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Europe / La victoire russe ne se lira p...
Last post by JacquesL - 15 Octobre 2026, 01:41:36 PM
La victoire russe ne se lira pas sur la carte



par Mounir Kilani

Et si la guerre en Ukraine se terminait par un règlement reprenant certaines des questions de sécurité que Moscou posait avant février 2022 ? Après quatre années de combats et de bouleversements, un tel dénouement ferait surgir un paradoxe : le monde aurait changé sans avoir résolu le différend qui se trouvait au cœur de la confrontation. Le scénario reste incertain, mais il mérite d'être examiné. Il pose une question qui dépasse le sort des territoires : que révèle une guerre dont l'issue pourrait se rapprocher, sur certains points, de ce que la diplomatie n'avait pas réglé avant son déclenchement ?

Le 17 décembre 2021, deux mois avant l'intervention militaire russe à grande échelle en Ukraine, Moscou rend publics deux projets de textes : l'un destiné aux États-Unis, l'autre à l'OTAN. La Russie réclame des garanties contre tout nouvel élargissement de l'Alliance, en particulier à l'Ukraine, et des restrictions sur les déploiements militaires à proximité de son territoire.

Ces propositions ne sont pas neutres. Les accepter aurait limité la liberté stratégique de plusieurs États européens et remis en cause un principe cher aux Occidentaux : chaque pays doit pouvoir choisir ses alliances. Pour Washington et les capitales européennes, accorder à Moscou un droit de regard sur les choix de ses voisins aurait créé un précédent inacceptable.

Mais réduire cet épisode à un refus occidental de toute négociation serait également inexact. En janvier 2022, les États-Unis et l'OTAN se disent prêts à discuter du contrôle des armements, de la transparence militaire et de la réduction des risques. Ils refusent en revanche de renoncer au principe de la porte ouverte de l'Alliance. Le dialogue existe donc, mais il bute sur un désaccord central : Moscou veut des garanties sur l'architecture de sécurité européenne ; les Occidentaux refusent que ces garanties limitent la liberté de choix de leurs voisins.

Cette distinction est essentielle. Elle ne prouve ni que la Russie aurait accepté un compromis moins ambitieux, ni qu'un accord aurait empêché la guerre. Elle montre qu'à la veille du conflit, les positions étaient antagonistes, mais que la diplomatie était encore en cours. Le 24 février, le recours à la force change la nature du problème sans faire disparaître les questions qui le traversaient.

Il faut distinguer ce dossier de celui des accords de Minsk, signés en 2014 et 2015 pour régler le conflit du Donbass. Ils prévoyaient un cessez-le-feu, le retrait des armes lourdes, des dispositions politiques pour certaines zones du Donbass et, à terme, le rétablissement du contrôle ukrainien de la frontière. Leur application s'est heurtée à des désaccords sur l'ordre des étapes, à la défiance et à des violations répétées.

Minsk concernait principalement le Donbass ; les propositions de décembre 2021 visaient plus largement la sécurité européenne. Les confondre serait une erreur, tout comme affirmer que leur aboutissement aurait certainement évité la guerre.

Le constat, en revanche, est plus troublant. Plusieurs années de guerre pourraient déboucher sur un règlement qui reprendrait, dans un rapport de force transformé, certaines des questions posées avant février 2022.

Pourquoi des problèmes que la diplomatie n'avait pu traiter trouveraient-ils une réponse, au moins partielle, après des années de destruction ? C'est la question qui doit guider le bilan de cette guerre.


Le choix de la force et le prix du bouleversement

Le 24 février 2022, la Russie franchit un seuil dont les conséquences dépassent rapidement le théâtre ukrainien. La confrontation autour de la sécurité européenne entre dans une nouvelle phase : une guerre de grande ampleur, qui engage directement la puissance militaire russe et, indirectement, les capacités financières, industrielles et militaires des pays occidentaux.

Le Kremlin semble alors miser sur une campagne rapide, capable d'imposer un nouveau rapport de force avant que l'Ukraine et ses soutiens puissent organiser une réponse durable. Ce calcul échoue. L'État ukrainien ne s'effondre pas. Ses forces armées résistent, se réorganisent et bénéficient d'un soutien occidental considérable. Les erreurs russes du début de la campagne, les difficultés logistiques et la sous-estimation de la résistance ukrainienne transforment une opération présentée comme décisive en guerre d'usure.

Premier constat : la Russie n'obtient pas rapidement les résultats qu'elle semblait rechercher. Mais l'échec d'une victoire rapide ne signifie pas l'échec de tous ses objectifs stratégiques. Il faut distinguer la conduite militaire, les objectifs politiques et le résultat final d'une confrontation dont l'issue reste incertaine.

L'Ukraine, de son côté, paie un prix immense. Les destructions, les déplacements de population, les pertes humaines et la désorganisation de son économie marquent durablement le pays. Le soutien occidental lui permet de poursuivre la guerre et de préserver son indépendance, mais il ne supprime ni les coûts du conflit ni les incertitudes sur l'après-guerre. La souveraineté ne se mesure pas seulement à la capacité de combattre : elle se mesure aussi à la possibilité de reconstruire, de décider librement de son avenir et de garantir la sécurité de sa population.

Pour les pays occidentaux, la guerre devient également un test de puissance. Les États-Unis et leurs alliés fournissent des armes, des financements, du renseignement et une logistique, tout en évitant une confrontation directe avec la Russie. Cette stratégie permet de soutenir l'Ukraine sans déclencher une guerre ouverte entre puissances nucléaires. Elle révèle toutefois une contrainte : une guerre prolongée dépend non seulement des intentions politiques, mais aussi des stocks, des capacités de production, des budgets et de la cohésion des coalitions.


Un monde transformé, mais pas nécessairement dans le sens attendu

La guerre a bouleversé la sécurité européenne, accéléré les recompositions économiques et renforcé des tendances déjà à l'œuvre. Toutes ces transformations ne profitent pas à la Russie et ne correspondent pas à ses objectifs.


L'OTAN renforcée, l'Europe divisée

L'un des résultats les plus visibles du conflit est le renforcement de l'OTAN. L'adhésion de la Finlande en avril 2023, puis celle de la Suède en mars 2024, a étendu l'Alliance et modifié l'équilibre stratégique en Europe du Nord. La guerre a donc produit, sur ce point, un résultat contraire à ce que Moscou cherchait : au lieu d'éloigner l'Alliance, elle a rapproché d'elle deux États longtemps non alignés.

Ce constat interdit de parler d'une réussite russe sans nuance, mais il ne prouve pas que la stratégie occidentale ait atteint tous ses objectifs. L'élargissement de l'OTAN et le réarmement européen renforcent la dissuasion, sans régler la sécurité à long terme ; ils peuvent aussi conforter Moscou dans l'idée que son environnement est devenu plus hostile.

L'Europe se retrouve ainsi dans une situation paradoxale. Elle a renforcé sa coopération militaire, mais ses relations avec la Russie sont dégradées. Elle a cherché à réduire ses dépendances énergétiques, au prix de réorientations inégales selon les pays et les secteurs. Elle affiche une volonté de puissance collective, tout en restant dépendante des capacités américaines dans des domaines essentiels. Une alliance plus cohérente face à une menace perçue ne garantit donc pas un ordre de sécurité plus stable.


La Russie : une économie qui résiste, mais qui paie

Les sanctions occidentales visaient à réduire la capacité de la Russie à financer la guerre et à accéder à certaines technologies. Elles ont provoqué des ruptures commerciales, des difficultés d'approvisionnement et des coûts durables. Mais elles n'ont pas entraîné l'effondrement économique que certains anticipaient.

Moscou a réorienté ses échanges et maintenu ses recettes d'exportation. Mais les sanctions ont des effets durables : dépendance accrue envers certains partenaires, accès plus difficile aux technologies, coûts logistiques et pression budgétaire.

Il faut donc résister à deux récits symétriques. Le premier voudrait que les sanctions aient mis la Russie à genoux ; le second qu'elles aient démontré son invulnérabilité. La réalité est plus exigeante : l'économie russe a montré une réelle capacité d'adaptation, mais cette résistance a un coût et ne garantit ni une croissance durable ni une victoire militaire.


Le rapprochement avec la Chine : un avantage et une dépendance

La confrontation avec l'Occident a accéléré le rapprochement entre Moscou et Pékin. Les échanges commerciaux, la coopération diplomatique et la convergence de certaines positions face aux États-Unis ont pris une importance nouvelle. Pour la Russie, la Chine constitue un partenaire majeur dans une période où les relations économiques avec l'Europe se sont détériorées.

Mais ce rapprochement n'est pas une alliance entre égaux. Les deux pays ont des intérêts communs, mais ne partagent pas toutes leurs priorités. La Chine dispose d'un poids économique supérieur et peut tirer avantage de la nécessité russe de trouver des débouchés et des fournisseurs. Moscou gagne des possibilités de contournement et un partenaire stratégique ; il risque aussi d'accroître sa dépendance envers un acteur dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec les siens. Il serait donc excessif de voir dans cette guerre la naissance d'un bloc russo-chinois unifié.


Le Sud global ne choisit pas un camp unique

La réaction du Sud global est également significative. Nombre de pays n'ont pas rejoint les sanctions ou ont refusé de suivre Washington. L'Inde a poursuivi ses achats d'énergie russe, la Chine a approfondi ses relations avec Moscou, la Turquie et plusieurs pays du Golfe ont gardé des liens avec les deux camps.

Ces choix ne constituent pas un soutien uniforme à la Russie. Les gouvernements concernés défendent leurs intérêts : énergie, autonomie diplomatique, marchés, marge de manœuvre. Certains contestent l'unilatéralisme occidental ; d'autres veulent éviter de sacrifier leurs priorités dans une confrontation entre puissances.

Le résultat est néanmoins significatif. L'Occident n'a pas réussi à transformer sa condamnation de la Russie en un isolement universel. Une partie importante du monde a refusé de reprendre ses choix diplomatiques et économiques. Cela ne signifie pas que l'ordre occidental a disparu, mais que sa capacité à imposer une réponse commune rencontre des limites plus visibles.

Aucune de ces évolutions n'établit à elle seule une victoire russe, et plusieurs contredisent les objectifs annoncés par Moscou. Elles montrent toutefois que la Russie n'a pas été rapidement affaiblie, isolée et contrainte d'abandonner ses ambitions, comme l'espéraient certains de ses adversaires.


Une victoire russe partielle, mais probable

Au terme de cette analyse, je maintiens l'hypothèse d'une victoire stratégique russe partielle. Non que la Russie ait réussi tout ce qu'elle entreprenait, ni que ses pertes et ses erreurs soient secondaires : l'issue d'une guerre ne se mesure pas uniquement à la réalisation intégrale des objectifs initiaux. Elle se mesure aussi à la capacité d'un État à préserver ses intérêts essentiels, à imposer certaines réalités et à empêcher ses adversaires d'obtenir le résultat politique recherché.

La Russie n'a pas obtenu la victoire rapide qu'elle attendait : l'OTAN s'est élargie, l'Ukraine a résisté. Ces faits ne disparaîtront pas du bilan.

Une victoire russe partielle pourrait se dessiner si trois conditions étaient réunies. D'abord, le maintien d'un contrôle russe sur une partie des territoires occupés. Ensuite, l'absence d'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN ou de garanties équivalentes. Enfin, la reconnaissance, explicite ou implicite, que la Russie demeure un acteur incontournable de la sécurité européenne.

Ces conditions ne sont ni acquises ni équivalentes. Le contrôle territorial ne règle pas la légitimité des frontières ; rester hors de l'OTAN ne priverait pas l'Ukraine de toute défense ni de tout partenariat occidental. Et reconnaître le poids stratégique russe ne donnerait pas à Moscou le droit de dicter les choix de ses voisins.

Ce serait une victoire limitée, dans un environnement transformé et au prix de pertes considérables. Elle ne rendrait pas la Russie invulnérable, n'effacerait pas la souveraineté ukrainienne et ne signifierait pas l'échec de tous les objectifs occidentaux. Elle indiquerait seulement que Moscou aurait préservé ou imposé certains intérêts essentiels, sans obtenir tout ce qu'elle voulait.

Ce pronostic doit cependant pouvoir être démenti. D'ici octobre 2031, il serait fragilisé dans trois cas. Si l'Ukraine rejoignait l'OTAN ou obtenait des garanties équivalentes. Si la Russie devait restituer les territoires occupés sans compensation substantielle. Si son effort de guerre s'effondrait au point de contraindre le Kremlin à abandonner ses objectifs essentiels.

À l'inverse, un règlement qui consacrerait certaines réalités territoriales, maintiendrait l'Ukraine hors de l'OTAN et ouvrirait une négociation durable sur la sécurité européenne renforcerait cette hypothèse. Il ne prouverait pas que chaque décision russe était judicieuse, encore moins que les destructions étaient nécessaires. Il montrerait seulement que la Russie aurait obtenu une partie des résultats stratégiques qu'elle recherchait.

Mon pronostic reste donc circonscrit : une victoire stratégique russe partielle me paraît plus probable qu'une défaite stratégique complète de Moscou.


Le paradoxe d'une guerre qui pourrait revenir à son point de départ

Imaginons qu'un règlement mette fin à la guerre en Ukraine en consacrant plusieurs réalités. La Russie conserverait une partie des territoires qu'elle contrôle. L'Ukraine resterait hors de l'OTAN, même si elle obtenait d'autres garanties. Les grandes puissances seraient contraintes de discuter de la sécurité européenne.

Il ne s'agirait pas d'un simple retour à la situation de décembre 2021. Entre-temps, l'Ukraine aurait subi des destructions considérables, des populations auraient été déplacées et les relations entre la Russie et l'Occident se seraient durablement détériorées. L'OTAN se serait élargie. La Russie aurait renforcé sa dépendance envers certains partenaires. L'Europe aurait réorganisé une partie de sa politique énergétique et militaire. Rien de cela ne pourrait être effacé par la signature d'un accord.

Le paradoxe serait ailleurs : le monde aurait changé sans que les questions de sécurité à l'origine de la confrontation aient trouvé une réponse vraiment différente.

Il faut ici distinguer deux choses. Une ressemblance entre un règlement futur et certaines demandes formulées en 2021 ne signifierait pas que Moscou aurait obtenu tout ce qu'elle réclamait. Un accord pourrait prévoir des garanties pour l'Ukraine, des mécanismes de contrôle ou des dispositions territoriales qui n'étaient pas envisagés dans les textes russes de l'époque. Le rapport de force créé par la guerre modifierait les conditions de la négociation.

Mais cette différence ne ferait pas disparaître la question politique. Pourquoi des sujets abordés avant la guerre, sans compromis, pourraient-ils être traités après des années de combats ? Qu'est-ce qui rendrait possible, à ce stade, une négociation qui n'avait pas abouti auparavant ? Et surtout, fallait-il que la guerre produise autant de destructions pour que les parties acceptent de discuter d'une coexistence stratégique ?

Ces questions obligent à examiner plusieurs décisions. Celle du Kremlin, qui a engagé la force à grande échelle. Celles des dirigeants occidentaux, qui ont refusé certaines exigences russes au nom de la souveraineté des États. Celles des autorités ukrainiennes, qui ont défendu leur indépendance dans un rapport de force défavorable. Enfin, les limites d'une sécurité européenne incapable de prévenir l'escalade.

Cette complexité ne signifie pas que les responsabilités soient égales. Les décisions n'ont ni la même nature ni les mêmes conséquences : Moscou porte la responsabilité de l'intervention militaire à grande échelle. Cela n'interdit pas d'interroger les erreurs de calcul, les occasions manquées et les conceptions de la sécurité qui ont rendu la confrontation possible.

C'est précisément là que se situerait le paradoxe historique. Une puissance pourrait obtenir, après une guerre coûteuse, une partie des résultats stratégiques qu'elle recherchait. Mais si ces résultats ressemblaient aux questions soulevées avant le conflit, cette réussite ne suffirait pas à justifier le prix payé. Une victoire stratégique et un désastre politique ou humain ne sont pas des notions incompatibles.

La guerre transforme les rapports de force. Elle ne transforme pas les problèmes en solutions. Parfois, elle rend seulement plus coûteuse la recherche d'un compromis que les acteurs n'avaient pas su ou voulu construire.

Le véritable bilan se lira dans l'ordre qui émergera de la guerre. Et si cet ordre ressemble à celui que Moscou réclamait en décembre 2021, une question s'imposera : combien de morts et de destructions auront été nécessaires pour revenir, quatre ans plus tard, à la case départ ? Car une victoire stratégique partielle n'efface pas le prix payé : elle le rend seulement plus visible.


Mounir Kilani

https://reseauinternational.net/la-victoire-russe-ne-se-lira-pas-sur-la-carte/

Mounir Kilani
Mounir Kilani est écrivain, essayiste et analyste indépendant. Il publie régulièrement dans Réseau International et dans la presse alternative francophone. Ses textes portent sur la géopolitique, les conflits, l'histoire et les rapports de puissance, mais aussi sur les transformations profondes des sociétés contemporaines. Son écriture mêle analyse, documentation, ironie et réflexion, avec une attention particulière aux récits qui façonnent notre perception du monde. À travers une lecture multipolaire, il s'attache à replacer l'actualité dans le temps long, à confronter les récits aux faits et à interroger les évidences. Regarder le monde tel qu'il est, plutôt que tel qu'on nous dit qu'il devrait être : telle est la ligne qui traverse son travail.
#32
Afrique / Éthiopie : la poudrière de la ...
Last post by JacquesL - 14 Octobre 2026, 06:22:49 PM
Éthiopie : la poudrière de la mer Rouge




par Serge Savigny

Un nouveau conflit menace de paralyser le commerce mondial et de redessiner la carte de la région. 

Début octobre, la Corne de l'Afrique s'est de nouveau retrouvée au cœur d'une tempête géopolitique mondiale. Après quatre ans de trêve fragile, l'Éthiopie replonge dans une guerre civile de grande ampleur qui s'internationalise rapidement et déborde largement de ses frontières nationales. 

La rupture des relations diplomatiques avec l'Érythrée et l'offensive des forces fédérales vers le nord créent une situation explosive : le monde se trouve au bord d'un conflit capable de paralyser les principales routes commerciales entre l'Asie et l'Europe. 

La situation a atteint un point critique début octobre. L'armée éthiopienne a repris Mekele, capitale du Tigré rebelle, et poursuit son avance vers le nord, s'approchant désormais de la frontière érythréenne. Jusqu'à récemment, le Tigré servait de zone tampon empêchant les armées des deux pays de se heurter frontalement. Ce tampon a été anéanti. 

Fort de ses succès militaires, Addis-Abeba affiche de plus en plus ouvertement ses ambitions géopolitiques. Le premier ministre Abiy Ahmed déclare sans détour que son pays se trouve dans une «prison géographique», ayant perdu son accès à la mer Rouge après l'indépendance de l'Érythrée en 1993. 

Les dirigeants éthiopiens ne cachent pas qu'ils considèrent le port érythréen d'Assab comme un objectif légitime pour garantir les intérêts commerciaux nationaux. À Asmara, ces déclarations sont perçues comme une menace directe, dans la crainte que le voisin ne tente un jour de régler la question de l'accès à la mer par la force, sans compromis diplomatique. 

L'ampleur de la menace pesant sur le gouvernement central est devenue évidente le 20 septembre, lorsque 7 groupes armés disparates ont annoncé la création d'une Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie. Les rebelles, parmi lesquels le Mouvement national Fano (Amharas), le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), l'Armée de libération oromo et plusieurs autres formations ethniques, ont proclamé comme objectif principal le renversement du régime d'Abiy Ahmed. 

Peu après cette annonce, le TPLF s'est emparé des aéroports clés de sa région et a lancé une offensive dans les régions voisines d'Amhara et d'Afar. Les forces fédérales sont contraintes de mener des combats épuisants sur de multiples fronts, utilisant des drones de fabrication nationale pour frapper les positions du Fano et de l'Armée de libération oromo. 

