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Ce à quoi l’OCS est réellement confrontée

Démarré par JacquesL, 05 Septembre 2026, 09:58:48 PM

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JacquesL

Ce à quoi l'OCS est réellement confrontée



par Pepe Escobar

Le 25e sommet annuel de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Bichkek, au Kirghizistan, n'a peut-être pas été aussi spectaculaire que celui de l'année dernière à Tianjin, en Chine, mais il n'en reste pas moins remarquable à plusieurs égards essentiels.

La Déclaration finale de Bichkek était certes d'une diplomatie extrême. Mais ses points principaux n'auraient pas pu être soulignés avec plus de clarté.

Les membres de l'OCS condamnent à l'unanimité l'attaque américaine contre l'Iran ; soutiennent la réforme du système financier international ; s'engagent à faire de l'OCS un acteur clé dans les débats sur les questions mondiales ; réfutent les deux poids deux mesures en matière de terrorisme ; s'opposent à toute ingérence dans la souveraineté des États ; et réaffirment l'indivisibilité de la sécurité.

On peut y voir un manifeste eurasien concis — qui contraste fortement avec un «Empire du Chaos» en plein désarroi.

Parmi la vingtaine de documents signés à Bichkek, l'un d'entre eux se distingue particulièrement : il régit le Centre universel de lutte contre les défis et les menaces en matière de sécurité pesant sur les États membres de l'OCS. En d'autres termes : un mécanisme destiné à contrer les guerres hybrides — et ouvertes — menées par l'empire.

De plus, l'Iran, membre à part entière de l'OCS, a souligné la nécessité urgente de mettre en place à la fois une banque de développement et un consortium énergétique.

Il est très instructif de se rappeler une fois de plus comment les deux principales superpuissances de l'OCS, la Russie et la Chine, envisagent la construction complexe mais inexorable de ce qui équivaut à un nouveau système de relations internationales.

Le président Poutine a fait remarquer qu'aujourd'hui, «l'OCS est de fait la plus grande association régionale non seulement sur notre continent eurasien commun, mais aussi dans le monde entier. Ses États membres abritent près de la moitié de la population mondiale et représentent plus d'un tiers du PIB mondial».

Alors que les échanges commerciaux et les investissements mutuels ne cessent de croître dans toute l'Eurasie, Poutine a souligné que «les échanges commerciaux de la Russie avec les pays de l'OCS ont dépassé les 400 milliards de dollars en 2025, tandis que nos États recourent de plus en plus aux monnaies nationales pour leurs règlements mutuels. Dans les transactions de la Russie avec les membres de l'OCS, leur part dépasse désormais 98%».

C'est un niveau bien plus avancé que celui des BRICS — l'autre grande organisation multilatérale moteur de la multipolarité — dont le sommet annuel se tiendra dans moins de deux semaines à New Delhi.

Faisant écho au soutien iranien, Poutine a souligné que la Banque de développement de l'OCS proposée était «en cours de création» : elle devrait être «aussi indépendante que possible des systèmes financiers des États qui utilisent les instruments économiques comme des armes pour obtenir des avantages unilatéraux dans les affaires internationales».



Cela signifie que la Banque de développement de l'OCS devrait être bien plus indépendante que la BND, la banque des BRICS, dont les statuts sont liés au dollar américain. Nous en sommes déjà à un stade avancé des consultations multilatérales concernant la charte de la banque, le montant de son capital et sa structure de gouvernance.

Vient ensuite le domaine de l'énergie : Poutine a mis en avant la Stratégie de coopération énergétique de l'OCS, qui devrait être mise en œuvre dans les moindres détails jusqu'en 2030.


Le tripode qui ancre la géoéconomie chinoise

Comparons maintenant cela avec le président Xi Jinping, qui a d'emblée affirmé sa volonté de développement économique et de «prospérité partagée» : «Nous devons prôner une mondialisation économique universellement bénéfique et inclusive, consolider la coopération dans des domaines traditionnels tels que le commerce, l'investissement, la connectivité, l'énergie et les ressources, et étendre la coopération à des domaines émergents tels que l'intelligence artificielle, l'économie numérique, l'industrie verte et l'exploitation minière verte».

Xi a développé ce qui avait été annoncé l'année dernière à Tianjin, définissant l'OCS comme «un domaine prioritaire pour promouvoir une coopération de haute qualité dans le cadre de l'Initiative Ceinture et Route et pour mettre en œuvre l'Initiative mondiale pour le développement».

