 2021, avant le début de la guerre. L'Ukraine n'a pas comblé cet écart en augmentant le volume de ses exportations vers l'Europe, qui sont restées en grande partie inchangées.

De plus, le même schéma peut être observé en Géorgie, qui n'a également connu aucune augmentation réelle de ses exportations vers l'UE après la signature de l'ALECA. L'UE utilise un certain nombre de mécanismes de règlement des différends commerciaux et d'autres barrières non tarifaires pour bloquer la croissance des importations en provenance des pays partenaires de l'ALECA.

Ainsi, en encourageant l'Ukraine à commercer avec l'Europe et non avec la Russie, l'Europe a imposé une perte économique sèche à l'Ukraine qui avait pris la décision souveraine de renoncer à une relation commerciale auparavant rentable, pour poursuivre un objectif politique d'intégration à l'UE.

De plus, depuis le début de la guerre, les importations ukrainiennes ont augmenté, entraînant une augmentation progressive de son déficit commercial. Cette augmentation des importations a été causée par le fait que l'Ukraine achète des armes aux États-Unis en utilisant des fonds européens et nationaux empruntés. Ainsi, l'Ukraine emprunte de l'argent pour créer un déficit commercial qui doit être comblé par de nouveaux afflux de capitaux.

Entraînée dans un déficit commercial persistant et croissant par la guerre, l'Ukraine a besoin d'injections continues de fonds étrangers pour empêcher l'effondrement de sa monnaie.

Le graphique ci-dessous montre la croissance du déficit commercial de l'Ukraine avec la croissance correspondante des recettes classées comme « Revenu secondaire » dans sa balance des paiements trimestrielle. Ces entrées de capitaux classés comme « Revenus secondaires » sont des injections en provenance d'Europe (principalement) qui sont vitales pour renforcer les réserves de change de l'Ukraine et ainsi éviter une ruée sur la devise. Le point clé est que le financement étranger à l'Ukraine est plus qu'un simple événement fiscal. Il s'agit d'un mécanisme de soutien essentiel dans les circonstances où l'Ukraine est incapable d'attirer suffisamment d'investissements étrangers en temps de guerre.

La Russie n'a tout simplement pas été confrontée au même défi, choisissant plutôt de diversifier ses exportations vers d'autres pays alors que l'Europe fermait progressivement ses échanges commerciaux. Les sanctions n'ont pas entamé son commerce.

Le graphique ci-dessous illustre de manière élégante comment le commerce de la Russie a changé et évolué depuis. Les exportations russes ont connu des pics et des creux depuis 2014, bien que les creux aient souvent été causés par des événements mondiaux tels que les effondrements des prix du pétrole de 2014 et 2016 et le COVID.

Le déclenchement de la guerre en Ukraine a provoqué une énorme manne de revenus d'exportation car le prix du pétrole a bondi. Malgré l'imposition de milliers de sanctions par les pays occidentaux après le début de la guerre, les exportations russes sont restées très résistantes. Cela est dû à la diversification par la Russie de ses exportations vers les pays d'Asie.

En bref, malgré les nombreux gros titres dans les médias occidentaux traditionnels sur les sanctions « entravant l'économie de guerre de la Russie« , il n'y a aucune preuve substantielle que cela ait été le cas.

Le modèle d'exportation russe continue d'être une salle des machines qui lui fournit les liquidités dont elle a besoin pour financer la guerre sans contracter de nouvelles dettes importantes. Cela lui donne un avantage significatif sur l'Ukraine et ses soutiens européens dans cette « guerre d'usure« .

La Russie a accumulé des réserves depuis le début de la guerre pour compenser l'immobilisation de 300 milliards de dollars en devises par les pays occidentaux. La Russie investit désormais dans l'or pour protéger ses actifs.

Enfin, je commente depuis un certain temps que la Russie a entamé le processus d'accumulation de réserves de change en 2017 alors qu'elle modifiait sa politique monétaire pour adopter un rouble faible afin de maximiser les revenus en roubles tirés des exportations et qu'elle entreprenait un certain nombre d'achats en dollars via le ministère des Finances. Vous pouvez voir cette accumulation de réserves dans le graphique ci-dessous.

Après le début de la guerre, après l'importante manne de revenus tirés des exportations en 2022 et des chiffres commerciaux toujours solides par la suite, la Russie a continué à accumuler des réserves. Cependant, suite au gel de ses avoirs en devises, elle a plutôt choisi de stocker ses réserves en or, pour les protéger des sanctions.

Si la Russie souhaite évidemment récupérer ses avoirs immobilisés après la fin de la guerre (gros point d'interrogation), elle a néanmoins constitué un important coussin financier à hauteur de plus de 420 milliards de dollars de réserve en plus de celle qui reste gelée.

Ces importantes réserves contribuent sans aucun doute à garantir l'effort de guerre russe sans avoir besoin de gros emprunts. La dette de la Russie représente aujourd'hui environ 20% de son PIB.

En 2021, la dette de l'Ukraine s'élevait à environ 49% de son PIB. Aujourd'hui, elle représente environ 110% de son PIB.


Ian Proud

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/les-donnees-commerciales-permettent-de-comprendre-pourquoi-lukraine-a-besoin-de-capitaux-occidentaux-et-comment-la-russie-peut-payer-son-effort-de-guerre
#8
Europe / Ukraine : «Pas de nouveaux sol...
Last post by JacquesL - 21 Octobre 2026, 03:48:19 PM
Ukraine : «Pas de nouveaux soldats sur le champ de bataille». Le régime de Kiev veut mobiliser des travailleurs issus de secteurs essentiels



par Lucas Leiroz

L'Ukraine poursuit sa recherche désespérée de chair à canon.