Les alliances régionales ont également évolué. Si, lors de la précédente guerre de 2020-2022, l'Érythrée soutenait Addis-Abeba dans l'écrasement du TPLF, aujourd'hui, selon le gouvernement éthiopien, c'est Asmara qui fournit des armes aux Tigréens. Abiy Ahmed lui-même, dont les origines (père oromo, mère amhara) devaient symboliser l'unité nationale, a choisi la voie du démantèlement du fédéralisme ethnique. En dissolvant en 2019 la coalition de partis ethniques pour créer le Parti de la prospérité unifié, il a retiré au TPLF son statut légal, se mettant à dos toutes les élites qui profitaient de l'ancien système. 

La fracture interne de l'Éthiopie s'est immédiatement superposée à un réseau extrêmement complexe de contradictions régionales et mondiales. Ce pays de près de 140 millions d'habitants, doté de l'une des plus grandes armées d'Afrique, se retrouve encerclé par des voisins hostiles ou instables. 

Deux camps ennemis se forment autour d'Addis-Abeba. Le gouvernement d'Abiy Ahmed est ouvertement soutenu par Israël, les Émirats arabes unis, qui ont investi des milliards de dollars dans l'économie éthiopienne, ainsi que par les Forces de soutien rapide (RSF) soudanaises. 

Face au pouvoir central éthiopien se dressent l'Érythrée, l'Égypte, l'Arabie saoudite et l'armée régulière soudanaise du général Bourhane. Le Caire est traditionnellement en conflit avec Addis-Abeba au sujet du barrage de la Renaissance, mis en service en 2025, qui, selon les Égyptiens, menace le débit du Nil. Le Soudan voisin, en proie à sa propre guerre civile sanglante, attise le chaos, tout comme l'instabilité au Yémen, où les Houthis continuent d'attaquer la navigation en mer Rouge. 

Les positions des grands acteurs géopolitiques, Chine, États-Unis et Russie, ne sont pas moins complexes. Pékin maintient ses relations avec les dirigeants éthiopiens, tout en entretenant des contacts étroits avec l'Érythrée. 

Washington renforce également son attention sur la mer Rouge et la sécurité régionale. L'administration de Donald Trump, engagée dans une «redéfinition» de sa stratégie africaine, mise sur le facteur religieux. Se positionnant comme défenseurs des communautés chrétiennes sur le continent noir, la seule région du monde où le christianisme connaît une croissance démographique, les États-Unis cherchent à renforcer leur influence. 

L'initiative de Washington du 18 septembre est révélatrice : deux jours à peine avant la création de l'alliance rebelle, les Américains ont levé les sanctions contre l'Érythrée, ayant préalablement établi (via Le Caire) des relations avec son président Issaias Afeworki, autrement dit, avec l'adversaire de l'Éthiopien Abiy Ahmed, invoquant d'importants intérêts en mer Rouge. De toute évidence, les intérêts américains dans cette région priment actuellement sur la politique intérieure de l'Éthiopie. 

Dans ce contexte, l'approche russe se distingue. Moscou promeut traditionnellement en Afrique les idées de dialogue interreligieux et interconfessionnel. 

La tragédie de l'Éthiopie est aggravée par le fait que le pays dispose d'un potentiel considérable. Malgré la guerre, une croissance du PIB de 9,3% est attendue en 2026, des chiffres qui envieraient la plupart des économies en développement. Le pays bénéficie de programmes du FMI, de projets d'infrastructure chinois et d'investissements arabes. Ethiopian Airlines reste le géant aérien du continent, et Addis-Abeba la capitale officieuse de l'Union africaine. 

Pourtant, ces succès économiques pourraient être réduits à néant en un instant. La précédente guerre au Tigré a coûté la vie à près de 600 000 personnes, devenant l'un des conflits les plus meurtriers de l'histoire contemporaine de l'Afrique. Aujourd'hui, alors que le séparatisme se double d'ambitions de redécoupage des frontières et d'ingérences extérieures, les experts s'accordent à dire que la nouvelle vague de violences risque de surpasser en ampleur la catastrophe de 2020-2022. 

Si le gouvernement fédéral et la coalition rebelle ne s'assoient pas à la table des négociations, et si les acteurs extérieurs continuent d'inonder la région d'armes, l'Éthiopie risque de devenir non pas un leader régional, mais un trou noir aspirant l'ensemble de la Corne de l'Afrique et capable de perturber la logistique mondiale en mer Rouge. 

Nous sommes face à un point d'explosion potentiel de la «poudrière africaine», situé à proximité de l'une des routes maritimes les plus stratégiques du monde. Et si cette explosion survient, ses conséquences se feront sentir bien au-delà de la région.


Source : Observateur Continental

https://reseauinternational.net/ethiopie-la-poudriere-de-la-mer-rouge/
#33
Asie, Pacifique / Mohammed ben Salmane est davan...
Last post by JacquesL - 14 Octobre 2026, 04:25:07 PM
Mohammed ben Salmane est davantage menacé en interne que par les attaques d'Ansarallah



par Alastair Crooke

Des tribus mécontentes, un clergé mis à l'écart, une armée délibérément divisée. Alors que les missiles houthis frappent Riyad, la prise de pouvoir du prince héritier pourrait bien causer sa perte.

Dans le cadre de sa stratégie «blocus contre blocus» et «aéroport contre aéroport», Ansarallah a mené samedi une troisième attaque contre l'aéroport international de Riyad : 12 personnes (principalement des civils) ont été tuées et plus de 300 blessées. Cette situation, conjuguée à l'escalade des attaques iraniennes contre les pétroliers et à l'extension de ses opérations maritimes, accentue immédiatement la pression sur le président Trump pour qu'il réagisse — au moment même où les élections de mi-mandat approchent à grands pas.

Alors que le conflit militaire entre le Yémen et l'Arabie saoudite se poursuit, cette dernière s'appuie de plus en plus sur des attaques contre des cibles civiles yéménites — en septembre 2025, des rapports confirment que «près de 15 000 civils ont été tués par des actions militaires directes, la plupart lors de frappes aériennes menées par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite». Pourtant, la résistance armée yéménite, s'inspirant de l'expérience iranienne, constate que l'Arabie saoudite est infiniment plus vulnérable en raison de ses infrastructures énergétiques exposées à ciel ouvert.

Si le Yémen continue de frapper avec précision les principaux actifs économiques et énergétiques saoudiens, les conséquences pour Riyad se multiplieront — le champ de bataille deviendra de plus en plus celui de la destruction des infrastructures saoudiennes et de la souffrance de l'Occident face aux victimes civiles yéménites.

Ce scénario pourrait provoquer une destruction massive de capital et une crise de la dette souveraine, contraignant Riyad à abandonner davantage encore de projets de Vision 2030, sur lesquels MbS a misé l'avenir du royaume.

L'Arabie saoudite continue de se comporter comme si les vieilles formules du sectarisme, de la propagande anti-iranienne et du discours anti-chiite pouvaient à nouveau servir à maintenir son positionnement pro-occidental. Mais ces mantras éculés ont perdu de leur efficacité — même auprès d'une grande partie des sunnites de la région.

La situation actuelle est fondamentalement différente. Ansarallah ne représente pas le courant chiite duodécimain que la propagande saoudienne pourrait facilement présenter comme un «projet iranien». Le Yémen gouverné par Ansarallah possède son propre cadre idéologique, ses traditions théologiques, son histoire politique et son système de gouvernance. Ni Ansarallah ni le camp pro-Sanaa au sens large ne peuvent être simplement réduits à une seule secte ou classe sociale.

Le paysage yéménite d'Ansarallah comprend des sunnites hanafites, des zaïdites, des jaroudiya, des ismaéliens et d'autres écoles islamiques, avec même des éléments de groupes salafistes présents au sein de la structure sociale yéménite au sens large.

En bref, à moins que MbS ne capitule face aux exigences d'Ansarallah — ce dont il semble incapable —, les conséquences pourraient déboucher sur une cascade macroéconomique dévastatrice au cœur du modèle économique du Golfe ; une cascade qui, à mesure que son élan s'amplifie et que les capitaux étrangers fuient le royaume, entraînera un effondrement systémique de l'ensemble de l'entreprise coloniale occidentale dans le Golfe.

L'élément le plus paradoxal de ce drame est que ce ne sont pas les attaques d'Ansarallah qui constituent la plus grande menace pour MbS — ni celles qui pourraient précipiter sa chute. Elle ne viendra pas non plus du champ de bataille. Le changement de régime au sein même de l'Arabie saoudite résultera de sa propre initiative — de sa quête compulsive de centralisation du pouvoir.

Même Edward Luttwak, connu pour ses liens avec l'État sécuritaire occidental, observe que «la raison de [l'impuissance] de l'Arabie saoudite face à l'offensive houthiste tient au fait que, pour la famille régnante du Royaume, le danger le plus mortel réside depuis longtemps dans un coup d'État militaire — tel celui qui a mis fin à la monarchie irakienne et tué tous les membres de la famille régnante des Hussein le 14 juillet 1958».

«Face à ce danger, les chefs successifs de la famille régnante saoudienne ont mis en œuvre le remède le plus efficace qui soit : diviser pour mieux régner, non pas contre des ennemis étrangers, mais au sein de leurs propres forces armées. C'est pourquoi les différentes unités de combat des forces armées sont géographiquement dispersées sur le vaste territoire du pays et commandées par différents princes en charge de diverses divisions du ministère de la Défense, tous subordonnés au ministre lui-même, le prince Khalid (un frère cadet de Mohammed ben Salmane)».

La crainte de MbS est qu'un pilote de F-15, n'appartenant pas au cercle privilégié des officiers rémunérés par la famille royale, puisse choisir d'attaquer l'un des palais princiers du royaume (au lieu de frapper une cible d'Ansar Allah) en prélude à une révolte militaire totale. Il ne s'agit pas d'une menace fantaisiste : un «fin connaisseur de l'Arabie saoudite» a récemment rappelé avoir entendu un jeune officier saoudien menacer de faire exactement cela.

En mettant fin au système traditionnel de patronage tribal grâce auquel les chefs de tribus s'attendaient à recevoir leur part des richesses pétrolières du royaume ; en s'emparant des terres tribales destinées aux «projets de prestige» de MbS ; et en œuvrant activement à redéfinir la légitimité fondamentale de l'Arabie saoudite, en s'éloignant des alliances tribales et religieuses traditionnelles pour se tourner vers une identité nationaliste, portée par la jeunesse et centrée sur Vision 2030, MbS a privé les anciens des tribus traditionnelles de l'influence politique qu'ils exerçaient historiquement au sein de la cour royale.

MBS s'est fait de nombreux ennemis en transformant le royaume, non pas en un État-nation, mais plutôt en une propriété d'une seule et même famille. Il a concentré d'immenses pouvoirs politiques, économiques et sécuritaires au sein de sa branche familiale immédiate, agissant en tant qu'autorité absolue.

Comme l'écrit un commentateur : «Pour les groupes tribaux traditionnels comme les Anizah, cela signifie que les décisions politiques sont prises strictement selon un principe descendant, laissant peu de place à la recherche traditionnelle du consensus ou à l'autonomie particulière dont les tribus jouissaient historiquement».

L'érosion du contrat social historique a laissé un profond sentiment d'angoisse économique et de perte de prestige au sein des structures tribales traditionnelles — ainsi qu'au sein de l'establishment religieux wahhabite.

Il en résulte que «un regroupement tribal est en cours. Dans le nord et le centre du pays, les tribus du désert des Shammar et des Anizzah auraient fermé les frontières avec la Jordanie et l'Irak. Dans le sud, les tribus montagnardes ayant des liens de parenté historiques avec Ansarallah sont plus enclines à ignorer la frontière avec le Yémen qu'à défendre la couronne».

«Et nous saurons bien assez tôt si les [nombreuses] rumeurs selon lesquelles des représentants de plus d'une douzaine de tribus saoudiennes se seraient entretenus avec des représentants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et auraient évoqué un nouveau pacte politique — un État fédéral dans lequel les tribus recevraient une part des recettes du pétrole et du gaz — ont un fond de vérité».

Il ne serait pas surprenant que d'autres tribus et clans de la région (Syrie, Irak...) nourrissent un ressentiment latent similaire à celui des tribus saoudiennes, qui couve secrètement et trouve lui aussi son origine dans leur propre expérience de l'exploitation coloniale imposée d'en haut.

Le royaume saoudien pourrait-il connaître une révolte contre MbS ? Une telle possibilité n'est pas sans précédent : lorsque la gouvernance imprudente du roi Saoud a menacé la survie de la monarchie en 1964, la famille royale, les princes de haut rang et les autorités religieuses sont intervenus pour le dépouiller de son pouvoir et lui imposer l'abdication.
En cas d'effondrement du régime de la famille al-Saoud dirigé par MbS, cela ne ferait pas seulement basculer le projet colonial du Golfe, mais déclencherait alors une course effrénée vers un réalignement géopolitique fondamental de la région.

La «configuration actuelle» coloniale imposée au Moyen-Orient depuis plus d'un siècle se trouve à un tournant. Tout est «en suspens». Comment le président Trump réagira-t-il à l'intensification des attaques d'Ansarallah contre l'Arabie saoudite ? Lancera-t-il une guerre de plus grande envergure dans toute la région en attaquant l'Iran, le Yémen ou l'Irak ? Ou bien une attaque de grande envergure contre Ansarallah dans le nord du Yémen, avec la participation du Pakistan et d'Israël, sera-t-elle autorisée ? Ou encore, la région du Sistan-Baloutchistan, en Iran, pourrait s'embraser à la suite de l'infiltration, orchestrée par le Pakistan et la CIA, d'insurgés baloutches transfrontaliers, ce qui risquerait de provoquer des échanges de tirs entre l'Iran et le Pakistan.

Nous ne le savons pas. Mais il est communément admis que la configuration actuelle de la région a été dessinée à d'autres fins, antérieures : Bahreïn était perse pendant deux siècles avant 1783 ; le Koweït était un district de Bassorah jusqu'à ce que la Grande-Bretagne trace une ligne de séparation en 1899 ; les Émirats arabes unis formaient l'Oman de la Trêve (des émirats côtiers sous protection britannique, jusqu'en décembre 1971). Le Qatar était sous suzeraineté bahreïnienne, puis ottomane, puis britannique, avant de devenir un État en 1971. Le Liban et la Syrie ont été créés à partir des ruines de l'Empire ottoman par la France en 1920. La Jordanie a été proclamée «État» par un haut-commissaire britannique en 1921.

Luttwak prévient que : «En fin de compte... les héritiers [de la dynastie al-Saoud] devront apprendre à partager les énormes recettes pétrolières de l'Arabie saoudite avec tous les autres, sous peine de perdre bien plus que leur simple richesse».

L'Iran vient de lancer des exercices militaires à grande échelle alors que tout laisse présager une possible escalade israélo-américaine imminente.
Le changement semble inévitable.


Alastair Crooke


Source : Forum Geopolitica

https://reseauinternational.net/mohammed-ben-salmane-est-davantage-menace-en-interne-que-par-les-attaques-dansarallah/
#34
Europe / Le «Russiagate» le plus absurd...
Last post by JacquesL - 14 Octobre 2026, 03:51:39 PM
Le «Russiagate» le plus absurde à ce jour



par Thomas Fázi

«Un manquement à ses devoirs».

C'est ainsi qu'Andy Burnham a qualifié hier le refus d'un rapprochement avec Bruxelles — et il est loin d'être le seul.

Au cours de la dernière décennie, l'establishment britannique, et le Parti travailliste en particulier, a tenté de contourner le Brexit, voire de le faire annuler. Sous la houlette de Burnham, ce projet a pris un élan inédit. Il y a quelques semaines à peine, lors de son premier discours au congrès en tant que chef du Parti travailliste, Burnham est devenu le premier premier ministre à laisser entrevoir l'éventualité d'une réintégration dans l'Union européenne. Peu après, il a suggéré que son parti pourrait inclure dans son programme des prochaines élections un référendum sur ce sujet.

C'est dans ce contexte qu'il faut interpréter la dernière «bombe» de Burnham sur le Brexit. S'exprimant dans l'émission The Rest Is Politics, Burnham a affirmé disposer de preuves «claires» que la Russie aurait interféré dans le référendum de 2016 — sous-entendant que Moscou aurait réussi à influencer le vote en faveur du «Brexit» — sans toutefois fournir de détails, et encore moins de preuves. L'objectif, cependant, est assez évident : délégitimer une fois pour toutes le résultat du référendum, et ainsi préparer son annulation. Et quel meilleur prétexte que le spectre russe ?

Cela s'inscrit dans une tendance plus largement observée. Depuis le canular du «Russiagate» de 2016, il est désormais courant parmi les «élites» occidentales, notamment en Europe, d'imputer tout résultat électoral indésirable — et surtout toute remise en cause «populiste» de leur pouvoir — à la «désinformation» et à l'«ingérence» russes. Cette campagne s'est considérablement intensifiée depuis 2022. On nous dit que la Russie mène depuis des années une vaste opération d'influence pour manipuler des électeurs sans défense. Pourtant, les preuves permettant d'affirmer que cette opération a atteint, et a fortiori influencé, un nombre significatif d'entre eux sont pour le moins maigres.

Les conséquences, en revanche, ne le sont pas. Partout en Europe, le spectre de la «désinformation russe» est bien utile pour imposer des régimes de censure radicaux — principalement via la loi sur les services numériques (DSA) de l'UE — et des outils de «gestion électorale» tels que le Bouclier européen pour la démocratie. Le cas le plus extrême s'est produit en Roumanie, en décembre 2024, lorsque la Cour constitutionnelle a annulé le premier tour de l'élection présidentielle — remporté par Călin Georgescu, un indépendant eurosceptique et critique de l'OTAN — au motif d'une prétendue ingérence russe. La Cour a invoqué une campagne TikTok en faveur de Georgescu, mais aucune preuve n'a jamais été apportée quant à son financement par la Russie. En effet, des documents internes obtenus par la suite par la commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis ont montré que TikTok a explicitement informé la Commission n'avoir trouvé «aucune preuve» d'un réseau inauthentique coordonné.

Pourtant, les élites de l'UE considèrent manifestement cet épisode comme une source d'inspiration.

Comme l'a déclaré l'ancien commissaire Thierry Breton avec une franchise désarmante :

«Nous l'avons fait en Roumanie et nous devrons évidemment réitérer en Allemagne, si nécessaire».

Les partis populistes de droite, tels que l'AfD et le Rassemblement national, sont systématiquement qualifiés de «marionnettes de la Russie», tandis que les experts d'usage mettent déjà en garde contre une ingérence russe lors des prochaines élections en France et ailleurs — préparant ainsi le terrain pour légitimer des interventions musclées dans le processus électoral. Le même scénario s'est déroulé lors des élections hongroises de cette année, les médias grand public avançant des allégations sans fondement d'ingérence russe en faveur de Viktor Orbán. Entre-temps, des journalistes et analystes ont été sanctionnés par l'UE pour avoir «diffusé de la propagande russe» — ce qui, dans la pratique, revient à s'écarter de la ligne de l'UE et de l'OTAN sur l'Ukraine, comme le montre clairement le cas de l'ancien colonel de l'armée suisse Jacques Baud, et d'autres.

En d'autres termes, l'UE est à l'avant-garde d'une tendance autoritaire, invoquant une menace russe permanente pour justifier une attaque en règle contre les normes démocratiques, de la censure en ligne à la répression de la dissidence. Il n'est donc guère surprenant que Burnham, en bon europhile qu'il est, emprunte un passage — ou plutôt un chapitre — du manuel des stratagèmes bruxellois. Comme souvent avec les accusations portées contre la Russie, il n'a fourni aucune preuve à l'appui de ses allégations concernant le Brexit. Sa déclaration a néanmoins été largement relayée par les grands médias. En effet, les groupes pro-UE ont dûment appelé la Grande-Bretagne à réintégrer l'Union à la lumière de la «révélation» du premier ministre.