Voilà donc le tripode qui sous-tend la politique géoéconomique chinoise : l'OCS, les Nouvelles Routes de la Soie et l'Initiative mondiale pour le développement. Dans la pratique, il s'agit également du plan directeur d'un nouveau système de relations internationales.

Dans le cadre de cette initiative, Xi a mentionné le Forum de l'économie numérique de l'OCS, l'Exposition agricole de l'OCS, un «centre international de coopération en matière d'applications de l'IA avec les autres pays de l'OCS», ainsi que l'augmentation «de la capacité installée de l'énergie photovoltaïque et éolienne de 10 millions de kilowatts chacune» et la mise en œuvre de «100 projets de coopération technologique avec d'autres pays de l'OCS au cours des trois prochaines années».



La Chine insiste fermement sur la priorité accordée au «dialogue et à la consultation», ainsi qu'à une «gouvernance plus équitable et plus ordonnée». Le principe fondamental est le suivant : «Tous les pays, quelle que soit leur taille, sont égaux, et les affaires régionales doivent être discutées par tous les pays afin de surmonter les divergences et de parvenir à un consensus».

L'Occident, collectif mais fragmenté, ne peut tout simplement pas accepter un nouveau système qui condamne résolument les sanctions unilatérales, le protectionnisme commercial et ce qui revient à une fragmentation en blocs. Au contraire, l'OCS, tout comme les BRICS et l'Initiative Ceinture et Route (BRI), sont des fervents partisans de la connectivité.

Cela va du Corridor international de transport Nord-Sud (INSTC), qui relie trois pays de l'OCS et des BRICS (la Russie, l'Iran et l'Inde), à la construction de la ligne ferroviaire Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan, en passant par des gazoducs transfrontaliers tels que «Power of Siberia», ainsi qu'un ensemble de pôles logistiques et de bases d'énergie verte à l'échelle de l'Eurasie.


Construction d'un pont le long de la ligne ferroviaire Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan à Jalalabad, au Kirghizistan, août 2026

Les moments forts de Bichkek ont une nouvelle fois été les rencontres bilatérales, en particulier celles impliquant le nouveau RIC (Russie, Iran, Chine). L'interconnexion au sein de l'OCS ne saurait être plus évidente qu'à travers l'INSTC, qui achemine les marchandises russes — pétrole, gaz, fret — à travers la mer Caspienne, l'Iran et le golfe Persique jusqu'en Inde, l'un des plus grands marchés de la Russie.

La beauté de l'INSTC réside dans le fait que trois pays membres des BRICS et de l'OCS peuvent effectuer l'intégralité de leurs échanges commerciaux sans passer par un seul point d'étranglement susceptible d'être fermé par Washington. À cet égard, l'Iran joue le rôle de «porte sud» de la Russie dans le cadre d'une stratégie visant à contrer l'endiguement occidental.



Comme on pouvait s'y attendre, aucune fuite n'a eu lieu ; mais la guerre contre l'Iran — membre à part entière de l'OCS — a été le sujet principal de la plupart des rencontres bilatérales. Poutine a directement confirmé que la Russie aidait l'Iran à faire face au blocus naval imposé par Trump : «Nous admirons le courage des Iraniens dans cette guerre. Nous essayons de vous fournir l'aide nécessaire. Nous en avons discuté et nous vous fournirons les marchandises nécessaires».


Suivre l'argent : une feuille de route pour l'OCS

Sergueï Glaziev, sans doute le plus éminent économiste russe et actuellement chargé de gérer les relations entre l'État de l'Union Russie-Biélorussie, a mis le doigt sur l'objectif que l'OCS devrait se fixer désormais : «La menace de Washington de couper les partenaires de l'Iran du dollar est une opportunité. La solution réside dans une monnaie numérique souveraine de règlement — adossée d'abord à l'or, puis à un panier de matières premières — afin que les échanges commerciaux de l'OCS ne transitent plus par le système de paiement de l'OTAN».


Sergey Glazyev s'exprime lors d'une session consacrée à un système monétaire et financier international alternatif au Forum économique de l'Est, en 2023.

Glazyev souligne que pour la Russie, «le lien avec le système du dollar n'est maintenu que par la direction de la Banque centrale, qui, pour une raison quelconque, continue de coter cette devise et d'y libeller le taux de change du rouble ; pour les autres États de l'OCS, une telle «déconnexion» paralyserait une partie significative de leurs opérations économiques extérieures. C'est le moment idéal pour présenter une proposition visant à introduire une monnaie numérique mondiale de règlement, ce que les experts russes préconisent depuis longtemps».

