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En Iran, les États-Unis et Israël font assaut de fanatisme militaro-religieux

Démarré par JacquesL, 07 Mars 2026, 11:01:14 PM

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JacquesL

En Iran, les États-Unis et Israël font assaut de fanatisme militaro-religieux 



par Jonathan Cook 

Dans cette épouvantable guerre non provoquée, c'est Téhéran qui mène un combat d'arrière-garde pour rétablir un peu de bon sens géopolitique. Si l'Iran perd, Dieu seul sait où Israël et les États-Unis entraîneront ensuite le monde.

L'aveu fait cette semaine le secrétaire d'État américain Marco Rubio et repris par Mike Johnson, président de la Chambre des représentants, selon lequel Israël a forcé Washington à attaquer l'Iran a provoqué à juste titre la consternation.

Au risque d'être accusé d'antisémitisme, Rubio a fait valoir que l'administration Trump n'avait d'autre choix que d'attaquer l'Iran car Israël aurait de toute façon lancé une attaque, exposant les soldats américains à des représailles.

Rubio a déclaré : «Le président a pris une décision très sage : nous savions qu'Israël allait agir, nous savions que cela précipiterait une attaque contre les forces américaines, et nous savions que si nous ne les attaquions pas de manière préventive, nous subirions des pertes plus importantes».

Rubio utilisait le terme «préventif» de manière anormale et trompeuse.

En droit international, l'agression est une application illégale de la force – le «crime international suprême», selon les principes établis en 1950 par le tribunal de Nuremberg chargé de juger les crimes de guerre. Mais il existe un facteur atténuant potentiel si l'État agresseur peut démontrer qu'il a agi de manière préventive pour prévenir une menace d'attaque plausible, immédiate et grave.

Rubio ne suggérait toutefois pas que les États-Unis avaient agi de manière «préventive» contre une menace iranienne. Il voulait dire que Washington avait agi de manière préventive pour empêcher son allié, Israël, de déclencher une série d'événements militaires qui auraient conduit à des pertes étasuniennes.

Si l'administration Trump avait vraiment agi de manière préventive, c'est Israël que les États-Unis auraient dû attaquer, pas l'Iran.


Un tigre de papier

Mais le commentaire de Rubio soulevait une autre question : pourquoi Washington n'a-t-il pas simplement interdit à Israël de déclencher une guerre contre l'Iran sans son accord ?

Après tout, Israël serait incapable de mener une quelconque attaque contre l'Iran sans le soutien crucial des États-Unis.

Israël avait besoin de l'aide des bases militaires américaines disséminées dans la région, ainsi que celle des États arabes qui hébergent ces bases.

L'attaque aurait été tout à fait inconcevable sans le soutien d'une armada massive de navires de guerre américains envoyés dans la région par Trump.

Israël ne peut résister aux représailles iraniennes que parce qu'il bénéficie de la protection des systèmes d'interception de missiles fournis et financés par les États-Unis.

Et pour couronner le tout, l'hégémonie d'Israël dans la région dépend des subventions massives des États-Unis – d'une valeur de plusieurs milliards de dollars par an – sans lesquelles son armée ne serait pas une des plus puissantes au monde.

En d'autres termes, Israël aurait été incapable de mener seul une guerre contre l'Iran. Sans les États-Unis, c'est un tigre de papier.

La remarque de Rubio suggère deux possibilités : soit les États-Unis, qui possèdent l'armée la plus puissante de l'histoire mondiale, sont sous la coupe du petit État d'Israël, soit Trump a mis volontairement son armée, la plus puissante de tous les temps, au service d'Israël.

Quoiqu'il en soit, il est difficile de concilier cela avec la promesse sans cesse réitérée de Trump de donner la priorité à l'Amérique.

C'est tellement évident que c'est probablement la raison pour laquelle Rubio a été contraint de revenir sur ses propos le lendemain. Entre-temps, Trump s'est empressé de prétendre que c'était lui qui avait forcé Israël à attaquer l'Iran, et non l'inverse.