«Nous soupçonnons depuis des années que le référendum de 2016 a pu faire l'objet d'ingérences, compte tenu de sa contribution à la déstabilisation d'une Europe unie», a déclaré Richard Kilpatrick, du Mouvement européen au Royaume-Uni. «La désinformation a joué un rôle à l'époque et il importe que ces soupçons soient officiellement confirmés».

Une confirmation publique, ou plutôt des preuves, serait en effet la bienvenue — d'autant que la question a fait l'objet de plusieurs enquêtes, sans qu'aucun élément ne soit venu étayer ces soupçons. En 2020, la commission parlementaire du renseignement et de la sécurité a publié son rapport sur la Russie. Elle n'a trouvé aucune preuve d'ingérence dans le référendum — bien qu'elle ait reproché au gouvernement de n'avoir jamais commandé d'évaluation des services du renseignement sur cette question. La réponse de Whitehall fut qu'aucune preuve d'ingérence avérée n'avait été constatée et qu'il n'y avait donc pas lieu d'en demander une.

La même année, Elizabeth Denham, alors commissaire à l'information, a conclu une enquête de trois ans sur l'utilisation des données à caractère personnel dans les campagnes politiques, y compris lors du référendum sur le Brexit, centrée sur Cambridge Analytica et sa société mère, SCL Group. Après avoir examiné plus de 300 000 documents et quelque 700 téraoctets de données saisies, elle a indiqué n'avoir «trouvé aucune preuve supplémentaire susceptible de modifier [son] opinion antérieure selon laquelle SCL/CA ne seraient pas impliqués dans la campagne du référendum sur l'UE au Royaume-Uni», et que son bureau n'a trouvé «aucune preuve supplémentaire d'une implication russe» dans les données récupérées sur les serveurs des entreprises.

Une autre étude menée par l'Oxford Internet Institute a examiné des milliers de tweets publiés avant le référendum sur le Brexit et n'a également trouvé «que peu d'éléments» prouvant une ingérence russe — même si, pour être honnête, Twitter a par la suite révélé que la chaîne russe RT a dépensé un total de 767 livres sterling en publicités pendant le référendum.

Facebook a par ailleurs indiqué n'avoir trouvé aucune preuve de publicité russe significative sur sa plateforme concernant le Brexit, bien que des comptes liés à l'Internet Research Agency, une «ferme à trolls» russe, aient dépensé 97 cents pour trois publicités diffusées auprès d'utilisateurs britanniques (portant sur l'immigration, et non sur le Brexit en tant que tel) et générant au total environ 200 vues.

Curieusement, cette approche prudente a été soutenue par rien moins que le ministre des Affaires étrangères de Burnham lui-même, Stephen Doughty, qui, interrogé par Sky News au sujet des affirmations de Burnham, a déclaré :

«Eh bien, le ministre chargé de la sécurité s'est déjà exprimé à ce sujet, et il a clairement indiqué qu'ils ont tenté de le faire [mais] qu'ils n'y sont pas parvenus».

Il s'agit là d'une déclaration très différente de celle de Burnham, dont les mots ont été soigneusement choisis pour sous-entendre, sans le dire ouvertement, que la Russie aurait effectivement influencé le résultat du vote. Sinon, pourquoi aborder ce sujet dans un débat sur le retour dans l'UE ?

Comparez ceci à la campagne en faveur du «maintien» [remain] menée par l'establishment, qui a rallié la plupart des grands médias et le gouvernement lui-même — lequel a dépensé plus de 9 millions de livres sterling de deniers publics pour un tract en faveur de l'UE distribué dans chaque foyer. Ajoutez-y l'UE, qui finance bon nombre des universités, organismes de recherche et ONG qui se sont rangés derrière le «maintien», ainsi que des acteurs privés tels que George Soros, qui a par la suite financé la campagne anti-Brexit à hauteur d'au moins 400 000 livres sterling. Si quelqu'un a tenté de manipuler le référendum, c'est bien le camp adverse qui l'a fait ouvertement, sans compter ses moyens et avec tout le poids de l'État derrière lui. C'est sans doute la raison pour laquelle il ne s'est jamais remis de sa défaite.

Il est bien sûr possible que Burnham ait eu accès à des preuves accablantes restées enfouies pendant une décennie. Mais quelle est la probabilité que ce soit le cas ? Ou est-il plus probable qu'il prenne, à l'instar de ses homologues européens, des libertés avec les faits — ce qu'on appelle aussi de la désinformation — à des fins politiques ? Qu'il ait choisi de faire cette déclaration à Alastair Campbell dans The Rest is Politics, parmi toutes les émissions possibles, constitue en soi encore une ironie. En septembre 2002, alors que Tony Blair cherchait à rallier des soutiens en faveur de la guerre contre l'Irak, Downing Street a publié un dossier sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein. Citant une source haut placée, Andrew Gilligan, de la BBC, a rapporté par la suite que Campbell, alors directeur de la communication de Blair, avait «enjolivé» le dossier pour effrayer le public et l'inciter à soutenir la guerre. L'affirmation la plus tristement célèbre, répétée quatre fois, voulait que l'Irak puisse déployer des ADM en 45 minutes — une formulation qui laissait entendre que la Grande-Bretagne ou les forces britanniques étaient à 45 minutes d'une attaque, et c'est exactement ainsi que la plupart des médias l'ont rapporté.

En réalité, les renseignements faisaient référence à des munitions de combat.

Il faut rappeler que Burnham a voté en faveur de cette guerre — une guerre fondée sur des allégations qui auraient facilement pu être réfutées à l'époque, et qui l'ont d'ailleurs été par beaucoup — et a défendu ce choix pendant des années. Compte tenu de ce passé, un certain scepticisme s'impose, d'autant que sa dernière suggestion est, pour l'instant, tout aussi dépourvue de fondement. Et pour Burnham, les enjeux sont peut-être aussi importants qu'il y a un quart de siècle — voire plus. À l'époque, il s'agissait de justifier une invasion pour consolider un ordre unipolaire dirigé par les États-Unis au sommet de sa puissance. Aujourd'hui, on parle de soutenir un establishment libéral confronté à sa crise la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale.

Il n'est guère étonnant que Burnham soit si catégorique quant à la nécessité de réintégrer l'Union : Bruxelles est l'outil le plus puissant pour les establishments nationaux discrédités, fournissant des structures supranationales pouvant être déployées contre les soulèvements démocratiques et soutenant les intérêts financiers transnationaux, notamment dans la City de Londres opposée au Brexit il y a une décennie. Ce n'est pas non plus un hasard si, dans ce podcast, Burnham a spécifiquement désigné la France et l'Allemagne comme des victimes de la «propagande russe» — deux pays dont les dirigeants affichent des scores historiquement bas dans les sondages et qui invoquent eux aussi la menace russe pour consolider leur position face à leurs adversaires populistes.

Accuser la Russie présente également l'avantage de conforter la dynamique de réarmement. Une Russie capable de faire basculer un référendum britannique est une Russie contre laquelle aucune dépense n'est trop importante et aucun sacrifice trop lourd. Ce discours présente les choix de l'Europe — la «coalition des volontaires», l'engagement de consacrer 5% du PIB à la défense, les programmes d'emprunt «ReArm Europe» — comme de simples mesures d'autodéfense. Plus important encore, ce discours présente toute critique à l'égard de ces choix comme provenant du Kremlin. À l'heure où les économies européennes stagnent et les gouvernements réduisent les prestations sociales pour financer l'armement, l'affirmation selon laquelle Moscou nous a déjà attaqués de manière invisible dans les urnes est une aubaine politique qui met fin au débat sur la question de savoir si la guerre sans fin en Ukraine, et la militarisation de l'Europe qui l'accompagne, servent réellement les intérêts européens.

En effet, on pourrait soutenir que c'est là la véritable menace pour la démocratie — non pas quelques centaines de dollars de publicités russes, mais une classe politique qui préfère qualifier ses millions d'électeurs de vecteurs de propagande étrangère. Les 17,4 millions de personnes qui ont voté pour le «Brexit» en 2016 nourrissaient des frustrations profondes et légitimes sur l'économie, l'immigration et l'UE elle-même, et les ont exprimées pendant des années sans être entendues. Les présenter, dix ans plus tard, comme les instruments involontaires d'une opération du Kremlin — sans la moindre preuve à l'appui — c'est s'essuyer les pieds sur la démocratie. Et cela en dit long sur Burnham lui-même. On aurait pu attendre d'un premier ministre ayant hérité d'un pays en proie à une profonde crise économique et sociale qu'il s'attaque aux causes. Or, son premier réflexe a été de réfuter les événements de 2016 et de renchérir sur la voie — un alignement toujours plus fort sur une Bruxelles sclérosée et de plus en plus autocratique — qui a pourtant largement contribué à engendrer cette crise. Cela n'augure rien de bon quant à la capacité, ou à l'intention de Burnham d'apporter les réponses dont la Grande-Bretagne a besoin.


Source : Thomas Fazi via Spirit of Free Speech

https://reseauinternational.net/le-russiagate-le-plus-absurde-a-ce-jour/
#35
Asie, Pacifique / L’Arabie saoudite au bord du g...
Last post by JacquesL - 14 Octobre 2026, 02:40:50 PM
L'Arabie saoudite au bord du gouffre



par Larry Johnson

Sept à dix ans de reconstruction, une facture d'un billion de dollars et une crise du diesel que l'Arabie saoudite n'est plus en mesure d'amortir.

Depuis le début de cette guerre, l'Arabie saoudite a joué le rôle d'amortisseur sur le marché mondial du pétrole. Lorsque le détroit d'Ormuz a été fermé, Riyad a acheminé le brut vers l'ouest via l'oléoduc Est-Ouest jusqu'à Yanbu, sur la mer Rouge, et a ainsi pu maintenir au moins une part de ses exportations. Ce contournement est désormais menacé. Ansar Allah s'est emparé d'îles à l'embouchure de la mer Rouge, a déclaré un «embargo maritime» sur la navigation saoudienne et a revendiqué des frappes contre des aéroports saoudiens. En septembre, des drones ont frappé l'oléoduc Est-Ouest, dont une bonne partie est désormais hors service. Riyad a imputé cette attaque aux milices irakiennes soutenues par l'Iran. Le 4 octobre, une station de pompage à Khurais, à l'est de Riyad, a été touchée pour la première fois et l'oléoduc s'est à nouveau arrêté.

Karl Miller, dont j'ai déjà repris l'évaluation antérieure de la crise mondiale du carburant, vient de réaliser une nouvelle analyse de ce que signifie ce scénario pour l'Arabie saoudite et pour le monde. Sa conclusion est sans appel : la reconstruction du système énergétique du Golfe prendra bien plus de temps et coûtera bien plus cher que ce que quiconque à Washington ne veut bien l'admettre, et on ne peut plus compter sur l'Arabie saoudite pour combler ce déficit. Voici ses principales conclusions.


1. La dérivation est le maillon faible

Le postulat de départ de Miller est qu'un oléoduc n'est pas simplement un tuyau. Il s'agit d'un système interconnecté de stations de pompage, d'alimentations électriques, de dispositifs de contrôle, de réservoirs de stockage et de quais de chargement, et sa résistance dépend de son maillon le plus faible. Les dégâts subis en septembre par les stations de pompage Est-Ouest, l'interruption survenue en octobre à Khurais, un incendie au complexe énergétique de Riyad et la perturbation du trafic aérien saoudien ont tous frappé ce système à différents niveaux. L'oléoduc a été partiellement remis en état, mais M. Miller met en garde contre les pertes définitives d'équipements. Yanbu peut être mis à l'arrêt sans qu'une seule bombe ne touche le port : si le pétrole brut cesse d'arriver, les pétroliers cessent de s'approvisionner.

Il conseille également de s'abstenir de considérer les stations endommagées comme représentant chacune une part fixe de la capacité perdue. Ce qui importe, c'est le débit, qu'il évalue par rapport à un seuil de référence de 5,8 millions de barils par jour transitant par le corridor. Une interruption totale pendant sept jours met en péril le transport de 40,6 millions de barils ; pendant 30 jours, ce chiffre s'élèverait à 174 millions. Il souligne qu'il s'agit d'un calcul de scénario extrême, et non du constat d'une fermeture totale de l'oléoduc.


2. La reconstruction s'étend désormais de 2033 à 2036

Dans son précédent article, Miller prévoyait un délai de cinq ans pour la reconstruction du complexe énergétique du Golfe endommagé. Il l'a désormais étendu à sept à dix ans pour les systèmes interconnectés les plus gravement endommagés, soit une remise en état prévue entre octobre 2033 et octobre 2036 environ. Une partie de la production reprendra plus tôt, mais un fonctionnement complet et fiable ne sera pas rétabli avant cette date.

La raison en est l'équipement. Les grands compresseurs, les turbines, les transformateurs haute tension, les réservoirs sous pression spécialisés et les systèmes de contrôle intégrés sont fabriqués sur mesure et ne peuvent pas être récupérés dans un entrepôt. Son échéancier critique pour le remplacement d'un tel ensemble est de 84 mois : un an pour évaluer les dégâts et financer la conception, trois ans pour l'approvisionnement et la fabrication, deux ans pour la livraison et l'installation, et un an pour la mise en service et la stabilisation. L'insécurité des sites, les difficultés de financement, les retards dans les usines et les attaques répétées pourraient ajouter jusqu'à trois ans supplémentaires. Comme il le dit lui-même, l'argent permet de garantir un créneau de fabrication, mais il ne peut pas accélérer chaque étape de l'ingénierie et de la fabrication.


3. Une facture de 550 milliards à 2280 milliards de dollars

Miller modélise la reconstruction du système énergétique du Golfe au sens large, y compris l'Arabie saoudite, selon trois scénarios. Il précise clairement qu'il s'agit d'enveloppes financières fondées sur des hypothèses déclarées, et non d'estimations de dégâts auditées ni d'une facture exclusivement saoudienne.

Dans le scénario intermédiaire, 180 milliards de dollars doivent être engagés au cours des deux premières années seulement, ce montant passant à 540 milliards de dollars entre la troisième et la cinquième année. Sur sept ans, cela représente en moyenne plus de 170 milliards de dollars par an. Et les États du Golfe seront tous en concurrence pour les mêmes fabricants, les mêmes bureaux d'études, les mêmes chantiers de construction et les mêmes équipes spécialisées. Un poste de transformateur attribué au Koweït ou au Qatar est un poste que l'Arabie saoudite ne peut obtenir.


4. Le retard coûte cher

Miller chiffre le coût de l'attente. Un retard de trois ans sur le programme principal pourrait entraîner une hausse des coûts de 76 à 125 milliards de dollars, auxquels viennent s'ajouter 42 à 90 milliards de dollars de frais de financement. Pendant ce temps, le carburant doit tout de même être acheté quelque part : pour chaque année où un approvisionnement de 1 million de barils par jour n'est pas assuré, il faut remplacer 365 millions de barils, soit environ 55 milliards de dollars au prix indicatif de 150 dollars le baril. Ne pas combler ce déficit total de 3 millions de barils par jour pendant trois années supplémentaires impliquerait près de 500 milliards de dollars d'achats de remplacement.


5. Le déficit en diesel s'aggrave

Le scénario de référence de Miller table toujours sur un déficit mondial minimal de 3 millions de barils par jour de diesel et de kérosène. Les attaques sur l'Arabie saoudite menacent de l'aggraver. Si les perturbations empêchent 1 million de barils de brut par jour d'atteindre les raffineries en activité, la perte de diesel et de kérosène s'élèvera à environ 300 000 à 450 000 barils par jour. Une perte nette supplémentaire de 500 000 barils par jour fera passer son scénario de base à 3,5 millions, soit une augmentation d'un sixième, ajoutant 15 millions de barils de déficit chaque mois.

Il veille à ne pas compter deux fois les mêmes volumes : le pétrole brut perdu, la production de raffinerie qu'il aurait générée et les cargaisons d'exportation manquantes peuvent tous correspondre aux mêmes barils. Mais la tendance est claire. L'Arabie saoudite était la principale source de secours du Golfe. Si son système de contournement n'est pas fiable, le déficit mondial augmente.


6. Les États-Unis ne peuvent combler le déficit

L'analyse de M. Miller sur les capacités américaines fait réfléchir. Au cours des quatre semaines précédant le 2 octobre, les raffineries américaines ont produit environ 5,17 millions de barils de distillats par jour, en ont exporté 1,56 million et en ont consommé 3,77 millions sur le marché intérieur.

Combler à eux seuls un déficit de 3 millions de barils par jour nécessiterait une production de distillats supérieure de 58% à celle des raffineries américaines aujourd'hui. La production américaine n'est supérieure que d'environ 150 000 barils par jour à celle d'il y a un an. Le déficit mondial est près de 20 fois supérieur. Promettre davantage d'exportations ne crée pas plus de carburant. Cela ne fait que transférer la pénurie d'un acheteur à un autre et épuiser les stocks américains.


7. Alimentation, fret et transport aérien

La crise du carburant touche déjà l'économie réelle. Les prix des céréales ont augmenté de 17,2% par rapport à l'année dernière. Les agriculteurs ont besoin de gazole pour que leur récolte soit rentable, les routiers pour que leurs factures soient réglées, et les systèmes de réfrigération pour que les denrées alimentaires parviennent jusqu'aux rayons. Les compagnies aériennes ont besoin de kérosène certifié dans les aéroports qu'elles desservent, et le gazole ne peut le remplacer. L'avertissement de Miller est que les acheteurs les plus vulnérables, à savoir les pays à court de devises étrangères et de crédit, ne se contenteront pas de payer plus cher. Ils seront tout simplement exclus du marché.


Mon point de vue

L'analyse de Miller confirme ce que j'affirme depuis des mois : les dégâts énergétiques causés par cette guerre ne se résument pas à une flambée temporaire des prix qui prendra fin avec la signature d'un cessez-le-feu. La réouverture d'une voie maritime ne suffit pas à reconstruire une raffinerie. L'Arabie saoudite, encore considérée il y a quelques mois comme la «police d'assurance» mondiale, est désormais elle-même une source de risque, et son économie en témoigne : l'activité pétrolière saoudienne a chuté d'un quart au deuxième trimestre et le PIB s'est contracté de 4,8%. La reconstruction du Golfe se mesurera en années et en milliers de milliards de dollars, et le monde connaîtra une pénurie de diesel pendant la majeure partie de cette période.

C'est dans ce contexte qu'il faut replacer toutes les promesses émanant de Washington, qu'il s'agisse du diesel russe, des interdictions d'exportation ou des affirmations selon lesquelles les prix sont sur le point de baisser. Comme le conclut Miller, la reprise se mesurera au carburant effectivement livré, et non aux réparations annoncées ou à la baisse des prix affichés.


Source : A Son of the New American Revolution via Spirit of Free Speech

https://reseauinternational.net/larabie-saoudite-au-bord-du-gouffre/
#36
Suicide dirigé / Le récit de la « guerre hybri...
Last post by JacquesL - 14 Octobre 2026, 10:57:24 AM
Le récit de la « guerre hybride russe ». Serait-ce une nouvelle stratégie de tension de l'OTAN ?

Publié le octobre 14, 2026 par Wayan

Des preuves appuient-elles ce récit ? Ou cela indique-t-il plutôt une campagne de guerre psychologique menée par l'establishment UE-OTAN lui-même contre sa propre population ?

Par Thomas Fazi – Le 8 octobre 2026 – Source Blog de l'auteur



Dernièrement, il ne se passe pas un jour en Europe sans qu'une peur des drones, un incendie ou une panne d'électricité ne soient imputés à la Russie. On nous dit que ces incidents font tous partie d'une "guerre hybride" incessante que la Russie mène contre l'Europe ; une guerre qui implique des incursions de drones, des violations de l'espace aérien, des sabotages, des incendies criminels, des cyberattaques et plus encore. On nous dit que cela « inclut des complots pour placer des engins incendiaires à bord des avions cargo DHL, faire sauter des voies ferrées en Pologne et incendier des entrepôts et des centres commerciaux dans toute l'Europe », ainsi que « des actes de sabotage contre les entreprises de défense et l'industrie de la défense en Europe », et « des attaques contre les infrastructures critiques européennes » — mais aussi, apparemment, l'envoi d'agents secrets pour déféquer dans les toilettes des députés finlandais. On nous dit également que « [de] telles attaques ont commencé à se produire peu de temps après que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022 » et se sont intensifiées ces derniers mois et semaines. Selon Kaja Kallas, « l'Europe est confrontée à une prolifération rapide d'attaques de sabotage et de violations de l'espace aérien ».