Glazyev fait directement référence au projet UNIT, dont j'ai révélé l'existence il y a plus de deux ans : il s'agit essentiellement d'un «stablecoin adossé à l'or». L'UNIT «a été présenté en marge du sommet des chefs d'État des BRICS de l'année dernière, dont la prochaine réunion aura lieu dans deux semaines».

Glazyev a lui-même proposé «une monnaie numérique de règlement indexée sur deux paniers : des matières premières négociées en bourse (double panier) et les devises des pays participant à ce système de paiement». Ce serait «la réponse évidente à la menace américaine de «déconnecter du système du dollar» les pays qui commercent avec l'un des membres de l'OCS».



Et le temps presse : «Tout retard supplémentaire [...] risque d'entraîner de graves pertes économiques pour tous les pays commerçant avec l'Iran, à l'exception de la Russie. La Chine, l'Inde et d'autres États de l'OCS ont désormais également un intérêt dans cette affaire [...] L'arme du dollar est le dernier instrument de l'empire. Le règlement par l'OCS en dehors de ce système est la réponse».

Le professeur Michael Hudson, pour sa part, se concentre sur ce qui est sans doute la question la plus importante : la dette. Le «stock existant de dettes libellées en dollars», selon lui, doit être effacé. Et la réponse, une fois encore, doit venir de la Russie et de la Chine :

«Si la Russie et la Chine doivent fournir le crédit nécessaire à leurs partenaires commerciaux et d'investissement, notamment ceux de l'Initiative Ceinture et Route, il serait déraisonnable que leur soutien soit détourné pour rembourser les détenteurs d'obligations étrangers au titre de l'énorme arriéré de prêts qui a freiné la croissance des pays les plus gravement touchés par la guerre du pétrole menée par les États-Unis, laquelle est à l'origine de l'instabilité commerciale et financière internationale actuelle».

Le professeur Hudson envisage rien de moins qu'un nouvel ordre économique financé en grande partie par les membres de l'OCS et des BRICS : la Chine, la Russie... et l'Iran : «Cela peut être réalisé si les créanciers prennent une participation au capital des économies des pays dont ils financeront les infrastructures publiques par le biais de programmes tels que l'Initiative Ceinture et Route chinoise».


L'économiste américain Michael Hudson soutient qu'un nouveau système financier eurasien doit s'attaquer à l'arriéré existant de dette libellée en dollars.

Il s'agit avant tout de prêts à des fins productives — et non d'escroqueries qui obligent les pays à rester prisonnières de la dépendance à l'égard de la dette. Les pays les plus vulnérables sont «les pays dépendants du pétrole et en déficit alimentaire. L'Asie et le Sud mondial. Ils devront compter sur le crédit de la Russie et de la Chine, et contracter des dettes auprès de l'Iran qui pourraient être garanties par la Chine».

C'est réaliste, affirme le professeur Hudson, car «le système d'aide visant un bénéfice mutuel productif compensera la Chine et la Russie».

Glazyev et Hudson proposent tous deux des solutions concrètes. Nous n'en sommes pas encore là. Mais l'OCS — et sans doute les BRICS — y travaillent.


Pepe Escobar

Source : Geopolitics Prime

https://reseauinternational.net/ce-a-quoi-locs-est-reellement-confrontee/

JacquesL

La Déclaration de Bichkek : Le document que l'OCS a signé et pourquoi la signature de l'Inde est importante

Publié le septembre 5, 2026 par Wayan

Par Larry C Johnson – Le 2 septembre 2026 – Source Son of the new American revolution



L'Organisation de coopération de Shanghai a clôturé son 26e sommet des chefs d'État, à Bichkek le 1er septembre, par une déclaration commune – la Déclaration de Bichkek – programmée pour le 25e anniversaire du bloc et signée par les dirigeants des dix États membres : Russie, Chine, Inde, Pakistan, Iran, Biélorussie, Ouzbékistan, Kazakhstan, Tadjikistan et le pays hôte, le Kirghizistan. Il s'agit d'un long texte anniversaire, adopté aux côtés de quelque 28 autres documents finaux et amendements à la Charte de l'OCS, et son libellé sur la guerre en Iran est sans ambiguïté. Mais le fait le plus important de la déclaration n'est pas ce qu'elle dit. Le plus important est qui l'a signée. L'Inde de Narendra Modi – un membre du Quad, un partenaire stratégique des États-Unis et un pays que la même déclaration protège implicitement contre les tarifs douaniers de Washington – a mis son nom sur un texte condamnant l'action militaire américaine et israélienne, pleurant un dirigeant suprême iranien décédé et rejetant l'architecture de sanctions que les États-Unis ont construite. Cette signature est le fait historique.

