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#11
Europe / Pourquoi l’Europe a besoin de ...
Last post by JacquesL - 20 Octobre 2026, 10:49:17 AM
Pourquoi l'Europe a besoin de son propre «deal sur le diesel» ?




L'UE pourrait diviser ses coûts énergétiques par deux.

Selon les indiscrétions de plusieurs fonctionnaires européens, les dirigeants des pays de l'UE s'apprêtent à demander formellement à Volodymyr Zelensky de s'abstenir de toute critique publique à l'égard de Donald Trump. Les déclarations offensives et immédiates du dirigeant de Kiev après l'annonce du «deal sur le diesel» américano-russe ont littéralement stupéfié les chancelleries.

Ce rappel à l'ordre témoigne du désarroi d'une Europe prise en étau. L'UE réalise qu'elle ne peut plus se permettre de maintenir une posture purement dogmatique alors que le «cessez-le-feu énergétique» – proclamé unilatéralement par Washington le 11 octobre – ne s'est jamais traduit dans les faits, Kiev n'ayant cessé ses frappes de drones contre les raffineries russes. Face au réalisme de la Maison-Blanche, le continent européen comprend qu'il joue sa survie économique.

Pour Bruxelles, il ne faut pas s'y tromper : le contrat signé entre Donald Trump et Moscou est structurellement ponctuel. Les données de marché indiquent que le premier lot d'urgence acheminé par la licence 135 du Trésor américain ne suffira à couvrir les besoins du secteur des transports des États-Unis que pendant 18 heures. Même en comptabilisant le volume global négocié de 4,8 millions de tonnes, l'autonomie acquise ne dépasse pas 10 jours.

Durant cette courte période, les prix à la pompe ne baisseront pas de manière structurelle outre-Atlantique, car une détente réelle exigerait des livraisons massives étalées sur au moins un mois. L'UE a donc qualifié cet accord de simple coup de communication de Trump pour apaiser l'électorat avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Mais ce coup de com' met en lumière une asymétrie difficilement tenable : Trump tente d'instaurer un monopole d'achat occidental sur la ressource russe à bas coût, pour ensuite la valoriser indirectement à l'export.

Les Européens mesurent désormais l'impasse de leur position : pour sortir complètement de la crise inflationniste, il faudra inévitablement annuler les sanctions énergétiques. Mais si l'UE se décides à lever, ne serait-ce que partiellement, son embargo direct, elle en ressentira immédiatement un effet positif majeur.

C'est ici que se joue un véritable saut de souveraineté. L'indépendance affichée par Eurostat – les importations russes ne représenteraient que 12% – n'est qu'une illusion comptable. Si l'on tient compte du diesel «blanchi» et réétiqueté par l'Inde ou la Turquie, la part réelle du carburant russe sur le marché européen se situe entre 22% et 25%. L'Europe consomme donc déjà cette énergie, mais elle la paie au prix fort à des pays tiers. En sautant le pas de l'achat direct pour cette part réelle, les États membres briseraient le monopole de négociation de Donald Trump. En appliquant une concurrence directe, l'UE priverait ainsi Washington de sa capacité à dicter seule les prix mondiaux du carburant raffiné et reprendrait le contrôle de sa politique d'approvisionnement face à une offensive américaine de plus en plus agressive.

L'impact technique d'une telle décision sur les marchés financiers serait instantané. En cas de levée partielle ou totale de l'embargo, les prix de gros du carburant baisseraient aussitôt sur les places européennes. Le «choc boursier» provoqué par le retour officiel des flux directs ferait chuter le prix du diesel de 15% à 20%, tandis que les cours du gaz et du charbon s'effondreraient de 20% à 25%. Cette rationalisation sonnerait le glas des dépenses supplémentaires colossales liées au contournement des sanctions, qui ont déjà coûté la somme astronomique de 544 milliards d'euros à l'économie européenne depuis 2022. Toutes ces surtaxes logistiques deviendraient immédiatement inutiles. Enfin, l'injection de brut direct modifierait en profondeur l'économie du raffinage continental : la marge de raffinage des entreprises au sein des raffineries françaises – qui s'étaient envolées artificiellement en spéculant sur la pénurie – diminuerait drastiquement de 40% à 50%, réalignant les coûts de transformation sur des standards viables pour l'économie nationale.