Les tensions se sont intensifiées de façon spectaculaire le mois dernier après que l'Allemagne a officiellement attribué une tentative d'attaque par drone explosif à l'aéroport de Leipzig/Halle à la Russie, des enquêtes ultérieures remonteraient jusqu'aux renseignements militaires russes. Cela a considérablement augmenté la tension : il s'agissait de l'un des incidents les plus graves sur le sol allemand jamais officiellement attribué à Moscou par Berlin, même si cette opération a été un "échec". Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a déclaré que l'attaque « s'inscrit dans un schéma plus large d'opérations hybrides russes en Europe ».

En quelques heures, les dirigeants de l'UE et de l'OTAN avaient non seulement accepté l'attribution, mais s'étaient mis d'accord sur la signification de l'incident : un élément d'une campagne coordonnée, avec un motif connu, nécessitant une réponse prédéterminée, c'est-à-dire des sanctions et un soutien accru envers l'Ukraine. « Les preuves sont claires », a déclaré le Secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, le jour même de l'annonce du gouvernement allemand ; bien qu'à ce moment-là, les Allemands n'avaient encore partagé aucune preuve, ni avec le public ni, semble-t-il, avec d'autres gouvernements UE-OTAN. Le président français Emmanuel Macron a également déclaré que l'attaque était une preuve claire que « la menace hybride russe contre les Européens... s'est intensifié ». Le ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski a averti que la confrontation de la Russie avec l'Europe devenait de plus en plus « cinétique« , ajoutant que "la Russie est en guerre avec l'Europe". « C'est la nouvelle norme », a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Apparemment confirmant cela, quelques semaines plus tard, le 29 septembre, le gouvernement estonien a officiellement accusé les services spéciaux russes d'avoir commandité un incendie criminel contre le bâtiment de la société de défense estonienne Milrem.


Avertissements que cela pourrait empirer

Pendant ce temps, on nous dit aussi constamment que la Russie a l'intention d'intensifier encore plus ses attaques ; c'est-à-dire que nous devrions nous préparer à des attaques beaucoup plus graves contre l'Europe, peut-être juste au coin de la rue. En l'espace de quelques jours, il a été rapporté que « des responsables du renseignement européens ont évoqué la possibilité d'un test imminent de l'OTAN par la Russie, l'un d'eux disant qu'une attaque potentielle pourrait survenir dans quelques « mois, pas des années » » ; que, selon le FBI « la Russie prépare des assassinats ciblés à travers les États-Unis et dans les pays européens » ; et qu'il existe un rapport de la CIA avertissant l'Italie, la France et l'Espagne d'une potentielle opération russe impliquant des attaques de drones lancées depuis des navires marchands en Méditerranée, du moins c'est ce que le journaliste qui a publié le "scoop" dans El Mundo a affirmé avoir été informé par une source anonyme proche du ministère lituanien de la Défense.

L'article a reçu une couverture mondiale massive — pourtant, en moins de 24 heures, le ministre italien de la Défense Guido Crosetto et Macron ont fermement nié avoir reçu un tel avertissement et ont rejeté ces affirmations comme étant sans fondement, suggérant que l'histoire avait été concoctée soit par la « source anonyme », soit par le journaliste lui-même. L'épisode montre également que de telles affirmations, en particulier lorsqu'elles sont présentées sans aucune preuve à l'appui, doivent être traitées avec une extrême prudence — en particulier lorsqu'elles reposent sur une logique fragile pour commencer. Dans ce cas, par exemple, on peut raisonnablement se demander quel intérêt aurait la Russie à attaquer l'Espagne et l'Italie, deux des partisans les moins enthousiastes de la guerre éternelle en Ukraine.

Mais il y a eu des déclarations encore plus bizarres. Au cours des dernières semaines, il y a eu des messages coordonnés à travers l'OTAN disant que la Russie pourrait préparer une « attaque sous fausse bannière ... dans les prochains mois » — c'est-à-dire une frappe de drone ou de missile que la Russie prétendrait être un "accident" ou même tenterait d'en accuser l'Ukraine. Mais comment la Russie bénéficierait-elle de l'un ou l'autre de ces scénarios ? Ils se sont déjà produits tous les deux — il y a eu plusieurs cas de drones russes et ukrainiens errants pénétrant dans l'espace aérien de l'OTAN près de la frontière avec l'Ukraine (voir ci-dessous), et le seul effet a été de durcir la position de l'OTAN. De plus, si la Russie visait un déni plausible, pourquoi aurait-elle laissé ses empreintes digitales partout pour la tentative d'attaque de drone à Leipzig/Halle ? Et comment ces affirmations concordent-elles avec l'affirmation contraire selon laquelle la Russie pourrait lancer une attaque ouverte contre un pays de l'OTAN "d'ici quelques mois", comme l'ont récemment déclaré les services de renseignement danois ? Lequel est-ce ? Mais on ne s'attend pas à ce que nous posions des questions ou que nous signalions des incohérences dans l'histoire ; on s'attend simplement à ce que nous croyions ce que nos médias et nos gouvernements nous disent.


La Russie est-elle sur le point d'attaquer ? Même l'OTAN n'en est pas sûr

Bien sûr, aucun d'entre nous n'a aucun moyen de savoir ce que la Russie envisage de faire, d'autant plus qu'il s'agit d'une situation dynamique dans laquelle les actions de la Russie sont influencées par les actions de l'OTAN et vice versa. Le président russe Vladimir Poutine, pour sa part, nie toutes les allégations et a déclaré à plusieurs reprises – le plus récemment le 19 septembre – que la Russie n'avait « aucune intention agressive envers l'Europe ou les pays européens » et était prête à rétablir les relations et à coopérer avec ses voisins européens – tout en accusant les dirigeants européens d'utiliser la prétendue menace russe pour justifier leurs propres politiques et rechercher une escalade avec Moscou. Bien sûr, on peut soutenir que si la Russie était prête à attaquer, elle ne le dirait pas à l'avance aux Européens, et donc ses paroles ne devraient pas être prises pour argent comptant.

C'est vrai, bien sûr. Dans le même temps, dans la mesure où la plupart des États sont des acteurs rationnels qui ont tendance à penser et à agir de manière stratégique – et la Russie correspond certainement à cette description – on peut se demander quel intérêt rationnel ou stratégique la Russie aurait à lancer une attaque contre l'Europe qui pourrait facilement conduire à une guerre totale OTAN-Russie, d'autant plus que le refus de la Russie jusqu'à présent de riposter en nature aux attaques ukrainiennes permises par l'OTAN sur son territoire, y compris contre des civils, a probablement été motivé précisément par le désir d'éviter un tel résultat. Il est intéressant de noter qu'un tel scepticisme est partagé même par certaines voix au sein de l'establishment de l'OTAN.

Le service de renseignement extérieur estonien, par exemple, a écrit dans son rapport annuel 2026, publié en février : « Il n'y a... aucune raison de paniquer. Selon l'évaluation du Service de renseignement extérieur estonien, la Russie n'a aucune intention d'attaquer militairement l'Estonie ou tout autre État membre de l'OTAN au cours de l'année à venir. Nous sommes susceptibles de parvenir à une évaluation similaire l'année prochaine ». Même le président finlandais, Alexander Stubb, par ailleurs très belliciste à l'égard de la Russie, a repoussé les avertissements de ses collègues dirigeants européens selon lesquels la Russie pourrait attaquer l'OTAN dans un proche avenir, affirmant que les renseignements d'Helsinki ne voyaient aucune preuve d'une menace militaire imminente. « Nous n'en voyons pas la preuve », a déclaré Stubb. « Dans nos renseignements, nous voyons qu'il y a de l'activité mais pas de menace militaire imminente pour le moment ». En effet, comme le rapporte Politico, même l'évaluation officielle de l'OTAN est qu'il n'y a pas de menace imminente : « Pour le moment, nous ne voyons aucune menace imminente d'attaque », a déclaré un responsable de l'OTAN s'exprimant au nom de l'organisation. Le 29 septembre, lors d'une conférence de presse conjointe de l'OTAN, le Premier ministre lituanien, Mindaugas Sinkevičius, a déclaré qu'il avait demandé à Mark Rutte de véritables preuves de renseignement selon lesquelles la Russie préparait une attaque imminente, recevant la confirmation qu'il n'en existait aucune. « J'ai demandé à [Rutte] y a-t-il une preuve, une preuve réelle, que la Russie prépare quelque chose ? Mais il n'y a en fait rien », a-t-il déclaré.

Cela montre que même les propres évaluations de l'OTAN sont très contradictoires. En termes d'opinion publique, cependant, cela ne fait guère de différence, car les allégations d'attaque imminente l'emportent de loin sur les évaluations les plus prudentes, qui ne reçoivent généralement pratiquement aucune couverture. Dans tous les cas, en l'absence de preuves allant dans un sens ou dans l'autre, les spéculations sur les scénarios futurs ne restent finalement que cela : des spéculations ; d'autant plus que nous devons supposer que la posture de la Russie n'est pas figée mais est inévitablement influencée par les actions de l'OTAN. Ce que nous pouvons évaluer avec une certaine certitude, c'est dans quoi la Russie s'est engagée jusqu'à présent, ce qui nous donne la meilleure idée possible de ce qu'elle pourrait faire ensuite. La question qui doit être posée est donc la suivante : les preuves soutiennent-elles les affirmations occidentales selon lesquelles la Russie est engagée dans une « guerre hybride » contre l'Europe ?


Les rapports sur la « guerre hybride » et leurs incohérences

Il existe plusieurs bases de données et rapports qui prétendent quantifier la guerre hybride russe, qui sont souvent cités comme preuve d'une campagne russe coordonnée et croissante. Ceux-ci incluent des ensembles de données et des rapports du Référentiel européen des Cyberincidents, qui se concentre strictement sur les cyberattaques, l'Université de Leiden, le Soufan Center, Associated Press, le groupe de réflexion américain Center for Strategic and International Studies (CSIS), l'Institut International d'Études Stratégiques (IISS) basé au Royaume-Uni et le groupe de réflexion GLOBSEC basé à Bratislava. Pris individuellement et au pied de la lettre, chacun de ces rapports brosse un tableau apparemment accablant comprenant des dizaines – et dans certains cas des centaines – de sabotages présumés, d'attaques et d'opérations d'influence couvrant plusieurs pays européens sur de nombreuses années. Inquiétant en effet. Lus côte à côte et en détail, cependant, ils racontent une histoire très différente : les chiffres divergent énormément ; le concept central n'est pas défini ; l'attribution ne repose souvent sur rien de plus que des articles de presse faisant état de soupçons officiels ; et les propres mises en garde des rapports – enfouies dans les notes de bas de page, les annexes et les sections méthodologiques – sapent souvent les affirmations faites dans leurs résumés exécutifs.

Pour commencer, les chiffres ne correspondent pas. Selon le rapport que vous lisez, la Russie a mené entre 52 et 255 attaques hybrides en Europe après février 2022 – du simple au quintuple pour ce qui est censé être la même campagne. Le Centre Soufan, qui ne couvre que six pays – dont deux, la Moldavie et la Géorgie, en dehors de l'UE – enregistre plus d'incidents pour la seule année 2025 que le SCRS pour trois ans sur l'ensemble du continent. Les chiffres divergent car il n'y a pas de réponse convenue à la question la plus fondamentale : qu'est-ce qu'une attaque hybride ? Le document de l'IISS lui-même concède que la guerre hybride est « un terme amorphe » avec de grandes variations dans les définitions. Certains rapports se limitent aux attaques physiques et aux complots et, même dans ce cas, ils vont de l'incendie criminel à la pose d'autocollants pro-Kremlin, au vandalisme et à la pulvérisation de graffitis ; d'autres incluent des « opérations d'influence » telles que des manifestations mensuelles pour la paix à Amsterdam ; et d'autres incluent même des passages de frégates russes à travers la Manche. En fin de compte, le terme peut être utilisé pour inclure presque tout. La plus grande différence de nombre est déterminée par le traitement des (présumées) observations de drones attribuées à la Russie – au nombre de centaines mais dans la plupart des cas finalement démystifiées (voir ci-dessous) – et donc exclues par la plupart des rapports, malgré une énorme couverture médiatique et étant l'un des plus grands contributeurs à l'hystérie de la « guerre hybride ».

De plus, dans la plupart des cas, les preuves liant la Russie sont très faibles, voire inexistantes. Dans tous ces rapports, la preuve que la Russie était à l'origine d'un incident donné consiste généralement en un article de presse rapportant que des responsables le soupçonnent. Il n'y a pas de vérification indépendante : si un gouvernement dit "la Russie l'a fait", il figure sur la liste, même en l'absence de toute preuve. De plus, l'ensemble de données de Leiden comprend des incidents liés à la Russie par des responsables ou des politiciens, ou découverts par des enquêtes journalistiques – mais aussi ceux qui "semblent simplement s'inscrire dans un schéma" d'événements similaires. Les rapports s'appuient également les uns sur les autres. L'ensemble de données de l'IISS est construit sur l'ensemble de données de Leiden ; GLOBSEC cite les chiffres de Leiden, l'IISS et un décompte AP ; le SCRS cite la recherche de Leiden ; le Soufan Center a interviewé l'auteur de l'ensemble de données de Leiden. En fin de compte, la plupart des chemins mènent au même pool de reportages médiatiques sur les affirmations officielles, dans la plupart des cas d'implication russe "possible" ou "probable". Et ces affirmations officielles ne sont pas neutres. Le document de l'IISS, remarquablement, le dit lui-même : les décisions sur l'attribution sont "rarement prises dans un vide politique", et les déclarations publiques "reflètent des calculs stratégiques plus larges autant que leur confiance dans les preuves".

De nombreuses organisations à l'origine de ces rapports ne peuvent pas non plus être considérées comme neutres. L'IISS, le CSIS et GLOBSEC ont tous des liens de financement avec des fabricants d'armes américains et européens (GLOBSEC compte parmi ses donateurs la société de défense Helsing, dont la guerre en Ukraine a fait la start-up la plus profitable d'Europe), ainsi qu'avec l'establishment transatlantique, et sont connus pour leur approche belliciste de la guerre en Ukraine et de la Russie. Le langage des rapports eux-mêmes trahit leur engagement idéologique. Le mémoire du SCRS soutient que l'OTAN devrait abandonner son « état d'esprit d'auto-dissuasion » et lancer une « campagne offensive calibrée » contre la Russie. L'IISS exhorte à une « position plus affirmée et proactive« , son président, Lord Mark Sedwill, affirmant que la Grande-Bretagne est en guerre contre la Russie. Le rapport GLOBSEC parle de « terrorisme d'État ».

Mais, en fait, comme indiqué ci-dessus, les rapports eux-mêmes contiennent très peu de preuves, voire aucune, pour étayer le récit "La Russie est en guerre contre l'Europe".

Mis à part la poignée de sabotages qui a abouti à des condamnations – discutées ci-dessous – et même alors avec seulement des liens ténus avec l'État russe, pratiquement tous les incidents consignés dans ces rapports sont basés uniquement sur des affirmations non fondées faites par des responsables occidentaux, des services de sécurité ou des médias, souvent sans présenter de preuves (comme nous le verrons, cela s'applique également aux actions formellement attribuées comme l'incident du drone de Leipzig/Halle). Comme l'admet Associated Press, « il est souvent difficile de prouver l'implication de la Russie, et le Kremlin nie mener une campagne de sabotage contre l'Occident. Mais de plus en plus de gouvernements attribuent publiquement des attaques à la Russie ». Ce discours constant sur les attaques russes « possibles » ou « potentielles » génère finalement une perception publique d'une campagne incessante menée contre l'Europe, même en l'absence de preuves. Comme l'a noté Ivo Capaul de l'ETH Zürich, l'effet de la couverture médiatique et du climat politique (entièrement intentionnel, j'ajouterais) est de créer des « biais cognitifs sous la forme d'une illusion de quantité » – voir des modèles entre des points de données qui ne sont pas nécessairement connectés, ou qui dans certains cas n'existent pas du tout.


Les revendications ne résistent pas à un examen minutieux

En effet, ce qui est étonnant, c'est le nombre d'allégations largement rapportées de sabotage russe qui ont fini par s'effondrer après un examen minutieux. L'un des cas les plus tristement célèbres s'est produit en septembre de l'année dernière, lorsqu'il a été largement rapporté (initialement par le Financial Times) que la Russie avait "imprudemment" bloqué le GPS de l'avion de von der Leyen au-dessus de la Bulgarie, forçant les pilotes à atterrir en utilisant des "cartes papier" après "avoir tourné autour de l'aéroport pendant une heure". Le Secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, n'a pas tardé à suggérer que l'incident s'inscrivait dans un schéma plus large de "guerre hybride" qui comprenait "des cyberattaques et la coupure de câbles sous-marins". Un tollé général s'ensuivit. Cependant, l'histoire s'est effondrée en quelques heures : un service de suivi des vols a démontré que le signal n'avait jamais été perdu et que l'avion n'avait en fait que 9 minutes de retard. Le Premier ministre bulgare, Rosen Zhelyazkov, a déclaré qu'il n'y avait rien à enquêter. Il s'agissait d'un cas significatif d'affirmations promues par des sources proches du sommet de la Commission européenne qui ont été clairement exposées comme fausses, mais les déclarations n'ont jamais été rétractées ou clarifiées. Elles n'ont pas non plus donné lieu à un examen plus approfondi du récit sur la "guerre hybride russe".

Mais ce n'était pas un cas isolé : il y a eu d'innombrables allégations de sabotage russe ou d'activité hybride qui ont été massivement amplifiées par les médias, pour être ensuite démystifiées ou prouvées fausses — ces rectifications n'ayant en grande partie pas été rapportées. En novembre 2024, une série d'incidents ayant endommagé des câbles en mer Baltique a été largement rapportée dans les médias. La couverture a été alimentée par des décideurs européens attribuant ouvertement les incidents à la Russie avant même que les enquêtes ne soient terminées. Le manque d'informations claires a suscité des spéculations publiques sur les responsables des incidents et sur la manière exacte dont ils se sont produits. Les autorités finlandaises ont arrêté un navire, soupçonné de faire partie de la "flotte fantôme" de la Russie utilisée pour éviter les sanctions, après que ce câble et d'autres aient été endommagés. Il s'est finalement avéré que les câbles sous-marins endommagés dans la mer Baltique avaient été causés par des navires battant pavillon de Hong Kong et de Chine – et non par des navires russes. Le service de renseignement finlandais SUPO a observé que « statistiquement, le nombre de cas de dommages aux câbles ces dernières années est assez typique de la mer Baltique ». Encore une fois, aucune excuse n'a été présentée par les autorités européennes pour cette fausse accusation.

Le même mois, un avion DHL s'est écrasé en Lituanie. Plusieurs responsables européens ont laissé entendre que le crash aurait pu être le résultat d'un sabotage russe, ces affirmations étant largement amplifiées dans les médias occidentaux. Le jour même de l'accident, avant qu'aucune enquête n'ait été menée, Annalena Baerbock, alors ministre allemande des Affaires étrangères, a évoqué la possibilité qu'il puisse s'agir d'un "incident hybride", faisant référence à la récente rupture des câbles de la mer Baltique. Le général Carsten Breuer, chef de la Défense de la Bundeswehr, est allé encore plus loin, suggérant qu'il s'agissait peut-être d'un "test" de la Russie pour sonder les faiblesses, disant "Nous avons rencontré une situation similaire plus tôt cette année, et maintenant quelque chose s'est produit qui correspond à ce schéma" et que le Kremlin pourrait "tester les vulnérabilités". Quelques jours après l'accident, Sir Richard Moore, alors chef du MI6, a allégué que la Russie avait lancé une "campagne de sabotage incroyablement imprudente" en Europe. En mars 2025, des enquêtes exhaustives menées par les Lituaniens ont révélé que l'accident avait été causé par une erreur du pilote, une constatation qui n'a pas été rapportée avec la même force que les allégations initiales selon lesquelles l'avion avait été abattu par l'action russe. Une fois de plus, il a été démontré que des accusations notables étaient manifestement fausses d'une manière qui devrait soulever des questions sur le récit plus large – mais cela ne s'est pas produit.

