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Les origines de la construction européenne

Démarré par JacquesL, 07 Juillet 2026, 06:29:28 PM

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JacquesL

Les origines de la construction européenne



par Régis Chamagne

«Voilà maintenant trente-cinq ans que le traité de Rome a été signé et que d'Acte unique en règlements, de règlements en directives, de directives en jurisprudence, la construction européenne se fait sans les peuples, qu'elle se fait en catimini, dans le secret des cabinets, dans la pénombre des commissions, dans le clair-obscur des cours de justice. Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d'experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise les conséquences». ~ Philippe Seguin

Parfois, on peut lire ou entendre : « L'Europe est une belle idée qui a mal tourné ».

C'EST FAUX !

Dès le début, la construction européenne a été une entreprise totalitaire dont l'idée centrale est la suivante : un groupe de spécialistes non élus chargé de produire les lois et de les faire respecter ; c'est la confrérie des protecteurs de la loi. Cette idée a été exprimée pour la première fois par le juriste nazi Walter Hallstein en 1939. Cette confrérie porte un nom aujourd'hui : la Commission européenne. Il faut ajouter que tout cela s'est fait sous la tutelle des États-Unis qui ont recyclé Walter Hallstein à l'instar de nombreux autres nazis.

Après les deux guerres mondiales qui saignèrent l'Europe et dans les moments qui suivirent la seconde, l'aspiration à la paix, à une Europe de la paix, dominait les esprits et les cœurs. L'idée d'une construction européenne qui préserverait la paix en Europe s'est alors diffusée largement. La coopération et le partage plutôt que la guerre en quelque sorte. Cette propagande a servi à masquer ce projet d'essence totalitaire.

Le processus d'intégration des nations au sein d'une Europe fédérale et supranationale se mit en place progressivement, d'abord par le traité de Paris qui établit la CECA (Communauté économique du charbon et de l'acier) signé le 18 avril 1951, puis par le traité de Rome créant la CEE (Communauté économique européenne) et la CEEA (Communauté européenne de l'énergie atomique), ou Euratom, le 25 mars 1955. Ces deux traités furent signés par les gouvernements de six pays : l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Belgique et la France, puis ratifiés par les parlements de ces pays sans qu'aucun peuple n'eût été consulté. Le roman supranational européiste nous raconte que les opinions publiques y étaient favorables, mais en l'absence de consultation effective des peuples, nul ne peut l'affirmer.

Quoi qu'il en soit, il est certain que la propagande en faveur d'une Europe supranationale a fonctionné correctement jusqu'en 2005. Les éléments de propagande ont évolué, depuis «aimons-nous les uns les autres» à une promesse de paix, de prospérité, de progrès pour tous, de plein emploi, de protection sociale, etc. Soixante-quatorze ans plus tard, chacun peut constater que le résultat est exactement l'inverse des promesses.

Aujourd'hui, parmi les arguments les plus souvent cités en faveur de l'Union européenne, il y a cette idée que l'union fait la force, que la France seule ne pèserait rien dans le monde globalisé, et surtout que l'Europe serait un contrepoids à la puissance américaine. Si tel était le cas, les États-Unis lutté contre cette entreprise visant à lui disputer sa position dominante dans le monde occidental. Au lieu de cela, ils la soutiennent depuis le début. Ainsi, le général Dwight Eisenhower, à l'époque commandant en chef de l'OTAN en Europe, déclarait à Paris Match n° 136 du 27 octobre 1951, quelques mois seulement après la signature du traité de Paris établissant la CECA: « Rien ne pourrait nous être plus agréable que d'apprendre que les États d'Europe occidentale ont décidé de réunir dans une ville d'Europe — disons à Luxembourg — des délégués responsables avec le mandat de rédiger l'acte constitutionnel de l'Europe [...]. L'Europe fonctionnerait comme fédération. [...] Aucune décision ne pourrait mieux nous aider dans la tâche que nous poursuivons ». Plus tard, quand la Grèce a menacé de sortir de la zone euro, le président des États-Unis de l'époque, Barack Obama, s'est démené, en faisant pression sur la chancelière allemande et le premier ministre grec. De même, il s'est déplacé en pure perte au moment du référendum sur le Brexit, pour faire campagne en faveur du maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE. Cet argument de contrepoids aux États-Unis est une vaste blague.

En outre, le général De Gaulle avait son idée sur la question, idée qu'il exprima au cours de la conférence de presse du 15 mai 1962 : « Je voudrais parler plus spécialement de l'objection de l'intégration. On nous l'oppose en nous disant "fondons ensemble, les six États, dans quelque chose de supranational, dans une entité supranationale et ainsi tout sera très simple et très pratique". Cette entité nationale, on ne la propose pas parce qu'elle n'existe pas. Il n'y a pas de fédérateur aujourd'hui, en Europe, qui ait la force, le crédit et l'attrait suffisant. Alors on se rabat sur une espèce d'hybride, et on dit "et bien tout au moins que les six États acceptent, s'engagent à se soumettre à ce qui sera décidé par une certaine majorité". En même temps on dit « il y a déjà six parlements européens, six parlements nationaux plus exactement, une assemblée parlementaire européenne ; il y a même une assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe qui il est vrai est antérieure à la conception des six et qui me dit-on se meurt au bord où elle fut laissée. Et bien malgré tout cela, élisons un parlement de plus que nous qualifierons d'européen, qui fera la loi aux six États". Ce sont des idées qui peuvent peut-être charmer quelques esprits, mais je ne vois pas du tout comment on pourrait les réaliser pratiquement quand bien même on aurait six signatures au bas d'un papier. Y a-t-il une France ? Y a-t-il une Allemagne ? Y a-t-il une Italie ? Y a-t-il une Hollande ? Y a-t-il une Belgique ? Y a-t-il un Luxembourg qui soit prêt à faire, sur une question importante pour eux au point de vue national et au point de vue international, ce qui leur paraîtrait mauvais parce que ça leur serait commandé par d'autres ? Est-ce que le peuple français, le peuple allemand, le peuple italien, le peuple hollandais, le peuple belge, le peuple luxembourgeois sont prêts à se soumettre à des lois que voteraient des députés étrangers dès lors que ces lois iraient à l'encontre de leur volonté profonde ? Mais ce n'est pas vrai. Il n'y a pas moyen à l'heure qu'il est de faire en sorte qu'une majorité puisse contraindre une majorité étrangère, puisse contraindre des nations récalcitrantes. Il est vrai que dans cette Europe, intégrée comme on dit, il n'y aurait peut-être pas de politique du tout, ça simplifierait beaucoup les choses. Et puis, en effet, dès lors qu'il n'y aurait pas de France, pas d'Europe, qu'il n'y aurait plus de politique, faute qu'on puisse en imposer une à chacun des six États, on s'abstiendrait d'en faire. Mais alors, peut-être, tout ce monde se mettrait à la suite de quelqu'un du dehors et qui lui en aurait une. Il y aurait peut-être un fédérateur, mais il ne serait pas européen et ce ne serait pas l'Europe intégrée. Ce serait tout autre chose de beaucoup plus large et de beaucoup plus étendu, avec je le répète UN FÉDÉRATEUR ! »


L'Union européenne : un projet libéral sous tutelle américaine

Ce que le général De Gaulle avait sous-entendu en parlant d'un fédérateur extérieur à l'Europe et qui aurait une politique pour l'Europe, Geir Lundestad, un fervent promoteur de la construction européenne et du lien transatlantique, l'écrit dans un livre intitulé EUROPAMÉRIQUE — États-Unis et Europe de l'Ouest de 1945 à nos jours et désigne le fédérateur.

Précisons donc que Geir Lundestad fut directeur de l'institut Nobel jusqu'à fin 2014. Après des études universitaires en Norvège et au Danemark, il passa plusieurs années aux États-Unis, en tant que chercheur à l'université Harvard entre 1978 et 1979 puis en 1983, et au Woodrow Wilson International Center for Scholars à Washington en 1988 et 1989. C'est l'année suivante, en 1990, qu'il devint le directeur de l'institut Nobel. J'ai donc pris mes sources chez l'ennemi pour ne pas risquer d'être accusé de complotisme.

Dans un chapitre intitulé Les raisons d'une intégration européenne favorisée par les États-Unis, il écrit : « Ensuite, si les États-Unis soutiennent une Europe de l'Ouest intégrée, celle-ci ne doit pas devenir une Europe indépendante au sens de cette "troisième force" si souvent évoquée, notamment par la gauche européenne. Dans la perspective américaine, l'Europe intégrée a toujours sa place dans un contexte atlantique au sens large ». Et plus loin « Avec le plan Marshall, les États-Unis se posent en ardents défenseurs de l'intégration européenne. Cette intégration doit être aussi vaste que possible en raison de ses objectifs : contenir l'Union soviétique et le communisme ; intégrer les régions occidentales de l'Allemagne au sein d'une Europe de l'Ouest revitalisée, plus particulièrement en ce qui concerne la France ».

Ensuite, dans un chapitre intitulé Les raisons du soutien américain à l'intégration européenne, Geir Lundestad précise les motivations du soutien américain : « la promotion du modèle américain (un système fédéral, la démocratie politique et des marché libres et ouverts), le développement d'une Europe plus rationnelle et plus efficace qui allégerait le fardeau américain et l'endiguement de l'Union soviétique et de l'Allemagne ». Plus loin, dans un chapitre sur l'économie, il précise : « Les objectifs économiques des États-Unis sont assez clairement définis : renforcement du multilatéralisme économique et, notamment, promotion d'échanges plus libres. [...] Le présupposé est alors le même qu'autrefois pour la Grande-Bretagne : en tant que première puissance économique mondiale, ils bénéficient d'avantages considérables dans le cadre d'un régime de libre échange ». Ce régime de libre échange est pensé dès le départ comme outil de conquête et de domination économique, c'est-à-dire asymétrique, ainsi que le note l'auteur : « Les États-Unis insistent généralement beaucoup plus sur le retrait des barrières commerciales des autres pays que sur le démantèlement de leur propre système de tarifs douaniers, encore relativement élevés ».

Il faut bien comprendre que le concept de libre échange est, du point de vue américain, l'outil technique de leur domination économique sur le monde, adossé au dollar, outil de domination monétaire, et combiné avec la puissance militaire, outil de leur domination globale. Et cela ne date pas d'aujourd'hui. Dès 1812, alors que les États-Unis ne comptaient que treize États et une population de 6,5 millions de colons blancs, Andrew Jackson, qui n'était pas encore président, déclarait : « Nous allons nous prévaloir de notre droit au libre-échange et ouvrir le marché aux produits de notre sol afin d'égaler les exploits de Rome ». C'est dire si cette idée est prégnante dans la politique américaine depuis toujours.

Cette stratégie de conquête économique intégra dès le départ, comme il se doit, une dimension idéologique : « La tâche de l'administration en général, et du département d'État en particulier, est d'inciter les différents pays à ouvrir leurs frontières afin de diffuser la culture américaine aussi librement que possible dans le monde ». écrit encore Geir Lundestad, et plus loin : « Une fois l'ouverture rendue possible par les diplomates, films, musique et littérature se diffusent rapidement dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest ». Geir Lundestad a raison de parler de supériorité idéologique plutôt que culturelle. Il s'agit en effet du volet culturel d'une stratégie de puissance économique et non du rayonnement naturel d'un modèle de civilisation. En effet, le rayonnement culturel est intrinsèquement lié à chaque nation : chaque corps rayonne naturellement selon ses propres fréquences alors qu'ici nous avons affaire à un mode d'action qui s'appuie sur une logique économique (la puissance) plutôt que sur une logique culturelle (le rayonnement naturel).

Au final, Geir Lundestad nous présente l'intégration européenne sous tutelle américaine comme un bienfait. Il défend l'idée que ce sont surtout les pays européens qui ont appelé les Américains à assumer leur hégémonie sur l'Europe, ce qu'il nomme « un empire par invitation » et que les généreux Américains ont construit un «empire» sur un mode nouveau, amical et humaniste. Nonobstant ses opinions personnelles relatives aux stratégies menées de part et d'autre de l'Atlantique, ses propos ne laissent aucun doute quant à la volonté américaine de promouvoir une Europe supranationale. Il oublie de préciser que la plus grande partie des dirigeants ou responsables influents des pays d'Europe étaient à l'époque des agents d'influence américains, financés par eux.