Une folie géopolitique

La vérité la plus probable n'est pas qu'Israël ait forcé la main de Trump. C'est plutôt qu'il a été séduit par l'affirmation mensongère du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou selon laquelle une attaque contre l'Iran serait un jeu d'enfant – à condition de frapper à un moment où l'on serait sûr de tuer le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

Une pareille frappe de décapitation, a-t-on fait croire à Trump, renverrait à sa «victoire» au Venezuela, lorsqu'il a kidnappé le président Nicolas Maduro à Caracas pour le traduire en justice à New York.

Au Venezuela, le mépris flagrant du droit international par les États-Unis équivalait à pointer un fusil chargé sur la tête de la remplaçante de Maduro, Delcy Rodriguez. Faites ce que nous disons, ou le nouveau président en paiera le prix.

Netanyahou savait exactement comment vendre à Trump, encore grisé par les effluves toxiques de cette aventure illégale, l'idée qu'il pourrait répéter l'opération en Iran et pareillement obtenir tout ce qu'il voulait du successeur de l'ayatollah.

C'est pourquoi, dans cette guerre catastrophique décidée par les États-Unis et Israël, c'est Téhéran qui mène une action d'arrière-garde pour rétablir un peu de bon sens géopolitique. Si l'Iran perd, et que les États-Unis gagnent sans y laisser trop de plumes, Dieu seul sait où Israël et Washington entraîneront le monde ensuite.

Le sort du monde est réellement entre les mains de Téhéran.


L'«israëlisation» des États-Unis

Ce que l'attaque conjointe contre l'Iran démontre le plus clairement, c'est à quel point Netanyahou a réussi, au cours du dernier quart de siècle, à «israéliser» Washington et le Pentagone.

Les États-Unis ont toujours mené des guerres d'agression illégales. Ils ont toujours été davantage des gangsters que des gendarmes mondiaux. Mais les impitoyables criminels dérangés et psychopathes qui dirigeaient Washington n'avaient apparemment pas encore donné toute leur mesure.

Netanyahou y a mis bon ordre. L'israélisation des États-Unis est maintenant totale et Trump n'a plus de limites. Cela se voit partout.

Mercredi, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth – le titre traditionnel de «secrétaire à la Défense» semblait sans doute trop respectueux des lois – a cessé de faire semblant d'être une bonne personne.

Il a insisté sur le fait que les forces américaines agissaient «sans pitié» et que le régime iranien «était cuit». Les États-Unis allaient semer «la mort et la destruction 24 heures sur 24».

La veille, il avait exposé son plan d'action : «Pas de règles d'engagement stupides, pas de bourbier de reconstruction nationale, pas d'exercice de construction de la démocratie, pas de guerres politiquement correctes».

Ce n'est pas là la rhétorique traditionnelle des administrations américaines qui cherchent à afficher les valeurs supérieures de l'Occident ou prétendent mener une mission civilisatrice dans le reste du monde.

C'est la rhétorique de l'arrogance coloniale, du même militarisme médiéval qui caractérisent depuis longtemps les dirigeants israéliens.

Hegseth ressemblait beaucoup trop au général Moshe Dayan, ministre de la Défense israélien dans les années 1960. Ce dernier avait énoncé la célèbre doctrine militaire d'Israël : «Israël doit être comme un chien enragé, trop dangereux pour qu'on l'embête».


La tactique du «chien enragé»

Avant l'attaque, les États-Unis avaient passé des années à essayer d'affamer le peuple iranien pour le pousser à se soulever, tout comme Israël a enfermé et affamé le peuple de Gaza pendant quelque 16 ans, pour le pousser à renverser le Hamas.

Cette stratégie a échoué dans les deux cas. Pourquoi ? Parce qu'elle refusait de voir que les personnes maltraitées sont des êtres humains, qui choisiront toujours la liberté et la dignité plutôt que l'humiliation et la subordination.