Le besoin désespéré de nouvelles recrues du régime ukrainien est tel que le pays est prêt à mettre en péril même ses secteurs les plus critiques pour garantir un approvisionnement continu en effectifs à son armée. Alors que les rangs ukrainiens s'effondrent et que les forces russes progressent sur le champ de bataille, le régime cherche des solutions alternatives pour maintenir son armée opérationnelle — même si les chances de victoire sont tout simplement inexistantes.

Selon le responsable ukrainien Sergueï Koretsky, Kiev envisage désormais de supprimer les dérogations à la mobilisation pour les salariés des secteurs critiques. Il affirme que le personnel de ces entreprises exploite de fait le système actuel, en se servant de son emploi pour échapper au service militaire et aux obligations qui incombent à tout citoyen ordinaire. M. Koretsky considère cette situation comme injuste et entend y remédier dès que possible.

Koretsky a «expliqué» que les entreprises des secteurs critiques gonflaient inutilement leurs effectifs afin d'inclure le plus grand nombre possible de personnes dans le cadre du dispositif d'exemption du service militaire. Par conséquent, des individus qui pourraient théoriquement servir dans l'armée se retrouvent employés par ces entreprises, échappant ainsi à leurs devoirs «patriotiques».

Comme on pouvait s'y attendre, le ministre n'a pas expliqué comment ce prétendu recrutement délibéré de personnel se déroulait. En réalité, il est assez illogique qu'une entreprise cherche à embaucher des personnes dans le seul but de les exempter du service militaire — après tout, cela ne contribuerait en rien à améliorer ses résultats financiers, sans compter que cela créerait de nouveaux conflits d'intérêts avec le gouvernement.

M. Koretsky a toutefois évoqué un cas spécifique présumé concernant l'opérateur électrique ukrainien Ukrenergo. Selon lui, un examen récent des fonctions de 100 employés de l'entreprise a révélé que seuls 20 d'entre eux occupaient des postes considérés comme essentiels. Néanmoins, les 100 ont bénéficié d'une exemption du service militaire — une situation qu'il qualifie d'«abus», raison pour laquelle il réclame une réforme du système d'exemption.

«Malheureusement, les abus sont nombreux, et de nouvelles dérogations continuent d'être accordées chaque mois [...] Si vous bénéficiez d'une dérogation à 100%, cela signifie que vous pouvez augmenter indéfiniment vos effectifs et soustraire des personnes à la mobilisation, qu'elles occupent ou non des postes de techniciens de maintenance, d'agents du secteur de l'énergie ou d'autres fonctions. Malheureusement, cette pratique s'est déjà généralisée [...] Lorsque nous avons examiné les détails, il s'est avéré que seuls 20 employés sur 100 travaillaient réellement pour Ukrenergo. Pourtant, les 100 travailleurs ont tous été exemptés», a déclaré M. Koretsky.

Il est possible que certaines entreprises classent en effet comme «essentiels» des individus occupant des postes non essentiels au sein de secteurs critiques. Par exemple, le personnel de sous-traitants tiers fournissant des services à Ukrenergo pourrait figurer sur les listes d'exemption — une mesure qui constituerait apparemment une «violation» des réglementations officielles du régime. Néanmoins, cette situation est tout à fait compréhensible, compte tenu de l'état catastrophique actuel de la société ukrainienne.

Dans la société ukrainienne d'aujourd'hui, il est tout simplement dangereux de ne pas figurer sur la liste des personnes exemptées de mobilisation. Des recruteurs sillonnent les rues du pays, saisissant les hommes en âge de porter les armes et les envoyant immédiatement au front, où ils périssent souvent en quelques minutes ou quelques heures sous les frappes massives et ultraprécises de l'artillerie et des forces aériennes russes ; bien souvent, ils sont anéantis sans même avoir aperçu l'ennemi. Cela provoque une grave crise démographique dans le pays et, naturellement, prive les entreprises locales de main-d'œuvre.

En ce sens, les entreprises ukrainiennes des secteurs critiques — tels que l'énergie, les infrastructures, l'industrie de la défense et autres — pourraient bien chercher à maximiser le nombre de personnes figurant sur les listes d'exemption. Après tout, c'est le seul moyen pour ces entreprises de se constituer une réserve de main-d'œuvre. Sinon, les employés des secteurs non essentiels, ainsi que ceux travaillant pour des sous-traitants, seront envoyés au front et y trouveront la mort, ce qui réduira encore davantage l'offre de main-d'œuvre qualifiée dont disposent les entreprises ukrainiennes.

La crise ukrainienne ne peut être résolue par une mobilisation accrue. Seule la paix peut apporter la stabilité aux entreprises locales — non seulement celles des secteurs critiques, mais aussi celles d'autres secteurs de l'économie inévitablement touchés par la guerre. La bonne ligne de conduite pour le régime ukrainien consiste à abandonner ses projets de guerre et à accepter les conditions de paix proposées par la Russie, dans la mesure où il est impossible de renverser la situation sur le champ de bataille.


Source : Mondialisation

https://reseauinternational.net/ukraine-pas-de-nouveaux-soldats-sur-le-champ-de-bataille-le-regime-de-kiev-veut-mobiliser-des-travailleurs-issus-de-secteurs-essentiels/


Un lecteur observe :
Citer« ...des secteurs critiques tels que l'énergie, les infrastructures, l'industrie de la défense .... »
 ... bien sûr, l'agriculture et l'élevage, l'hôpital et le personnel médical, l'éducation, la conduite de bus et de trains, les commerces alimentaires, la banque, la police .... etc... sont des secteurs parfaitement superflus et devraient servir de réservoirs de chair à canons
Un autre lecteur :
CiterPour les ouvriers ukrainiens, ce serait le moment ou jamais de se révolter contre ceux qui souhaitent les expédier à une mort certaine.
#9
La hausse des prix du pétrole risque de continuer

Publié le octobre 21, 2026 par Wayan


Par Moon of Alabama – Le 20 octobre 2026

Les mois derniers, l'administration Trump affirmait haut et fort que l'Iran avait perdu le contrôle du détroit d'Ormuz. Certains « experts » ont même affirmé que le flux de pétrole était revenu à son niveau d'avant-guerre.