Ainsi la construction européenne relève d'un plan de domination des États-Unis sur les pays d'Europe. Les étapes successives de ce plan ont été mises en œuvre sans l'accord des citoyens des différents pays d'Europe, à l'exception de quelques cas où d'ailleurs, quand les peuples votaient « mal », on les faisait voter de nouveau (cas de l'Irlande pour le TCE) ou on les contournait par d'autres moyens institutionnels (cas de la France et des Pays-Bas pour le TCE). On voit bien, ainsi que Philippe Seguin l'avait exprimé à l'Assemblée nationale, que tout le processus de construction européenne n'a rien de démocratique.

Paul Craig Roberts, sous-secrétaire du Trésor américain dans les années 1980, s'exprimant sur la chaîne YouTube «NOUVEAU MONDE french» le 31 juillet 2025, à propos de la relation UE/USA dit ceci : « Les pays européens ont renoncé à la notion de souveraineté nationale depuis des décennies, ils associent la souveraineté nationale fondée sur l'ethnie à l'Allemagne nazie, et donc, ils voient cette idée comme une menace, un danger. Cela a donc été facile pour la CIA de les rassembler dans l'Union européenne [...] La France du Général de Gaulle était le dernier bastion de l'indépendance européenne : il a refusé d'entrer dans l'OTAN, il a refusé de suivre la politique financière américaine, il exigeait de l'or en échange des dollars qu'il détenait sous forme d'obligations du Trésor dans la banque centrale française [...] Tous les Européens ont été des marionnettes américaines, vraiment, depuis la fin de la seconde guerre mondiale... » Des marionnettes ridicules, pitoyables, qui se couchent, ou pire, quand le locataire de la Maison Blanche fait mine de se désintéresser de l'Europe, comme c'est le cas actuellement.

Et ce n'est pas tout, malheureusement. En plus de la mécanique d'asservissement des peuples d'Europe aux ambitions étasuniennes, les fondamentaux idéologiques de cette construction puisent dans des cloaques aux fumets nauséabonds.


Les origines idéologiques nazies de l'Union européenne

Walter Hallstein fut le premier président de la Commission européenne. Il signa le traité de Rome aux côtés du chancelier Konrad Adenauer. Mais avant d'en arriver là, il avait eu un parcours professionnel et politique intéressant et souvent méconnu, ce que nous révèlent les quatre coauteurs du livre Les racines nazies de «l'Union européenne de Bruxelles».

Le chapitre consacré à Hallstein débute ainsi : « Walter Hallstein fut un éminent juriste impliqué dans la planification légale et administrative d'une Europe d'après-guerre placée sous le contrôle des Nazis et de leurs alliés de l'industrie, le cartel du pétrole et des médicaments IG Farben ».

Walter Hallstein eut donc une carrière de juriste, et en début de carrière, il reçut une formation spéciale au Kaiser Wilhem Institute à Berlin, institut privé largement financé par le cartel IG Farben. Après l'accession des Nazis au pouvoir, il adhéra aux deux associations fondées pour accompagner juridiquement la future conquête de l'Europe par l'Allemagne nazie, c'est-à-dire pour imposer les lois nazies aux futurs pays démocratiques soumis : l'Association des Juristes Allemands Nationaux-Socialistes [Bund Nationalsozialistischer Deutscher Juristen (BNSDJ)] et l'Association nazie des «Protecteurs de la Loi» [Rechtswahrer], un des piliers du régime, de sinistre mémoire.

Fervent défenseur des lois raciales de Nuremberg, il se vit récompensé le 18 mai 1936 en étant nommé au poste de doyen de la faculté de droit et d'économie de Rostock. Plus tard, après la rencontre entre Hitler et Mussolini le 9 mai 1938, un groupe de travail fut constitué. « Le but principal de ce groupe était de créer la base juridique nécessaire pour le règne de la coalition des fascistes et d'IG Farben sur l'Europe, afin que celui-ci prenne effet une fois que l'Allemagne et l'Italie auraient subjugué le reste du continent. Les thèmes prioritaires qui furent discutés étaient "la protection de la propriété intellectuelle" [à savoir, l'extension des brevets, et tout particulièrement ceux du cartel d'IG Farben à travers toute l'Europe] et "la protection de la race" [le mot de code pour fixer la race aryenne en tant que la maîtresse du monde] », écrivent les coauteurs. Walter Hallstein, stratège juridique et politique, tint une place de choix dans ce groupe de travail.

Le 23 janvier 1939, à Rostock, Walter Hallstein, alors doyen de la faculté, donna un discours devant le ban et l'arrière-ban de la ville et en présence du ministre d'État le Dr. Scharf. Ce «discours de la conquête» traitait de la restructuration juridique de l'Europe, doux euphémisme pour signifier, dans une pure novlangue orwellienne, comment les futurs pays conquis allaient devoir se soumettre aux lois nazies et fascistes.

Extraits : « La caractéristique la plus remarquable de l'État du droit d'aujourd'hui sera éternellement la politique totale de la loi. Ceci signifie une révolution d'une taille et d'une profondeur sans précédent des systèmes juridiques archaïques, et ce jusque dans leurs moindres recoins ». Il faut comprendre que la politique totale de la loi sera la mise en place de la dictature dans les pays annexés et que les systèmes juridiques archaïques sont les systèmes démocratiques de ces pays. Et plus loin : « La création du Reich de l'Allemagne élargie est un fait politique, une "loi du Führer" de dimension historique ; une de ces lois qui changent le paysage de l'Histoire et comblent un vieux désir du peuple ; un événement économique aux conséquences tout simplement inimaginables ; un événement d'une importance exceptionnelle du point de vue de l'histoire du droit ». Et de préciser : « La tâche ne consiste plus simplement à rénover une vieille maison délabrée, mais de construire un nouveau bâtiment pour une famille élargie sur un territoire agrandi ». L'Allemagne élargie, le territoire agrandi signifient l'Europe sous direction allemande. Le peuple dont il est question est le peuple aryen.

On trouve dans ce discours les idées maîtresses qui allaient structurer les différents traités européens, depuis celui qui établit la CECA jusqu'au traité de Lisbonne. En particulier cette confrérie des «protecteurs de la loi», un groupe de spécialistes chargés de produire les lois et de les faire respecter, en dehors de tout processus démocratique. Extraits du discours : « Selon une loi de la Nature qui est innée dans la profession du "Protecteur de la loi", ce dernier doit finalement être l'architecte responsable de la loi ». Et plus loin « La création de la loi nouvelle est seulement la tâche des législateurs, et le rôle du juge se limite à l'intégration — le fait de "présenter" — des "faits de la vie" en vertu des faits qui ont été déterminés par la loi ». C'est quasiment la définition d'un régime totalitaire chimiquement pur. Logiquement, on retrouve cette idée essentielle de la construction européenne dès le traité de la CECA, dans son article 9, les gardiens de la loi se nommant «Haute autorité». Puis en 1957, Hallstein incorpora de nouveau ce principe dans le traité de Rome, principe repris dans l'article 17 du TUE donnant à la Commission le monopole de l'initiative législative et le pouvoir de vérifier l'application des lois européennes en dehors de tout contrôle démocratique, en plus d'être l'organe exécutif de l'UE.

En 1944, Walter Hallstein, officier administratif dans la Wehrmacht, fut fait prisonnier par les alliés pendant la bataille de Cherbourg et détenu dans un camp aux États-Unis. Après un trou noir de quatre ans dans sa biographie, on le vit resurgir en 1948 en tant que vice-recteur de l'université de Francfort et professeur associé à l'université de Georgetown. On peut supposer qu'il fut recyclé par les Américains, à l'instar de Werner von Braun dans un autre domaine, pour servir les intérêts étasuniens sur le continent européen.

À partir de 1950 il fut à la tête de la délégation allemande chargée de négocier les traités européens successifs et de fait il fut l'architecte de la construction européenne. Il élabora la doctrine Hallstein, doctrine contenue dans son discours de la conquête, et le plan Hallstein d'une Europe fédérale, sous-entendu sous domination du Cartel. Et enfin, il fut le premier président de la Commission européenne. Voici ce qu'il a lui-même écrit à propos de la Commission dans son livre intitulé La Communauté européenne : «Chaque action commence avec la Commission ; La Commission est l'élément le plus original de l'organisation de la Communauté, et qui n'a aucun précédent direct dans l'histoire ; Sa fonction est de représenter la Communauté à l'intérieur et à l'extérieur [...] ; La Commission est indépendante des gouvernements des États membres [...] ; La Commission possède le monopole de l'initiative législative».

On pourrait s'étonner à première vue de ce mariage de la carpe et du lapin, d'un modèle étasunien de libre échange en apparence démocratique avec une idéologie totalitaire d'essence nazie. En fait, si l'on scrute au-delà de ce théâtre d'ombres, si l'on sort de la caverne, cela n'a rien de contradictoire. Naomi Klein le montre à travers les différents exemples historiques qu'elle analyse dans son livre La stratégie du choc. Comment un système politique appelé démocratie, c'est-à-dire le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple pourrait-il être compatible avec un système économique prédateur qui mène logiquement à l'accaparement des richesses par un tout petit nombre et à la mise en esclavage de la multitude ? Et de fait, l'on s'aperçoit que plus le libéralisme économique progresse, plus les libertés des peuples régressent, au point que les habits de la démocratie libérale se déchirent, ne laissant plus que quelques oripeaux, pas même un cache-sexe : LE ROI EST NU.

Le roi est nu et il ne cherche même plus à le cacher. Le 28 janvier 2015, Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, déclara après la victoire du parti Syrisa aux élections en Grèce, dans un entretien au Figaro : «Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens». Plus récemment, l'élection présidentielle en Roumanie fut annulée par la Cour constitutionnelle roumaine, sous la pression de l'UE incarnée pour l'occasion par l'ambassadeur de France sur place, après que le candidat souverainiste Calin Georgescu fut arrivé en tête à l'issue du premier tour. Et Thierry Breton d'enfoncer le clou : «Si ça se produit encore (sous-entendu en Allemagne avant les élections), nous le referons». Et que dire de l'arrestation d'Eugénia Gutsul, dirigeante de Gagaouzie, région autonome du sud de la Moldavie, pour des raisons fallacieuses ? Ils ne se cachent même plus.

En résumé, l'Union européenne est l'outil politique de domination des États-Unis sur les nations d'Europe, fondé sur une idéologie nazie. Et de façon assez exemplaire, presque comique pour ceux qui auraient encore la faculté d'en rire, cette dualité des origines de la construction européenne est parfaitement illustrée par les deux «pères fondateurs» français, Robert Schuman et Jean Monnet : un ancien ministre du maréchal Pétain et un agent d'influence américain !


Régis Chamagne

https://reseauinternational.net/les-origines-de-la-construction-europeenne/

JacquesL

La réalité des institutions européennes



par Régis Chamagne

«La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l'amour de leur servitude». ~ Aldous Huxley, Le meilleur des mondes


Le traité de Lisbonne : un coup d'État constitutionnel

Le 29 mai 2005, le peuple français, consulté par voie référendaire, rejetait massivement — à 54% contre 46% — le projet de Traité constitutionnel européen dont Valéry Giscard d'Estaing avait été le maître d'œuvre, et ce, malgré une propagande en faveur du «OUI» que n'aurait renié ni Joseph Goebbels ni Joseph Staline.

Qu'à cela ne tienne. Valéry Giscard d'Estaing, cité par Le Monde du 14 juin 2007, déclara : «Une dernière trouvaille consiste à vouloir conserver une partie des innovations du Traité constitutionnel, et à les camoufler en les faisant éclater en plusieurs textes. Les dispositions les plus innovantes feraient l'objet de simples amendements techniques aux traités de Maastricht et de Nice. Les améliorations techniques seraient regroupées dans un traité devenu incolore et indolore. L'ensemble de ces textes serait adressé aux Parlements, qui se prononceraient par des votes séparés. Ainsi l'opinion publique serait-elle conduite à adopter, sans le savoir, les dispositions que l'on n'ose pas lui présenter "en direct"». Et Giuliano Amato, ancien Premier ministre italien et vice-président de la Convention qui a élaboré la Constitution Européenne, de préciser lors d'un discours à la London School of Economics, le 21 février 2007 : «La bonne chose concernant le fait de ne pas l'appeler une Constitution, est que personne ne peut demander un référendum à son sujet».