Ce que dit la déclaration


Sur la guerre, l'OCS a condamné les frappes militaires sur le territoire iranien qui, selon elle, ont causé de nombreuses victimes civiles et des dommages importants à l'économie iranienne, qualifiant ces frappes de violations du droit international et de la Charte des Nations Unies qui ont créé de graves risques pour la paix et la sécurité internationales. L'organisation a exprimé ses condoléances pour la mort du Guide suprême Seyyed Ali Khamenei, assassiné pendant cette guerre, a réaffirmé son soutien à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Iran et a appelé à la résolution du conflit uniquement par des moyens politiques et diplomatiques. Elle a parlé de Gaza, rappelant qu'un règlement global et juste de la question palestinienne est la seule voie vers la stabilité dans la région.

Sur les sanctions, sans nommer les États-Unis, les membres se sont opposés aux "mesures coercitives unilatérales" incompatibles avec les règles de l'ONU et de l'OMC et préjudiciables à l'économie mondiale ; un langage qui couvre simultanément les sanctions américaines contre l'Iran, les sanctions occidentales contre la Russie et la pression douanière sur l'Inde. Sur la question nucléaire, ils ont soutenu directement la position de l'Iran, affirmant le "droit inaliénable" de chaque membre à utiliser l'énergie nucléaire pacifique et déclarant que les mesures restreignant ce droit sont contraires au droit international.

Le reste est un échafaudage familier de l'OCS, plus lourd pour cet anniversaire: un système commercial multilatéral ouvert et non discriminatoire; la mise en œuvre des stratégies de coopération économique et énergétique de l'OCS jusqu'en 2030 ; une poussée pour réformer la gouvernance mondiale vers un ordre multipolaire qui "exclut les systèmes basés sur des blocs et conflictuelles"; l'utilisation responsable de l'intelligence artificielle ; et la condamnation rituelle des "trois maux" que sont le terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme, en insistant sur le fait que les "doubles standards" dans la lutte contre le terrorisme sont inacceptables. Le Pakistan assumera la présidence tournante pour 2026-27 et accueillera le sommet de 2027 à Islamabad.


De la Knesset à Bichkek : l'anatomie d'un renversement

Interpréter la signature de l'Inde comme étant une simple couverture est la sous-estimer. Six mois plus tôt, Modi avait fermement planté l'Inde dans le camp opposé ; et le texte de Bichkek inverse, presque ligne pour ligne, la position qu'il avait prise en février.

Les 25 et 26 février 2026, Modi a effectué une visite d'État en Israël : le premier Premier ministre indien à s'adresser à la Knesset, honoré de la Médaille du Président en tant que premier dirigeant étranger à la recevoir, présidant à l'élévation de la relation Inde-Israël à un « partenariat stratégique spécial » avec 27 contrats bilatéraux et une piste de coproduction de défense. Deux jours après son départ, le 28 février, les États-Unis et Israël recommençaient leur guerre contre l'Iran. La réponse de l'Inde a été un silence flagrant : elle n'a pas condamné les frappes contre la souveraineté iranienne et elle n'a pas cautionné le meurtre du guide suprême iranien. New Delhi a réduit à zéro son financement pour le port de Chabahar dans le budget 2026-27 sous la pression des États-Unis, a laissé le commerce bilatéral avec l'Iran s'effondrer et n'a offert qu'une réaction "humanitaire" discrète lorsqu'une frégate iranienne revenant d'exercices conjoints avec l'Inde a été coulée près du Sri Lanka. Les commentateurs ont résumé le moment directement ; Modi avait fermement placé l'Inde dans le camp israélo–américain, tandis que les critiques indiens appelèrent cela une capitulation stratégique. Parmi les partenaires indiens des BRICS et de l'OCS, la Russie, la Chine et l'Iran surtout, le basculement a suscité une réelle méfiance.