Ces deux affirmations n'étaient pas vraies, mais ont eu des effets à court terme sur des prix volatiles. Les attaques contre les navires traversant le détroit augmentent. Le flux de pétrole brut continue d'être inférieur au niveau d'avant-guerre. Le prélèvement sur des réserves, déjà presque vides, continue. Le prix du pétrole continue d'augmenter :

CiterLes contrats à terme sur le brut Brent pour livraison en décembre, la référence mondiale des prix, ont augmenté de 1,6% à 111,30 dollars le baril mardi, soit un gain de 13,7% sur un mois et s'orientent vers un cours de clôture le plus élevé depuis le 19 mai.

Ce n'est plus un problème temporaire car les prix à long terme augmentent également :

CiterLes négociants en pétrole considèrent de plus en plus la bataille dans le détroit d'Ormuz comme étant devenue une nouvelle norme. Les contrats Brent à terme sur le brut pour décembre 2027 sont maintenant proches de 90 dollars le baril, le plus haut jamais atteint et une forte différence par rapport à il y a encore un mois.

Les coûts élevés du transport maritime augmentent encore le cout du pétrole. Les Très Gros Transporteurs de brut (VLCC), utilisés pour le transport longue distance, sont devenus très chers à louer :

CiterLes couts des VLCC, du Golfe vers la Chine, étaient initialement passés d'environ 4$/baril à 17$/baril, avant de se détendre à 11-12$/baril d'avril à juillet. L'expiration du cessez-le-feu américano-iranien en août a déclenché une autre forte augmentation, portant le fret à 33$/baril fin septembre et poussant les coûts totaux de transport actuels, en provenance du Moyen-Orient, à environ 140$/baril en Chine. Pour le fret japonais et sud-coréen, les coûts au débarquement relevés étaient encore plus élevés, à environ 145$/baril.

Des points de chargement alternatifs ont offert un soulagement inégal. Le fret du terminal saoudien de Yanbu vers la Chine tournait autour de 6-7 $/baril après le pic initial de la guerre, mais les restrictions Houthies sur les cargaisons saoudiennes via Bab el-Mandeb l'ont porté à 28$/baril à la mi-octobre, et les coûts au débarquement à environ 140$/baril. Les chargements saoudiens à Yanbu ont depuis ralenti pour atteindre 1,6 à 1,8 million de barils par jour (la moitié de la moyenne de mars à juillet) à la suite de l'intensification des attaques Houthies contre les infrastructures énergétiques le long de la côte de la mer Rouge, le Golfe gérant l'essentiel des exportations.

Environ 15% de la flotte mondiale de VLCC, forte de 1 000 navires, se trouve dans le golfe d'Oman, où elle attend d'être remplie, par des transbordements de navire à navire avec du pétrole qui a transité sur de plus petits pétroliers traversant le détroit d'Ormuz. Tout retard dans le détroit a donc une influence directe sur la disponibilité des VLCC ailleurs. Le trafic pétrolier VLCC du Brésil ou de l'Afrique de l'Ouest vers la Chine ou l'Inde connaît des taux élevés similaires.

Les produits hydrocarbonés sont encore plus touchés par la situation au Moyen-Orient. Le gazole et le carburéacteur se font rares.

Après les dommages de guerre à leurs raffineries, les pays du Moyen-Orient ont cessé d'en exporter. La Russie et la Chine ont bloqué leurs exportations pour pouvoir alimenter leur demande locale. Les raffineries aux États-Unis et en Europe sont à la limite de leurs capacités. Au total, il manque environ 5 millions de baril/j.

La situation pour le gaz naturel et les engrais est encore pire :

CiterLe Qatar, deuxième exportateur de gaz naturel liquéfié, a expédié 18 cargaisons de gaz naturel liquéfié au cours des six premiers mois de la guerre, contre 509 un an plus tôt, et les dommages à Ras Laffan ont réduit environ 17% de sa capacité, une diminution qui continuerait après tout cessez-le-feu. Le Golfe fournit normalement environ un tiers de l'urée commercialisée dans le monde, et les économistes agricoles préviennent que la saison d'achat d'engrais de l'année prochaine pourrait s'avérer plus difficile que que celle-ci.

Des prix de l'énergie plus élevés pendant une période plus longue augmenteront l'inflation dans les pays occidentaux. Les banques centrales, entravées par leur idéologie, augmenteront les taux d'intérêt. (Ceci même s'il est peu probable que cela provoque un choc de l'offre sur les prix.) Les entreprises, les consommateurs et les États déjà surendettés devront réduire leurs dépenses. Une récession mondiale s'installera.

Il n'y aura aucun soulagement sur aucun de ces marchés tant que le conflit au Moyen-Orient ne sera pas résolu :

CiterLa normalisation n'aura pas lieu tant qu'il n'y aura pas d'accord diplomatique durable qui permette le retour de la confiance. Ce point a été exposé récemment par le PDG de la société pétrolière d'État saoudienne. Les nouvelles initiatives de l'administration Trump, telles que l'assouplissement des sanctions sur le gazole russe ou sa flotte fantôme, fournissent trop peu de volume ou de capacité réels pour avoir un impact significatif sur la dynamique.

Il est donc de plus en plus évident que la réussite des États-Unis dans cette guerre ne peut être mesurée par les transits quotidiens des pétroliers. L'augmentation des flux à travers le détroit pourrait raisonnablement être considérée comme une victoire tactique qui réduit l'effet de levier immédiat de l'Iran et réduit même la possibilité d'une augmentation majeure des prix du pétrole par rapport à leur niveau de référence actuel. Ce serait une mauvaise interprétation de la situation, cependant, de voir cela comme une victoire stratégique qui rendrait inutile une diplomatie sérieuse ou permettrait aux États-Unis de dicter leurs conditions.