Maintenant entraînés dans une guerre d'usure humiliante avec l'Iran, les États-Unis se déchaînent comme un «chien enragé», tout comme Israël l'a fait à Gaza, après avoir été humilié par l'évasion d'une journée du Hamas hors du camp de concentration dans lequel Israël avait emprisonné les Palestiniens de la bande de Gaza.

L'absence de «règles d'engagement» évoquée par Hegseth signifie que les États-Unis affichent désormais ouvertement que tout l'Iran est devenu une zone de tir libre, tout comme l'était Gaza.

Cela explique pourquoi l'une des premières cibles des frappes américaines et israéliennes a été une école primaire où plus de 170 personnes ont été tuées, pour la plupart des enfants de moins de 12 ans.

Selon des informations publiées même dans le journal conservateur Telegraph, les attaques américaines et israéliennes ont déjà provoqué une «apocalypse» à Téhéran. Les infrastructures civiles essentielles sont prises pour cible, telles que les hôpitaux, les écoles et les commissariats de police. Les zones résidentielles sont bombardées sans discernement, et les réserves alimentaires et médicales s'épuisent rapidement.

Rubio a promis que le pire était encore à venir.

Les États-Unis ont manifestement été gagnés par la logique perverse de la doctrine Dahiya, développée par Israël lors de ses attaques répétées contre le Liban et affinée au cours des deux ans et demi passés à Gaza.


Des ruines fumantes

La doctrine Dahiya va bien au-delà de la simple idée de guerre asymétrique inhérente à l'agression du plus fort contre le plus faible.

Selon cette doctrine, les victimes civiles ne sont plus des «dommages collatéraux» regrettables, résultant de frappes contre des cibles militaires. Au contraire, la population civile est considérée comme une cible tout aussi légitime que les infrastructures militaires.

La doctrine Dahiya a été élaborée par Israël du fait qu'il n'y avait pas d'objectifs de guerre significatifs qu'il aurait pu détruire lorsqu'il attaquait les Palestiniens qu'il contrôlait ou la résistance du Hezbollah au Liban.

Israël ne voulait pas seulement pacifier les Palestiniens. Il savait qu'il ne pouvait pas les pacifier indéfiniment, étant donné qu'il n'avait aucune intention de parvenir à un règlement politique avec eux. La fameuse solution à deux États était purement destinée au public occidental ; elle n'a jamais bénéficié d'un soutien significatif en Israël.
L'objectif d'Israël était plutôt de soumettre les Palestiniens à une violence écrasante et aveugle pour les terrifier et les forcer à fuir, dans un nettoyage ethnique de la région similaire à celui de 1948.

De même, au Liban, où la doctrine Dahiya a été mise en œuvre pour la première fois, l'objectif n'était pas de parvenir à un accord politique avec le Hezbollah par une démonstration de force. Le Hezbollah avait clairement indiqué qu'il ne se résignerait jamais à voir les Palestiniens disparaître de leur patrie.

L'objectif était d'infliger tant de souffrances au Liban que les autres sectes religieuses se retourneraient contre le Hezbollah et plongeraient le pays dans une guerre civile prolongée, laissant Israël libre de poursuivre l'expulsion – et désormais le génocide – du peuple palestinien.

Dans le cadre de la doctrine Dahiya, Israël a implicitement reconnu qu'il ne luttait pas simplement contre des militants, mais contre la société entière dont ces militants étaient issus. Il devait accepter l'idée qu'il n'y aurait ni victoire ni capitulation, au sens militaire traditionnel. Il lui fallait donc laisser derrière lui des tas de cendres fumantes.

À maintes reprises, Israël a utilisé une puissance de feu massive contre les infrastructures civiles et les zones résidentielles pour briser la volonté d'une société – et la ramener à «l'âge de pierre», pour reprendre la terminologie des généraux israéliens –, ce qui contraignait la population à consacrer toute son énergie à survivre plutôt qu'à résister.