Ce qui a fait reculer l'Inde, c'est le pétrole. L'Inde importe environ 85% de son carburant et achemine une grande partie de son brut et de son GNL par le détroit d'Ormuz. A cause du mur douanier américain de 50% – dont la moitié était prélevée explicitement pour punir les achats de brut russe – New Delhi avait passé le début de 2026 à réduire ses importations russes et à s'appuyer sur les fournisseurs du Golfe, un discret alignement sur Washington. La guerre en Iran a fait exploser cet arrangement : la perturbation d'Ormuz a resserré l'approvisionnement, les prix ont bondi, la roupie a été mise sous pression et Modi en a été réduit à exhorter les citoyens à économiser du carburant. Les barils du Golfe devenant soudainement peu fiables et les taxes douanières de Washington rendant l'alignement coûteux de toute façon, l'Inde s'est retournée vers le brut russe à prix réduit par simple nécessité énergétique. Comme l'a dit un analyste, le choc énergétique a modifié les alignements de l'Inde ; l'inclinaison vers Washington a cédé la place à un retour familier, et motivé par les intérêts, vers Moscou.

Modi misait sur les deux chevaux à la fois, mais ils se sont opposés. L'influente diaspora indo-américaine, qu'il avait assidument courtisée, s'aligne confortablement sur une posture pro-américaine et pro-israélienne ; en face s'opposent les quelque dix millions d'Indiens travaillant dans le Golfe et une opinion nationale pour qui l'image de l'Inde embrassant Israël, en pleine guerre, est devenue un handicap politique que l'opposition a utilisé promptement. La sécurité énergétique et l'attraction du Golfe et du Pays l'ont emporté.

De ce point de vue, la signature de Bichkek est l'achèvement visible de ce demi-tour. La déclaration a obligé l'Inde à condamner les frappes qu'elle avait refusé de condamner en février et à pleurer le guide suprême qu'elle avait refusé de pleurer. La signature se lit donc moins comme une conversion que comme une correction ; un retour au centre multi-aligné motivé par les intérêts après que l'expérience de six mois dans le camp israélo-américain se soit avérée trop coûteuse.

C'est là que l'autonomie stratégique, et non l'alignement, devient la seule description cohérente, et c'est une distinction importante pour quiconque est tenté d'appeler l'OCS un front anti-américain consolidé. L'Inde se penchera vers Washington et Jérusalem lorsque les conditions seront réunies et se tournera vers Moscou et les pays du Sud lorsque son énergie et sa position l'exigeront, pliant chaque forum à ses propres positions plutôt que d'adopter le point de vue de quiconque. Modi a passé le sommet de Bichkek à prouver ce point alors même qu'il a signé le consensus : il a exigé la fin des "doubles standards" sur le terrorisme dans un langage que chaque observateur a lu comme visant le Pakistan, puis assis à la même table et sur le point de prendre la présidence de l'OCS, il a insisté sur le fait que les projets de connectivité respectent la souveraineté et l'intégrité territoriale, le refus permanent de l'Inde de bénir la Route de la soie chinoise et son trajet qui passe par un territoire revendiqué par l'Inde ; et il a directement demandé à Poutine de passer d'une guerre sans fin à une cessation des hostilités en Ukraine plutôt que de faire écho à Moscou.

Et le timing n'est pas accessoire. L'Inde accueillera le 18e sommet des BRICS à New Delhi les 12 et 13 septembre – dix jours après Bichkek – en tant que président des BRICS pour 2026, avec Poutine confirmé et Xi et Pezeshkian attendus. Un dirigeant ne peut pas contrarier les collègues qu'il s'apprête à recevoir, donc une partie de la signature de Bichkek est simplement la tactique d'un hôte gardant sa position intacte en prévision de sa propre réception. Pourtant, l'Inde a délibérément axé sa présidence des BRICS sur la résilience et la coopération — un cadre choisi pour se concentrer sur le résultat plutôt que sur la confrontation. Tout réside est dans ce fossé : l'Inde a signé le document de l'OCS tout en éloignant délibérément son propre sommet des BRICS de la confrontation. La déclaration de New Delhi du 13 septembre sera le meilleur test pour savoir où en est réellement l'Inde et si la correction qui a commencé à Bichkek perdurera.