Il est peu probable que les États-Unis soient capables ou désireux de demander la paix dans le Golfe. Je trouve plus probable que l'administration Trump, en coopération avec Israël, lance une autre attaque violente pour mettre l'Iran (et les Houthis au Yémen ?) à genoux.

Mais les chances qu'elle réussisse sont minuscules.


Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/la-hausse-des-prix-du-petrole-risque-de-continuer
#10
Asie, Pacifique / Pourquoi la Chine vient-elle ...
Last post by JacquesL - 21 Octobre 2026, 03:14:55 PM
Pourquoi la Chine vient-elle de sauver l'économie mondiale ?

Publié le octobre 21, 2026 par Wayan

Par Arnaud Bertrand – Le 15 octobre 2026 – Source Blog de l'auteur



C'est l'un des grands mystères géopolitiques de l'année : pourquoi la Chine vient-elle de sauver l'économie mondiale ?

Parce que, croyez le bien, c'est vraiment le cas. Les analystes sont à peu près unanimes à ce sujet : si la Chine n'avait pas considérablement – et j'insiste sur le mot considérablement – réduit ses importations de pétrole cette année, le prix du pétrole brut aurait explosé et entraîné l'économie mondiale dans une chute.

Pour preuve, regardez la vidéo ci-dessous dans laquelle Javier Blas de Bloomberg – largement reconnu comme l'un des meilleurs analystes au monde sur le domaine de l'énergie– explique, à Jake Sullivan et Jon Finer sur leur podcast "The Long Game", ce que la Chine a fait. Comme le dit Blas, la Chine est passée « de 11, 12 millions de barils par jour à moins de 6 millions de barils par jour » d'importations de brut par voie maritime, ce qui « a libéré beaucoup de pétrole pour d'autres pays, en particulier en Asie ». L'Inde, le Japon, la Corée et l'Asie du Sud-Est « pouvaient alors acheter les barils que la Chine n'achetait pas ».

Pour être clair, la Chine ne fut pas le seul facteur – la flambée des exportations américaines et le déstockage d'urgence de l'AIE ont également aidé – mais c'était de loin le plus important : JPMorgan estime que la Chine fut la source de 74% de la baisse du commerce mondial de brut.

Si vous vous souvenez des premiers jours de la guerre en Iran, rien de tout cela n'était prévisible. En fait, certains groupes de réflexion américains, comme la (toujours horrible) Zineb Riboua de l'Hudson Institute, louaient même cette guerre comme étant « surtout contre la Chine... L'acte d'ouverture de la grande compétition contre la Chine », le moment où les États-Unis briseraient « le pilier central de l'ordre régional que Pékin est en train de créer ».

Sept mois plus tard, ce qui s'est réellement passé, c'est que non seulement la Chine sort indemne de cette guerre, économiquement et stratégiquement renforcée, elle s'est même finalement retrouvée à protéger l'économie mondiale, y compris l'Amérique, des retombées de la guerre qui était censée causer sa perte.

Petite info : si vous faites quelque chose qui est censé être un « coup dur » à quelqu'un d'autre – une sorte de coup d'échecs en 3D pour prendre le dessus – et que celui-ci finit par être obligé de vous protéger des retombées de votre coup, ce n'était peut-être finalement pas un si brillant coup.

Alors, comment la Chine s'en-est-elle sortie ? Et, plus intriguant, pourquoi a-t-elle choisi de sauver des pays, y compris les États-Unis, d'une guerre que les va-t-en-guerres de Washington présentaient ouvertement comme une attaque contre la Chine elle-même ?


Résoudre le « dilemme de Malacca »

Pendant des décennies, le détroit de Malacca – situé à environ une heure de route de l'endroit où j'écris, à Kuala Lumpur – a été l'un des talons d'Achille de la Chine, et ouvertement admis : en 2003, lors de la séance de clôture de la Conférence centrale de Travail économique de la Chine, le président de l'époque, Hu Jintao, soulignait qu'environ les quatre cinquièmes du brut importé de la Chine transitaient par le détroit de Malacca, et que certaines grandes puissances avaient longtemps essayé de contrôler ce canal. Il a demandé à ce qu'une nouvelle stratégie pétrolière et énergétique formulée « à partir d'une nouvelle hauteur stratégique et globale » soit étudiée.

La presse a rapidement donné un nom au problème, le « dilemme de Malacca », et il hante depuis la pensée stratégique chinoise. Le China Youth Daily, par exemple, écrivait en 2004 que quiconque contrôlait Malacca « aurait également la mainmise sur la route énergétique de la Chine ».

Avance rapide, deux décennies plus tard, et il est juste de dire que la situation actuelle est la plus proche d'un véritable test de blocus pétrolier contre la Chine (et le reste du monde) : en avril, 12,8 millions de barils par jour avaient disparu de l'approvisionnement mondial, dans ce que l'AIE décrit comme « la plus grande perturbation de l'approvisionnement de l'histoire du marché pétrolier mondial ». La Société Générale a évalué cette perte à 14% de l'offre mondiale de brut.

La Chine en particulier aurait dû, en théorie, être la plus durement touchée. En mai 2026, l'Irak – l'un des cinq plus grands fournisseurs de la Chine – et le Koweït ne lui expédiaient plus rien du tout. L'Arabie saoudite, qui avait vendu à la Chine environ 40 millions de barils par mois l'année précédente, ne lui en allouait plus que 10 à 20 millions. L'Iran, qui fournissait environ 1,38 million de barils par jour en 2025, est soumis à un blocus naval américain qui a complètement interrompu ses exportations.