Ce qui fut dit fut fait. Le traité de Lisbonne, réplique incolore et indolore du TCE, fut signé le 13 décembre 2007 par les 27 chefs d'État ou de gouvernement puis ratifié par le parlement français le 8 février 2008 à 82% par l'Assemblée nationale et à 83% par le Sénat après une révision de la Constitution effectuée par la voie du Congrès réuni à Versailles le 4 février 2008 et adoptée à 62%.

En résumé, ce que le peuple français avait rejeté à 54% fut approuvé deux ans et demi plus tard par les représentants du peuple français à 82%. Cela s'appelle un coup d'État constitutionnel car on impose au peuple ce dont il ne veut pas. Il est important de le relever car fondamentalement, philosophiquement, un coup d'État signifie que ceux qui le perpétuent sont les ennemis du peuple. Dans le cas qui nous concerne, les ennemis du peuple français furent le président de la République, le gouvernement, les députés et les sénateurs.

Le traité de Lisbonne entra donc en vigueur le 1er janvier 2009. Il se compose en fait de deux textes : le Traité sur l'Union européenne (TUE) et le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE).

Le TUE décrit le fonctionnement institutionnel de l'Union Européenne (UE). Il définit les différentes institutions de l'Union et précise leurs responsabilités et leurs interactions. Son architecture est la suivante :

• Préambule
• Titre I : Dispositions communes
• Titre II : Dispositions relatives aux principes démocratiques
• Titre III : Dispositions relatives aux institutions
• Titre IV : Dispositions sur les coopérations renforcées
• Titre V : Dispositions générales relatives à l'action extérieure de l'Union et dispositions spécifiques concernant la politique étrangère et de sécurité commune (PESC)
• Titre VI : Dispositions finales

Les différentes institutions sont : la Commission européenne (ou Commission) : le Conseil européen (des chefs d'État) ; le Conseil de l'UE (ou Conseil, de niveau ministériel) ; le Comité des représentants permanents ; le Parlement européen ; le Comité des régions ; le Comité économique et social ; la Cour des comptes européenne et la Cour de justice de l'UE.

Le TFUE, quant à lui, encadre fermement et avec une grande précision les politiques ultralibérales, les seules autorisées, dans les pays de l'UE. Il est structuré en sept parties qui elles-mêmes détaillent tous les domaines de la vie économique et sociale des pays de l'Union européenne :

• Préambule
• Première partie : Les principes
• Deuxième partie : Non-discrimination et citoyenneté de l'Union
• Troisième partie : Les politiques et actions internes de l'Union
• Quatrième partie : L'association des pays et territoires d'outre-mer
• Cinquième partie : L'action extérieure de l'Union
• Sixième partie : Dispositions institutionnelles et financières
• Septième partie : Dispositions générales et finales

Suivent 37 protocoles allant du système des banques centrales et de la BCE à des particularités concédées à certains États dans certains domaines, en passant par le protocole N° 7 intitulé «Sur les privilèges et immunités de l'UE» qui vous ferait regretter la nuit du 4 août 1789.

Il faut bien reconnaître que la lecture de ces textes est rébarbative, voire pénible parfois, pour qui n'est pas juriste de formation, à tel point que l'on peut se demander si cela n'a pas été fait exprès. Malgré tout, à dose homéopathique et suffisamment ciblée, cette lecture révèle de petites perles qui aident à comprendre comment fonctionne l'UE et où se situe le véritable pouvoir, à condition de lire au-delà des premiers articles.

Ainsi la lecture des articles 17 du TUE et 121 du TFUE, aident à comprendre comment fonctionne l'UE.

Considérons donc l'article 17 du TUE. Cet article définit les responsabilités de la Commission européenne. Je vais en extraire les passages importants.


La Commission européenne : dictateur institutionnel de l'Union européenne

Le titre de ce paragraphe peut certes paraître quelque peu exagéré, voire même provocateur, tant on associe spontanément le mot dictateur à des images de violence policière ou de régime militariste. Mais toutes les dictatures ne prennent pas forcément la forme d'un régime militariste et violent. Par exemple, la monarchie absolue était une forme de dictature puisque le Roi-Soleil concentrait tous les pouvoirs dans sa main. De même, sous la république romaine, dans des circonstances critiques, quand la patrie était en danger, le sénat pouvait désigner un dictateur, généralement le premier consul, pour une durée de six mois non renouvelable. Ce dernier avait des pouvoirs illimités sans aucun contre-pouvoir en face de lui. Il détenait donc tous les pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. Ces formes civilisées de dictature ne revêtaient pas les oripeaux de l'État policier. L'UE est encore une autre forme de dictature en ce sens qu'elle a pris les apparences de la démocratie. Elle est donc furtive. En effet, les peuples d'Europe sont régulièrement appelés à voter pour élire des personnes à des postes et cela crée l'illusion d'un choix démocratique. En revanche, après l'élection, quelques soient les personnes en place aux postes dits de pouvoir, les politiques sont imposées depuis Bruxelles. Par exemple, si tel candidat annonce qu'il va interdire les délocalisations pour préserver l'emploi industriel dans son pays, une fois au pouvoir il ne pourra pas le faire car c'est interdit par l'article 63 du TFUE.

Voyons donc les pouvoirs de la Commission européenne tels qu'ils sont définis par l'article 17 du TUE. Cet article est composé de huit paragraphes.

1. [...] Elle surveille l'application du droit de l'Union sous le contrôle de la Cour de justice de l'Union européenne. Elle veille à l'application des traités ainsi que des mesures adoptées par les institutions en vertu de ceux-ci. Elle surveille l'application du droit de l'Union sous le contrôle de la Cour de justice de l'Union européenne. [...] Elle exécute le budget et gère les programmes. Elle exerce des fonctions de coordination, d'exécution et de gestion. Elle exerce des fonctions de coordination, d'exécution et de gestion conformément aux conditions prévues par les traités. [...] Elle assure la représentation extérieure de l'Union. Elle prend les initiatives de la programmation annuelle et pluriannuelle de l'Union pour parvenir à des accords interinstitutionnels.

La Commission a donc un regard sur le pouvoir judiciaire, ce qui lui vaut d'ailleurs le surnom de «gardienne des traités». Elle est l'organe exécutif de l'UE ; exécuter les budgets et gérer les programmes constituent en effet le pouvoir exécutif. Elle détient les attributs symboliques du chef au sein de l'UE. Elle a la maîtrise du calendrier de l'UE. Or l'on sait bien que dans une entreprise ou dans un service public, c'est le patron ou le chef de service qui décide du calendrier, pas l'ouvrier ni le subordonné.
2. Un acte législatif de l'Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission [...]

La Commission possède donc le monopole de l'initiative législative, le MONOPOLE !

3. Les membres de la Commission sont choisis en raison de leur compétence générale et de leur engagement européen et parmi des personnalités offrant toutes garanties d'indépendance. La Commission exerce ses responsabilités en pleine indépendance. Sans préjudice de l'article 18, paragraphe 2, les membres de la Commission ne sollicitent ni n'acceptent d'instructions d'aucun gouvernement, institution, organe ou organisme. Ils s'abstiennent de tout acte incompatible avec leurs fonctions ou l'exécution de leurs tâches.

Ainsi, les membres de la Commission ne sont pas élus et ils n'ont de compte à rendre à aucun gouvernement, a fortiori à aucun peuple. Mais s'ils sont indépendants des intérêts nationaux, les commissaires ne sont certainement pas indépendants des multinationales ni des banques. D'ailleurs, l'Observatoire des multinationales l'avait confirmé dans un article du 31 août 2015 intitulé TAFTA : La Commission européenne passe 90% de son temps avec les lobbies économiques. Soit dit en passant, la traduction française de lobbying est corruption.

Les paragraphes 4, 5, 6 et 7 traitent de l'organisation administrative de la Commission (la soupe interne).

8. La Commission, en tant que collège, est responsable devant le Parlement européen. Le Parlement européen peut adopter une motion de censure de la Commission conformément à l'article 234 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Si une telle motion est adoptée, les membres de la Commission doivent démissionner collectivement de leurs fonctions et le haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité doit démissionner des fonctions qu'il exerce au sein de la Commission.

C'est le seul contre-pouvoir auquel la Commission a à faire face. Cette disposition fut du reste appliquée une fois, en 1999, quand le parlement a censuré la commission Santer, obligeant ce dernier à démissionner. Il faut bien reconnaître que cela a produit des effets. Depuis, la hantise de la Commission est que cela se reproduise, ce qui calme un peu ses ardeurs et rééquilibre dans la pratique les centres de pouvoir entre elle et le Conseil européen. Cela étant, dans le processus législatif, le parlement européen a, dans l'immense majorité des cas, voté les lois que la Commission lui soumettait.

En somme, on peut résumer les responsabilités de la Commission européenne telles qu'elles sont définies par l'article 17 du TUE de la façon suivante.

La Commission :

  • est l'organe exécutif de l'UE ;
  • a le monopole de l'initiative législative ;
  • a un droit de regard sur le pouvoir judiciaire ;
  • maîtrise le calendrier de l'UE ;
  • représente l'UE à l'extérieur de l'UE ;
  • est composée d'individus n'ayant aucun compte à rendre aux peuples.

La Commission concentre donc les pouvoirs législatif, exécutif et partiellement judiciaire au mépris du principe de séparation des pouvoirs et n'a aucun compte à rendre aux peuples. Cela s'appelle un dictateur institutionnel !

Cette idée d'une autorité supranationale indépendante des intérêts des États, c'est-à-dire des peuples, était déjà inscrite dans le traité de la CECA de 1951 dans ses articles 9 et 14 traitant des attributs de la Haute Autorité. On retrouve là l'idée maîtresse énoncée par Walter Hallstein lors de son discours de la conquête prononcé le 23 janvier 1939 à Rostock : le Protecteur de la loi. À la lecture de ces passages, on voit donc bien la cohérence et la continuité des idées pour la construction de cette «Nouvelle Europe» depuis le discours de la conquête de Walter Hallstein, discours inaugural, jusqu'au traité de Lisbonne, solution finale : un souverain n'ayant pas de compte à rendre aux peuples, même si dans la pratique les choses se déroulent de façon plus nuancées, ou plutôt sournoises, en raison des rapports de force réels, de la personnalité des acteurs en présence et de la nécessité de demeurer furtif.

Évidemment, d'autres articles que l'article 17 laissent penser que les responsabilités au sein de l'UE sont en fait réparties entre les différentes institutions européennes. Par exemple dans les articles 14 et 16 relatifs au parlement européen et au Conseil on peut lire que «le parlement européen exerce, conjointement avec le Conseil, les fonctions législative et budgétaire». Et «Le Conseil exerce, conjointement avec le parlement européen, les fonctions législative et budgétaire». Notons que dans ces articles, on ne précise pas de quelles fonctions législatives il s'agit. En fait ces articles sont tout simplement des leurres. Pour s'en convaincre : combien de fois, au cours des dix dernières années, les médias de grand chemin ont-ils évoqué le pouvoir du Conseil, ne serait-ce que son existence ?

En somme, la confusion et les contradictions contenues dans le TUE permettent toutes les interprétations possibles mais offrent toutefois une certaine souplesse (très peu en réalité) dans les processus de décision en ce sens que la personnalité de tel chef d'État ou de tel président de la Commission peut avoir une influence momentanée sur le poids relatif des différentes institutions ; on a vu des chefs d'État imposer leurs vues ; on a vu des commissaires tancer vertement un gouvernement et le faire changer de décision. Malgré tout, les individus sont éphémères et les textes demeurent. La tendance à long terme est bien ancrée. Aujourd'hui, relativement à l'idée originelle de la construction européenne, la configuration est presque parfaite : les chefs d'État des pays d'Europe occidentale sont des ectoplasmes, sans colonne vertébrale, sans courage, sans intelligence, sans culture historique. Presque parfaite car du côté de l'Europe centrale, ce n'est pas tout à fait la même musique ainsi que nous le verrons plus loin.

Voyons à présent comment Bruxelles impose les politiques économiques et sociales à tous les États membres et est directement responsable de la vie quotidienne des millions de Français, Grecs, Allemands...