Une situation similaire s'est produite lorsque l'aéroport d'Heathrow près de Londres a fermé ses portes le 21 mars 2025, après qu'une sous-station électrique a pris feu. Les affirmations selon lesquelles l'incendie faisait partie d'une campagne de guerre hybride ont été largement médiatisées. Philip Ingram, un ancien colonel du renseignement militaire britannique, a déclaré que les attaques ressemblaient à quelque chose "tout droit sorti du manuel du renseignement militaire russe". Quelques mois plus tard, la véritable cause de l'accident a été révélée, et elle s'est avérée beaucoup plus banale : une compagnie d'électricité privatisée n'avait pas correctement entretenu et modernisé l'installation. Le même schéma d'accusations précédant les faits a pu être observé dans d'autres cas, des explosifs trouvés près d'un pipeline de l'OTAN à un trou dans la clôture d'une installation allemande de traitement de l'eau.
La panique à propos des drones, beaucoup de bruit pour rien ?

Un schéma similaire peut également être observé dans l'hystérie du "drone russe" qui a fini par dominer le récit de la "guerre hybride" au cours de l'année écoulée. En particulier, l'automne 2025 a vu une véritable frénésie médiatique autour de ce sujet. De nombreux rapports ont été publiés sur des observations de drones dans toute l'Europe — en Allemagne, en Pologne, en France, en Norvège, en Lituanie, au Danemark et dans d'autres pays — entraînant souvent des fermetures d'aéroports. Les dirigeants européens, comme le chancelier allemand Friedrich Merz, ont ouvertement blâmé la Russie pour ces drones. « Nous soupçonnons que la Russie est derrière la plupart de ces vols de drones », a déclaré Merz après des incidents à l'aéroport de Munich, sans fournir aucune preuve. La Première ministre danoise Mette Frederiksen et von der Leyen l'ont qualifiée de « guerre hybride« . Le ministre danois de la Justice est allé jusqu'à comparer la situation au 11 septembre. La crise est survenue à un moment où les dirigeants européens étaient enfermés dans un débat intense sur la politique de défense commune de l'Europe, après que le président américain Donald Trump eut mis un terme (temporaire) aux livraisons militaires à l'Ukraine. En effet, plusieurs de ces observations ont eu lieu juste avant un sommet des dirigeants européens en octobre 2025 à Copenhague, où le financement d'un « mur anti drones » et d'autres mesures de défense figurait en bonne place à l'ordre du jour.

Cependant, pratiquement toutes les observations de "drones russes" se sont rapidement révélées infondées. L'incident de drone qui a conduit à la fermeture de l'aéroport de Francfort a été causé par un "pilote amateur de drone" de 41 ans. Il s'est avéré que la fermeture du plus grand aéroport de Lituanie n'était pas due aux drones russes, mais à des montgolfières utilisées par les contrebandiers de cigarettes. Dans un cas frappant, il a été rapporté que, selon le Premier ministre polonais Donald Tusk, la sécurité de l'État polonais avait neutralisé un drone au-dessus du palais présidentiel et que le président polonais avait demandé le soutien de l'OTAN. Mais le récit du Premier ministre était incorrect et a ensuite été corrigé ; l'une des personnes arrêtées était un jeune Ukrainien, l'autre sa petite amie biélorusse de 17 ans. Jacek Dobrzynski, porte-parole du ministre de la Coordination des Services spéciaux, a démenti peu après à Euronews toute rumeur selon laquelle il s'agissait d'une opération d'espionnage : "Nous rejetons les rumeurs selon lesquelles il s'agit d'une opération d'espionnage à grande échelle. Ce sont des jeunes, c'était peut-être de la négligence, peut-être de l'ignorance, peut-être qu'ils voulaient faire un film".

En fait, une enquête du journal néerlandais Trouw a révélé que dans près de 60 autres incidents, il y avait "beaucoup de panique et pratiquement aucune preuve d'implication russe". Les preuves dans 41 des observations de drones sont restées non concluantes. De plus, il y a eu 14 cas d'autres objets volants (avions civils, oiseaux) confondus avec des drones et trois se sont avérés être des drones civils "de loisir" utilisés par des particuliers. Par exemple, les Belges prenaient les (petits) avions et hélicoptères pour des drones, tandis que les objets volants du Sud du Limbourg et de Billund, au Danemark, étaient des étoiles. Des enquêtes menées au Danemark, en Belgique et en Norvège ont abouti à des conclusions similaires : dans la plupart des cas, les observations de drones étaient inexactes et non vérifiées et se sont avérées être des avions, des hélicoptères ou des satellites ; aucune preuve n'a été trouvée que ceux-ci étaient en aucune façon liés à la Russie.

Il y a eu des cas similaires plus récemment. À la mi-septembre, un avion de combat de l'OTAN a été brouillé après une possible observation de drone dans l'espace aérien lituanien, mais il s'est avéré qu'il s'agissait d'une volée d'oiseaux. Quelques jours plus tôt, le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre avait affirmé que l'avion de Zelensky avait "failli être touché par un drone" alors qu'il décollait de Moldavie en route vers Oslo. Cependant, des rapports officiels des autorités moldaves et des sources présidentielles ukrainiennes ont par la suite clarifié ce qui s'était réellement passé : le drone en question ne s'est jamais approché de l'aéroport ; il s'est écrasé à environ 160 kilomètres de là, près de la frontière moldave-ukrainienne. Et ainsi l'histoire a discrètement disparu des premières pages, sans corrections ni excuses – mais la presse grand public, désormais en permanence sur le pied de guerre de la Troisième Guerre mondiale, avait déjà atteint son objectif : pointer du doigt Moscou et attiser une nouvelle vague alarmiste.


Les retombées de la guerre dans le voisinage

Les autorités moldaves et les experts en sécurité ont déclaré plus tard que le drone était bien d'origine russe. Même si, comme toujours, aucune vérification indépendante n'a été possible, cela n'est pas improbable. Il y a eu une poignée d'incidents – en Roumanie, en Moldavie et en Pologne – où il a été confirmé que des drones russes étaient effectivement entrés dans l'espace aérien de ces pays. Mais dans pratiquement tous les cas, ces violations de l'espace aérien se sont produites près de la frontière de ces pays avec l'Ukraine, lors d'attaques russes contre des cibles ukrainiennes voisines, et étaient donc très probablement des drones errants – c'est-à-dire des drones qui avaient dévié de leur trajectoire, peut-être en raison du brouillage ukrainien anti-drone. En d'autres termes, cela ressemblent beaucoup plus à des retombées de la guerre dans le voisinage qu'à une campagne d'incursions délibérées.

Cela s'applique également au missile de croisière russe qui s'est écrasé dans un champ en Pologne en juillet, probablement parce qu'il a mal fonctionné ou a été dévié de sa trajectoire par des interférences. Même le Premier ministre polonais Tusk a souligné plus tard que "il n'y a aucune raison de penser que la Pologne était la cible prévue pour ce missile". Pendant ce temps, les nouvelles d'avions de combat russes pénétrant occasionnellement dans l'espace aérien estonien, parfois juste pour quelques secondes, ont également tendance à attirer beaucoup l'attention des médias ces jours-ci. En fait, ces incidents ont tendance à se produire à proximité d'une étroite bande d'espace aérien international au-dessus du golfe de Finlande, où il est très facile de s'égarer accidentellement dans l'espace aérien de l'Estonie, et cela se produit depuis des années.

L'incident le plus récent à ce jour s'est produit en Lituanie, le 15 septembre, lorsqu'un drone est entré dans l'espace aérien du pays depuis la Biélorussie et a été abattu dans le centre de la Lituanie. Le président lituanien lui-même a déclaré que l'incident n'était probablement pas une attaque délibérée contre la Lituanie. "Très probablement, il s'agissait d'un drone russe destiné à l'Ukraine qui a été détourné de sa trajectoire par des mesures de guerre électronique ukrainiennes et est entré sur notre territoire, où il a été abattu", a-t-il déclaré. En effet, les drones errants ne sont pas seulement russes. En mars et mai, plusieurs drones ukrainiens se sont écrasés en Finlande, en Lettonie et dans les autres États baltes lors des attaques à longue portée de l'Ukraine contre les infrastructures pétrolières russes, probablement à cause de la guerre électronique russe. La Russie, pour sa part, a nié les accusations et a accusé les Pays Baltes/OTAN d'autoriser activement les drones ukrainiens à utiliser leur espace aérien pour des frappes contre la Russie, qualifiant cela d'agression de la part de l'OTAN. Dans un cas, des drones ont frappé des infrastructures pétrolières en Lettonie, déclenchant la démission du Premier ministre letton et du ministre de la Défense, bien que l'histoire ait à peine fait la une des journaux.

Il y a cependant deux incidents impliquant (prétendument) des drones russes loin de la frontière ukrainienne : l'événement de septembre 2025 en Pologne et, bien sûr, « l'échec de l'attaque de drone » à l'aéroport de Leipzig/Halle en août, dont il est question plus loin. Dans la nuit du 9 au 10 septembre 2025, la Pologne a affirmé avoir abattu plusieurs drones russes qui avaient pénétré dans son espace aérien, dans certains cas à près de 300 kilomètres à l'intérieur du pays, avec des défenses aériennes de l'OTAN impliquées dans la riposte. Cela s'est produit pendant des exercices polonais, lituaniens et de l'OTAN impliquant 30 000 soldats polonais et juste avant les exercices russo-biélorusses Zapad 2025. Certains soupçonnent donc qu'il s'agissait soit d'une provocation délibérée de la Russie, soit d'une mission de reconnaissance bâclée, mais cela pourrait aussi être dû au brouillage de l'OTAN. De plus, une maison polonaise a été gravement endommagée. Des images de la maison lourdement endommagée ont été diffusées dans le monde entier comme preuve de l'assaut effronté de la Russie lors du tout premier engagement direct entre l'OTAN et Moscou. Cependant, il a été révélé plus tard que la maison avait été touchée par un missile tiré d'un F-16 polonais, et non par un drone russe, comme l'avait initialement affirmé le gouvernement de Varsovie. En tout cas, même des responsables du renseignement occidentaux ont admis "en privé" à CNN que l'incursion russe n'était probablement pas intentionnelle et que les trajectoires de vol suggéraient que les drones avaient perdu leurs repères à cause des contre-mesures de guerre électronique.


Leipzig/Halle : une évaluation mais peu de preuves

Il y a un incident majeur de drone – sans doute le plus important à ce jour en termes de répercussions politiques – qui reste à discuter : l'incident de Leipzig/Halle. Le 5 août, le ministère allemand de l'Intérieur a annoncé que le personnel de la veille au soir à l'aéroport de Leipzig/Halle – un important hub de fret qui, depuis 2022, est également devenu un centre logistique clé pour l'OTAN et pour les expéditions vers l'Ukraine, et le principal hub allemand pour les vols vers le pays – avait remarqué un petit drone posé sur le tarmac près d'un cargo Antonov ukrainien garé, prétendument transportant une charge explosive et un détonateur. L'explosion ne s'est pas déclenchée et les enquêteurs ont déclaré que l'engin explosif avait été désamorcé. À peu près au même moment, un avion cargo DHL approchant de l'aéroport serait entré en collision en vol avec un deuxième drone, bien qu'aucune épave n'ait été retrouvée, peut-être parce qu'elle a été détruite dans les moteurs. Environ trois semaines après l'attaque, les enquêteurs ont trouvé un autre drone dans un champ à Kabelsketal, une zone adjacente à l'aéroport de Saxe-Anhalt, transportant peut-être des explosifs militaires.

Le 1er septembre, le gouvernement allemand a officiellement accusé la Russie pour l'incident, affirmant que les renseignements indiquaient "des personnes impliquées qui agissaient au nom d'entités étatiques russes". Le lendemain, les médias allemands ont rapporté que le Parquet fédéral enquêtait sur deux suspects – un Biélorusse et un Russe, dont au moins l'un serait lié à un service de renseignement russe – bien que cela n'ait pas été officiellement confirmé. Jusqu'à présent, personne n'a été arrêté ni même inculpé. Le même jour, l'Allemagne a également annoncé la fermeture du consulat russe à Bonn, le dernier consulat de Moscou dans le pays, et de la "Maison russe" à Berlin, une nouvelle dégradation des relations diplomatiques déjà bien basses.

La Russie a nié toute implication dans l'incident de Leipzig ; le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait précédemment qualifié les allégations d'une campagne de sabotage russe en Europe de « vides et éphémères« . Pourtant, quelques heures après l'annonce du gouvernement allemand – avant qu'un suspect ait été publiquement identifié ou que des preuves aient été rendues publiques – les dirigeants de l'OTAN, de l'UE et des pays se sont tous ralliés à l'Allemagne, dans une démonstration chorégraphiée de soutien qui suggérait une coordination préalable minutieuse. Ils ont tous publié des déclarations presque identiques, exprimant leur « pleine solidarité » avec l'Allemagne et accusant la Russie de mener une « attaque hybride » et même de se livrer à du « terrorisme parrainé par l'État », comme l'a dit Kaja Kallas. « Les preuves sont claires », a déclaré le Secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte.

En fait, à ce moment-là, les autorités allemandes n'avaient fourni aucune preuve réelle au public ou, semble-t-il, aux autres gouvernements de l'UE. Au contraire, le ministre de l'Intérieur Alexander Dobrindt avait simplement déclaré que "pris ensemble, les enquêtes policières, les schémas des infractions et les résultats des services de Renseignement établissent la responsabilité russe de la tentative d'attentat à l'aéroport de Leipzig", ajoutant que "les moyens utilisés pour commettre l'acte" de sabotage à Leipzig – et il a énuméré la configuration du drone, les divers composants utilisés et les explosifs – "nous sont communs à d'autres opérations hybrides menées par la Russie et sa guerre contre l'Ukraine". Mais ce n'est pas une preuve ; c'est la description d'une évaluation ; une évaluation que le public est censé prendre pour argent comptant.

Même les voix et les médias alignés sur l'establishment ont exprimé des doutes. "Le gouvernement allemand maintient maintenant que le modus operandi, ainsi que les conclusions de la police et des services de renseignement, désignent la Russie comme l'auteur", a déclaré Johannes Varwick, professeur de relations internationales et de politique européenne à l'Université Halle-Wittenberg, à EUobserver. « C'est peut être plausible, mais il n'y a évidemment aucune preuve – du moins aucune qui ait été rendue publique, même en termes qualifiés ou indirects », a déclaré Varwick. Les reportages ultérieurs des médias ont donné quelques détails – le type d'explosif, une supposée trace ADN – mais ceux-ci n'ont pas été confirmés par les autorités, laissant au public un ensemble de fuites anonymes se chevauchant partiellement, chacune attribuée aux cercles de sécurité. Compte tenu des antécédents de l'UE et de l'OTAN en matière de "guerre hybride russe" et de sa tendance à faire des accusations sans preuves contre la Russie, dont plusieurs ont ensuite été discrètement réfutées et beaucoup d'autres jamais étayées, un certain scepticisme semble justifié. En effet, l'AfD et le BSW populiste de gauche ont mis en doute le manque de preuves présentées lorsque le gouvernement de Berlin a fait son allégation.

Étant donné les conséquences potentielles d'accuser ouvertement la Russie de tenter de commettre un attentat terroriste en Allemagne, le moins que les autorités allemandes puissent faire est de fournir des preuves tangibles au public ; sinon, les gens pourraient être tentés d'être d'accord avec Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, qui a déclaré que les preuves de la responsabilité russe "n'existent tout simplement pas et ne peuvent pas exister". Jusque-là, l'incident de Leipzig/Halle devrait être traité comme une énième affirmation non étayée faite par les gouvernements occidentaux et reprise par les médias, que le public est simplement invité à accepter pour argent comptant.

Le traitement de l'incident par le gouvernement allemand ressemblait étroitement à la réponse des autorités polonaises au sabotage ferroviaire de novembre 2025, lorsque deux engins explosifs ont endommagé des tronçons de la ligne Varsovie-Lublin. Le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski avait immédiatement qualifié l'acte de « terrorisme d'État » russe, tandis que le Premier ministre Tusk a qualifié l'incident de "probablement la pire attaque contre la sécurité de l'État depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine", soulignant que "une ligne rouge a été franchie". En seulement 70 heures, les forces de sécurité polonaises avaient identifié deux suspects présumés responsables des deux attaques qui avaient déjà fui en Biélorussie, tous deux ukrainiens "avec une longue histoire de collaboration avec les services de renseignement russes", selon Tusk. Un troisième Ukrainien a ensuite été arrêté, mais l'affaire n'a pas encore été portée devant les tribunaux. La « pire attaque » contre la sécurité de la Pologne depuis des années semble avoir été rapidement oubliée.


Le récit de la « désinformation russe »

Un autre point qui mérite d'être brièvement mentionné est la prétendue dimension informationnelle de la supposée guerre hybride de la Russie. On nous dit que la Russie est engagée depuis des années dans une campagne massive d'influence et de désinformation visant à manipuler les électeurs européens impuissants ; en effet, il est maintenant devenu courant dans toute l'Europe de prétendre que les résultats électoraux indésirables – y compris le récent référendum islandais sur l'UE – sont dus à l'ingérence russe. Pourtant, c'est le domaine où les preuves sont les plus rares et où les conséquences sont les plus dramatiques. Il a servi d'excuse à l'introduction d'outils de censure, tels que la Loi sur les services numériques (DSA), et à des outils de plus en plus répandus "d'intégrité électorale", tels que le Bouclier de la démocratie, qui permettent en pratique à l'UE d'interférer de plus en plus dans les élections nationales, sous prétexte de lutter contre l'ingérence russe.

La Roumanie représente le cas le plus flagrant. En novembre 2024, le candidat indépendant eurosceptique et critique de l'OTAN, Călin Georgescu, est sorti vainqueur du premier tour de l'élection présidentielle. Avant que le second tour, que les sondages suggéraient qu'il gagnerait confortablement, puisse avoir lieu, la Cour constitutionnelle a annulé le résultat dans une décision sans précédent, invoquant une prétendue ingérence russe, en particulier une campagne sur les réseaux sociaux sur TikTok soutenant Georgescu. Aucune preuve n'a jamais été fournie. En effet, des documents internes obtenus par la suite par la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis ont montré que TikTok avait explicitement informé la Commission qu'elle n'avait trouvé "aucune preuve" d'un réseau coordonné inauthentique. Néanmoins, le bureau électoral a par la suite interdit à Georgescu de participer à la nouvelle élection.


Ce qui reste réellement

Comme nous l'avons vu jusqu'à présent, le tableau qui se dégage en y regardant de plus près est très différent de celui brossé par les dirigeants et les médias européens. Bon nombre des cas les plus médiatisés de supposée "guerre hybride" russe – l'avion bloqué de von der Leyen, les coupures de câbles baltes, le crash de DHL à Vilnius, l'incendie d'Heathrow, la vague d'observations de drones qui a balayé l'Europe à l'automne 2025, la campagne roumaine TikTok – se sont avérés être des spéculations amplifiées par les médias qui se sont effondrées après un examen minutieux, les rétractations n'ayant reçu qu'une fraction de la couverture médiatiques qu'avaient reçu les accusations initiales. Beaucoup d'autres n'ont tout simplement jamais été étayés. Là où les drones russes ont manifestement pénétré dans l'espace aérien de l'OTAN, ils l'ont presque toujours fait près de la frontière ukrainienne lors de frappes sur des cibles ukrainiennes voisines, et très probablement par accident – un sous-produit de la guerre voisine plutôt qu'une campagne délibérée contre l'Europe. Et même dans le cas de Leipzig/Halle, l'incident le plus politiquement conséquent à ce jour, le gouvernement allemand n'a encore rendu publique aucune preuve réelle de la responsabilité russe.