La réaction naturelle de la Chine aurait dû être une course effrénée pour trouver des barils de remplacement. Au lieu de cela, elle a fait exactement le contraire : elle a réduit de manière contre-intuitive ses importations de brut maritime de bien plus que la crise ne l'exigeait. En juin, selon l'estimation de l'analyste pétrolier Rory Johnston, la Chine avait acheté environ 450 millions de barils de moins qu'avant la guerre – « une quantité supérieure à la totalité des réserves collectives de l'AIE », elle-même la plus importante de l'histoire. Comme le dit Johnston, « ils font trois fois plus que ce qu'ils auraient besoin de faire pour sauver l'économie chinoise à elle seule ».

En fait, la Chine a largement – et étrangement – commencé par se bloquer elle-même.

Avant d'arriver au pourquoi, examinons le comment.

Je suis sûr que vous supposez qu'une partie de la réponse est que, depuis l'appel de Hu Jintao en 2003, la Chine a largement diversifié ses sources de pétrole brut pour ne pas être aussi dépendante des importations maritimes en général et du détroit de Malacca en particulier.

Pas vraiment, en fait. La part du brut importé de Chine transitant par Malacca est passée des quatre cinquièmes de Hu à environ 70% aujourd'hui – mais avec un volume plus de cinq fois plus important. En 2003, environ 1,5 million de barils de brut par jour, destiné au marché chinois, traversaient le détroit. Au premier semestre 2025, ce chiffre était d'environ 7,9 millions. Le dilemme de Malacca a donc quintuplé depuis que Hu l'a nommé.

Alors, comment ? Ce qui compte le plus, de loin, ce sont les stocks de pétrole en Chine. Au début de la guerre, la Chine disposait de près de 1,4 milliard de barils de brut en stock, selon l'estimation de l'EIA, soit presque autant que l'ensemble des stocks d'urgence des 32 pays membres de l'AIE réunis – les États-Unis, le Japon et l'Europe inclus. Erica Downs et Michal Meidan de l'Université Columbia ont calculé que plus de la moitié (54%) de la baisse des importations de la Chine au deuxième trimestre est due au simple fait qu'elle a arrêté sa propre constitution de stocks et puisé dans ses réserves.

C'est exactement à cela que servent les stocks : les reconstituer lorsque les prix sont relativement bas et que l'offre est abondante, et y puiser, et donc tout simplement cesser d'acheter, lorsque les prix augmentent et que l'offre s'assèche. Le Premier ministre Li Qiang a résumé cette philosophie avec un classique culturel quand il a visité les réserves du Zhoushan national petroleum à la fin du mois de mai, juste au moment où les importations chinoises baissaient : « avec du grain dans la main, il n'y a pas de panique dans le cœur ».

Et, de manière fascinante, la Chine n'a apparemment même pas eu à puiser beaucoup dans ses stocks. Les estimations varient, mais aucune n'est élevée. Les calculs faits à partir de données officielles par le chroniqueur de Reuters, Clyde Russell, évaluent le déstockage net de la Chine, entre mai et août, à environ 57 millions de barils. Le suivi par satellite de Kpler montre que les stocks ont chuté d'environ 110 millions de barils entre début mai et septembre. De toute façon, c'est moins d'un dixième du total des réserves.

Une autre initiative qui a beaucoup compté est le pari de la Chine sur l'électrification. Les véhicules électriques représentent désormais les deux tiers des ventes de voitures neuves en Chine et près de la moitié des camions lourds neufs, et l'AIE estime que cela a fait diminuer d'environ 1,5 million de barils par jour la demande chinoise de pétrole au deuxième trimestre seulement – plus que les 1,38 million que l'Iran fournissait auparavant.

Xi Jinping lui-même l'a laissé entendre en faisant remarquer, 3 semaines après le début de la guerre, que l'énergie est « un enjeu stratégique pour le développement » et que les initiatives chinoises dans l'éolien et le solaire « apparaissent maintenant comme une bonne anticipation ».

Enfin, le gel des exportations de carburant par la Chine a également joué un rôle, bien que moins important. Le 4 mars, Pékin ordonnait aux raffineurs d'arrêter les exportations d'essence, de diesel et de carburéacteur et, au deuxième trimestre, ces exportations avaient chuté d'environ 60%, correspondant à environ un demi-million de barils par jour conservés chez eux. Ce n'était cependant qu'une mesure temporaire : la Chine a assoupli le gel à partir de la mi-juillet et, en août, les exportations de carburant de la Chine étaient de 12,7% supérieures à celles de l'année précédente, avec des livraisons record de carburéacteur.

Sur le plan politique, la Chine y est parvenue en grande partie grâce à un système de plafonnement des prix. En temps normal, les prix à la pompe en Chine suivent une formule liée aux prix mondiaux du brut, mais la Commission nationale pour le Développement et la Réforme (CNDR), l'agence de planification du pays, peut passer outre en utilisant son pouvoir de fixation des prix dit "contrôle temporaire".

C'est exactement ce qu'elle a fait cette année, par 4 fois. Le 23 mars, par exemple, la formule indiquait que l'essence devrait augmenter de 2 205 yuans la tonne, mais la NDRC ne l'a laissé augmenter que de 1 160 yuans. Ce qui, en pratique, fait de l'achat de brut à prix élevés une option non rentable : si, en tant que raffineur, vous devez acheter du brut aux prix du marché et que vous devez ensuite vendre l'essence et le diesel que vous fabriquez à perte, à un prix que le gouvernement maintient délibérément à la baisse, alors vous prenez la seule décision rationnelle : vous importez moins de brut.

Cet aspect de la politique chinoise est en fait fascinant parce que les raffineurs occidentaux ont fait des profits records cette année. Valero, le plus grand raffineur indépendant d'Amérique, a gagné 6,3 milliards de dollars au premier semestre 2026, plus de trois fois plus que l'année précédente. Les activités en aval d'Exxon ont rapporté 5,5 milliards de dollars rien qu'au deuxième trimestre, leur meilleur bénéfice depuis 2022. En Chine, Sinopec, le plus grand raffineur du pays, a encore gagné de l'argent – son bénéfice de raffinage a atteint 17 milliards de yuans, soit environ 2,4 milliards de dollars – mais avec environ 50% de brut de plus que Valero, ce qui équivaut à environ un quart du bénéfice par baril gagné par Valero.