Les GOPÉ : armes de destruction massive du programme du CNR

Qui connaît les Grandes Orientations des Politiques Économiques (GOPÉ) ? Tout le monde a pu constater l'usage de plus en plus fréquent de l'article 49-3 qui permet de passer en force des lois scélérates dont le peuple ne veut pas. Mais qui sait qu'en réalité ces lois découlent directement de directives européennes et que le gouvernement et le parlement français ne font que les transcrire en droit français, docilement ?

Cette fois-ci, c'est l'article 121 du TFUE qui encadre toute cette mécanique. Je vous propose de le lire, d'identifier les responsabilités puis d'en mesurer les conséquences. Sans entrer dans le détail, notons que quatre institutions interviennent dans le processus : le Conseil, le Conseil européen, le Parlement européen et la Commission européenne. Une lecture attentive de cet article 121 nous permet de comprendre où sont les responsabilités.

Le Conseil, qui est composé d'un membre de niveau ministériel par État a une petite légitimité démocratique dans la mesure où ses membres représentent le pouvoir exécutif de chacun de leur pays, pouvoir exécutif issu d'une élection. C'est lui qui signe le document final et qui, en apparence, pilote le processus des GOPÉ. En fait, il s'agit d'un trompe-l'œil visant à donner un vernis démocratique aux choix économiques de l'UE.

Le Conseil européen, qui est composé des chefs d'État des pays membres, doit se réunir quatre fois par an sous la houlette du président de la Commission européenne, en réalité beaucoup plus souvent. Il supervise le travail du Conseil.

Le Parlement européen dont les membres sont élus au suffrage universel dans chacun de leur pays est l'institution la plus démocratique de l'UE. Dans ce processus des GOPÉ, il est simplement tenu informé. Mais dans le cas de sanctions à l'égard d'un pays ou de mise sous tutelle de la politique économique de ce pays, il en arrête les modalités en coordination avec le Conseil.

Enfin, la Commission dont les membres, un par pays, sont choisis – c'est-à-dire non élus – parmi des personnalités offrant toute garantie d'indépendance – c'est-à-dire qui n'ont de compte à rendre à aucun gouvernement – est l'institution la moins démocratique de l'UE et la plus indépendante des peuples. Et c'est elle qui est en réalité le maître d'œuvre du choix et de l'application des politiques économiques des États membre de l'UE. C'est «sur recommandation de la Commission» que le Conseil ou le Conseil européen agissent tout au long du processus.

En synthèse, la Commission ordonne, contrôle et sanctionne tout pays qui mènerait une politique non conforme. Fermez le ban !

Les GOPÉ sont en général publiées au mois de mai. Les tendances lourdes de ces dernières décennies, sous prétexte d'améliorer la croissance et l'emploi, invitent à baisser drastiquement les dépenses de sécurité sociale, à privatiser les retraites, à réduire le salaire minimum, à casser le droit du travail, à supprimer les obstacles à la privatisation de la santé, à réduire les services publics. C'est du reste ce que nous constatons. Évidemment, ceci n'est pas écrit explicitement, c'est énoncé dans la novlangue ultralibérale habituelle. Par exemple, ils n'écriront pas qu'il faut supprimer le droit du travail et baisser les salaires, ils écriront : «Les rigidités et les distorsions du marché du travail brident la compétitivité du secteur extérieur français. Compte tenu de la faiblesse actuelle de l'inflation, les rigidités du processus de formation des salaires et l'indexation du salaire minimum compliquent l'adaptation des salaires à l'évolution de la productivité. L'inadéquation des compétences et les rigidités observées sur le marché du travail ont pour effet de le segmenter, ce qui freine l'amélioration de la productivité».

Pour enfoncer le clou, citons Jean-Claude Junker, le président de la Commission de l'époque qui, après la victoire du parti Syriza aux élections grecques en 2015 avait déclaré : «Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens». Ajoutons-y la déclaration du ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble le 10 février de la même année lors d'une réunion des ministres des Finances de l'eurogroupe : «On ne peut laisser des élections changer quoi que ce soit». Cité par Yanis Varoufakis dans le Monde diplomatique d'août 2015. Peut-on être plus explicite ?

Dès lors que les textes le permettent, il convient de mettre en place les bonnes personnes afin que les institutions fonctionnent comme prévu. Dans le cas de la France, un pays qui pèse au sein l'UE, il convient que le chef d'État soit rompu aux idées de libre-échange et d'alignement sur la politique extérieure des États-Unis, bref qu'il soit soumis, et considère normal que la souveraineté de la France soit abandonnée à d'autres. Depuis 2007, c'est le cas.


La double mâchoire

L'imposition de lois et de règles venues de l'étranger à un peuple dont ce n'est ni la culture ni le souhait est difficile à réaliser ex abrupto. Pour éviter de se retrouver face à un refus catégorique, voire brutal, la bonne stratégie consiste en parallèle à démanteler par le bas ce qui fait l'unité de ce peuple. C'est la stratégie qu'appliqua Rome à l'égard de la Gaule : par le bas, adopter un régime différent envers chaque région et accentuer autant que possible les divergences locales et en parallèle imposer du haut une langue, des lois, une administration puis une religion.

Aujourd'hui, la mâchoire du haut de l'UE qui impose ses lois aux peuples qui n'en veulent pas est combinée avec la mâchoire du bas qui vise à détruire les États-nation par le mécanisme de la régionalisation. Les lois de décentralisation, puis de régionalisation, qui créent de nouvelles féodalités, vont de pair avec l'imposition par le haut des lois de Bruxelles. Entre les deux mâchoires de l'étau, il y a les nations et les peuples qu'il s'agit de détruire, et en particulier le peuple français et l'histoire de France.

Ce mécanisme de la double mâchoire se retrouve évidement dans le domaine de la langue. La loi Fioraso relative à l'enseignement supérieur et à la recherche incite les universités françaises à donner les cours en anglais : c'est la mâchoire du haut qui vise à marginaliser la langue française en France. Parallèlement, la charte européenne des langues régionales ou minoritaires est la mâchoire du bas du même processus.


L'Union européenne par ceux qui l'ont faite

Pour terminer sur une note un peu plus légère, voici un petit florilège de citations de personnalités qui ont participé à la construction de ce grand bazar.

Dépêche AFP du 13 juin 2008, 18h34 : Sylvie Goulard, européiste convaincue, présidente du «Mouvement européen France» et conseillère de l'ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, n'a pas hésité à rappeler qu'en cas de nouvelle consultation dans le futur suivi d'un résultat allant à l'encontre des ambitions de l'UE, la réponse à donner devait se faire «avec une sanction à la clé en cas de non». Elle veut envoyer les Panzers ?

Jean-Claude Junker, le 21 juillet 2015, au journal Le Soir : «Les Européens n'aiment pas l'Europe». On se demande bien pourquoi !

Cité par Christophe Deloire et Christophe Dubois dans leur livre Circus Politicus : Élisabeth Guigou, en 2008, a présidé une session de la Trilatérale intitulée «Sauver l'Europe de la tyrannie des référendums». Il est vrai que les peuples sont tyranniques !

Dans le compte-rendu de ce groupe de travail, on trouve ceci : «Le référendum irlandais a été humiliant, et prouve que les référendums sont des mécanismes purement destructifs». Ou encore cela : «L'Union européenne a besoin de traités, et les référendums tuent les traités». Le référendum : arme de destruction massive ?

Encore Élisabeth Guigou, en 2012 : «La démocratie entraînerait un blocage général de l'Union européenne». Elle a bien caché son jeu, Miss Domina !

Jean-François Copé, en février 2005 : «La Constitution nous apportera un ministre des affaires étrangères qui nous permettra de parler d'une seule voix, tout en gardant la nôtre...» C'est le concept de la trinité, mais à 28 !

Jean Monnet, dans une note du 6 mai 1943 déclassifiée, adressée au secrétaire d'État américain Harry Hopkins, (cité par Eric Branca, De Gaulle – Monnet ou le duel du siècle, Revue Espoir, n°117, novembre 1998, p. 9) : «Il faut se résoudre à conclure que l'entente est impossible avec de Gaulle, qu'il est un ennemi du peuple français et de ses libertés, qu'il est un ennemi de la construction européenne (et) qu'en conséquence, il doit être détruit dans l'intérêt des Français». Ah ! Monnet, père fondateur de l'Europe, sacré déconneur, va !

Hans-Gert Poettering, Président du Parlement européen (2007-2009), eurodéputé allemand (CDU), le 16 mai 2005 : «Il est clair que l'Europe est notre espace vital spirituel». Vous avez dit espace vital ?

David Rockfeller, lors d'une réunion du Groupe Bildelberg du 6 au 9 juin 1991 à Baden Baden : «Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, Time Magazine et d'autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer nos plans pour le monde si nous avions été assujettis à l'exposition publique durant toutes ces années. Mais le monde est maintenant plus sophistiqué et préparé à entrer dans un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d'une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l'autodétermination nationale pratiquée dans les siècles passés». Il fallait bien laisser le mot de la fin à ce bon Dr Folamour.


Enfin, une histoire de grenouilles

Tout le monde connaît l'histoire des deux grenouilles que l'on plonge dans une casserole d'eau. La première est plongée dans une casserole d'eau froide que l'on porte lentement à ébullition ; elle finit par mourir ébouillantée. La seconde est plongée directement dans une casserole d'eau bouillante ; elle bondit hors de la casserole et survit.

Les pays à l'origine de la construction européenne sont la première grenouille, les pays de l'est de l'Europe sont la seconde, bien qu'ils restent toutefois dans l'UE car ils tirent des avantages financiers. Soixante-dix ans de propagande – l'Europe c'est la paix, le couple franco-allemand (que c'est mignon)... – et des pertes de souveraineté successives apparemment sans douleur ont habitué les peuples d'Europe occidentale à admettre que l'UE est leur horizon indépassable et que l'on ne peut pas en sortir. Bien qu'une partie de la population ait pris conscience de la réalité de l'UE, la masse reste apathique malgré les déclarations sans ambiguïté de Jean-Claude Junker, Thierry Breton et autres. En revanche, du côté des pays d'Europe de l'Est, une autre musique se fait entendre. Ils pensaient que, libérés du joug de l'URSS, ils allaient rejoindre le camp de la liberté pour finalement constater que les choses n'ont pas beaucoup changé pour eux. Avant, ils recevaient leurs ordres de Moscou, aujourd'hui ils les reçoivent de Bruxelles, et puisqu'ils n'ont pas eu le temps d'oublier, ils se rebellent. On peut évoquer le bras de fer entre la Pologne et l'UE à propos de la primauté du droit européen sur le droit polonais. On peut également évoquer l'élection de dirigeants ouvertement nationalistes tels que Viktor Orban en Hongrie et Robert Fico en Slovaquie, lequel a d'ailleurs subi une tentative d'assassinat ; probablement un pur hasard. Citons également l'emprisonnement pour un motif bidon d'Eugénia Gutsul en Gagaouzie et l'annulation de l'élection en Roumanie car le peuple s'apprêtait à mal voter. Enfin, lorsque l'on observe la carte de la dernière élection en Allemagne, on constate que les votes en faveur du parti AfD qui propose la sortie de l'UE dessine la carte de l'ancienne Allemagne de l'est, la RDA. C'est caricatural.

L'histoire n'est pas finie. Elle n'est jamais finie du reste, contrairement à ce que pensaient certains idiots dans les années 1990. Aujourd'hui, l'espoir se lève à l'est, dans l'UE, mais surtout dans le monde. Le changement de paradigme géopolitique arrive à son terme.


Régis Chamagne

1 – Les origines de la construction européenne

https://reseauinternational.net/la-realite-des-institutions-europeennes/

JacquesL

Les raisons d'espérer



par Régis Chamagne

«Il n'y a pas de traversée du désert, il n'y a qu'une marche vers l'oasis». ~ Jean Bies

«Nos plus grandes craintes, comme nos plus grandes espérances, ne sont pas au-dessus de nos forces, et nous pouvons finir par dominer les unes et réaliser les autres». ~ Marcel Proust

Les déclinistes, les défaitistes, les mous, les soumis, ressassent la même rengaine depuis des décennies : la France est trop petite dans un monde globalisé, seule elle n'est rien, seule elle ne peut rien. C'est tout juste s'ils ne nous disent pas que sans l'UE, la France pourrait être rayée de la carte du monde. Billevesées que tout cela. C'est le contraire qui se passe. Corsetée dans cette organisation contre nature et racialiste qu'est l'UE, la France n'a plus les moyens d'exprimer ses points de vue originaux sur la marche du monde. Elle n'existe plus. Elle est sortie de l'histoire. Mais tout n'est pas perdu. Comme à chaque fois que la France a menacé de disparaître au cours de sa longue histoire, l'espérance renaît du fond des abîmes. Des raisons autant structurelles que conjoncturelles et aussi exogènes nous invitent aujourd'hui à un optimisme mesuré et surtout à reprendre le combat avec ardeur.