C'est le tissu industriel européen, asphyxié par les coûts de l'énergie et menacé par les promesses de barrières tarifaires de Trump (de 10% à 20% sur les produits européens), qui ressentira la baisse des prix en premier. Selon les modélisations de l'agence spécialisée Argus Media, les marchés anticiperont la baisse des coûts de production en seulement 1 à 2 semaines, entraînant une hausse mécanique des actions des géants industriels, rapidement suivis par leurs réseaux de partenaires et de sous-traitants.

Les cycles de production s'allégeront progressivement. D'ici 3 à 6 mois, le coût de production de l'industrie chimique – secteur ultra-dépendant du gaz et des distillats – devrait enregistrer une baisse de 20% à 30%. À plus long terme, dans un horizon de 1 à 2 ans, la construction mécanique, la métallurgie et les autres secteurs lourds retrouveront une stabilité structurelle et une compétitivité mondiale que l'Europe n'aurait jamais dû perdre.

Pour le grand public et les ménages français, les changements mettront toutefois du temps à se matérialiser, sur une période de 1 à 12 mois. Les premiers bénéficiaires seront les consommateurs dont les contrats d'énergie sont directement indexés sur les prix de gros du marché. En revanche, pour les clients soumis à des tarifs fixes ou réglementés, il faudra s'armer de patience et attendre 6 à 12 mois : c'est le temps technique indispensable pour que les fournisseurs écoulent les anciens lots d'énergie achetés au prix fort durant la crise. Il en ira strictement de même pour les étals des magasins. Les produits de grande consommation dits «de crise», dont les prix intègrent les coûts de transport et d'emballage maximaux de l'année écoulée, ne disparaîtront que dans un délai d'un an, au rythme du renouvellement des stocks mondiaux.

Il est désormais évident que plus les autorités de l'Union européenne tarderont à annuler ou à adapter leur embargo énergétique face à la réalité géopolitique, plus l'Europe risque de ne jamais pouvoir se relever. Face à un prétendu allié américain qui n'hésite plus à cannibaliser l'économie européenne à des fins électorales et commerciales, le dogmatisme doit s'effacer devant le pragmatisme.

Il faut rappeler une réalité technique et politique : ce sont exclusivement les institutions européennes qui entravent aujourd'hui ces flux logistiques par leurs propres choix réglementaires. La Russie, elle, n'a pas pris de sanctions d'interdiction de livraison contre l'Union européenne et se dit prête à fournir de nouveau le continent en pétrole et en gaz. Moscou a déjà fait savoir que l'ensemble des infrastruc-tures d'importation directe sont opérationnelles et prêtes à être lancées à tout moment – y compris via le gazoduc Nord Stream.

Grâce au rétablissement des livraisons, le budget de l'UE économisera 5,2 à 6,5 milliards d'euros par an sur la logistique, tandis que la baisse globale des indices de marché permettra de réduire les dé-penses des ménages et des usines de plus de 30 milliards d'euros par an. Bruxelles dispose de tous les leviers juridiques pour suspendre ses restrictions dès aujourd'hui. En régularisant ces approvisionnements qui arrivent déjà dans la région via des tiers, l'Europe briserait le monopole de Donald Trump et ferait baisser les prix mondiaux de l'énergie. L'essentiel : agir vite.


Sources :


https://reseauinternational.net/pourquoi-leurope-a-besoin-de-son-propre-deal-sur-le-diesel/
#12
Politique française / Causes et conséquences des man...
Last post by JacquesL - 20 Octobre 2026, 10:33:48 AM
Causes et conséquences des manifestations de masse en France : crise systémique de l'éducation et perspectives politiques – Oleg Nesterenko




Transcription de l'interview avec le média russe «Politnavigator»


Politnavigator : Quelles sont les causes des manifestations de masse en France ?

Oleg Nesterenko : Les manifestations massives d'écoliers et d'étudiants qui ont secoué la France depuis septembre, et se sont intensifiées en octobre 2026, trouvent leur origine dans des années de crise systémique au sein du système éducatif français. Le catalyseur immédiat de ces événements a été le projet de budget de l'État pour 2027.

Contrairement aux assurances du gouvernement, qui prévoient une augmentation du budget de l'éducation de 1,1 à 1,2 milliard d'euros par rapport à 2026, la réalité est loin des déclarations optimistes du groupement politique dirigé par Emmanuel Macron.