C'est cela que Hegseth et Rubio déclarent aujourd'hui comme étant les objectifs de guerre de Washington en Iran. Une démonstration délibérée et sauvage de destruction massive sans autre but que la démonstration elle-même.


Une pathologie morbide

Ce n'est pas une stratégie gagnante, ni sur le plan militaire ni sur le plan politique. Ce n'est même pas une stratégie du tout. C'est l'expression de la pathologie morbide d'une secte.

C'est cette évidence qui explique le flot de plaintes des soldats américains à l'encontre de leurs commandants au cours des premiers jours de la guerre de Trump contre l'Iran. Il y en a eu au moins 110 jusqu'à présent, selon le reportage de Jonathan Larsen ici sur Substack.

Dans l'une d'elles, adressée à la Military Religious Freedom Foundation (MRFF), ils se plaignent qu'un commandant d'unité non combattante ait déclaré à des sous-officiers que Trump avait été «oint par Jésus pour allumer en Iran un feu qui donnerait le signal de l'Armageddon et marquerait son retour sur Terre».

Le département de la Guerre dirigé par Hegseth, un chrétien évangélique qui estime que l'Occident mène une «croisade» contre l'islam, semble faire fi des règles du premier amendement interdisant le prosélytisme au sein des forces armées.

La théocratisation des forces armées américaines n'est pas nouvelle. George W. Bush parlait déjà de «croisade» contre le terrorisme il y a près d'un quart de siècle. Mais le processus semble avoir atteint un point où les hauts gradés de la chaîne de commandement américaine font preuve d'une ferveur évangélique à l'égard d'une guerre dans laquelle Israël joue un rôle central.

Mikey Weinstein, président de la MRFF et ancien membre de l'armée de l'air qui a servi sous Ronald Reagan à la Maison-Blanche, a déclaré à Larsen que son groupe avait été «submergé» de rapports de soldats sur «l'euphorie de leurs commandants et de la chaîne de commandement quant au fait que cette nouvelle guerre «sanctionnée par la Bible» est clairement le signe indéniable de l'approche rapide de la «fin des temps» chrétienne fondamentaliste».

Dans les croyances de la «fin des temps», basées sur le Livre de l'Apocalypse, une terrible bataille entre le bien et le mal se déroule à Armageddon – un site situé dans le nord de l'Israël actuel – qui conduit au retour du Messie sur Terre et à un grand Enlèvement des chrétiens croyants pour aller au ciel avec Dieu.

Weinstein a ajouté : «Beaucoup de leurs commandants se réjouissent particulièrement de la violence de cette bataille, insistant sur le fait qu'elle doit être sanglante afin de se conformer à 100% à l'eschatologie chrétienne fondamentaliste de la fin du monde».


La parole de Dieu

Au cœur de ces croyances se trouve le rassemblement des juifs, en tant que peuple élu de Dieu, sur la terre d'Israël, une région beaucoup plus vaste que celle couverte par l'État moderne d'Israël.

Pour les fondamentalistes chrétiens tels que Hegseth et un nombre croissant de commandants américains, Israël est le catalyseur de la fin des temps.

Pour des raisons très évidentes, Israël entretient des liens étroits avec les nombreux fondamentalistes chrétiens aux États-Unis. Ceux-ci sont politiquement très actifs – leur vote a assuré la présidence à Trump – et ils considèrent Israël comme une question nationale d'une importance cruciale plutôt que comme une question de politique étrangère.

Ils souhaitent ardemment qu'Israël s'empare de vastes portions du Moyen-Orient et se moquent largement des conséquences pour les Palestiniens ou les autres peuples de la région.

Tout cela correspond parfaitement à l'idéologie défendue par Netanyahou et le commandement militaire israélien, qui a été pris en otage, il y a des années, par les mêmes fanatiques religieux extrémistes qui dirigent le mouvement violent des colons qui attaquent systématiquement les Palestiniens en Cisjordanie et leur volent leurs terres.