Des raisons structurelles

Il y a des raisons structurelles qui nous permettent de garder espoir dans l'avenir et qui peuvent se résumer de façon assez simple : la France possède tout ou presque tout pour s'en sortir par elle-même et elle sera plus riche une fois qu'elle sera libérée de ses chaînes.

La biodiversité des écosystèmes en France a toujours largement suffi à assurer l'autonomie alimentaire du peuple français. Ce n'est que depuis récemment que l'agriculture française peine à remplir sa mission en raison des orientations désastreuses prises depuis une quarantaine d'années qui reposent sur des monocultures intensives chimiquement assistées. Or la quasi-totalité des publications scientifiques en biologie et en écologie démontre que la biodiversité favorise la production de biomasse et protège les plantes du stress lié aux variations climatiques ou à l'attaque de prédateurs. Une politique intelligente et volontariste qui tirerait partie des connaissances acquises dans les départements d'écologie et de biologie de nos universités ainsi que dans nos laboratoires d'agronomie nous permettrait de retrouver notre autosuffisance alimentaire avec des produits d'une qualité gustative et sanitaire de haut niveau. Dès aujourd'hui, si chaque jardinier amateur entretient cinq graines reproductibles, de préférence anciennes, et échange avec ses voisins, la biodiversité en France peut être préservée en attendant que la France soit libérée et que les OGM et autres semences hybrides y soient interdites.

Grâce aux politiques nationales menées après la seconde guerre mondiale, la France possède des réseaux d'infrastructures redondants et d'excellente qualité. Ces réseaux ont été construits selon une vision globale d'aménagement du territoire et avec l'argent public, celui de nos impôts. Aujourd'hui, ils ont été privatisés ou sont en voie de l'être. Il conviendra bien évidemment de les nationaliser de nouveau. La privatisation d'infrastructures ne répond pas à la règle de l'offre et de la demande, c'est l'octroi d'un monopole, donc d'un privilège, à des sociétés privées, aux copains et aux coquins. Prenons le cas des autoroutes. Ils ont été financés par un emprunt d'État, si bien que pendant le temps du remboursement de cet emprunt, le prix du péage servait pour partie à rembourser l'emprunt et pour partie à entretenir les autoroutes. À partir du moment où l'emprunt fut remboursé le prix du péage aurait dû normalement diminuer d'au moins la moitié pour ne plus servir qu'à l'entretien. Et c'est à ce moment que les traîtres qui nous gouvernent décidèrent de privatiser les autoroutes pour une bouchée de pain. Et depuis, le prix du péage ne cesse d'augmenter. Disons-le clairement, la privatisation des autoroutes fut une opération maffieuse. Les responsables devront répondre de cela un jour. Cela étant, tout est en place. Ces réseaux, une fois revenus dans le giron de la nation, contribueront puissamment au renouveau de notre activité économique.

L'artisanat de qualité qui allie l'élégance des gestes à la beauté des formes et qui se répand au-delà de nos frontières est un héritage qui nous vient de loin puisqu'il puise dans nos racines gauloises. Les compagnons du devoir, invention française, sont un indicateur de l'amour du travail bien fait et des belles pratiques qui animent l'esprit de nos artisans. À une échelle légèrement supérieure, les PME innovantes sont la prolongation de cette tradition. Les réseaux qu'elles forment composent un des piliers de notre génie en matière économique. Aujourd'hui, les lois sur les entreprises ainsi que les impôts écrasent cette source de revenus économiques autant que de fierté nationale au profit des multinationales. Pire, les GOPÉ attaquent régulièrement ce pilier de notre identité économique nationale. À titre d'exemple, celles parues le 18 mai 2016 : «Par rapport à d'autres États membres, la France se caractérise par un nombre disproportionné de petites entreprises, ce qui limite leur niveau de productivité...» Méfions-nous du mot productivité car il cache les plus noirs desseins. Il s'agit ni plus ni moins que de brader l'innovation française en favorisant le rachat de nos PME par des multinationales. Il n'en reste pas moins qu'une politique équilibrée et avisée en matière de petites et moyennes entreprises et d'artisanat relancera rapidement l'économie française le moment venu. C'est une raison d'espérer.

La France recèle également un tissu de «Grandes Écoles» auxquelles on accède sur concours après être passé par des classes préparatoires. Ce système est typiquement français. Il est très différent du système des universités communément répandu dans le monde. L'idée d'intégrer une grande école sur concours relève fondamentalement de la valeur d'égalité et est un outil de l'ascenseur social. Cela a relativement bien fonctionné au cours des «trente glorieuses». Mais depuis que l'État est attaqué et que l'on assiste à une privatisation rampante de notre éducation nationale, la reproduction des élites au sein de leur caste redevient malheureusement la norme. L'aristocratie capitaliste bourgeoise et européiste a repris le système en main, pour le moment du moins. Il n'en reste pas moins que cet outil existe et qu'il fonctionne. Il forme des ingénieurs de bon niveau et imaginatifs. Il suffira de presque rien pour refaire fonctionner l'ascenseur social et offrir de belles perspectives, en France, à nos jeunes ingénieurs, à travers des projets fédérateurs et ambitieux.

Il faudra en tous cas reprendre sérieusement en main l'Instruction publique, mise à mal par les contre-réformes récentes. Il conviendra d'en faire ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : d'une part un instrument de la méritocratie par l'égalité en ce sens que chaque écolier, collégien ou lycéen, où qu'il vive sur le territoire de la République, doit recevoir une instruction de même qualité ; d'autre part le creuset de la formation à l'esprit critique et à l'autonomie de pensée. Sans esprit critique ni autonomie de pensée il ne peut y avoir d'espérance démocratique. Quelques réformes bien senties (formation des enseignants, recentrage des programmes, carte scolaire, taille des classes en fonction des lieux, rythmes scolaires, etc.) pourront rendre sa vocation à cette belle institution.

Enfin, il y a aussi une autre raison structurelle qui nous permet d'espérer. Dans l'histoire de France, à chaque fois que les élites ont trahi la France, le peuple a toujours su se relever à temps. Ce serait inscrit dans notre ADN national en quelque sorte. Et du reste, on sent aujourd'hui, dans le peuple français, des frémissements qui pourraient bien annoncer le sursaut salvateur. Ces frémissements propres à notre peuple se manifestent dans un environnement plus large encore, celui d'un monde qui bascule. En somme la France possède encore les ressources pour s'en sortir et nous attendons le déclic qui enclenchera le processus de libération de la patrie. Il reste à savoir si ce déclic proviendra du peuple français ou s'il sera la conséquence de l'effondrement du système actuel.


Des raisons exogènes : le changement de paradigme géopolitique

En dehors des raisons proprement françaises, il y a des raisons plus générales qui nous invitent à un peu d'optimisme. Nous assistons en ce moment à la fin d'un changement de paradigme géopolitique initié dans les années 2007-08-09. Ainsi, le monde unipolaire issu de la dislocation du bloc soviétique, centré sur l'hégémonie des États-Unis, s'efface au profit d'un monde multipolaire ou multinodal post-impérial.

D'un côté, l'émergence de formes nouvelles de relations internationales, fondées sur la souveraineté et le respect des nations, est incarnées par la montée en puissance des BRICS (Brésil, Russie Inde, Chine et Afrique du Sud) et par l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS).

De l'autre, le monde actuel dominé par la suprématie étasunienne et son centre de gravité, le dollar, s'effondre.

Logiquement, la dynamique géopolitique actuelle mène à la disparition de l'Empire, à la fin de l'OTAN et au délitement de l'UE.


Un réflexe immunitaire

Un vent gaulois se lève sur la plaine, propageant comme un parfum d'espérance à ceux qui veulent bien ouvrir leurs narines et le respirer à pleins poumons. Un vent qui tourbillonne, qui se répand, qui part dans tous les sens, désordonné, incontrôlé, un vent à l'image du peuple français.

Le mouvement des Gilets jaunes, éruption cutanée spontanée du peuple français, en est une illustration.

Nos défenses immunitaires se manifestent de multiples façons qui vont toutes dans le sens d'une sortie plus ou moins furtive du «système». On peut citer, «en vrac» et de façon non exhaustive :

  • le développement incroyable de sites d'information alternative sur les réseaux sociaux ;
  • la remise en cause des clivages politiciens traditionnels ;
  • l'émergence de mouvements souverainistes, politiques ou citoyens, alimentés par une population jeune ;
  • le développement de réseaux d'entraide et de troc (AMAPs, SOLARIS, communautés, etc.) qui tracent des trajectoires économiques tangentielles du système consumériste actuel ;
  • le pas de côté de plus en plus important de jeunes diplômés ;
  • la perte de confiance radicale des Français à l'égard des politiciens ;

En réaction, les tenants de l'ordre moral lancent leurs flèches éculées : désinformation ; complotisme ; fascisme ; antisémitisme ; etc. Qu'ils se méfient toutefois, à force d'exagération, il ne faudrait tout de même pas que ces insultes deviennent des compliments.

Quoi qu'il en soit, la prise de conscience de la situation est un phénomène complexe puisqu'elle repose sur de multiples interactions entre individus et entre points de vue différents. Et comme tout phénomène complexe, son évolution est non-linéaire. Il y aura un moment où les liens se feront entre toutes les initiatives disparates et où se produira une transition de phase. Nous réaliserons subitement que nous sommes les plus nombreux et que nous pouvons mettre ce système cul par-dessus tête, à moins bien sûr qu'il ne s'écroule lui-même avant.


Régis Chamagne

1 – Les origines de la construction européenne
2 – La réalité des institutions européennes

https://reseauinternational.net/les-raisons-desperer/

JacquesL

Vers une révolte ?



«La politique, ce n'est qu'une façon d'agiter le peuple avant de s'en servir». ~ Charles-Maurice de Talleyrand
«Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable». ~ John Fitzgerald Kennedy
«Il est des vérités d'une telle absurdité que seuls les intellectuels peuvent y croire». ~ George Orwell
«Plus tu sais, plus tu sembles bizarre aux autres». ~ Thomas Jefferson


par Régis Chamagne

Au mois d'octobre 2018, naît en France le mouvement des Gilets Jaunes, du nom des gilets jaunes fluo que portaient les manifestants. Cette éruption cutanée spontanée surprend et dépasse les faux contre-pouvoirs, syndicats et partis politiques dits d'opposition, qui tentent d'infiltrer et de s'approprier ce mouvement populaire qu'ils n'ont pas vu venir. Face à l'intransigeance des pouvoirs publics et confronté aux mesures de confinement liées à la pseudo-pandémie covidienne, le mouvement s'estompe, mais ses racines demeurent. Nous allons aborder et analyser ces deux thèmes : Gilets Jaunes et Covid.


Les Gilets Jaunes

L'augmentation du prix des carburants qui fut le point de départ de cette révolte populaire n'était en fait que la goutte qui a fait déborder le vase, un prétexte. La cause fondamentale du mouvement est l'injustice sociale, une réaction à la guerre des classes menée par l'oligarchie. Ce mouvement réunit au-delà des partis politiques et des clivages, il est d'une très grande diversité sociale et il refuse de se donner des chefs. En ce sens, il est de nature autogestionnaire. Progressivement, le mouvement évolue vers des revendications plus fondamentales tels que la remise en cause de l'UE ou le référendum d'initiative citoyenne (RIC). Fondamentalement, la question de la redistribution des richesses est posée. C'est également un mouvement patriotique, ainsi qu'en témoigne le nombre de drapeaux tricolores dans les manifestations, en réaction à la trahison de la classe dirigeante française depuis plusieurs décennies. Le mouvement est pacifique au début, mais il se radicalise face à la réaction disproportionnée du pouvoir. Il fait tache d'huile dans une vingtaine de pays. Enfin, et c'est très important, il suscite la réaction hostile des bien-pensants, des bonnes consciences humanitaristes prêtes à se lever pour les plus belles causes et se donner un satisfecit d'honorabilité. En revanche, quand le peuple français se lève pour vivre dignement, ça ne leur plaît pas du tout. Pour ces bonnes consciences, le peuple français, ça sent mauvais.