Ce qui signifie que les raffineurs chinois ont en fait été invités par le gouvernement à renoncer à l'aubaine financière afin que les conducteurs chinois paient moins cher. Et ils ont payé moins cher : les prix à la pompe en Chine n'ont augmenté que de moitié de ce qu'indiquait la formule du marché : chaque fois que la NDRC intervenait, elle n'autorisait qu'environ la moitié de l'augmentation. À son sommet d'avril, l'essence chinoise était environ 32% au-dessus de son niveau de janvier, tandis qu'aux États-Unis, l'augmentation culminait à plus de 60%.

Voilà donc comment : la Chine s'était tranquillement construit les moyens de s'éloigner du marché pétrolier si jamais elle devait le faire.

Ce que cela n'explique pas, c'est pourquoi Pékin est allé "trois fois" plus loin que nécessaire – d'une manière qui a aidé le monde entier, y compris l'Amérique.


Nous sommes des insectes

La plupart des gens – et c'est un euphémisme – comprennent complètement de travers la pensée stratégique de la Chine et l'ampleur de l'économie chinoise.

Il reste, par exemple, incroyablement courant d'entendre des gens présenter l'Iran comme un "allié" de la Chine parce qu'il y aurait une sorte « d'alliance entre autoritarismes ».

C'est ridiculement faux.

Non seulement il n'y a pas "d'alliance entre autoritarismes", mais "autoritarisme", comme le terme est utilisé dans les commentaires occidentaux, est une étiquette de propagande : il regroupe l'énorme diversité des systèmes politiques non occidentaux en une seule catégorie péjorative, qui ne n'explique rien à leur sujet et montre tout de notre incapacité, ou de notre réticence, à les comprendre. Regrouper sous une même étiquette une civilisation qui n'a jamais été gouvernée par un clergé avec une théocratie littérale est une évidente absurdité (j'ai longuement écrit sur la tradition laïque de la Chine ici et ici).

Et cette mauvaise analyse s'aggrave : une fois que vous croyez que l'Iran et la Chine forment une sorte "d'axe" ou « d'alliance », vous vous attendez alors à ce que Pékin se précipite au côté de son « allié » et les fustigez quand ce n'est pas le cas – comme l'ancien ambassadeur américain en Chine, Nicholas Burns, l'a fait en déclarant que « la Chine, comme la Russie, se révèlent être des amis peu fidèles pour leurs alliés autoritaires ».

C'est assez ironique : vous inventez un concept complètement artificiel mais bien utile contre vos adversaires et ensuite, quand il ne se matérialise pas dans la pratique – simplement parce qu'il n'existe pas en réalité – vous vous moquez d'eux parce qu'ils ne sont pas à la hauteur de la fiction que vous avez inventée.

Pour être clair, il est vrai que la Chine a toujours été amie avec l'Iran et qu'elle ne suit pas les sanctions unilatérales de Washington à son encontre. Mais pourquoi le feraient-elles ? Ce sont des sanctions américaines, pas issues du droit international. L'offense réelle ici est l'indépendance chinoise, son refus d'accompagner l'agression américaine.

Refuser d'être un vassal des États-Unis, cependant, n'est pas la même chose que de constituer une alliance. La distance entre "nous commerçons avec qui nous voulons" et "nous irons en guerre contre les États-Unis pour vous faire plaisir" est absolument énorme.

Et 2026 nous a donné une démonstration en direct de la distance qui nous sépare d'une alliance. La réduction par la Chine de ses importations de pétrole n'a rendu aucun service à Téhéran. En septembre, Wang Yi pressait le ministre iranien des Affaires étrangères de « rouvrir le détroit d'Ormuz le plus tôt possible ». Peu de temps après, Xi et Trump ont convenu par consensus que l'Iran devrait honorer son engagement de ne pas développer d'armes nucléaires, et que « aucun pays ou institution ne peut percevoir de péages sur les voies navigables internationales » – à un moment où l'Iran était accusé de facturer des navires pour le passage d'Ormuz.

Quelle alliance...

Et puis il y a la question de l'échelle. Un petit rappel qu'avant la guerre, la Chine achetait près d'un baril de brut sur quatre expédié dans le monde – plus du double de l'Inde, le deuxième plus grand pays importateur, et plus de huit fois ce qu'elle achète à l'Iran. Un autre rappel que, sur la base des PPA, le PIB de la Chine est 23 fois supérieur à celui de l'Iran (et environ un tiers supérieur à celui des États-Unis). En d'autres termes, les décisions de la Chine sont prises à une échelle où des pays comme l'Iran sont, au mieux, une variable parmi d'autres. Pékin n'a pas calibré sa réponse à la guerre par rapport à Téhéran, pas plus qu'elle ne l'a fait par rapport à Washington.

Pour emprunter la célèbre remarque des Trisolariens tirée du film « Le problème des 3 corps », l'Iran, dans cette histoire, est un insecte du point de vue de la Chine.

Et donc, il s'avère, que nous aussi.

Parce que, voyez-vous, j'ai cherché et cherché une justification stratégique – un pourquoi – qui irait au-delà du fait que la Chine se soucie simplement d'elle-même, et je n'ai rien trouvé dans le dossier officiel.

Ce qui est – quand on y pense – vraiment extraordinaire ici : la Chine a maintenant atteint une telle ampleur qu'elle peut sauver l'économie mondiale par le simple effet secondaire de sa propre politique intérieure, juste incidemment.