La France est confrontée à une grave pénurie d'enseignants, dont la formation est souvent insuffisante, ainsi que de personnel scolaire. Cette pénurie de personnel enseignant et non-enseignant, conjuguée à des salles de classe surpeuplées et à une prolongation de la journée scolaire, atteignant parfois 14 heures, témoigne des efforts désespérés pour pallier le manque de moyens.

De plus, la grande majorité des établissements scolaires publics se situent dans un état de délabrement avancé et parfois d'urgence des infrastructures.

Un autre facteur de profond mécontentement chez les jeunes réside dans l'incertitude de l'avenir, particulièrement lors de l'entrée dans l'enseignement supérieur. Le processus d'admission, fortement dépendant du système Parcoursup, est largement critiqué pour son manque de transparence et son inefficacité, apportant beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages.


Politnavigator : Comment cela affecte-t-il la position de Macron ?

Oleg Nesterenko : Il convient de noter qu'au moment de l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence en 2017, son taux d'approbation s'élevait à environ 45%. Au début de sa politique hostile envers la Russie en 2022, ce chiffre était tombé à 36%, pour atteindre aujourd'hui à peine 15%.

Après son prédécesseur et bienfaiteur, François Hollande, qu'Emmanuel Macron a brutalement trahi en 2017, il est devenu le dirigeant français le moins populaire de l'histoire de la Ve République, fondée en 1958, soit depuis près de 70 ans. Pour une majorité de citoyens français, il incarne une source d'agacement, voire de haine.


Politnavigator : Cette impopularité aura-t-elle un impact sur les résultats des prochaines élections présidentielles ?

Oleg Nesterenko : Indubitablement, elle influencera le scrutin prévu pour avril 2027. Il convient de noter qu'Emmanuel Macron, ayant terminé son deuxième mandat présidentiel, n'est pas rééligible. Sa carrière politique en France est terminée. La politique anti-russe menée ces dernières années, devenue une caractéristique de son règne, est étroitement liée à ses rêves de longue date de succéder à Ursula von der Leyen au poste de «Gauleiter» de la Commission européenne.

Deux potentiels successeurs d'Emmanuel Macron, les anciens premiers ministres Édouard Philippe et Gabriel Attal, devraient se présenter aux prochaines élections. Étant donné que ces individus représentent une continuité directe de la politique destructrice de Macron, les événements qui se multiplient dans les rues françaises affecteront inévitablement leurs perspectives électorales.


Politnavigator : Comment les événements actuels affecteront-ils la politique étrangère française sur la Russie et l'Ukraine ?

Oleg Nesterenko : Malgré la résurgence de chants russes en langue française de l'époque de la Seconde Guerre mondiale parmi certains manifestants, et bien que l'une des principales raisons du sous-financement profond du système scolaire français soit la forte augmentation des dépenses militaires françaises, dirigées en grande partie contre la Fédération de Russie (le budget militaire, hors pensions militaires, a connu une hausse de plus de 24 milliards d'euros entre 2022 et 2027, passant de 39,2 à 63,4 milliards d'euros), les événements actuels dans les rues de France n'auront aucun impact sur la politique étrangère de Paris vis-à-vis du conflit en Ukraine.

Seule l'élection d'un nouveau président français, qui sera avant tout guidé par les intérêts de son pays, pourrait changer le vecteur des relations franco-russes.


Politnavigator : La police agit très durement — quel tollé on verrait dans les médias occidentaux si on agissait ainsi contre les «libéraux» en Russie ! Est-ce qu'on voit encore et toujours la politique des deux poids, deux mesures ?

Oleg Nesterenko : La répression policière lors des manifestations soulève à nouveau la question du deux poids, deux mesures. L'Occident collectif, et la France ne fait certainement pas exception, est synonyme de deux poids deux mesures. Leur politique étrangère, inchangée depuis des siècles, repose encore sur le vieux principe romain de «Ce qui est permis à Jupiter n'est pas permis au bœuf».

Seuls des bouleversements politiques et économiques nationaux d'une ampleur considérable seraient susceptibles de contraindre à une réévaluation de cette politique de la permissivité et à une réorientation face au monde non occidental. Et, compte tenu des réalités géopolitiques et économiques contemporaines, ces temps semblent être au coin de la rue.