En fin de compte, une fois que tous ces "incidents" spéculatifs, non prouvés ou carrément inexistants sont mis de côté, il ne reste qu'une poignée de cas de sabotage démontrable. Sur les centaines d'incidents attribués à la Russie, seul un petit nombre a conduit à des condamnations — et même pour celles-ci, le lien avec l'État russe a rarement été démontré. Les tribunaux ont condamné des recrues de bas niveau, généralement rémunérées ; la preuve de qui a donné les ordres n'a jamais été testée en audience publique, reposait sur des plaidoyers de culpabilité ou n'allait pas plus loin que le contact avec des gestionnaires anonymes sur Telegram. Pour aucun de ces cas un responsable russe n'a été identifié, et encore moins jugé.

La Pologne a obtenu le plus de condamnations, dont 14 membres d'un réseau qui prévoyait de faire dérailler des trains d'aide vers l'Ukraine en 2023 et trois Ukrainiens condamnés en 2025 pour appartenance à un groupe de sabotage. Pourtant, les accusations concernant l'incendie le plus notoire attribué à ce groupe, au centre commercial Marywilska de Varsovie, n'ont été déposées qu'en avril 2026, et les procureurs admettent que l'incendiaire, ainsi que le cerveau présumé ayant ordonné l'attaque depuis la Russie, n'ont pas été identifiés.

L'affaire la plus souvent citée comme preuve d'une campagne russe de colis piégés est encore plus trouble : en juillet 2026, un tribunal a condamné Igor Rogov, un ancien employé de la campagne Navalny ayant obtenu l'asile en Pologne, à sept ans pour avoir espionné des exilés russes pour le FSB, la principale agence de sécurité de Russie, et pour implication dans un colis d'explosifs intercepté en 2024. Le procès s'est déroulé à huis clos – et selon certains rapports, Rogov aurait en fait pu faire partie d'une opération de renseignement ukrainienne faisant entrer clandestinement des composants explosifs en Russie.

Ailleurs, le motif se répète. En Lituanie, un adolescent ukrainien a plaidé coupable de l'incendie criminel d'IKEA à Vilnius, tandis que l'enquête sur son commanditaire se poursuit. En Estonie, la condamnation d'un activiste pour avoir organisé une attaque contre la voiture du ministre de l'Intérieur au nom du GRU, l'agence de renseignement militaire russe, est intervenue sans audience publique. À Londres, les hommes qui ont incendié un entrepôt stockant du matériel Starlink pour l'Ukraine ont été reconnus coupables d'avoir agi pour le groupe Wagner, mais les preuves indiquaient un manutentionnaire contacté sur Telegram, et non un organisme d'État identifiable. Un Colombien qui a incendié des bus de Prague pour 3 000 dollars promis a été condamné sur un accord de plaidoyer qui n'a jamais établi qui était derrière son contact Telegram.

Le seul procès terminé en Allemagne est révélateur. En août, le tribunal de Stuttgart a conclu qu'un organisme d'État russe était à l'origine des colis GPS-tracker envoyés vers l'Ukraine, prétendument pour repérer des cibles et des itinéraires de transport à des fins de sabotage. Le procureur fédéral avait allégué que des colis transportant des engins incendiaires devaient suivre, mais le prétendu complot d'incendie criminel n'a pas pu être prouvé. Parmi les trois accusés ukrainiens, un courrier a été reconnu coupable et condamné à une peine qu'il avait déjà purgée ; les deux autres ont été acquittés. Le même schéma s'applique au cas le plus fréquemment cité dans les capitales occidentales comme preuve de la « guerre hybride » russe : les colis incendiaires qui ont pris feu dans les centres de messagerie de Birmingham, Leipzig et près de Varsovie en juillet 2024. Les enquêteurs pensent que les colis-envoyés de Lituanie et contenant des jouets sexuels, des cosmétiques et des oreillers de massage équipés d'appareils faits maison à base de magnésium - étaient un "essai à vide" dirigé par le GRU pour des attaques sur des vols cargo vers l'Amérique du Nord. Des arrestations ont suivi en Pologne et en Lituanie, et plusieurs suspects ont été accusés d'avoir agi pour le compte des services de renseignement russes. Des procès formels pour terrorisme ont débuté début 2026 à Varsovie et à Vilnius, où les procureurs visent à prouver que l'opération a été orchestrée par les services de renseignement militaires russes.

Pris ensemble, ces cas montrent que de véritables actes de sabotage ont eu lieu, mais alors que les agences de renseignement des capitales occidentales ont tendance à attribuer ces activités hybrides à la Russie, les preuves réelles testées par les tribunaux européens révèlent souvent une réalité opérationnelle de niveau beaucoup plus bas : mandataires rémunérés, gestionnaires numériques anonymes et opérations ambiguës qui aboutissent rarement à établir des liens avérés avec l'État russe. Mais même si la Russie était derrière chacun de ces cas, nous parlerions encore de quelques dizaines d'incidents par an au maximum — aucun d'entre eux n'ayant été mortel, et avec des dommages qui, bien que parfois graves, ont été confinés à des sites individuels. Un véritable problème de contre-espionnage, peut-être, s'il est réel ; mais pas la menace existentielle ou la guerre hybride totale soutenue que les dirigeants européens invoquent régulièrement – et incomparable à la campagne soutenue de frappes de drones que les pays de l'OTAN ont permis au plus profond de la Russie, y compris contre des cibles civiles, en fournissant à l'Ukraine des renseignements et un soutien satellitaire, et de plus en plus les drones eux-mêmes, ainsi que des missiles à longue portée (plus à ce sujet ci-dessous).


Les attaques dont personne ne parle

Mais le trou le plus béant dans l'histoire est peut-être le fait qu'il y a effectivement eu une attaque très grave contre les infrastructures européennes ces dernières années, qui n'a pas été perpétré par la Russie, mais, selon les procureurs allemands eux-mêmes, par l'Ukraine. Je fais référence, bien sûr, à la destruction du Nord Stream en 2022. Que l'on pense qu'elle a effectivement été menée par un groupe ukrainien agissant seul, ou que l'Ukraine fut utilisée pour détourner l'attention du rôle des États-Unis et de l'OTAN dans le sabotage, est hors de propos (personnellement, je suis partisan de cette dernière explication). Une analyse approfondie du sabotage lui-même n'entre pas non plus dans le cadre de cet article. Ce qui importe dans le cadre de la présente discussion, c'est que, même si nous prenons l'histoire officielle pour véridique – qu'il s'agissait d'une opération entièrement ukrainienne – la réaction des gouvernements allemand et d'autres gouvernements de l'UE reste néanmoins choquante : le pays officiellement accusé d'avoir mené le pire cas de terrorisme industriel de l'histoire de l'Europe, dans un complot qui, selon les médias, a été conçu au plus haut niveau de l'État ukrainien, n'a pas été soumis à des sanctions ou à une confrontation politique.; au contraire, on lui a promis un soutien financier et militaire illimité, et on l'a arrosé de centaines de milliards d'euros. Pendant ce temps, l'attaque elle-même a été rapidement balayée sous le tapis – mais pas avant que les médias occidentaux n'essaient, absurdement, de mettre l'attaque sur le dos de la Russie.

Outre le sabotage du Nord Stream, il y a le cas de la bombe qui a explosé à l'entrée d'un immeuble à Monaco en juin, blessant grièvement un magnat ukrainien lié à la Russie et des membres de sa famille. L'auteur présumé de l'attentat, une Ukrainienne, s'est enfuie en Ukraine, où elle a été retrouvée abattue quelques jours plus tard. Bien que l'État ukrainien n'ait pas été formellement impliqué, un officier en service de l'agence de renseignement militaire ukrainienne a d'abord avoué son meurtre (bien qu'il soit revenu plus tard sur ses aveux). Pourtant, cette attaque, elle aussi, a rapidement disparu des gros titres. Il n'est pas difficile d'imaginer comment les dirigeants et les médias européens auraient réagi si l'officier en question avait appartenu au GRU russe.


La vraie guerre hybride

En fin de compte, un examen approfondi du récit de la "guerre hybride russe" ne peut conduire qu'à une conclusion inquiétante. Une « guerre hybride » est en effet menée contre l'Europe, mais elle est menée par l'establishment UE-OTAN lui-même, contre sa propre population. Les Européens sont soumis à une campagne soutenue de guerre cognitive ou psychologique visant à les conditionner à croire que l'Europe est attaquée par la Russie et que ces attaques hybrides sont un prélude aux hostilités conventionnelles ; une affirmation pour laquelle, dans l'ensemble, il y a peu ou pas de preuves. Ce que le dossier montre, en fait, est une campagne délibérée d'inflation des menaces dans laquelle les gouvernements, les médias et les "groupes de réflexion" financés par l'industrie de l'armement se sont entendus pour instiller un sentiment permanent de peur dans la population, à travers une couverture incessante des "incidents", des "attaques", des "sabotages" et des "campagnes" qui, dans la plupart des cas, n'existent tout simplement pas. Comme l'a écrit Mihail Evans, chercheur à l'Institut d'études avancées du New Europe College de Bucarest :

CiterLorsqu'un récit officiellement promu reste incontesté par la majeure partie des médias et est, en effet, activement soutenu, nous sommes dans une situation assez inhabituelle. Quelque chose de similaire s'est produit pendant la pandémie et on pourrait soupçonner que les techniques de gestion des médias perfectionnées à l'époque sont maintenant réutilisées. Dans les deux cas, il y a une tentative de modeler les perceptions et les comportements du public principalement par la peur. [...] Après avoir examiné la faible base des allégations de « guerre hybride », nous pourrions commencer à soupçonner qu'il existe effectivement un "manuel" à l'œuvre, mais géré par l'OTAN et l'UE.

En effet, ce conditionnement psychologique s'étend bien au-delà des pages d'actualité. Prenons, par exemple, la sortie presque simultanée de deux longs métrages, au Royaume-Uni et en France, tous deux tournant autour d'un conflit OTAN-Russie. Dans la mini-série documentaire originale In the Sky The Wargame, sortie le mois dernier, des personnalités politiques réelles, telles que Michael Gove et Nicola Sturgeon, doivent réagir en temps réel à une simulation d'attaque russe sur le sol britannique ; pendant ce temps, dans le thriller géopolitique français Jupiter, qui sortira en salles en novembre, un président français nouvellement élu doit décider de lancer une attaque nucléaire unilatérale contre la Russie en réponse à l'ultimatum nucléaire lancé par la Russie contre l'Ukraine. Deux films ne forment pas un complot, mais ils montrent à quel point l'idée de guerre avec la Russie a migré de l'establishment de la sécurité vers le divertissement grand public.


Cui bono ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l'establishment UE-OTAN pourrait avoir intérêt à gonfler sauvagement la menace russe. Pour commencer, il y a une opposition significative et croissante dans de nombreux pays européens à la guerre éternelle en Ukraine – aux sommes considérables qui continuent d'être versées dans le pays et aux coûts économiques de la guerre – et à la campagne de réarmement plus large UE-OTAN, qui, de l'aveu même des dirigeants européens, nécessitera des coupes douloureuses dans l'État providence. Lorsque les Européens observent les forces russes lutter, plus de quatre ans plus tard, pour avancer au-delà de l'est de l'Ukraine, ils pourraient bien se demander pourquoi de telles sommes devraient être dépensées pour défendre le continent contre un pays qui n'a montré ni la capacité ni l'intention évidente de l'attaquer. « C'est là qu'intervient l'idée d'une « guerre hybride » », soutient Evans. "Cela permet de boosters les dépenses de défense en affirmant que la Russie frappe offensivement les nations européennes de manière non conventionnelle et d'impliquer qu'une telle agression secrète pourrait à tout moment provoquer l'ouverture des hostilités".

Un certain nombre de spécialistes respectés des relations internationales suggèrent que c'est effectivement ce qui se passe. Un rapport de février 2025 de Galvin Wade – ancien Directeur des affaires Russes, baltes et Caucasiennes au Conseil de sécurité nationale des États-Unis – pour l'Institut Letton des affaires internationales soutient que l'emploi du "slogan nébuleux" qu'est la guerre hybride est "motivé autant par la nécessité d'augmenter les budgets de défense et la cohésion décroissante de l'OTAN que d'analyser le comportement de Moscou". En effet, à la fin de 2025, le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a utilisé la peur (démystifiée par la suite) des « drones russes » pour plaider en faveur d'une augmentation des capacités de contre-drones. "Toute l'Europe est menacée", a-t-il déclaré, ajoutant : "Les drones russes peuvent frapper la Belgique, les Pays-Bas, la France et plus encore. Depuis les navires, les drones peuvent cibler toutes les côtes d'Europe. Tous les États membres ont besoin de capacités pour détecter les drones".

Ça a marché. Les allégations de sabotage ont entraîné une augmentation des allocations budgétaires de la défense, y compris un paquet de 250 millions d'euros de la Commission européenne pour les "capacités de drones et de contre-drones". À l'été 2026, les pays de l'OTAN ont promis 40 milliards de dollars (environ 35 milliards d'euros) pour la même chose. Cela signifie que le secteur militaro-industriel a également tout intérêt à gonfler la menace russe. Comme déjà noté, de nombreux groupes de réflexion prônant le récit de la "guerre hybride", tels que l'IISS, le CSIS et GLOBSEC, ont tous des liens de financement avec des fabricants d'armes américains et européens qui profitent directement de la guerre en Ukraine et d'une perception exagérée de la menace posée à l'Europe par la Russie. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les entreprises de défense américaines ont connu une croissance régulière, tandis que la campagne de réarmement de l'Europe a fortement stimulé les revenus des fabricants d'armes européens. À lui seul, le marché européen des contre-drones devrait quadrupler d'ici 2030. Plus récemment, à la suite du reportage d'El Mundo sur le projet de la Russie de lancer des drones à partir de navires contre les pays méditerranéens (également rapidement démystifié), Robert Brovdi, commandant de l'unité de drones de l'Ukraine, a déclaré au quotidien italien la Repubblica que "L'Italie aussi doit mettre en place sa propre brigade de systèmes sans pilote ; ce sera crucial pour se défendre contre les attaques venant de la mer".

L'establishment européen de la sécurité et du renseignement bénéficie également du récit de la "guerre hybride russe". Ce n'est pas un hasard si bon nombre de ces réclamations proviennent des services de sécurité eux-mêmes – des agences qui obtiendront des budgets plus importants ou des pouvoirs plus étendus en raison de la perception d'une menace de sabotage, soulevant des questions évidentes de conflit d'intérêts. Le service de renseignement extérieur allemand, le BND, par exemple, a invoqué le danger du sabotage russe pour lever les restrictions sur ses activités datant de l'après-guerre, et pourrait désormais être autorisé à mener ses propres opérations de sabotage, ainsi que des cyberattaques offensives et un espionnage plus agressif. Aux Pays-Bas, le Premier ministre Rob Jetten a souligné la menace de sabotage lors du dévoilement d'une nouvelle loi sur la sécurité nationale accordant aux agences de renseignement des pouvoirs élargis.

Mais ce n'est pas seulement le complexe militaro-industriel et l'establishment de la défense et de la sécurité qui bénéficieront du spectre toujours présent d'une "menace russe" imminente. Cela fournit également à l'establishment de l'UE un dividende autoritaire plus large, dans la mesure où il est régulièrement invoqué pour justifier les attaques en cours contre les normes démocratiques et la gouvernance de plus en plus autoritaire – de la censure en ligne à la répression de la dissidence et à l'ingérence dans les élections nationales. Il fournit l'ennemi extérieur sans lequel cette consolidation autoritaire serait beaucoup plus difficile à justifier – un état d'urgence permanent, après tout, nécessite une menace permanente. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'establishment de l'UE se montre si résistant à toute désescalade avec la Russie.


Escalade déguisée en défense

Un dernier point mérite d'être mentionné : la manière dont le récit de la "guerre hybride" permet aux gouvernements occidentaux de présenter leur propre escalade contre la Russie comme une simple "réponse" à l'agression russe. En effet, l'amiral Giuseppe Cavo Dragone, président sortant du Comité militaire de l'OTAN, a ouvertement déclaré que l'OTAN envisageait une posture beaucoup plus "agressive" à l'égard des activités secrètes de la Russie – pouvant aller jusqu'à des frappes préventives, qui, selon lui, pourraient être considérées comme une forme "d'action défensive". Fin septembre, quelques jours seulement après la dernière vague alarmiste de "guerre hybride", l'Ukraine a lancé plus de 1 000 drones sur la Russie, y compris ce qui a été décrit comme sa plus grande attaque jamais menée contre Moscou. Ce n'était que la dernière d'une campagne soutenue de frappes contre les principales villes de la Russie, son infrastructure stratégique et, par extension, son leadership – une campagne soutenue par les services de renseignement occidentaux, exécutée avec des armes occidentales et désormais soutenue par un engagement explicite du G7 à "accélérer" la livraison de capacités à longue portée. Mais la logique occidentale se renforce d'elle-même : si la Russie devait riposter, sa réponse serait présentée comme la preuve que les avertissements étaient corrects. La logique est si effrontée qu'on ne peut s'empêcher de se demander si les élites occidentales tentent activement de provoquer une réponse russe.

Quoi qu'il en soit, le récit gonflé de la "guerre hybride" sert clairement les intérêts des gouvernements européens et de l'OTAN bien plus qu'une véritable guerre hybride ne servirait ceux de la Russie – sans parler d'une attaque conventionnelle contre l'OTAN. Selon des responsables européens, le sabotage russe vise à affaiblir le soutien européen à l'Ukraine. Pourtant, cela semble beaucoup plus susceptible d'avoir l'effet inverse. Commentant l'incident de Leipzig/Halle, par exemple, le politologue Johannes Varwick a demandé quel intérêt la Russie aurait pour une attaque susceptible de produire "un approfondissement de la perception de la menace en Allemagne donc un engagement plus fort à soutenir l'Ukraine". « N'importe quel planificateur russe aurait reconnu qu'une provocation matériellement sans conséquence nuit finalement à la Russie et profite à l'Ukraine« , a-t-il ajouté. « La question est donc : cui bono ? ».


De Gladio à aujourd'hui

Exactement : cui bono? A qui profite le crime ? Cela entraine une question inquiétante : étant donné ce que les gouvernements européens et l'OTAN ont investi – et en sont venus à dépendre – du récit de la « guerre hybride » et de l'idée que la Russie est une menace existentielle pour l'Europe, continueront-ils à se limiter à gonfler une menace qui a peu de fondement dans la réalité ? Ou pourraient-ils à un moment donné se sentir obligés d'aller plus loin ? Il y a, après tout, un précédent historique impliquant l'OTAN. En octobre 1990, le Premier ministre Giulio Andreotti a confirmé au Parlement italien l'existence de "Gladio" : un réseau paramilitaire secret, établi au début de l'après-guerre dans divers pays de l'OTAN sous les auspices de l'OTAN avec la participation de la CIA, équipé de stocks d'armes cachées et maintenu pendant quatre décennies en dehors de tout contrôle parlementaire. La résolution du Parlement européen de novembre 1990 décrivait une organisation qui avait « échappé à tout contrôle démocratique » et avait été impliquée, « comme en témoignent diverses enquêtes judiciaires », dans de graves affaires de terrorisme dans certains États membres.