En fait, la chose la plus proche d'une explication officielle vient du Quotidien du Peuple, qui disait dans un article du mois d'août : « la Chine a démontré une simple vérité au travers de ses actions : assurer son propre approvisionnement en énergie est aussi la plus grande contribution pour le marché mondial ». En d'autres termes : à l'échelle chinoise, s'occuper de soi et s'occuper du monde est devenu la même chose.

Alors pourquoi aller si loin, pourquoi faire 3 fois plus que ce qui était nécessaire ?

Parce que « nécessaire » est le mauvais critère. Pensez à une famille qui a rempli son garde-manger alors que la nourriture était bon marché. Lorsque les prix augmentent soudainement, elle arrête simplement de stocker pendant un moment et mange ce qu'il y a dans le garde-manger. Le "grain en main" de Li Qiang, en gros.

C'est essentiellement ce qui s'est passé : encore une fois, 54% de la baisse est venue de la Chine qui a simplement arrêté de remplir ses propres stocks, l'équivalent d'arrêter de faire ses courses et d'utiliser le garde-manger pendant un certain temps.

Personne à Pékin n'a fixé d'objectif, donc rien n'a arrêté la réduction à un certain "assez" soigneusement calibré : la Chine a juste dit aux raffineries de maintenir l'approvisionnement du marché intérieur, d'arrêter d'exporter et de vendre aux prix autorisés par le gouvernement – et leur a laissé l'arithmétique. Avec le pétrole brut aux prix de guerre et les prix à la pompe maintenus à la baisse, l'arithmétique indiquait une seule direction : achetez le moins possible.

En fait, en avril, la Chine a même averti les raffineurs indépendants qu'ils perdraient leurs quotas d'importation s'ils réduisaient trop leur production, montrant que la politique officielle, le cas échéant, se montrait contre la réduction des importations. Comme l'a déclaré un responsable de la NDRC en mai, les raffineurs devaient "assurer un approvisionnement stable du marché et appliquer strictement la politique tarifaire nationale". La réduction des importations fut une simple conséquence que Pékin ne visait pas nécessairement.

De manière plutôt hilarante, dans une belle démonstration – encore une fois – du manque de prouesses de la Chine en matière de relations publiques, ce n'est que quelques semaines après que les médias occidentaux ont commencé à créditer la Chine d'avoir sauvé l'économie mondiale que les médias chinois ont repris l'histoire. Et même alors, la première reprise de CCTV en juillet l'a présenté comme étant une « revendication des médias étrangers ».

Il y a quelque chose d'extrêmement comique à ce que ce géant remarque soudainement : « attends, quoi, tu dis que j'ai sauvé quoi maintenant ? » Cela témoigne vraiment de l'immense différence avec la gouvernance américaine qui a tendance à fonctionner d'abord sur le récit et ensuite sur la réalité.

Pour être juste, et pour mémoire, il y a des voix chinoises qui revendiquent une intention. Par exemple, Fu Chengyu, président à la retraite de Sinopec et CNOOC (une autre grande compagnie pétrolière nationale en Chine), a fait valoir en juillet que la réduction était « un ajustement stratégique des achats nationaux pour stabiliser les prix mondiaux du pétrole et renforcer le pouvoir de fixation des prix de l'énergie de la Chine ». L'économiste de l'Université normale de Pékin, Wan Zhe, l'a décrit de la même manière sur CCTV comme étant une "régulation active de la demande stratégique", arguant qu'en refusant de se joindre à "la ruée mondiale vers l'accaparement du pétrole", la Chine avait "directement supprimé la plus grande source de panique sur le marché mondial".

Ce sont des lectures élégantes, mais rétrospectives, de voix non officielles et, dans le cas de Fu, à la retraite. Là où Fu a raison, cependant, c'est sur le résultat : planifiée ou non, la Chine en est sortie avec plus de pouvoir de fixation des prix qu'elle n'en avait.

Et c'est ça le truc : les intentions s'estompent, les conséquences restent. Un pays qui peut retirer environ un huitième du brut maritime mondial du marché, regarder l'Arabie saoudite baisser ses prix en conséquence, et toujours voir ses prévisions de croissance 2026 par le FMI inchangées par rapport à avant la guerre, vient de changer la géopolitique autour du pétrole. C'est de cela que parle le dernier chapitre.


C'est le dilemme de Malacca pour qui maintenant ?

Cela restera peut-être la plus grande ironie de cette guerre. Cela n'a été une surprise pour personne que l'Iran ait la capacité de bloquer le détroit d'Ormuz : les stratèges avaient imaginé ce scénario depuis des décennies.

Ce que personne n'avait anticipé, c'est que le goulot d'étranglement le plus important de la crise se trouverait en Chine même. Comme le média de la tech, TMTPost, le dit : « le robinet du marché du pétrole n'est pas au Moyen-Orient mais à Shandong » (jeux de mots entre Zhongdong, qui veut dire Moyen-Orient et Shandong, la province Chinoise où se trouvent la majorité des raffineurs indépendants chinois).

C'est une puissance extraordinaire, qui équivaut à une prise de contrôle effective du rôle de l'OPEP par la Chine, sans même qu'elle en soit membre. Ce n'est pas moi qui le dis : en septembre, Igor Setchin, le patron de Rosneft, la plus grande compagnie pétrolière russe – et pilier de l'OPEP+ – a déclaré que "cette année, la Chine a effectivement pris la tête de l'OPEP" et, « sans être membre d'aucun cartel, a réussi à stabiliser le marché pétrolier mondial ». Il s'attend à ce que le rôle de la Chine continue de croître « dans un contexte de déclin de l'influence de l'OPEP » – en particulier avec le départ des Emirats Arabes Unis du groupe, en mai.

Comme dit le proverbe, ne laissez jamais passer l'opportunité d'une bonne crise, et la Chine l'a fait – volontairement ou non – pour inverser le dilemme de Malacca : c'est maintenant le problème du reste du monde.