Alors que l'armée israélienne lançait son génocide à Gaza, Netanyahou a encouragé les soldats en leur disant qu'ils combattaient la nation d'Amalek, l'ennemi des anciens Israélites.

Dans la Bible, Dieu ordonne au roi Saül d'exterminer totalement les Amalécites, en mettant à mort tous les hommes, femmes, enfants et nourrissons, ainsi que tout le bétail.

Comme on peut le voir avec l'annihilation totale de Gaza, les soldats israéliens ont pris leur mission au pied de la lettre. Après tout, ils n'exécutaient pas seulement les ordres de Netanyahou, mais un ordre de Dieu.


Le «Choc des civilisations»

Netanyahou ne s'est pas contenté de sacraliser la guerre aveugle menée par son armée et celle des États-Unis. Il a également encouragé les sentiments racistes et antimusulmans aux États-Unis et en Europe afin de faciliter la tâche d'Israël dans sa destruction d'une grande partie du Moyen-Orient.

Il a vigoureusement promu l'idée d'un «choc des civilisations», l'idée qu'un «Occident judéo-chrétien» est engagé dans une guerre permanente générale contre la barbarie supposée du monde islamique.

La synergie entre une armée américaine sous l'emprise du fondamentalisme chrétien et une armée israélienne sous l'emprise d'un suprémacisme juif inspiré de la Bible est aujourd'hui clairement visible en Iran.

Cette machine militaire combinée n'a aucun intérêt à respecter les droits humains.

Elle ne fait aucune distinction entre les cibles civiles et militaires.

Elle donne la priorité à la sécurité de ses propres soldats – en tant qu'exécuteurs de la providence divine – plutôt qu'aux civils que ces soldats attaquent.

Et elle croit qu'en détruisant toute vie en Iran, elle fait la volonté de Dieu.

Tel est le véritable visage de la machine de guerre qui soutient la «civilisation occidentale». Telles sont les véritables valeurs pour lesquelles l'Occident se bat en Iran. Le reste n'est qu'un écran de fumée.


Source : Jonathan Cook

traduction Dominique Muselet

https://reseauinternational.net/en-iran-les-etats-unis-et-israel-font-assaut-de-fanatisme-militaro-religieux/

JacquesL

Des soldats américains ont été informés que la guerre en Iran est liée à l'«Armageddon» et au retour de Jésus



par Jonathan Larsen

Une association de défense des droits des militaires rapporte que des commandants ont tenu des propos similaires dans plus de 30 bases militaires, toutes branches confondues.

Lundi, lors d'une réunion d'information, un commandant d'unité de combat a déclaré à des sous-officiers que la guerre en Iran faisait partie du plan divin et que le président Donald Trump avait été «oint par Jésus pour déclencher l'Armageddon en Iran et marquer son retour sur Terre», selon une plainte déposée par un sous-officier.

Entre samedi matin et lundi soir, la Military Religious Freedom Foundation (MRFF) a enregistré plus de 110 plaintes similaires concernant des commandants de toutes les branches des forces armées.

Ces plaintes proviennent de plus de 40 unités différentes, réparties sur au moins 30 bases militaires, m'a indiqué la MRFF lundi soir.

La MRFF préserve l'anonymat des plaignants afin d'éviter toute représailles de la part du ministère de la Défense. Le Pentagone n'a pas immédiatement répondu à ma demande de commentaires. Un plaignant s'est identifié comme sous-officier d'une unité actuellement déployée hors de la zone de combat iranienne, mais en état d'alerte maximale, prête à être déployée à tout moment. Ce sous-officier a déclaré être chrétien et a envoyé un courriel à la MRFF au nom de 15 soldats, dont au moins 11 chrétiens, un musulman et un juif. (Le courriel complet est reproduit ci-dessous.)