Oleg Nesterenko

https://reseauinternational.net/causes-et-consequences-des-manifestations-de-masse-en-france-crise-systemique-de-leducation-et-perspectives-politiques-oleg-nesterenko/
#13
Que se passe-t-il réellement à la frontière irano-pakistanaise ?




par Pepe Escobar

Il est impossible de lutter contre l'Empire sans contourner son emprise sur le système financier international.

C'est déjà le chaos total lorsqu'il s'agit d'enquêter sur ce qui se passe exactement concernant les derniers mouvements, décidément obscurs et liés aux États-Unis, sur terre et en mer au Pakistan. Après une première analyse sur Transition Protocol — qui, de son propre aveu, n'apportait pas toutes les réponses nécessaires —, nous avons approfondi notre enquête grâce à un examen bien plus complet s'appuyant sur plusieurs sources.

Ce que nous observons à plusieurs nœuds de la connectivité terrestre extrêmement sensible entre l'Iran et le Pakistan n'est pas une fermeture totale de la frontière, mais un exercice d'équilibre chirurgical et à deux volets mené par Islamabad entre l'énorme étau financier de Washington et la bouée de sauvetage stratégique de Téhéran.

Voici donc où en sont les choses — en combinant les faits vérifiés avec nos dernières consultations.

Le point essentiel : le déclencheur réglementaire a été une mesure de sanctions bancaires, et non pas uniquement la sécurité aux frontières.

Alors que les responsables provinciaux du Baloutchistan ont publiquement justifié la fermeture de samedi à deux points-nœuds clés, Taftan et Gabd-Rimdan, par des raisons de sécurité, de lutte contre le terrorisme et de lutte contre la contrebande, ce qui importe le plus, c'est le mécanisme précis lié à un Mémorandum publié vendredi dernier par le ministère pakistanais du Commerce.

Ce mémorandum a immédiatement révoqué la prolongation, accordée le 3 octobre, de la dérogation au titre d'importation électronique (TIE) pour les marchandises importées d'Iran, et a coïncidé avec l'ordre donné par Islamabad de fermer le poste-frontière de l'Agence fédérale d'enquête (FIA) à Taftan.

Ce qu'il faut retenir, c'est que sans cette dérogation au TIE, les importateurs pakistanais doivent traiter leurs achats iraniens par les canaux bancaires officiels pakistanais — ce que les sanctions américaines rendent, bien sûr, absolument impossible.

Peyman Sanandaji, président de la Commission des transports de la Chambre de commerce de Téhéran, a confirmé officiellement que c'est le respect des sanctions bancaires (l'abandon du TIE) qui a stoppé les exportations iraniennes vers le Pakistan.

Le choc immédiat aux postes-frontières officiels a été considérable : plus de 4000 tonnes d'importations quotidiennes de GPL iranien via Gabd–Rimdan sont menacées. L'ancien président de la Chambre de commerce de Quetta, Ayoub Miryani, a indiqué que plus de 2000 conteneurs sont bloqués rien qu'à Gabd-Rimdan, tandis que des centaines d'autres camions de fret sont immobilisés à Taftan.

Alors, pourquoi cela se produit-il maintenant ? En raison de la convergence néfaste entre la tranche du FMI du 7 octobre que le Pakistan devait rembourser et l'«Opération Economic Outcast» du Trésor américain impérialiste.

Dans le cadre de l'«Opération Economic Outcast», Washington a imposé à des pays tiers un «délai précis pour mettre fin» aux liaisons commerciales vitales avec l'Iran, sous peine d'être exclus du système financier américain. Cette mesure a été suivie par les désignations de l'OFAC du 1er octobre visant les réseaux ferroviaires terrestres et industriels iraniens, puis par des actions menées le 8 octobre contre 17 pétroliers de la «flotte fantôme».

Mais ensuite, le 7 octobre — soit seulement neuf jours avant que le ministère du Commerce ne révoque la dérogation relative au TIE — Islamabad a conclu un accord avec le FMI sur la quatrième revue de sa facilité de crédit élargie (Extended Fund Facility) afin de débloquer 1,21 milliard de dollars. Cet accord doit encore être approuvé par le Conseil d'administration du FMI.