Malgré les manigances des syndicats et des partis politiques sociaux-traîtres pour infiltrer et récupérer le mouvement, celui-ci reste profondément populaire.

Les réactions du pouvoir, qui se caractérisent par un mépris de classe, une arrogance à l'égard de ce peuple qu'il veut maintenir en esclavage économique, sont typiques du comportement d'un État policier. En effet, ce mépris de classe se manifeste par une répression policière et judiciaire extrêmement violente :

  • 1 décès ;
  • plus de 2500 blessés ;
  • 432 blessé graves dont 353 à la tête, 30 éborgnés et 5 mains arrachées ;
  • 11000 gardes à vue associées à des décisions de justice illégales telles que des prolongations de GaV sans aucun motif ;
  • 3200 condamnations et 313 enquêtes de l'IGPN pour violences policières.

Du côté des forces de l'ordre, on relève 1800 blessés, ce qui indique bien une montée de la violence au fur et à mesure de la durée du mouvement.

Invité par l'Université Réelle de Montpellier en mars 2019 pour traiter du sujet «Gilets Jaunes et Histoire de France»1, je m'étais replongé dans l'Histoire des révolutions françaises et des basculements politiques : 1789 ; 1830 ; 1848 ; Commune de Paris 1871 ; Front populaire 1936 ; Résistance et Libération 1944. J'avais essayé de relever les similitudes entre ces différentes séquences de notre histoire et le mouvement des Gilets Jaunes.

Une caractéristique commune à tous ces mouvements est l'injustice sociale qui en est le tableau de fond et le terreau. Cela étant, il n'y a pas beaucoup de points communs entre le mouvement des GJ et 1789 qui fut une révolution bourgeoise dans laquelle le peuple fut agité, selon la formule de Talleyrand, ni entre les GJ et 1830 et 1848 qui furent des manipulations politiques, si ce n'est que la révolution de 1848 fit tache d'huile en Europe. Pas beaucoup de points communs non plus avec 1936 ; ce n'est pas le Front populaire qui permit les avancées sociales, ce sont les grèves qui ont obligé le patronat à faire des concessions. La trahison des dirigeants et le patriotisme sont les deux points communs avec la Résistance et la Libération qui accoucha du programme du CNR.

En revanche, il y a beaucoup de similitudes entre les GJ et la Commune de Paris. Celle-ci fut la première vraie révolution populaire. Le peuple de Paris, après avoir tenu un siège de plusieurs mois, réagit à la trahison de Napoléon III, dans une démarche patriotique. De surcroît la Commune fut autogestionnaire et sociale. Les mesures prises par la Commune ne furent en rien radicales ni révolutionnaires, elles furent simplement de bon sens. Ce qui est vraiment révolutionnaire, c'est que le peuple affirma qu'il pouvait très bien se débrouiller tout seul et que ça fonctionnait beaucoup mieux sans le patronage des «élites». Cette aventure se termina par la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1971, une répression féroce qui fit environ de 10 000 à 20 000 morts selon les estimations, et 10.137 condamnations : 23 peines de mort ; bannissements ; prison ; déportations au bagne de Nouvelle-Calédonie ; etc. Il faut faire passer au peuple l'envie de se passer de ses maîtres. Enfin, les bien-pensants de l'époque, George Sand, Émile Zola, Ernest Renan et Gustave Flaubert condamnèrent la Commune, avec deux exceptions toutefois : Jules Vallès et Victor Hugo.

Les similitudes entre les GJ et la Commune sont nombreuses : mouvement réellement populaire ; patriotique face à la trahison des gouvernants ; autogestionnaire ; social ; démocratique ; réprimé dans le sang ; condamné par la bien-pensance. La leçon à retenir est que quand le peuple se lève, il est généralement réprimé violemment et condamné par la bien-pensance. Cette même bien-pensance qui insultera les non vaccinés pendant la séquence suivante, celle du Covid.

Les manifestations des Gilets Jaunes se sont arrêtées avec le confinement lié au Covid, mais le mouvement existe toujours, comme le feu sous la cendre.


La dictature sanitaire liée au Covid

La séquence covidienne est riche en enseignements, par la façon dont elle s'est implémentée d'une part et par les réactions qu'elle a produites d'autre part. Nous allons aborder ces deux aspects et en premier lieu, le déroulé de la séquence. L'histoire covidienne peut être analysée sous au moins deux angles, les deux étant d'ailleurs liés :

  • un angle technique. De ce point de vue, deux visions s'affrontent, celle d'une pandémie liée à un virus naturel ou celle d'un virus créé en laboratoire pour justifier une «vaccination» de masse avec un produit nocif dans une perspective de dénatalité ;
  • un point de vue social en considérant les mesures qui ont été prises par nos gouvernements à cette occasion et ce que cela pourrait signifier.

S'agissant de l'aspect technique, les études menées un peu partout dans le monde, non relayées par les médias de grand chemin français, convergent vers la thèse «complotiste». Le Dr. Alexandra Henrion-Caude, généticienne, ancienne directrice de recherche à l'Inserm, avait été l'une des premières à soulever des doutes, après avoir séquencé le génome du virus. Depuis de nombreuses études techniques et statistiques dévoilent la manipulation. Une bonne synthèse est fournie par Naomi Wolf, journaliste et écrivain américain, dans un livre intitulé «PFIZER PAPERS», synthèse d'un immense travail d'analyse des 450.000 pages de documents fournis par Pfizer à la FDA (US Food and Drug Administration) par 3.500 experts bénévoles. Que retenir de cela :

  • il n'y a pas eu de pandémie. Les statistiques de décès liés au virus sont semblables à celles d'une grippe ordinaire. La surmortalité constatée au début et relayée par nos médias de grand chemin est liée principalement à deux raisons. Premièrement, pendant cette période, les décès, en hôpital ou en EHPAD en particulier, étaient quasi systématiquement estampillés «Covid». Plusieurs témoignages vont dans ce sens. Deuxièmement, l'accès à l'hôpital a été refusé aux personnes ayant besoin d'un suivi médical régulier pour des maladies chroniques ou autres, au cri de : «Restez chez vous et prenez un Doliprane !» Le professeur Péronne estime à 25.000 le nombre de personnes décédées faute de soins ;
  • les médicaments ordinaires ayant fait leurs preuves depuis plusieurs décennies (ivermectine, hydroxychloroquine, azithromycine) ont été interdits ou fortement déconseillés par les pouvoirs publics quelques mois avant la fausse pandémie. De plus, le Pr. Raoult, promoteur d'un traitement sûr et efficace, a déclaré que, parmi les gens qui le dénigraient, certains avaient fait appel à lui pour les soigner du virus.
  • le produit présenté comme un vaccin n'en était pas un car il ne protégeait pas du virus, tout simplement. Dès novembre 2020, Pfizer savait que son «vaccin» n'était ni sûr ni efficace et que de surcroît il attaquait les gonades ;
  • depuis, les statistiques de mortalité indiquent clairement une surmortalité chez les personnes ayant été «vaccinées». Le cas des sportifs de haut niveau est d'ailleurs emblématique ;
  • les constats faits par les thanatopracteurs qui ont le courage de l'évoquer révèlent des choses bizarres dans le sang des personnes «vaccinées» décédées, telles que de longs filaments dans les vaisseaux sanguins ou des formes ressemblant à des lombrics. En somme, des choses qu'ils n'avaient jamais vues auparavant. Le documentaire de Pierre Barnérias «Hold-up», sorti dès novembre 2020, relaye très bien ce constat, images et commentaires de professionnels à l'appui.

Évoquons à présent l'aspect social de cette séquence. Au cri de : «Nous sommes en guerre !», le gouvernement a imposé des mesures hallucinantes au peuple français : confinement, auto-autorisation de sortie dans un rayon d'un kilomètre de chez-soi, obligation de porter un masque inutile, avec parfois des nuances (non obligatoire assis à la terrasse d'un établissement mais obligatoire debout à cette même terrasse ; la nocivité du virus étant très certainement liée à la hauteur), interdiction de regroupement de plus de six personnes avec les conséquences familiales que l'on sait, culpabilisation des enfants à l'égard de leurs grand-parents, mesures de rétorsion d'essence nazi à l'encontre des gens non vaccinés, etc.

En effet, les mesures prises pour imposer la vaccination d'une part et à l'encontre des non vaccinés d'autre part, sont bien d'essence nazi car elles contreviennent au code Nuremberg, dans ses articles 1 et 5. Le code de Nuremberg est un extrait du jugement pénal rendu les 19-20 août 1947 par le Tribunal militaire américain (agissant dans le cadre de dispositions internationales) dans le «procès des médecins». Il s'agit de la liste des dix critères utilisés par le Tribunal pour apprécier le caractère licite ou illicite des expérimentations humaines reprochées aux vingt-trois accusés, des médecins, pour la plupart. Voyons les articles en question :

  • Article 1. Le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel. Cela veut dire que la personne concernée doit avoir la capacité légale de consentir ; qu'elle doit être placée en situation d'exercer un libre pouvoir de choix, sans intervention de quelque élément de force, de fraude, de contrainte, de supercherie, de duperie ou d'autres formes sournoises de contrainte ou de coercition ; et qu'elle doit avoir une connaissance et une compréhension suffisantes de ce que cela implique, de façon à lui permettre de prendre une décision éclairée. [...]
  • Article 5. Aucune expérience ne doit être conduite lorsqu'il y a une raison a priori de croire que la mort ou des blessures invalidantes surviendront ; sauf, peut-être, dans ces expériences où les médecins expérimentateurs servent aussi de sujets.

Le code de Nuremberg s'applique dans le cadre d'une expérience. Rappelons que lors de leur mise en service, ces produits étaient encore en phase 2, c'est-à-dire expérimentale. D'où l'existence de lots placebo.

Les secondes mesures, à l'encontre des personnes ne disposant pas d'un passe-vaccinal, leur interdisant l'accès à certains lieux (restaurants, bars, salles de sport, cinémas, activités de loisir, stades, théâtres, musées, salles de spectacle, etc.) sont un copier-coller presque parfait des mesures d'application de la neuvième ordonnance du 8 juillet 19422 interdisant aux juifs de fréquenter certains lieux publics (restaurants, cafés, théâtres, concerts, etc.).

Alors, que penser de tout cela ? La psychologue Marion Saint Michel, qui a publié un livre intitulé GOUVERNANCE PERVERSE évoque la création d'une psychose collective entretenue par les gouvernements, l'alimentation d'une paranoïa générale. Selon elle, l'absurdité des mesures imposées n'étaient pas le fait de la bêtise des décideurs mais d'un plan visant à créer une dissonance cognitive parmi la population. Jean-Dominique Michel, anthropologue franco-suisse dont je recommande le suivi, est en phase avec cette analyse.

Selon Marion Saint Michel, l'objectif de tout ce cirque fut de :

  • démoraliser la population, avec des conséquences dramatiques sur les enfants ;
  • isoler les gens les uns des autres, empêcher les échanges par questionnements qui auraient pu mener à des désobéissances, voire à des révoltes ;
  • détruire économiquement le tissu français, cela dans la perspective plus large de la soumission de la France et de son peuple à l'oligarchie et à ses multinationales ;
  • tester la soumission de la population afin de préparer d'autres manipulations. À cet égard, les réactions du peuple sont intéressantes car elles préparent notre futur.

En somme, ces mensonges et ces absurdités, les contradictions mises en œuvre, avaient pour objet de créer de la dissonance cognitive dans la population, surtout en situation de stress, et d'amener les gens à disjoncter, à ne plus réfléchir. Mais finalement, quel fut le résultat de tout cela ?

De mon point de vue, le résultat de tout ce cirque est plutôt positif. Un réflexe de défense immunitaire contre la tyrannie s'est substitué partiellement à la dissonance cognitive et a fait basculer un certain nombre de personnes dans le camp de ceux qui doutent, remettent en cause des discours officiels et préfèrent penser par eux-mêmes. Chez ces personnes, le bon sens paysan a prévalu, ce qui a nourri le camp des «complotistes». Philippe Guillemant, chercheur en physique fondamentale et spécialiste de l'intelligence artificielle, dans son livre Le grand virage de l'humanité, pense que les événements sidérants que nous avons vécus de 2020 à 2022 ont provoqué un éveil de la conscience apte à redessiner le futur de l'humanité.