Le sous-officier a écrit à la MRFF que leur commandant «nous a exhortés à dire à nos troupes que tout cela faisait partie du plan divin de Dieu et a cité de nombreux passages du livre de l'Apocalypse faisant référence à l'Armageddon et au retour imminent de Jésus-Christ».

Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a institutionnalisé le christianisme évangélique au plus haut niveau de l'armée américaine, organisant des réunions de prière mensuelles au Pentagone. L'année dernière, le Pentagone m'a confirmé que Hegseth assistait à une étude biblique hebdomadaire à la Maison-Blanche. Celle-ci est animée par un prédicateur qui affirme que Dieu ordonne à l'Amérique de soutenir Israël. Dans un courriel reçu lundi, le sous-officier affirmait que les propos de son commandant «détruisent le moral et la cohésion de l'unité et contreviennent aux serments que nous avons prêtés de respecter la Constitution».

Mikey Weinstein, président et fondateur de la MRFF, ancien de l'armée de l'air et de l'administration Reagan, m'a confié que depuis l'attaque menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran tôt samedi matin, la MRFF est «submergée» de plaintes similaires :

«Ces appels ont un point commun indéniable : nos bénéficiaires de la MRFF [les militaires qui sollicitent son aide] font état de l'euphorie débridée de leurs commandants et de leurs supérieurs hiérarchiques, qui voient dans cette nouvelle guerre «approuvée par la Bible» le signe incontestable de l'avènement imminent des «temps de la fin» fondamentalistes chrétiens, tels que décrits dans le livre de l'Apocalypse du Nouveau Testament.

Nombre de leurs commandants se réjouissent particulièrement du caractère sanglant de cette bataille, soulignant à quel point les événements doivent devenir violents pour accomplir pleinement l'eschatologie apocalyptique chrétienne fondamentaliste».

Weinstein a cité les interdictions constitutionnelles et du Code uniforme de justice militaire (UCMJ) interdisant d'introduire des croyances religieuses dans les instructions ou les messages militaires officiels.

Il a déclaré : «Tout militaire cherchant à instrumentaliser ses subordonnés en instrumentalisant ses fantasmes nationalistes chrétiens sanglants lors de cette dernière attaque contre l'Iran, non autorisée par le Congrès, devrait être poursuivi sans délai, avec fermeté et de manière publique».

Weinstein a ajouté que la MRFF reçoit des plaintes similaires concernant l'eschatologie chrétienne – la théologie de la fin du monde – «chaque fois que ce conflit éclate avec Israël au Moyen-Orient». Après l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, le MRFF a par exemple rapporté une plainte concernant un commandant de l'armée de l'air qui avait déclaré lors d'un briefing : «La guerre entre Israël et le Hamas a été entièrement prédite par le livre de l'Apocalypse dans l'Évangile de Jésus-Christ et personne ne peut rien y faire».

Après le 11 septembre, le président George W. Bush a évoqué la «croisade» américaine contre le terrorisme, faisant référence aux affrontements antiques entre croisés chrétiens et musulmans. Les propos de Bush ont été perçus comme susceptibles d'inciter les musulmans à prendre les armes contre les États-Unis, si ces derniers se proclamaient une armée chrétienne en guerre contre l'islam.

Le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, a déclaré : «Il faut éviter de tomber dans ce piège monstrueux» tendu par Al-Qaïda avec les attentats du 11 septembre. Bush a abandonné le terme «croisade». Bien que le nationalisme chrétien couve au sein de l'armée depuis des décennies, Hegseth a mis fin même à la prétention d'une intolérance officielle à son égard. Trump, lui aussi, s'est érigé en champion de l'exception chrétienne, l'intégrant aux différentes instances du pouvoir exécutif.

Comme je l'ai révélé l'an dernier, Hegseth finance l'étude biblique hebdomadaire de la Maison-Blanche, qui prône le soutien à Israël.