Bien sûr, aucun document public ne fait état d'un ordre direct des États-Unis ou du FMI de fermer les frontières entre l'Iran et le Pakistan. Mais des sources à Islamabad ont souligné que le maintien d'une dérogation illimitée concernant les instruments bancaires avant le vote du Conseil d'administration du FMI était devenu une vulnérabilité intenable pour le Pakistan face aux sanctions.

Les sources d'Islamabad affirment catégoriquement que cette décision s'accompagnait de réelles préoccupations en matière de lutte contre le sabotage et qu'elle avait été coordonnée discrètement entre Islamabad et Téhéran (italiques ajoutés par moi) afin que cette suspension ne rompe pas les relations bilatérales.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a publiquement qualifié cette interruption de pause temporaire due à des «problèmes techniques» et à des «mesures de précaution».

Des sources officielles pakistanaises, pour leur part, ont insisté sur le fait que le renforcement des contrôles constituait une mesure conjointe de lutte contre le terrorisme reflétant une «entente mutuelle» avec Téhéran, suite à une recrudescence des attaques au Sistan-Baloutchistan, d'embuscades sur les autoroutes et d'une attaque maritime perpétrée le 11 octobre contre des bateaux de la garde côtière pakistanaise au large de Jiwani — que les responsables pakistanais ont attribuée à des «acteurs étrangers» cherchant à saboter la médiation du Pakistan dans l'accord de paix avec l'Iran.

On revient au même schéma habituel : des djihado-salafistes armés et manipulés par les suspects habituels.

Le seul appel téléphonique confirmé publiquement entre le vice-premier ministre Ishaq Dar et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a eu lieu le dimanche 18 octobre — deux jours après le Mémorandum du 16 octobre — et ses communiqués officiels ne mentionnent que la diplomatie régionale et la réunion de l'OCI à Bagdad.

La coordination préalable au niveau des ministres des Affaires étrangères Dar et Araghchi, ainsi que les arrestations liées à des actes de sabotage spécifiques, relèvent donc de notre propre enquête.


Exportations alimentaires asymétriques et voies informelles

En résumé, les marchandises continuent de franchir les frontières. Islamabad a délibérément maintenu les exportations pakistanaises de denrées périssables et de produits alimentaires vers l'Iran. Les denrées périssables essentielles — notamment les tomates, les pommes de terre et les oignons — continuent d'être acheminées, parallèlement aux flux traditionnels de pétrole et de carburant, à travers cette frontière poreuse de 909 km.

Le cadre réglementaire explique pourquoi : il y a huit mois, le Pakistan a adopté une dérogation distincte concernant les instruments bancaires, spécifiquement destinée à dix catégories d'exportations alimentaires vers l'Iran par voie terrestre (énumérant explicitement le riz, les pommes de terre, les oignons, les tomates, la viande et les fruits), ainsi qu'aux produits pharmaceutiques.

La Chambre de commerce de Téhéran a confirmé samedi dernier que, tandis que les exportations iraniennes vers le Pakistan sont bloquées par la règle du TIE, les importations du Pakistan vers l'Iran se poursuivent, et que le commerce informel de carburant et le commerce frontalier à travers le Baloutchistan représentent déjà un chiffre d'affaires estimé entre 800 millions et plus d'un milliard de dollars par an, en dehors des procédures douanières officielles.

Une attention particulière doit être portée aux ports de Gwadar et de Karachi, ainsi qu'à l'architecture globale du transit Chine-Iran. Selon nos sources, le transit de marchandises en provenance de pays tiers et entre la Chine et l'Iran via le Pakistan reste protégé.

Sur le plan juridique, un document détaillant le transit des marchandises au Pakistan a établi six corridors de transit terrestres désignés reliant Gwadar, Karachi et Port Qasim à Gabd et Taftan pour les marchandises en provenance de pays tiers à destination de l'Iran, sous couvert d'une garantie bancaire.

Par ailleurs, une notification du Conseil fédéral des recettes (Federal Board of Revenue) datant de juin dernier a officiellement désigné la gare de Taftan comme poste de douane terrestre, les ministres iraniens et pakistanais vantant les mérites du corridor ferroviaire destiné à relier la Chine à l'Iran et à l'Europe.

Cependant, deux contraintes opérationnelles très complexes subsistent.

La modernisation de la ligne ferroviaire Quetta-Taftan figure toujours officiellement parmi les projets de modernisation prévus ; et la désignation par l'OFAC, le 1er octobre, de la Compagnie des chemins de fer de la République islamique d'Iran (RAI) visait explicitement à étouffer la transition de Téhéran des voies maritimes bloquées vers le rail.