Car cela revient à cela : un renversement du levier. Pendant deux décennies, la question était de savoir combien de dommages les États-Unis pourraient causer à la Chine en menaçant son approvisionnement en pétrole. Après cette année, la question la plus pressante est de savoir dans quelle mesure la Chine peut influer sur les prix mondiaux de l'énergie simplement en décidant quand et combien acheter.

Personne d'autre n'a ce pouvoir. Certainement pas les États-Unis, qui sont exportateurs nets et ne peuvent donc agir que du côté de l'offre, et dans une seule direction : ils peuvent ouvrir leur réserve stratégique, désormais à son plus bas niveau depuis 1983, mais ils ne peuvent pas dire aux foreurs privés du gaz de schiste – contraints par les forces du marché – quand pomper.

Imaginez le scénario hypothétique suivant, celui sur lequel les stratèges se penchent depuis vingt ans : une crise à Taïwan, et la marine américaine commence à bloquer les pétroliers à destination de la Chine passant par Malacca. En 2003, cela aurait été un nœud coulant. Aujourd'hui, la Chine résisterait simplement au coup comme elle vient de le faire. Pendant ce temps, les millions de barils par jour renvoyés de Malacca auraient besoin d'un autre endroit où aller, et les prix s'effondreraient : la loi de l'offre et de la demande. Les plus grandes victimes seraient les grands producteurs de pétrole et le plus grand producteur de pétrole au monde en ce moment sont... les États-Unis. L'arme ultime de Washington se retournerait principalement contre elle.

Ou imaginez cette autre hypothèse : Ormuz ferme à nouveau, les prix flambent et un président américain se dirigeant, disons, vers des élections de mi-mandat en a besoin. Qui appelle-t-il ? Pas les Saoudiens : leur pétrole de réserve est coincé derrière le goulot d'étranglement à l'origine de la crise. La réponse est Pékin.

Ce qui pourrait en fait être exactement ce qui s'est passé. Trump a rencontré Xi deux fois cette année, à Pékin en mai et à Washington en septembre, et a dit les deux fois : « C'est un honneur d'être votre ami », « un grand leader » (Médiaite), « un homme que je respecte énormément. Je suis devenu un fan » (Gray DC), « deux personnes spectaculaires » (IANS). La Maison Blanche ne dira pas si Trump attribue à la Chine le maintien des prix du pétrole à la baisse. Mais comme l'a dit Rosemary Kelanic du think tank de Washington Defense Priorities, "Nous avons été pris en charge par Pékin d'une manière étrange". Ceux qui sont pris en charge ont tendance à être polis avec celui qui paie.

Ce qui nous amène au point le plus important. L'année dernière, j'ai écrit un article intitulé « La stratégie énergétique de l'Amérique est-elle la plus grande erreur stratégique du 21e siècle ? », arguant que l'Amérique a eu tort de parier son avenir sur les énergies fossiles alors que la Chine a parié sur les énergies renouvelables, puisque, comme je l'avais écrit, "vous ne pouvez pas vraiment imposer un embargo sur le soleil ou le vent ou les sanctionner ". Cette phrase est encore valable : l'électrification est l'une des principales raisons pour lesquelles la Chine a pu réduire ses importations de pétrole sans manquer de carburant.

Ce que je n'avais certainement pas anticipé, c'est que, ce faisant, la Chine finirait par détenir un levier sur les deux : sur l'énergie du futur et sur le prix de l'énergie du passé. Comme le dit le proverbe chinois : « vous ne pouvez pas avoir à la fois le poisson et la patte de l'ours », une phrase qui remonte à Mencius. Il s'avère que tu peux, en fait.

Ce que j'avais bien compris, cependant, c'est l'importance renouvelée de ce que j'appelais, dans un autre article, la "gravité géopolitique" : l'idée, comme je l'ai dit alors, que la Chine "n'a pas une logique impériale mais une logique gravitationnelle", tirant les pays vers son orbite simplement parce qu'elle est "assez grande et bien connectée".

C'est la vraie histoire ici : il n'y avait, pour autant qu'on puisse le voir, aucun ordre de Pékin de réduire les importations, encore moins un plan pour prendre le siège de l'OPEP ou sauver le monde. Même Javier Blas, qui surveille le marché pétrolier d'aussi près que possible, ne pense pas que quiconque à Pékin se soit un jour demandé "comment pouvons-nous aider le monde à passer cette crise ?". La Chine s'est simplement occupée d'elle-même et, de par sa taille, cela a suffi à infléchir la trajectoire de l'ensemble du marché mondial. Le soleil n'a pas non plus l'intention de maintenir les planètes sur son orbite : sa masse pure fait que cela se produit tout simplement.

C'est finalement la dernière leçon du dilemme de Malacca : pendant vingt ans, la Chine s'est inquiétée d'un détroit qu'elle ne pouvait pas contrôler. À partir de maintenant, c'est le reste d'entre nous qui devront vivre à côté de quelque chose de beaucoup plus difficile à contrôler que n'importe quel détroit : un pays assez grand pour changer toutes nos vies sans même le vouloir, juste incidemment.

C'est également un défi de taille pour la gouvernance de la Chine, un pays dont le principe cardinal de politique étrangère est de rester à l'écart des affaires des autres et d'empêcher les autres de se mêler des siennes : "Cinq principes de coexistence pacifique". Lorsque votre attraction gravitationnelle infléchit la trajectoire de chaque économie à l'échelle mondiale, vous êtes obligatoirement impliqué dans les affaires des autres, que vous en ayez l'intention ou non. Et, par conséquent, les autres veulent naturellement avoir leur mot à dire dans vos affaires internes, puisqu'elles sont devenues les leurs aussi.

C'est peut-être la question la plus importante du soi-disant "siècle chinois" : comment un pays qui n'a jamais voulu diriger le monde va-t-il faire face au fait qu'il le fait déjà en partie ?


Arnaud Bertrand

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-la-chine-vient-elle-de-sauver-leconomie-mondiale