Certains chrétiens affirment que les prophéties bibliques exigent l'existence d'Israël pour que Jésus revienne. Or, le responsable des études bibliques de Hegseth, le prédicateur Ralph Drollinger, enseigne que la raison de soutenir Israël est que Dieu bénit toujours ses alliés et maudit ses ennemis, même si Israël a tué Jésus (cette calomnie, racine historique de l'antisémitisme, a été rejetée par toutes les grandes religions).

Après l'attaque israélienne contre l'Iran l'année dernière, Drollinger a consacré deux semaines de cours à prêcher le soutien à Israël. Ses cours ont été dispensés aux membres du cabinet de la Maison-Blanche et aux membres du Congrès, alors même qu'Israël faisait pression pour un engagement américain.

Hegseth a également instauré des séances de prière mensuelles, la plus récente ayant accueilli Doug Wilson, nationaliste chrétien d'extrême droite. Il a aussi invité d'autres prédicateurs de son entourage, refusant toute tentative d'œcuménisme.

Hegseth lui-même prend la parole lors de ces réunions, prêchant ses convictions religieuses personnelles. «C'est... je crois, exactement là où nous devons être en tant que nation, en ce moment», aurait déclaré Hegseth, «en prière, à genoux, reconnaissant la providence de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ».

Si la MRFF est historiquement parvenue à faire obstacle aux ingérences chrétiennes dans l'armée, l'administration Trump affiche un mépris manifeste des normes et du droit militaires. Reste à savoir si, et comment, la christianisation massive de la guerre en Iran sera combattue par les responsables du Pentagone, ou par les défenseurs politiques et juridiques des valeurs laïques.

*

Courriel d'un sous-officier à MRFF

(Texte expurgé par MRFF)

De : (Sous-officier militaire en service actif et adresse courriel du client MRFF masquée)

Objet : Briefing sur l'état de préparation au combat de l'unité et Armageddon

Date : 2 mars 2026 à 13h02 :53 MST

À : Information Weinstein

Monsieur Weinstein, je vous remercie d'avoir pris mes appels et ceux de certains de mes collègues concernant les événements survenus ce matin au sein de notre unité de combat.

Veuillez préserver mon anonymat ainsi que celui des personnes au nom desquelles je m'exprime, comme nous l'avons évoqué.

Notre unité ne se trouve pas actuellement dans la zone de responsabilité des attaques iraniennes, mais nous sommes en alerte et prêts à intervenir. Nous pourrions donc être déployés à tout moment pour participer aux opérations de combat et les renforcer.

Je suis (grade de sous-officier masqué) au sein de notre unité. Ce matin, notre commandant a ouvert le briefing sur l'état de préparation opérationnelle en nous exhortant à ne pas avoir peur de ce qui se passe actuellement dans nos opérations en Iran. Il nous a incités à dire à nos troupes que tout cela faisait partie du plan divin de Dieu et a cité de nombreux passages du livre de l'Apocalypse évoquant l'Armageddon et le retour imminent de Jésus-Christ. Il a déclaré que «le président Trump a été oint par Jésus pour déclencher l'Armageddon en Iran et marquer son retour sur Terre». Son large sourire en disant cela a rendu son message encore plus absurde. Notre commandant est probablement un fervent partisan du christianisme. Il est ainsi depuis longtemps et souhaite que tous ses subordonnés deviennent chrétiens comme lui. Mais ce qu'il a dit ce matin était tellement déplacé et inacceptable qu'il a choqué nombre d'entre nous présents au briefing. Outre mon propre cas, je contacte la MRFF au nom de 15 de mes camarades. Je sais que vous m'avez interrogé sur les convictions religieuses des membres de notre groupe qui ont sollicité l'aide de la MRFF. Je peux seulement vous dire que je suis chrétien et qu'au moins dix autres personnes le sont également. L'une d'entre elles est juive et une autre musulmane. J'ignore pour l'instant la situation religieuse des trois autres.