Les deux séquences que nous venons d'aborder, celle des Gilets Jaunes et celle du Covid, ont créé une fracture profonde dans la société française, divisant même au sein des familles, fracture que certains observateurs ont comparé avec celle de l'affaire Dreyfus. Finalement, après tout cela, peut-on penser qu'une révolution en France est possible ? Je vais essayer d'apporter des éléments de réflexion sur ce sujet.


Une révolution est-elle possible en France ?

J'aurais abordé cette question différemment si je n'avais pas lu le livre de Peter Turchin Le chaos qui vient. Ce dernier nous offre une clé méthodologique remarquable. Je vais essayer d'en rendre compte de façon synthétique.

Peter Turchin, à travers l'étude de nombreux cas historiques apporte une grille d'analyse paradigmatique des cycles d'intégration et de désintégration politiques et notamment la formation et l'effondrement des empires ou des États, ce qu'il nomme la cliodynamique du pouvoir (de Clio, la muse de l'histoire dans la mythologie grecque, et dynamique, la science du changement). Je cite l'auteur : «Lorsqu'un État connaît une stagnation ou une baisse des salaires réels, un écart croissant entre riches et pauvres, une surproduction de jeunes hauts diplômés, une baisse de la confiance générale et une explosion de la dette publique, ces indicateurs sociaux a priori disparates sont en réalité liés les uns aux autres de manière dynamique».

Dans un premier temps, Peter Turchin identifie les formes de pouvoir : le pouvoir de l'argent lié au politique ou inversement ; le pouvoir de coercition ; le pouvoir bureaucratique ou administratif et le pouvoir de persuasion, de nature idéologique. Ensuite, fondamentalement c'est la combinaison de deux variables principales qui structure les conditions de l'effondrement : la pompe à finance (quand les riches s'enrichissent au détriment des pauvres qui s'appauvrissent) et la surproduction d'élites qui engendre une classe d'élites frustrées (il y a trop d'aspirants au pouvoir par rapport aux postes offerts). Par le mot élite, l'auteur ne considère pas les plus intelligents mais ceux qui détiennent le pouvoir ou aspirent à le détenir. La Révolution française a été conduite par les élites frustrées, la bourgeoisie, au détriment des détenteur du pouvoir, la monarchie. Du reste, nous avons constaté que quand le peuple se soulève par lui-même, sans l'arrimage à des élites frustrées, cela se termine très mal pour lui. Alors, qu'en est-il en France aujourd'hui ?

Depuis plusieurs décennies, de plus en plus de jeunes, diplômés ou pas, font le pas de côté par rapport au système pour lequel ils étaient censés travailler et optent pour des projets alternatifs. Cette tendance fait partie d'un phénomène que l'on appelle «La grande démission», bien que les analyses sur ce phénomène soient contrastées. S'agissant du pouvoir de persuasion (les médias), on constate très nettement une croissance impressionnante de médias alternatifs (chaînes YouTube, blogs, etc.), dits «de réinformation», autofinancés, dont l'audience fait pâlir les médias de grand chemin subventionnés. Dans ce domaine, les élites frustrées, plutôt que de se battre pour prendre la place des élites installées, les contournent pour les dépasser, à tel point que le pouvoir politique et administratif commence à faire usage de son pouvoir de coercition à leur encontre. Il est à noter que la tyrannie covidienne a accéléré ce mouvement. Dans les domaines bureaucratique et administratif, voire même de coercition (ou auto-défense dans ce cas-là), il est difficile de savoir si ce phénomène existe car si c'est le cas, il se situe sous la détection des radars gouvernementaux et aucune statistique n'existe.

Que conclure ? Il y a un pas de côté de la part d'une partie des élites surnuméraires en France, qui ne date pas d'aujourd'hui, qui est visible s'agissant du pouvoir de persuasion, probable dans d'autres domaines sans que l'on puisse le mesurer précisément. Ce pas de côté est une façon d'activer nos défenses immunitaires, parallèlement à l'éruption des Gilets Jaunes. Ainsi, la probabilité d'une insurrection en France est difficile à évaluer. J'ai du mal à envisager le mouvement des Gilets Jaunes, de nature autogestionnaire, s'arrimer à une direction conduite par des élites frustrées, mais sait-on jamais. De mon point de vue, il est plus probable que l'effondrement du système politique français soit de nature exogène, qu'il provienne d'un effet domino provoqué par l'effondrement de l'Empire occidental sous direction étasunienne. Cet effondrement est en phase terminale. La France suivra et nous aurons un indice fiable pour le mesurer : quand les forces de l'ordre se rangeront du côté du peuple pour le protéger. Souvenons-nous que Paris fut libérée le 24 août 1944 et que la police de Paris est passée de la collaboration à la résistance le 17 août. Le moment venu, il faudra «piloter» la transition de façon pacifique, donc légale. Il s'agit d'un projet ambitieux qui, espérons-le, prendra le pas sur les initiatives désordonnées.


Régis Chamagne


1 – Les origines de la construction européenne
2 – La réalité des institutions européennes
3 – Les raisons d'espérer


https://reseauinternational.net/vers-une-revolte/


JacquesL

Le changement de paradigme géopolitique



«Être l'ennemi des États-Unis est dangereux, être son ami est fatal». ~ Henry Kissinger
«La faillite, ça commence lentement, lentement, lentement, puis ça va très vite». ~ Ernest Hemigway

Vers la fin des années 1990, j'ai commencé à avoir l'intuition du déclin des États-Unis, peut-être après avoir participé à des opérations ou exercices en commun. Puis la lecture de deux livres a structuré ce qui n'était qu'une vague intuition : Après l'Empire d'Emmanuel Todd (2002) et Le nouveau XXIe siècle – Du siècle américain au retour des nations de Jacques Sapir (2008). À partir de 2005, une fois à la retraite de l'armée de l'air, j'ai commencé à travailler sur le sujet, d'autant qu'en parallèle il se passait des choses à l'est. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, il nous faut aborder la courbe de Stuart Kauffman que la citation d'Ernest Hemingway illustre à la perfection.


La courbe de Stuart Kauffman

Stuart Kauffman est biologiste, chercheur sur les systèmes complexes et mathématicien. Vers le milieu des années 1990, on lui a demandé d'imaginer l'évolution du déploiement d'internet. Pour répondre à cette demande, il a créé une modélisation informatique. Il s'agit de considérer un ensemble de n éléments, de les relier deux par deux de façon aléatoire et d'observer la formation du plus grand groupe d'éléments reliés entre eux. En abscisse, on compte le nombre de liens créés et en ordonnée, on mesure la taille du plus grand groupe. En répétant cette expérience un grand nombre de fois, on obtient une courbe moyenne. Cette courbe est presque plate au début, elle semble ne pas évoluer, puis elle se redresse subitement à l'émergence d'une masse critique, passe par un point d'inflexion et enfin elle se stabilise à nouveau pour être proche de l'horizontale. Elle a alors atteint un nouvel état ; ça commence lentement... puis ça va très vite.



Cette courbe illustre les transitions de phase, dans quelque domaine que ce soit. Elle illustre en particulier le changement de paradigme géopolitique qui est, d'un point de vue biologique, une transition de phase, et c'est ce que nous allons analyser. Pour cela, il convient de caractériser l'ancien paradigme, celui de la fin de l'histoire...


L'ancien paradigme géopolitique

Le monde ancien, rêvé par ceux qui, peut-être sous l'effet de produits bizarres, s'imaginaient que l'histoire était finie, qu'un monde unipolaire, sous l'emprise de l'hégémonie étasunienne allait durer éternellement, est en fait fini, et ce, depuis longtemps (ça commence lentement... puis ça va très vite).

Le centre de gravité du monde ancien était le dollar en tant que monnaie de réserve mondiale et sur le système d'échange interbancaire SWIFT qui va avec. Cet état de fait permettait aux États-Unis d'alimenter une pyramide de Ponzi sur laquelle reposait le dollar parce que les pays du monde entier avaient besoin de dollars pour leurs échanges commerciaux. Du coup, toute l'économie américaine reposait sur des déficits commerciaux ainsi que sur des prix à la consommation et des taux d'intérêt artificiellement bas. Les États-Unis vivaient très au-dessus de leurs moyens grâce aux pays du reste du monde qui payaient la facture et vivaient en dessous de leurs moyens. En somme, les États-Unis vivaient au dépend de la productivité du reste du monde.

Dans cet ancien paradigme, l'armée américaine, réputée la plus puissante du monde depuis la guerre du Golfe de 1991, avait pour mission de punir les récalcitrants pour continuer à imposer le dollar. Ainsi en fut-il de Mouammar Qaddafi qui avait développé le dinar-or, monnaie adossée à l'or comme son nom l'indique, qu'il proposait aux pays africains pour vendre le pétrole libyen.


La chute des États-Unis

Pour analyser la chute des États-Unis, nous pouvons partir des réflexions du général Poirier qui présente la notion de stratégie intégrale d'État comme la «théorie et pratique de l'ensemble des forces de toute nature, actuelles ou potentielles, résultant de l'activité nationale, elle a pour but d'accomplir l'ensemble des fins définies par la stratégie générale. Elle associe les résultats des trois stratégies économique, culturelle et militaire dans une unité de pensée et d'action qui combine et leurs buts et leurs voies et moyens». Les stratégies économique et militaire s'appuient sur des puissances économique et militaire, la stratégie culturelle sur une forme de rayonnement. Selon ce prisme, qu'en est-il des États-Unis ?

Sur le plan économique, la transition d'une économie productive à une économie financière à partir du milieu des années 1970 a produit la désindustrialisation du pays et la destruction du tissu social américain. Les documentaires de Michael Moore en rendent compte de manière saisissante. Cela a provoqué une paupérisation de la population américaine qui ne fait que s'accélérer. En parallèle de cela, l'orientation des hauts diplômés vers les métiers de la finance plutôt que ceux de l'ingénierie a affecté le niveau de la recherche et a obéré la capacité de réindustrialisation des USA. Nous le constatons aujourd'hui. Les États-Unis accusent un immense retard dans les technologies stratégiques de pointe (hypersonique, imagerie quantique, etc.) et ne disposent pas de la main d'œuvre nécessaire pour recréer rapidement un tissu industriel : ingénieurs innovants, ouvriers qualifiés, etc. On peut ajouter à ce tableau que les infrastructures (ponts, routes, voies ferrées, etc.) sont très mal entretenues.

Sur le plan culturel, certaines universités américaines menacent de fermer faute d'élèves. En effet, les universités américaines sont des entreprises privées qui vivent de la contribution de leurs étudiants. Elles étaient attractives jusque dans les années 1990 et drainaient des étudiants du monde entier. Mais leur niveau a considérablement baissé. Les examens pour obtenir un diplôme reposent de plus en plus souvent sur des QCM plutôt que sur des questions ouvertes qui demandent d'élaborer une pensée autonome. Il en sort des individus aptes à appliquer des procédures plutôt que des esprits libres capables d'imagination et d'innovation, et cela s'en ressent dans le monde de la recherche et de l'industrie. Ce phénomène a débuté dans les années 1990 et ses résultats s'en font sentir aujourd'hui. En somme, la désindustrialisation intellectuelle accompagne la désindustrialisation physique du pays.

Sur le plan militaire, les programmes les plus récents sont des échecs techniques et opérationnels en plus d'être des gouffres financiers (chasseur F-35, porte-avions de la classe Gerald Ford, destroyer de la classe Zumwalt, sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de classe Columbia, etc.). La propagande arrive de moins en moins à masquer la réalité de ces programmes qui font parfois l'objet de débats houleux au Sénat. Par exemple, en 2019, le Sénat avait refusé de voter le budget pour le troisième porte-avions de la classe G. Ford en attendant que les nombreux problèmes rencontrés sur les premiers soient résolus. Dans un autre registre, une étude récente du Pentagone reprise par Robert F. Kennedy Jr. indique que 77% des jeunes Américains âgés de 17 à 24 ans sont inaptes au service militaire pour causes d'obésité, de consommation de drogues ou de problèmes psychiques. Mais pour revenir à la technologie de l'armement, sujet de fierté de la propagande américaine, les observateurs avertis notent la perte de performance des États-Unis, sans même considérer les faibles capacités de production du complexe industriel mis en lumière à l'occasion de la guerre de l'OTAN avec la Russie en Ukraine. Il manquait l'occasion d'en avoir la preuve. La preuve est apparue progressivement et éclate aux yeux du monde depuis 2022. Nous allons en situer des jalons à l'intérieur de la séquence globale de transition de phase, et relever les interactions entre puissance militaire et hégémonie du dollar. Mais d'abord, il nous faut évoquer les structures sur lesquelles s'appuie le nouveau paradigme géopolitique : l'OCS et les BRICS+.