Des enquêtes parlementaires ont suivi en Italie, en Belgique, en Suisse et en Allemagne. En Italie, ces enquêtes ont abouti aux conclusions les plus nettes. Une décennie plus tard, un rapport des membres de la commission parlementaire sur les massacres concluait qu'une "stratégie de la tension" – explosions de bombes touchant des civils dans des lieux publics, imputée à la gauche pour effrayer l'électorat et le pousser vers la droite anticommuniste – avait été "organisée ou promue ou soutenue par des hommes à l'intérieur des institutions de l'État italien et, comme cela a été découvert plus récemment, par des hommes liés aux structures du renseignement américain". C'est ce que l'on appelle communément aujourd'hui un faux drapeau : une opération secrète conçue pour dissimuler qui est vraiment responsable et rejeter la faute sur quelqu'un d'autre. Il est donc curieux que des responsables européens et de l'OTAN aient eux-mêmes accusé la Russie de planifier des attaques sous fausse bannière. Cela pourrait-il préparer le public à un scénario dans lequel une attaque ne porterait aucune trace de la Russie — et serait néanmoins imputée à Moscou précisément pour cette raison, comme un "faux drapeau russe" ?


Une prophétie auto-réalisatrice

Quelle que soit la réponse, un danger est déjà clair : celui d'une prophétie auto-réalisatrice. Un récit qui présente chaque tir, observation de drone ou câble endommagé comme un acte de guerre ne se contente pas de mal décrire la réalité ; il commence à la remodeler. Les gouvernements qui ont passé des années à dire à leurs citoyens qu'ils étaient déjà en guerre contre la Russie se laissent peu de place pour la retenue lors du prochain incident – et les incidents continueront d'arriver, qu'ils soient causés par des drones déréglés par la guerre électronique, par des oiseaux, par une erreur de pilotage ou par un véritable sabotage. La Pologne modifie ses règles d'engagement afin que les pilotes puissent ouvrir le feu sur la seule base des données radar ; les hauts responsables militaires de l'OTAN discutent ouvertement de frappes préventives ; les frappes de l'Ukraine au plus profond de la Russie, permises par les renseignements et les armes occidentaux, ne cessent de s'intensifier. Chaque étape est présentée comme une réponse à l'agression russe. Vu de Moscou, tout cela ressemble à la confirmation que l'OTAN se prépare à la guerre – et les contre-mesures de Moscou, à leur tour, seront lues dans les capitales européennes comme la preuve que les avertissements étaient corrects depuis le début.

C'est le dilemme de sécurité classique, et dans un tel climat, il suffirait de très peu de choses – un drone mal identifié, une piste radar mal interprétée, un incident attribué à la Russie avant que les faits ne soient établis – pour qu'une "guerre hybride" qui existe en grande partie sur le papier se transforme en une véritable guerre entre puissances nucléaires. C'est le danger ultime de la stratégie actuelle de la tension : non seulement elle exagère une menace, mais en l'exagérant suffisamment longtemps, elle peut finir par la créer. Pour éviter ce résultat, il faut précisément ce que les gouvernements européens ont jusqu'à présent refusé d'offrir : des preuves avant les accusations, des corrections rendues autant publiques que les accusations qu'ils rétractent et une volonté de parler à Moscou plutôt que de parler de Moscou.


Thomas Fazi

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/le-recit-de-la-guerre-hybride-russe-serait-ce-une-nouvelle-strategie-de-tension-de-lotan
#37
Suicide dirigé / L’establishment UE-OTAN mène ...
Last post by JacquesL - 14 Octobre 2026, 10:13:25 AM
L'establishment UE-OTAN mène une guerre hybride contre la population européenne

Publié le octobre 14, 2026 par Wayan



Par Moon of Alabama – Le 13 octobre 2026

La (fausse) élite qui dirige actuellement de nombreux pays européens ainsi que l'Union européenne à Bruxelles est déterminée à déclencher une guerre contre la Russie.

Malheureusement pour eux, les populations qu'ils gouvernent n'ont aucun intérêt à une guerre. Les dirigeants mènent donc une campagne de propagande massive pour qu'elles changent d'avis.

Ils suivent une ligne tracée par Hillary Clinton qui, après avoir perdu l'élection présidentielle de 2016 face à Donald Trump, a accusé à la Russie de s'y être ingérée.

Des accusations d'ingérence russe dans les élections ont depuis été répétées ailleurs à plusieurs reprises. L'accusation selon laquelle des « bots russes » exercent une « influence russe » est lancée chaque fois que des populistes parviennent à gagner une élection.

Une autre allégation est que la Russie mène une guerre « hybride » contre l'Europe. Le mème remonte à la fausse affirmation du journaliste Mark Galeotti qui, en 2014, avait affirmé qu'il existait une « doctrine Gerasimov« , du nom du plus haut général russe, qui conduisait la Russie à mener des guerres « non linéaires » ou « hybrides« .

Il a fallu quatre ans à Galeotti, au cours desquels sa thèse avait atteint un public massif, pour se rétracter :

Citer[À] mon immense chagrin, j'ai créé ce terme, qui a depuis acquis une vie destructrice qui lui est propre, se faufilant maladroitement dans le monde pour répandre la peur et le dégoût dans son sillage.
...

Gerasimov parlait en fait de la façon dont le Kremlin interprète ce qui s'est passé lors des soulèvements du "Printemps arabe", des "révolutions de couleur" contre les régimes pro-Moscou dans le voisinage de la Russie et, en temps voulu, de la révolte ukrainienne du "Maïdan". Les Russes croient honnêtement – mais à tort – qu'il ne s'agissait pas de véritables protestations contre des gouvernements brutaux et corrompus, mais de changements de régime orchestrés depuis Washington, ou plutôt depuis Langley.

Il n'y a jamais eu et il n'y a pas de guerre « hybride » russe.

Il y a cependant une forte campagne occidentale pour blâmer la Russie pour tout et n'importe quoi :

CiterDernièrement, il ne se passe pas un jour en Europe sans qu'une peur des drones, un incendie ou une panne d'électricité ne soient imputés à la Russie. On nous dit que ces incidents font tous partie d'une "guerre hybride" incessante que la Russie mène contre l'Europe – une guerre qui implique des incursions de drones, des violations de l'espace aérien, des sabotages, des incendies criminels, des cyberattaques et plus encore. On nous dit que cela « inclue des complots pour placer des engins incendiaires à bord des avions cargo DHL, faire sauter des voies ferrées en Pologne et incendier des entrepôts et des centres commerciaux dans toute l'Europe », ainsi que « des actes de sabotage contre les entreprises de défense et l'industrie de la défense en Europe », et « des attaques contre les infrastructures critiques européennes » — mais aussi, apparemment, l'envoi d'agents secrets pour déféquer dans les toilettes des députés finlandais. On nous dit également que « [de] telles attaques ont commencé à se produire peu de temps après que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022 » et se sont intensifiées ces derniers mois et semaines. Selon Kaja Kallas, « l'Europe est confrontée à une prolifération rapide d'attaques de sabotage et de violations de l'espace aérien ».

Il n'y a cependant aucune preuve, aucune, que l'un des incidents allégués ait quelque chose de russe derrière eux.

Il y a pourtant bien une « guerre hybride ». Mais c'est celle menée par « l'élite » occidentale contre son propre peuple :

CiterEn fin de compte, un examen approfondi du récit de la "guerre hybride russe" ne peut conduire qu'à une conclusion inquiétante. Une « guerre hybride » est en effet menée contre l'Europe, mais elle est menée par l'establishment UE-OTAN lui-même contre sa propre population. Les Européens sont soumis à une campagne soutenue de guerre cognitive ou psychologique visant à les conditionner à croire que l'Europe est attaquée par la Russie et que ces attaques hybrides sont un prélude à des hostilités conventionnelles ; une allégation qui, dans l'ensemble, est soutenue par peu ou pas de preuves. Ce que le dossier montre, en fait, est une campagne délibérée d'inflation des menaces dans laquelle les gouvernements, les médias et les "groupes de réflexion" financés par la défense se sont entendus pour instiller un sentiment permanent de peur dans la population, par une couverture incessante des "incidents", "attaques", "sabotages" et "campagnes" qui, dans la plupart des cas, n'existent tout simplement pas.

Hier, Andy Burnham, le Premier ministre britannique non élu, a accusé la Russie d'avoir influé sur le résultat du vote britannique pour le Brexit :

CiterLe Premier ministre Andy Burnham a déclenché la fureur en Grande-Bretagne lundi en disant que la Russie avait cherché à s'immiscer dans le vote sur le Brexit de 2016 qui a fait sortir le pays de l'Union européenne, rompant avec les premiers ministres précédents qui ont déclaré qu'il n'y avait aucune preuve que Moscou s'était immiscé.

Il y avait eu une enquête approfondie du Parlement sur cette influence russe imaginaire qui n'en avait trouvé aucune. Burnham revendique maintenant, sans aucune preuve, une telle influence parce qu'il veut annuler la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE :

CiterIl y a quelques semaines à peine, lors de son premier discours à la conférence en tant que chef du parti travailliste, Burnham est devenu le premier Premier ministre à ouvrir la porte à la réintégration de l'Union européenne. Peu de temps après, il a suggéré que le manifeste de son parti aux prochaines élections pourrait inclure un référendum sur cette seule question.

Argument tacite de Burnham : Si la Russie a influencé le référendum sur le Brexit, le résultat est illégitime et doit être annulé.

L'argument est aussi faux que les allégations de Burnham selon lesquelles l'Iran serait derrière certains contrebandiers de carburant arrêtés près d'un aéroport militaire en Grande-Bretagne et libérés sous caution.

La propagande sur la guerre « hybride » inexistante que la Russie est censée mener contre l'Europe a atteint un nouveau sommet hier.

L'Ukraine venait de bombarder plusieurs centres de données en Russie qui sont utilisés par Yandex, l'équivalent russe de Google. Yandex, comme Google, Bing et d'autres, scanne constamment Internet pour mettre à jour son outil de recherche. Les statistiques mondiales sur le trafic Internet, fournies par Cloudflare et d'autres, ont montré qu'à la suite de l'attaque ukrainienne, l'activité du robot d'indexation de Yandex avait diminué. Les médias antirusses ont immédiatement utilisé ce fait pour affirmer que l'horrible « influence russe » avait soudainement diminué.

CiterNEXTA @nexta_tv – 18:17 UTC · 12 octobre 2026

Les bots du Kremlin ont-ils disparu ? Après les frappes sur des centres de données Yandex, le trafic automatisé a chuté de près de 250 fois

Les utilisateurs des médias sociaux ont rapidement remarqué une coïncidence intéressante : à mesure que le trafic diminuait, les bots pro-Kremlin semblaient également devenir moins actifs. Ces comptes inondent les sections de commentaires, attisent les conflits et créent l'illusion d'un large soutien du public.

L'eurodéputé tchèque Tomáš Zdechovský n'a pas pu résister à une attaque contre le parti d'extrême droite allemand Alternative pour l'Allemagne (AfD) :

« Tant de commentaires sur le patriotisme allemand... et puis la connexion avec la Russie s'effondre ».

Plusieurs autres politiciens européens ont fait des déclarations similaires. La diminution du trafic Yandex aurait, selon eux, également diminué le soutien en ligne pour divers partis et causes indésirables – y compris le parti allemand AfD et le président américain Donald Trump.

Bien qu'il n'y ait aucune preuve soutenant de telles allégations, les médias grand public en Allemagne, en France et ailleurs les ont diffusés.

Il n'a fallu que quelques heures pour qu'elles soient démystifiées :

CiterAmélie Ismaïli @ame_ism – 9:43 UTC * 13 octobre 2026

Permettez-moi de vous présenter la "source" des fausses nouvelles massives qui ont été blanchies en toute impunité par ces personnes qui prétendent être des "journalistes", et qui viennent de se ridiculiser spectaculairement une fois de plus.

Le Parisien, BFM, Ouest France, TV5 Monde (entre autres), ainsi que Caroline Fourest, ont relayé une fausse statistique à partir d'un faux graphique généré par l'IA qui prétendait montrer une baisse de 56% de l'activité de l'AFD sur les réseaux sociaux suite aux frappes sur les serveurs de Yandex (l'équivalent russe de Google). Ce soi-disant graphique, publié par une parlementaire européenne du parti d'Ursula von der Leyen (PPE), n'indiquait ni quel type de données était mesuré, ni la source de ces données, ni comment elles avaient été agrégées ; il ne comprenait aucune légende sur sa méthodologie ; et il prétendait mesurer le « trafic » jusqu'au 15 octobre 2026, c'est-à-dire dans le futur.

N'importe qui avec plus de deux neurones fonctionnels n'aurait jamais pris ce faux grossier au sérieux. Mais apparemment, nos « journalistes » manquent de ce strict minimum de matière grise.

Quant à "l'activité pro-Trump", c'est un pro-démocrate américain qui a littéralement dit : "J'ai l'impression qu'il y a moins de bots." Simplement ça. Pas de source, pas de données, pas de faux documents. C'est essentiellement son instinct qui parle.

Et comme si cela ne suffisait pas, ces "journalistes" ont également complètement mal interprété une véritable publication de Cloudflare, qui montrait que la plupart des robots d'exploration Web de Yandex avaient disparu suite à l'attaque du serveur (ce qui est un peu logique). Les robots d'exploration sont les robots utilisés par les moteurs de recherche pour analyser et indexer les pages Web. Ils n'ont aucun rapport avec les "bots" qui diffusent des messages sur les réseaux sociaux.

C'est le niveau de fiabilité avec lequel ces "journalistes" traitent l'information ; et pourtant ils ont le culot de donner des leçons.

Ces « journalistes » ne sont bien sûr rien de plus que des acolytes volontaires qui répandent toutes les absurdités anti-russes que leurs « dirigeants » veulent qu'ils produisent.

Ils ne se soucient pas des faits ou de la morale. Leur seule quête est de pousser le public vers une nouvelle guerre en Europe.


Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/lestablishment-ue-otan-mene-une-guerre-hybride-contre-la-population-europeenne
#38
Psychologie sociale / Antisémique !
Last post by JacquesL - 13 Octobre 2026, 09:52:01 PM
Antisémique !

Publié le : mercredi 25 février 2026
Mots-clés : Culture; France; Justice & Droit; Médias; Opinions; Politique
Nombre de vues : 6 755
Source : E&R



Le glissement de terrain politique auquel nous assistons en France s'appuie sur un glissement sémantique utilisé quotidiennement par le principal relais du pouvoir : les médias. Si, du point de vue de la logique universelle, ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, la logique particulière d'un pouvoir illégitime suppose que ce qui se dissimule s'énonce confusément. Lorsque la réalité se dérobe sous les mots, un nouveau lexique s'impose.
 
Antisémique : Adjectif formé du radical « sème » (tiré du grec sêmeion - σημεῖον « signe », désigne chacune des unités minimales de signification dont l'addition constitue le sens d'un mot) et du préfixe « anti » (du grec ἀντί – « au lieu de, en comparaison de, contre »). Un mot antisémique désigne donc un éloignement allant jusqu'à une opposition radicale entre la signification étymologique d'un terme et la réalité qu'il sert à décrire, le plus souvent en raison d'un intérêt de la part d'une personne ou d'un groupe de personnes qui emploient ce terme. Par exemple, durant la Seconde Guerre mondiale, le mot terroriste employé par les forces d'occupation allemandes désignait des résistants pour la population en lutte contre l'occupant. De nos jours, un terroriste antisémite peut ainsi désigner un sémite vivant en Palestine luttant contre l'occupation de son territoire par des immigrés d'Europe de l'Est. Le mot antisémite peut également définir une personne opposée au sionisme, un antiraciste, un juif opposé au sionisme, etc. Dans la même logique, la philanthropie peut désigner un placement d'argent motivé par la détestation du genre humain, le mondialisme, une vision étriquée du monde...

Le caractère antisémique peut également porter sur une expression : ainsi, un espion russe peut désigner un agent du Mossad.

Par extension, des actes peuvent être antisémiques, dans la mesure où l'acteur initial n'est pas l'acteur désigné publiquement. C'est à rapprocher du terme « mensonge » ou de l'expression « opération sous faux drapeau ». Une politique peut également être dite « antisémique » lorsque les objectifs annoncés par les détenteurs de la puissance publique sont à l'opposé des objectifs réellement visés par ceux-là. Enfin, « l'antisémantisme », forme substantivée tirée de l'adjectif « sémantique » (relatif au sens, à la signification), est en constante augmentation, en raison de la confusion croissante du langage que l'on observe particulièrement en Occident, ou, pour utiliser une expression antisémique, au sein de la « communauté internationale ».

La jonction de deux termes pour former une expression peut parfois rendre cette dernière « archisémique » (du préfixe grec arkhi, lui-même tiré de Ἄρχειν, utilisé pour marquer la prééminence d'une chose). Une expression archisémique fait trop de sens et peut par conséquent nuire au langage antisémique dont use le pouvoir pour maintenir la confusion. Dans le cadre d'un régime politique à caractère antisémique, les expressions archisémiques sont donc généralement interdites et leurs auteurs condamnés.
Hyacinthe Maringot
 
https://egaliteetreconciliation.fr/Antisemique-80036.html
#39
Syrie + Iraq + Jordanie / Convergence turco-israélienne ...
Last post by JacquesL - 13 Octobre 2026, 03:51:29 PM
Convergence turco-israélienne sur le champ de confrontation syrien et le Liban fragmenté



par Mouna Alno-Nakhal

Revue de presse
Le 4 octobre 2026, le ministère des Affaires étrangères de la gouvernance d'Al-Joulani publiait le communiqué suivant1 : «La République arabe syrienne condamne avec la plus grande fermeté les violations continues commises par l'occupation israélienne contre les territoires syriens, la dernière en date étant la poursuite de son travail sur ce qui est désigné par "la ligne Sofa 53" ; ce qui constitue une violation flagrante de l'accord de désengagement de 1974 et des accords internationaux...».



Qu'est-ce que la ligne «Sofa 53» qu'Israël construit dans le sud syrien ?

Il s'agit d'une route militaire fortifiée par des terrassements, des tranchées, des postes militaires et des postes d'observation. Cette route s'étend du nord du gouvernorat de Qouneitra jusqu'à son sud, le long du plateau du Golan syrien ; certaines parties étant construites à l'intérieur de la zone tampon définie par l'accord de désengagement signé entre la Syrie et Israël en 1974. D'après les estimations les plus courantes, le projet s'étendrait sur environ 70 kilomètres. D'autres estimations parlent d'un réseau plus vaste de routes, de sites et de fortifications, dont la longueur totale dépasserait ce chiffre.

Sofa signifierait tempête en hébreu, et le nombre 53 évoquerait le 53e bataillon blindé «Sofa» appartenant à la 188e brigade de l'armée israélienne. Néanmoins, aucun document public israélien n'aurait officiellement confirmé que l'armée israélienne a adopté cette appellation pour l'ensemble du projet.2

Un projet qui s'est considérablement développé avec la chute de l'État syrien, le 8 décembre 2024, grâce à la remise du pouvoir entre les mains d'Al-Joulani et de sa cohorte de terroristes de diverses nationalités, suite à une entente internationale entre les États ennemis et alliés, lassés par «l'entêtement» du président Bachar Al-Assad à ne pas céder à leurs exigences et conseils pendant plus de 13 ans d'une guerre sans merci. Nous n'y reviendrons pas ici...


Qu'attend Israël du projet «Sofa 53» ?

Madame Leila Nicolas, professeur en Relations internationales à l'Université libanaise, a répondu à cette question dans son article publié le 6 octobre sous le titre : «Sofa 53» : comment Israël revoie sa géographie sécuritaire ?3. Ci-dessous un condensé de son analyse :

Il serait erroné de considérer que le projet «Sofa 53» dans le sud de la Syrie se limite à des fortifications défensives.

Son résultat concret est l'imposition d'une nouvelle réalité sur le terrain conférant à Israël une présence sécuritaire plus profonde et plus durable dans le sud syrien, car plus les fortifications, les routes et les sites militaires s'intègrent durablement au paysage, plus il devient difficile de les considérer comme de simples mesures temporaires liées à une situation sécuritaire passagère.