Mes camarades et moi-même savons qu'il est totalement inadmissible de subir les propos tenus aujourd'hui par notre commandant. Il ne s'agit pas seulement de la séparation de l'Église et de l'État, comme nous l'avons évoqué au sujet de Weinstein. Il s'agit du fait que notre commandant se sent pleinement soutenu et justifié par l'ensemble de la hiérarchie (nom de l'unité de combat non divulgué) pour imposer sa vision apocalyptique d'une attaque contre l'Iran à ceux d'entre nous qui sont sous ses ordres.

J'espère qu'en vous envoyant ce courriel, nous pourrons mettre en lumière ces agissements répréhensibles qui sapent le moral et la cohésion de l'unité et qui constituent une violation des serments que nous avons prêtés de respecter la Constitution.

*

Déclaration complète du président de la MRFF, Mikey Weinstein

Depuis le début de la guerre non provoquée menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, samedi matin dernier, la Military Religious Freedom Foundation (MRFF) a été littéralement submergée d'appels à l'aide désespérés de militaires de toutes les branches, organisations et spécialités militaires. Plus de 100 appels ont déjà été reçus et d'autres continuent d'affluer.

Ces appels ont un point commun indéniable : nos clients de la MRFF rapportent l'euphorie débridée de leurs commandants et de leurs hiérarchies quant à la manière dont cette nouvelle guerre «approuvée par la Bible» est présentée comme le signe indéniable de l'approche précipitée des «Temps de la Fin» chrétiens fondamentalistes, tels que décrits avec force détails dans le livre de l'Apocalypse du Nouveau Testament.

Nombre de leurs commandants se réjouissent particulièrement de la violence de cette bataille, soulignant à quel point tout cela doit devenir sanglant pour accomplir pleinement l'eschatologie apocalyptique chrétienne fondamentaliste.

La Military Religious Freedom Foundation exige que tout le personnel du Département de la Défense (et non du Département de la Guerre) se souvienne et intègre pleinement que les serments qu'ils prêtent ne sont ni au narcissique, ni au sociopathe, ni à l'odieux Trump, ni au petit Pete Kegseth, ni à Jésus-Christ. Au contraire, leur serment est UNIQUEMENT envers la Constitution des États-Unis, qui garantit la séparation absolue de l'Église et de l'État dans le Premier Amendement et n'impose AUCUN «test religieux» quelconque, aussi abject soit-il, dans l'article VI, paragraphe 3.

Tout militaire qui chercherait à abuser de la confiance de ses subordonnés en instrumentalisant ses fantasmes nationalistes chrétiens et sanguinaires lors de cette dernière attaque contre l'Iran, non approuvée par le Congrès, devrait être poursuivi sans délai, avec la plus grande fermeté et de manière publique pour de nombreuses violations du code pénal militaire, connu sous le nom de Code uniforme de justice militaire.

Vous savez, ce même code pénal en vertu duquel le secrétaire «Kegseth» tente de poursuivre le sénateur de l'Arizona, Mark Kelly, pour avoir simplement conseillé à des militaires de ne pas obéir à des ordres illégaux ; comme ordonner à des subordonnés impuissants de reconnaître que la guerre contre l'Iran a été approuvée par la version fondamentaliste et nationaliste chrétienne de notre Seigneur et Sauveur et du Nouveau Testament dans le but précis de provoquer la fin du monde et d'inaugurer le règne millénaire de Jésus-Christ.


Source : Jonathan Larsen via Le Grand Soir

Photo d'illustration : Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a affirmé à tort, lors du petit-déjeuner de prière de la Fellowship Foundation le 5 février 2026, que l'Amérique avait été fondée comme une nation chrétienne. (Capture d'écran / vidéo C-SPAN.)

https://reseauinternational.net/des-soldats-americains-ont-ete-informes-que-la-guerre-en-iran-est-liee-a-larmageddon-et-au-retour-de-jesus/