L'OCS+ et les BRICS+

L'organisation de Coopération de Shanghai (OCS) est née après des bouleversements géopolitiques consécutifs à l'effondrement de l'URSS afin de stabiliser les relations entre la Russie, la Chine et les nouveaux États d'Asie centrale : la Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan. Il s'agissait au départ d'une organisation essentiellement centrée sur la sécurité régionale et la coopération qui va avec. Elle est constituée de trois cercles concentriques : les États membre, les États observateur et les partenaires de discussion. Par élargissements successifs, elle intègre aujourd'hui l'Inde, le Pakistan, l'Iran et la Biélorussie. En outre, la Mongolie et l'Afghanistan sont membres observateurs tandis que le Sri Lanka, la Turquie, le Népal, l'Azerbaïdjan et l'Arménie sont partenaires de discussion. À partir des années 2013-2014, la coopération entre les pays de l'OCS s'est élargie aux questions géopolitiques, économiques et financières. Aujourd'hui, de nombreux pays frappent à la porte de ce qui devient l'OCS+.

Quant aux BRICS+, il s'agissait à l'origine des BRIC, un acronyme d'un économiste de Goldman Sachs, Jim O'Neill, qui, en 2001, avait regroupé les pays en forte croissance économique (Brazil, Russia, India, China). Cet acronyme est devenu une réalité géopolitique le 16 juin 2009 à Ekaterinbourg en Russie dans les conditions que nous verrons plus loin. En 2011, les BRIC devinrent BRICS avec l'adhésion de l'Afrique du Sud (South Africa). Depuis, à tour de rôle, ces cinq pays organisent les rassemblements annuels de ce groupe de pays qui attire de plus en plus de partenaires et qui élargit le champ de ses discussions. Actuellement, cinq pays ont rejoint les BRICS+ : l'Égypte, les Émirats arabes unis (EAU), l'Éthiopie, l'Iran et l'Indonésie et une vingtaine de pays frappent à la porte. À l'heure actuelle, le groupe représente 51% de la population mondiale et 40% du PIB mondial. En outre, les BRICS+ se sont doté d'une banque de développement basée à Shanghai, présidée par l'ancienne présidente du Brésil, Dilma Rousseff, qui, à l'inverse du FMI, n'exige aucune réforme structurelle ni ne fait aucune ingérence politique en échange de son aide, conformément à l'esprit des BRICS+ fondé sur la souveraineté des nations et le respect mutuel. De plus, ces pays utilisent de plus en plus le système d'échange interbancaire chinois CIPS en lieu et place de SWIFT.

Si l'OCS est une organisation régionale centrée au départ sur les questions de sécurité tandis que les BRICS+ forment un groupe plus étendu géographiquement, basé initialement sur les questions économiques, les centres d'intérêt des deux organisations convergent, à tel point que l'idée d'une fusion des deux institutions commence à faire sens. L'avenir le dira.


Chronologie du changement de paradigme

Le top départ du changement de paradigme géopolitique a été donné par Vladimir Poutine à l'occasion de son discours à la conférence de Munich, le 10 février 2007 dans lequel il remet en cause le monde unipolaire, citant Franklin Roosevelt : «La sécurité de chacun signifie la sécurité de tous». Rappelons que Vladimir Poutine est libéral et qu'il a cherché à se rapprocher de l'Occident dès son arrivée au pouvoir. Il s'est ravisé après avoir constaté l'extension de l'OTAN vers l'est malgré les promesses faites à Gorbatchev en son temps.

Le top départ de la dédollarisation de l'économie mondiale a été donné à l'occasion du G-20 qui s'est déroulé à Washington les 14 et 15 novembre 2008. la Chine avait proposé de réfléchir à une monnaie, sur le modèle du bancor de John Maynard Keynes, pour remplacer, à terme, le dollar en tant qu'étalon monétaire international. Les États-Unis avaient évidemment refusé mais la date était prise. Dès lors, la Chine a commencé à se délester lentement mais sûrement de ses bons du trésor américains.

Dans la foulée de ce G-20, la première réunion des BRIC fut organisée le 16 juin 2009 à Ekaterinbourg, en Russie, donnant une réalité géopolitique à un acronyme. On peut dire que les années 2007 à 2009 marquent le début de la courbe de Stuart Kauffmann.

Le point d'inflexion de la transition de phase est probablement arrivée entre septembre 2013 et avril 2014. Le 3 septembre 2013, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne étaient prêts à lancer une attaque contre la Syrie. Au dernier moment, le président Obama annulait l'opération et opérait un revirement à 180°. La raison en est que les États-Unis avaient tirés deux missiles balistiques sur la Syrie qui avaient été détectés puis interceptés par des missiles antiaériens russes S-300, à partir de navires opérant en Méditerranée orientale. L'information était venue du journal libanais As-Safir le 13 septembre. Cet événement indiquait clairement que les capacités stratégiques défensives de la Russie étaient à même de s'opposer aux capacités stratégiques offensives des États-Unis. Le 7 septembre, à Astana, Xi Jinping annonçait son projet de nouvelles routes de la soie et disait qu'il allait falloir dédollariser l'économie mondiale. À ce moment-là, on pouvait voir l'association objective de la puissance militaire russe et de la puissance économique chinoise pour contrer l'hégémonie américaine. Le partenariat stratégique entre ces deux pays n'a fait que se préciser et se renforcer.

En mars 2014, à la suite du rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie consécutive à un référendum, six banques russes furent exclues du système de paiement interbancaire SWIFT. La conséquence fut le développement d'un système concurrent chinois, le CIPS, et d'un système russe, le MIR, puis d'actions coordonnées qui allaient mener à la création de la banque des BRICS. Précisons que SWIFT, en plus d'être un système technique est aussi et peut-être surtout, un outil de renseignement considérable car il offre une vision globale sur les échanges financiers mondiaux. Une fois de plus, et pas la dernière, les États-Unis se sont tiré une balle dans le pied en raison d'un hubris obsolète.

Puis, le 10 avril 2014, le destroyer USS Donald Cook, équipé du système AEGIS entrait en mer Noire pour une mission de démonstration de force au large de la Crimée. Deux jours plus tard, un SU-24, avion des années 70 aux entrées d'air carrées et à la signature radar énorme, entra dans le volume de détection des radars américains, fut détecté, sa trajectoire analysée, puis soudain, plus d'image sur les radars du système AEGIS. Quelques minutes plus tard, le SU-24, équipé d'une nacelle de guerre électronique, survolait le pont du Donald Cook. À partir de cet incident, j'ai compris que la Russie avait la supériorité militaire sur les États-Unis. En effet, dans mon livre L'art de la guerre aérienne, je démontre de manière logique que la supériorité dans le domaine de l'information, et particulièrement de la guerre électronique, est le préalable à la supériorité aérienne, elle-même préalable aux actions de surface.

La supériorité russe en matière de guerre électronique fut confirmée par le général Tony Thomas, chef du Commandement des opérations spéciales des États-Unis en Irak, lors d'un symposium sur la guerre électronique, GEOINT 2018 : «Actuellement, en Syrie, nous nous trouvons, du fait de nos adversaires, dans l'environnement de guerre électronique le plus agressif que l'on puisse trouver dans le monde. Ils nous attaquent chaque jour, interrompant nos communications, désactivant nos EC-130, etc. [...] l'infériorité sévère des forces US dans le domaine de la guerre électronique. [...] les capacités de guerre électronique de la Russie ne fonctionnent pas à pleine capacité en Syrie. Si la Russie décidait de le faire, les États-Unis perdraient toutes leurs capacités de communication dans la région...»

Du reste, le déploiement d'une cinquantaine d'aéronefs en Syrie fin septembre 2015, au nez et à la barbe des radars de l'OTAN, confirmèrent cette supériorité.

Puis, le 1er mars 2018, à l'occasion d'un discours, Vladimir Poutine dévoilait de nouvelles armes invincibles développées par les centres de recherche russes, hypersoniques ou sous-marines. Ces armes hypersoniques invulnérables confèrent à la Russie une supériorité stratégique offensive et lui offre un outil de dissuasion conventionnelle intermédiaire. Sauf à rester confiné dans une bulle d'auto-persuasion, il n'était alors plus permis de douter de la supériorité de la technologie militaire russe.

Enfin, venons-en à l'asymptote de la courbe de Stuart Kauffman. À la suite du refus de l'OTAN d'accéder à ses demandes de définir un cadre de sécurité en Europe, Vladimir Poutine lance l'opération militaire spéciale (OMS) le 24 février 2022. Cette opération militaire confronte l'armée russe à celles de l'OTAN en Ukraine et elle révèle la supériorité militaire écrasante de la Russie sur l'OTAN, donc sur les États-Unis, dans les domaines de la technologie, de la capacité industrielle, de la stratégie et de la tactique. Le monde entier, en dehors de l'occident lobotomisé par la propagande des médias de grand chemin, a alors pris conscience de cette supériorité, ce qui a constitué un facteur décisif d'accélération de la dédollarisation de l'économie mondiale. En effet, sous le parapluie russe (plus de 40 pays africains ont signé des accords de coopération militaire avec la Russie) les pays du sud global peuvent se passer sereinement du dollar pour leurs échanges commerciaux. Ils n'ont plus à craindre de mesures de rétorsion de la part de l'armée américaine.

L'Empire est en phase finale d'effondrement et on a l'impression que les «élites» occidentales ne l'ont toujours pas compris. Les États-Unis se comportent toujours comme s'ils pouvaient dicter leur loi au reste du monde. Ainsi, face au nouvel ordre mondial qui se lève à l'est, leurs réactions sont inappropriées, voir grotesques. Sans entrer dans les détails techniques des menaces et des décisions prises par l'actuel président des États-Unis ainsi que de leurs conséquences, qui paye le prix des droits de douane ou ce genre de choses, on peut résumer la situation actuelle de la façon suivante : les États-Unis utilisent des modes d'action qui fonctionnent dans le cadre d'un rapport de forces du fort aux faibles alors qu'ils n'ont toujours pas compris qu'ils sont dans un rapport de forces du faible aux forts. Du coup, non seulement leurs actions sont inefficaces, mais pire, elles se retournent contre eux dans un effet de boomerang. De façon caricaturale et théâtrale, Donald Trump accélère la chute de l'Empire et renforce les liens entre les pays des BRICS+ et de l'OCS+. Alors, n'ayant plus de prise sur le sud global, il s'en prend à ses vassaux, les pays européens dirigés par des psychopathes médiocres, couards, idiots et incultes.

De toutes les façons, les États-Unis vont devoir «passer à la caisse». Finiront-ils en pays du Tiers-monde ? Se disloqueront-ils ? L'avenir le dira. En tout état de cause, ces scénarios sont possibles.

Les pays d'Europe occidentale suivront, chacun à sa façon. L'OTAN et l'UE s'effondreront comme s'est effondrée l'URSS et les «élites» actuellement en place devront rendre des comptes. Les pays occidentaux subiront des changements de régime. Ces événements se produiront mais il est difficile de prévoir la tournure exacte qu'ils prendront. Il est donc important de s'y préparer, penser le futur souhaitable et la transition pour y arriver : la place de la France redevenue souveraine dans un monde multinodal, fondée sur des principes ; la stratégie à mener pour atteindre cet objectif ; la phase de transition, pacifique, fondée sur le droit et implémentée avec méthode.


Régis Chamagne

1 – Les origines de la construction européenne
2 – La réalité des institutions européennes
3 – Les raisons d'espérer
4 – Vers une révolte ?

https://reseauinternational.net/le-changement-de-paradigme-geopolitique/