Le poids de l'énergie derrière la déclaration

Le communiqué d'un bloc vaut autant que la puissance matérielle qui le sous-tend, et sur le pétrole, les dix membres de l'OCS ont plus de poids que le cadre de cet "atelier régional de discussion" ne le suggère. Pris ensemble, et en utilisant les chiffres les plus récents de 2026, les États membres produisent de l'ordre de 21 à 23 millions de barils par jour de brut et de condensat, soit environ un cinquième de la production mondiale. Face à la production de brut de l'OPEP d'environ 27 à 28 millions de barils par jour, les membres de l'OCS produisent près de 80% de ce que l'ensemble du cartel de l'OPEP pompe.



Quatre mises en garde affinent plutôt qu'adoucissent l'image. Premièrement, l'Iran se trouve dans les deux organisations – c'est le seul pays qui est à la fois membre de l'OCS et membre de l'OPEP – de sorte que les deux blocs ne sont pas clairement séparables ; enlevez l'Iran pour éviter le double comptage et l'OCS produit encore environ les deux tiers du volume de l'OPEP. Deuxièmement, la Russie à elle seule, avec près de 11 millions de barils par jour, produit environ 40% de l'ensemble de l'OPEP combinée et est le centre gravitationnel du poids énergétique de l'OCS. Troisièmement, les chiffres sont inhabituellement faibles cette année parce que la guerre a réduit la production iranienne et étranglé à plusieurs reprises les flux du Golfe traversant Ormuz – le brut et les liquides transitant par le détroit sont passés d'environ 21,6 millions de barils par jour avant le conflit à moins de 5 millions au deuxième trimestre de 2026 – de sorte que la production régionale réelle a basculé bien en deçà de sa capacité. Quatrièmement, et le plus révélateur, plusieurs des poids lourds du Golfe de l'OPEP – l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït – ne sont pas des membres de l'OCS mais des partenaires de dialogue de l'OCS, attirés dans l'orbite de l'organisation depuis 2023. Le bloc qui vient de défendre l'Iran et de condamner la guerre Américano-iranienne attire progressivement les producteurs du Golfe dont dépend l'OPEP.

L'asymétrie la plus profonde est que l'OPEP est un cartel d'approvisionnement, tandis que l'OCS couvre les deux extrémités du marché pétrolier. Ses membres comprennent non seulement la Russie, l'Iran et le Kazakhstan du côté de la production, mais aussi la Chine et l'Inde – le plus grand et le troisième importateur mondial de brut – du côté de la demande. Aucun autre groupement ne regroupe à la fois les vendeurs et les plus gros acheteurs de pétrole sous un même toit, et les engagements de la déclaration en faveur d'une stratégie de coopération énergétique de l'OCS à l'horizon 2030, d'un Consortium énergétique proposé par l'OCS et d'un règlement élargi en monnaies nationales sont les premières décisions allant dans cette direction : un bloc producteur-consommateur qui pourrait, au fil du temps, fixer et effectuer une part significative du commerce énergétique eurasien en dehors du dollar et en dehors du mandat de l'OPEP. Cette ambition est loin d'être réalisée. Mais c'est le fait matériel qui donne à un communiqué anniversaire plus de poids que son style passe-partout ne le suggère.

La Déclaration de Bichkek est, à première vue, une déclaration prévisible de griefs eurasiens : condamner les frappes contre l'Iran, défendre les droits nucléaires de l'Iran, rejeter les sanctions occidentales, appeler à un ordre multipolaire. Ce qui l'élève au-dessus du classique, c'est la combinaison du signataire et de la substance qui le sous-tend. L'Inde a signé un texte qui condamne les frappes contre l'Iran qu'elle avait ostensiblement refusé de condamner en février, lorsque Modi était à la Knesset — non pas parce qu'elle a changé de camp, mais parce qu'une inclinaison de six mois vers Israël et Washington s'est heurtée à un choc énergétique et un mur douanier, et revenir au centre multi-aligné est devenu le cours rationnel. Ce langage anti-coercition protège désormais aussi l'Inde, et le sommet des BRICS que l'Inde doit accueillir dans dix jours. Et le bloc qui signe, contrôle près des quatre cinquièmes de la production pétrolière de l'OPEP, les deux marchés d'importation géants d'Asie et un nombre croissant de partenaires de dialogue venant du Golfe. La rhétorique de la déclaration est bon marché. Le poids énergétique et démographique qui la sous-tend ne l'est pas.


Larry C Johnson

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/la-declaration-de-bichkek-le-document-que-locs-a-signe-et-pourquoi-la-signature-de-linde-est-importante