Et sa gravité réside dans le fait que «Sofa 53» est l'indicateur d'une expansion territoriale plus large qui se dessine progressivement, et qui ne se limite pas à la Syrie. En effet, ces dernières années, «la nouvelle approche sécuritaire israélienne consiste à maîtriser et à étendre son espace géographique dans les pays arabes voisins (Palestine, Liban et Syrie), et à passer progressivement d'une conception axée sur la défense des frontières à une conception intégrant l'occupation et la gestion de l'espace au-delà de celles-ci».

De même, en ce qui concerne le sud du Liban, les accords de sécurité proposés par Israël aux autorités libanaises parlent de zones de sécurité graduées ou de zones tampons de profondeur variable, en dessinant une «ligne jaune» puis une «ligne grise», ce qui ne semble pas étranger à la logique qui régit «Sofa 53» en Syrie.

Ainsi, il devient clair que ce qui unit les fronts libanais et syrien est le fait qu'Israël considère de plus en plus son front nord comme une unité stratégique intégrée.

Par ailleurs, la gravité de «Sofa 53» réside aussi dans «la rivalité d'influence entre Israël et la Turquie en Syrie» , vu la volonté d'Israël d'empêcher l'émergence d'un environnement stratégique sur lequel il n'exerce aucun contrôle. Une rivalité qui risque de dépasser le simple cadre d'une lutte de pouvoir entre les deux camps...

Au final, ce qu'Israël a entrepris à Gaza, en Syrie et au Liban met en lumière «une stratégie israélienne désormais fondée sur l'établissement de sphères d'influence et de sécurité qui précèdent et influencent les accords politiques».

Par conséquent, si le Moyen-Orient est à l'aube d'un profond remodelage géopolitique, la question fondamentale devient : «dans quelle mesure Israël peut-il pérenniser ces zones de sécurité, et dans quelle mesure les autres États et puissances régionales pourront-ils l'empêcher ou s'en accommoder ?».


Revenons sur la rivalité entre Israël et la Turquie évoquée plus haut

Si Israël grignote le sud de la Syrie sous prétexte de garantir sa sécurité avec l'intention d'étendre ses frontières jusqu'à Damas selon le prétendu cadastre divin comme l'a déclaré Bezalel Smotrich, ou selon le scénario de la chercheuse israélienne Mor Altshuler qui propose, dans le cadre de sa vision de la «profondeur stratégique» d'Israël sur le front syrien, d'assiéger la capitale syrienne en la privant de ses ressources en eau et électricité plutôt qu'en l'occupant, et à faire en sorte qu'Al-Joulani transfère son centre de pouvoir de Damas à Alep4 ; Erdogan n'a cessé de répéter que «La sécurité de la Turquie commence à Alep, Damas et Beyrouth...».5

Un deuxième prétexte sécuritaire qui fait que la Turquie a fini par dévorer le gouvernorat d'Alep, après l'avoir pillé et avoir domestiqué ses habitants à coups de massacres, de maltraitances et de pillages, commis par ses mercenaires terroristes... Le tout en parfaite connivence avec Israël, ce qui n'exclut ni la rivalité ni les menaces au cas où l'une ou l'autre des deux parties dépasserait les limites des accords sur le partage du «butin syrien».

Ainsi, lorsqu'Israël a frappé le 18 août la base aérienne d'Abou Al-Douhour située dans le nord-ouest de la Syrie, non loin de la frontière turque, il a accusé Damas d'avoir violé un accord en acceptant que des troupes turques s'y installent. Un accord avec qui, sinon avec la Turquie, qui contrôle Al-Joulani et son ministre des Affaires étrangères, Ass'ad al-Chibani, porteur de la nationalité turque, comme tant d'autres ministres du gouvernement actuel de la malheureuse nouvelle Syrie ?

En réalité, Erdogan est passé maître dans l'art du «soft power», tandis que Netanyahou multiplient ses raids aériens et use, via son armée et ses colons, d'une sauvagerie plus visible dans le sud de la Syrie, à Qouneitra, à Daraa et au-delà. Et cela, en dépit de la volonté des États-Unis d'établir un «deconfliction mechanism» entre Israël, la Turquie et la Syrie, comme annoncée par Tom Barrack, le promoteur immobilier et envoyé spécial de l'ami Trump en Syrie et en Irak tout en se mêlant de temps à autre du Liban.6

Un mécanisme censé éviter un incident avec l'armée turque engagée si efficacement dans l'Otan menée par les États-Unis, garantir la sécurité d'Israël, et «éviter une nouvelle déstabilisation de la Syrie», comme si ce pays était désormais stabilisé sous le joug des mercenaires de diverses nationalités et d'une clique de terroristes excommunicateurs des composantes de la mosaïque syrienne ne partageant pas leur idéologie meurtrière.


La Turquie et Israël ne sont donc pas des ennemis, mais des rivaux

C'est ce qu'explique plus longuement Monsieur Bassam Daw, écrivain, chercheur en sciences politiques et universitaire libanais dans un article publié ce 10 octobre sous l'intitulé : «Convergence turco-israélienne sur le champ de confrontation syrien et le Liban fragmenté» que nous traduisons ci-dessous7 :

Les rêves expansionnistes des Turcs et des Israéliens ne sont ni cachés ni à prouver. La vision «atatürkiste» des Arabes est restée inchangée depuis Kemal Atatürk jusqu'au parti d'Erdogan : l'AKP. La seule nouveauté se situe au niveau de «l'ottomanisme levantin» de ce dernier, car il est parfaitement conscient de l'impossibilité d'une expansion turque en Europe et de la restauration du rôle que l'empire ottoman a joué du sultan Mourad au sultan Soliman le Magnifique entre le XIVe et le XVIe siècle.

C'est pourquoi Erdogan a adopté l'idée d'une expansion au Levant et en Méditerranée, en sachant qu'il aura à gérer la concurrence avec l'entité sioniste, et qu'il a besoin du soutien arabe et islamique pour atteindre cet objectif. D'où son activation du slogan islamiste des Frères musulmans en pensant «adoucir» l'image de l'ottomanisme levantin, et ainsi dissimuler ses visées géopolitiques et géoéconomiques.

Ces points de convergence turco-israéliens ont mené à un changement quasi stratégique : la relation entre Ankara et Tel-Aviv est passée d'une alliance intégrée à une rivalité manifeste. Chacune des deux capitales a joué un rôle significatif dans la chute du gouvernement d'Al-Assad et, suite à son effondrement, se sont lancées dans une compétition acharnée pour se partager le butin sur le champ de bataille syrien.

Ce qui a ouvert la voie à une compétition plus vaste, s'étendant bien au-delà des frontières syriennes, afin d'exercer une influence le long de la côte méditerranéenne et dans certains pays arabes (notamment en Libye, en Irak, au Soudan et au Qatar ; NdT), redessiner la carte du Moyen-Orient, déterminer les zones d'influence dans la région, et décider qui en contrôlerait les marchés énergétiques et commerciaux.

Mais ce passage d'une alliance intégrée sous l'égide américaine à une concurrence d'intérêts, sous cette même égide, n'implique pas nécessairement un conflit armé entre les deux pays. En effet, la Turquie n'envisage pas de stratégie de confrontation avec l'entité sioniste, malgré toutes les déclarations d'Erdogan en faveur du peuple palestinien. Elle cherche à protéger ses intérêts géopolitiques et économiques, en évitant de s'aliéner les États-Unis, de quitter l'OTAN, et de s'attirer les foudres de la Russie. Elle n'est plus enthousiaste à l'idée de rejoindre une Union européenne en déclin, mais reste déterminée à jouer un rôle plus actif dans la gestion du Moyen-Orient, notamment à travers la Syrie, l'Irak et le Liban.

La relation turco-israélienne paraît donc complexe, multiforme et susceptible de réserver quelques surprises à l'avenir. En plus d'aspirer à étendre son influence afin de garantir ses intérêts commerciaux et énergétiques, la Turquie cherche à contrer l'alliance rivale entre Israël, la Grèce et Chypre en Méditerranée, tout en craignant qu'Israël ne prenne le contrôle du terrain syrien.

Et Israël refuse la présence d'une grande puissance régionale en Syrie voisine, qu'il s'agisse de la Turquie sunnite ou de l'Iran chiite. Il n'hésite pas à frapper le déploiement turc en Syrie, n'y tolère pas la consolidation du pouvoir d'Ankara après le retrait de l'Iran, et ne renonce pas à son ambition de devenir la porte d'entrée du commerce vers l'Europe.

Les ambitions expansionnistes de la Turquie (et de l'entité sioniste) sont donc de plus en plus évidentes. Ankara est désormais présente dans le nord et le centre de la Syrie, tandis qu'Israël se trouve au sud, à quelques kilomètres seulement de Damas. L'État syrien a cessé d'exister et s'est transformé en champ de confrontation où Al-Joulani, (alias Ahmed al-Charaa), maintient des communications ouvertes avec la Turquie et Israël, sous l'égide de Washington.

Cette situation a des répercussions sur le Liban actuel, car tandis qu'Israël exerce ses pressions depuis le sud du pays à travers ses exactions d'entité occupante, la Turquie cherche à exercer les siennes depuis le nord via la Syrie. Nul doute que l'expansion turque au Liban alimentera les tensions sectaires et engendrera de nouvelles divisions.

En effet, le Liban économiquement exsangue, fragmenté par des clivages nationaux et confessionnels, offre à la Turquie l'opportunité d'y jouer un rôle stratégique influent et, à travers lui, sur tout le Moyen-Orient. D'ailleurs, l'intérêt croissant de la Turquie pour le nord du Liban n'est pas le fruit du hasard.

De son point de vue, le nord de la Syrie et le nord du Liban constituent un pont géographique, et le port libanais de Tripoli est un point essentiel qu'elle cherche à «ottomaniser» de nouveau, au service de son avenir. Ce qui lui permet d'équilibrer sa rivalité avec Israël, car il est désormais évident qu'elle se perçoit comme une puissance bénéficiant de soutiens au Liban.



Finalement, le danger de cette rivalité turco-israélienne réside dans son impact sur le Liban, la Syrie et l'Irak. Mais le Liban, devenu un champ de confrontation à l'instar de la Syrie, constitue actuellement le dossier le plus chaud, d'autant plus que les autorités libanaises ne possèdent aucune stratégie de sauvetage.

Alors que Washington soutient toujours Israël et la Turquie, notre plus grande crainte, au cœur de cette tourmente qui s'intensifie, est que le Liban atteigne l'instant où les zones d'allégeance se transformeraient en entités sectaires dans le cadre du remodelage plus large du Moyen-Orient.


D'où une question :




La seule véritable alternative irakienne au détroit d'Ormuz pour l'exportation de son pétrole était la ligne vers le port turc de Ceyhan.

Maintenant que Tom Barrack a sorti la solution magique enfouie dans les tiroirs des prétendus amis de la Syrie bien avant 2011 en expliquant que la Syrie pourrait devenir une alternative au détroit d'Ormuz et à la mer Rouge, que des dizaines de milliers de barils irakiens franchissent la frontière à bord de camions-citernes à destination des ports syriens, et qu'il est question de remettre en service l'oléoduc Karkouk-Banyas ; quelle sera la réaction de la Turquie qui ne renoncera vraisemblablement pas à son monopole en tant que hub énergétique et qui doit craindre que, pour une raison ou une autre, les puissances occidentales ne construisent un axe méditerranéen capable de contourner son territoire ?


Mouna Alno-Nakhal


12/10/2026

https://reseauinternational.net/convergence-turco-israelienne-sur-le-champ-de-confrontation-syrien-et-le-liban-fragmente/

#40
Amérique / Le FBI orchestre un faux compl...
Last post by JacquesL - 13 Octobre 2026, 03:29:58 PM
Le FBI orchestre un faux complot terroriste à l'approche des élections de mi-mandat



par Kurt Nimmo

C'est la saison des «surprises d'octobre», le moment de dévoiler les faux complots terroristes avant les élections de mi-mandat. Le FBI est passé maître dans cet art, ayant monté de toutes pièces un certain nombre d'incidents terroristes après le 11 septembre 2001. Le dernier épisode en date s'est déroulé le 7 octobre, une semaine après le début d'«octobre surprise».

Sheikhdoon Abdullahi Mohamud, un Américain de 18 ans d'origine somalienne, a été inculpé pour un complot présumé visant le Mall of America. Selon Fox News, le média de propagande préféré de Donald Trump, les procureurs affirment que Mohamud aurait planifié une attaque le 24 octobre contre la «Hmong Arts Celebration» organisée dans ce centre commercial.

Les autorités fédérales ont déclaré que Mohamud aurait ciblé ce centre commercial parce qu'il appartient à une famille juive et qu'il aurait également prévu de s'en prendre à un festival hmong prévu dans ce lieu, a rapporté Fox. Le peuple hmong est un groupe ethnique dont on estime qu'il est originaire du bassin du Yangtsé, dans le sud de la Chine. Le lien entre les Hmong, les juifs et le terrorisme islamiste n'est pas clairement établi.

Le FBI a manipulé Mohamud, comme il l'a fait avec des dizaines d'autres prétendus terroristes islamistes. Le FBI a utilisé une «source humaine confidentielle» pour échanger «des centaines de messages bidirectionnels via plusieurs réseaux sociaux et applications de messagerie cryptée» avec la cible. Le FBI a déclaré que Mohamud aurait «exprimé son désir de se rendre en Somalie» pour rejoindre al-Shabaab et «se battre en son nom et/ou commettre un attentat faisant de nombreuses victimes» dans le Minnesota.

Il est avéré que le FBI fabrique de faux complots terroristes.

«Les détracteurs affirment que le FBI mène une opération d'infiltration à travers toute l'Amérique, ciblant — dans une large mesure — la communauté musulmane en attirant ses membres dans de faux complots terroristes», écrit Paul Harris pour The Guardian.

«Les bureaux du FBI chargent des informateurs de passer au crible les communautés musulmanes, de fréquenter les mosquées et les centres communautaires, et d'évoquer l'islam radical pour identifier d'éventuelles cibles sympathisantes de ces idéaux... Le leurre du FBI est une tactique largement répandue. Quelques jours après les attentats terroristes du 11 septembre, le directeur du FBI, Robert Mueller, a publié une note de service sur une nouvelle politique de "poursuite proactive — préventive"».

«Mohamud a cherché à devenir un martyr en mettant à exécution ses plans d'assassinat de civils innocents», a déclaré le FBI. Afin de donner une touche d'authenticité à cette affaire, l'agence a fourni à la cible un AK-47 de marque Norinco, quatre chargeurs, 200 cartouches, ainsi qu'un fusil Mac-90 Sporter avec des munitions de calibre 7,62 × 39.

CBS News, fondée par David Ellison, le fils de Larry Ellison d'Oracle, un «Zionaire» qui a fait don de millions de dollars à l'armée israélienne (IDF), a rapporté :

«Les autorités affirment que Mohamud "a sciemment reçu une arme à feu et des munitions" en ayant des motifs raisonnables de croire qu'elles seraient utilisées pour commettre un crime grave et un crime fédéral de terrorisme, notamment en fournissant ou en conspirant pour fournir un soutien matériel à une organisation terroriste étrangère désignée».

L'«organisation terroriste étrangère désignée» serait Harakat al-Shabaab al-Mujahideen, également connue sous le nom d'al-Shabaab, une organisation militante djihadiste wahhabite-salafiste basée en Somalie.

«Al-Shabaab, c'est avant tout une affaire d'argent, pas d'islam», a expliqué en 2015 un ancien commandant d'al-Shabaab.

Les services du renseignement kényans considèrent ce groupe terroriste comme une force agissant pour le compte des intérêts économiques arabes dans la Corne de l'Afrique et, plus largement, dans toute la région de l'Afrique de l'Est. Al-Shabaab est issu de l'Union des tribunaux islamiques (UTI), une coalition de tribunaux de la charia qui a pris le contrôle d'une grande partie du sud de la Somalie, y compris la capitale, Mogadiscio, en 2006.

«Washington et ses partenaires impérialistes se sont toujours montrés déterminés à maintenir leur emprise sur la Corne de l'Afrique, le golfe d'Aden et les régions du bassin de l'océan Indien», écrit Abayomi Azikiwe. «Cette préoccupation s'est traduite par de multiples ingérences et interventions dans les affaires intérieures de la Somalie».

Après la Seconde Guerre mondiale, la Somalie est devenue un pôle stratégique pour l'exploration pétrolière et gazière. La situation géographique stratégique de ce pays d'Afrique de l'Est, au bord de l'océan Indien, près du golfe d'Aden — l'une des voies maritimes les plus lucratives au monde —, accentue encore son rôle. Les États-Unis sont déterminés à préserver leur domination stratégique dans toute la Corne de l'Afrique, le golfe d'Aden et les territoires du bassin de l'océan Indien.

Tout le long du littoral est-africain, du sud de la Somalie jusqu'au Kenya, en passant par la Tanzanie et le Mozambique, d'importantes réserves offshore de gaz naturel et de pétrole ont été localisées. En conséquence, les multinationales et les institutions financières internationales cherchent à s'assurer le contrôle des opportunités offertes par l'extraction et la commercialisation de ces ressources énergétiques.

Pour rappel, le général Wesley Clark, général quatre étoiles à la retraite de l'armée américaine, a déclaré à Amy Goodman de Democracy Now en 2007 qu'il a pris connaissance d'une note du Pentagone décrivant comment les États-Unis allaient s'attaquer non seulement à la Somalie, mais aussi à l'Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, le Soudan et l'Iran. La Somalie est riche en uranium, minerai de fer, cuivre, gaz naturel, sel, gypse, bauxite et pétrole.

Trump a axé sa rhétorique islamophobe sur les immigrés somaliens du Minnesota, les qualifiant de «déchets», exigeant que le président somalien les récupère, y compris la citoyenne américaine et représentante du Minnesota Ilhan Omar.

«Nous pouvons suivre deux voies, et nous nous engageons sur la mauvaise si nous continuons à laisser entrer ces déchets dans notre pays», a déclaré Trump en décembre dernier.

En janvier, un responsable du département de la Sécurité intérieure a déclaré que l'administration Trump a décidé de mettre fin au programme de statut de protection temporaire (SPT) accordé à la Somalie.

«La situation en Somalie s'est améliorée au point que le pays ne remplit plus les conditions légales requises pour bénéficier du statut de protection temporaire», a déclaré la secrétaire du DHS, Kristi Noem, dans un communiqué.

En réalité, la situation continue de se détériorer, de nombreux Somaliens étant confrontés à la sécheresse, la famine, les déplacements de population, l'insécurité et une réduction de l'aide humanitaire. L'ONU prévoit qu'environ 7,7 millions de personnes — près de la moitié de la population — auront besoin d'aide humanitaire et de protection, tandis que l'UE estime que 6,5 millions de personnes sont confrontées à un niveau élevé de famine et que plus de 1,8 million d'enfants souffrent de malnutrition aiguë.

Les États-Unis mènent activement des frappes aériennes en Somalie, visant principalement al-Shabaab. Ces opérations ont suscité de graves inquiétudes quant au respect du droit international humanitaire, notamment concernant les victimes civiles. Amnesty International a recensé plusieurs cas où des frappes ont causé la mort illégale de civils.

«Le nombre de frappes américaines en Somalie a fortement augmenté après le 30 mars 2017, date à laquelle le président Trump a signé un décret déclarant le sud de la Somalie "zone d'hostilités actives"», a rapporté Amnesty.

«Les États-Unis ont discrètement intensifié leur guerre sans fin en Somalie. Depuis le 1er février 2025, l'administration Trump a lancé quatre fois plus de frappes aériennes et de drones sur les deux principaux groupes terroristes du pays, al-Shabaab et l'État islamique en Somalie, que l'administration Biden pendant ses quatre années complètes au pouvoir».

Cette «guerre éternelle» a entraîné une vaste diaspora de Somaliens déplacés. Beaucoup ont trouvé refuge aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Scandinavie, en Italie, aux Pays-Bas, en Australie et dans d'autres parties du monde, tandis que la plupart vivent dans les pays africains voisins.


Source : Ron Paul Institute via Spirit of Free Speech

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