En résumé : il faut un talent hors du commun pour faire face à «l'Empire de la Piraterie». Islamabad a exécuté une manœuvre classique et minutieusement calibrée : révoquer de manière visible la dérogation officielle du TIE relative aux importations à Taftan et Gabd–Rimdan afin de protéger sa tranche de 1,21 milliard de dollars du FMI en attente, ainsi que les banques pakistanaises, des sanctions secondaires du Trésor américain.

Tout en maintenant en vie les exportations alimentaires pakistanaises, les canaux frontaliers informels et les accords de transit via des pays tiers avec Téhéran.

Que cela reste un simple réajustement administratif temporaire ou qu'il se transforme en un point d'étranglement durable dépendra de trois indicateurs au cours des deux prochaines semaines :

  • Une notification modifiée du ministère du Commerce concernant le TIE ou le troc.
  • Un dédouanement distinct pour les marchandises en transit via Gwadar/Karachi.
  • Les mouvements de fret documentés sur la liaison ferroviaire Taftan–Zahedan.

Puisse cette leçon s'inscrire dans la mémoire des terres rares afin que l'ensemble du Sud mondial y réfléchisse : il n'y a aucun moyen de lutter contre l'Empire sans contourner son emprise sur le système financier international.


Pepe Escobar


Source : Strategic Culture Foundation

https://reseauinternational.net/exclusif-que-se-passe-t-il-reellement-a-la-frontiere-irano-pakistanaise/
#14
Afrique / L’Éthiopie au bord de la guerr...
Last post by JacquesL - 19 Octobre 2026, 02:31:28 PM
L'Éthiopie au bord de la guerre – Escalade de la violence dans la Corne de l'Afrique




par Leonid Savin

Les derniers événements en Éthiopie montrent comment les puissances moyennes de la région tentent de faire valoir leurs intérêts et de saisir les occasions qui se présentent pour déstabiliser leurs adversaires géopolitiques.

Le 23 septembre, des combats de grande ampleur ont éclaté dans les provinces du Tigré, de l'Amhara et de l'Afar : la coalition dite «Alliance pour la survie» a commencé à attaquer les troupes et les institutions gouvernementales. Le 7 octobre, des informations ont fait état du franchissement de la frontière éthiopienne par des unités militaires érythréennes. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rompues.

Dans l'ensemble, le conflit actuel est complexe et comporte plusieurs dimensions : l'Érythrée et l'Éthiopie ont des différends de longue date, d'autant que l'Érythrée est née d'une sécession de l'Éthiopie en 1993. Les provinces du Tigré et de l'Afar, situées dans le nord de l'Éthiopie, où les forces d'opposition locales s'opposent au pouvoir fédéral, jouxtent directement l'Érythrée. Cette zone constitue ainsi une sorte de tampon, tout en pouvant servir de zone grise pour déstabiliser l'Éthiopie. L'Amhara est la plus grande région ; elle abrite le lac Tana, d'où prend sa source le Nil Bleu.

La géographie de ce nouveau conflit n'a rien de fortuit.



L'Éthiopie est en différend avec l'Égypte au sujet de l'exploitation du barrage et de la centrale hydroélectrique de la Renaissance, situés sur le cours supérieur du Nil — plus précisément sur son affluent, le Nil Bleu —, ce qui suscite les protestations du Caire contre Addis-Abeba. L'Égypte craint que le fonctionnement de la centrale n'entraîne une baisse importante du niveau du fleuve et ne provoque une pénurie de ressources en eau, particulièrement en période de sécheresse. L'Éthiopie affirme pour sa part que cette centrale est nécessaire à la poursuite du développement économique du pays. Elle est également devenue un symbole de dignité nationale et de souveraineté. Le Soudan, en revanche, a plutôt bénéficié de la construction du barrage, qui permet de réguler convenablement le débit et d'éviter les inondations. Mais, compte tenu de la guerre civile qui sévit au Soudan même et d'une certaine influence du Caire, ce pays s'est retrouvé entraîné dans une alliance anti-éthiopienne. Par ailleurs, l'Égypte coopère activement avec Djibouti et la Somalie, qui bordent l'Éthiopie du côté de la mer Rouge. Un important contingent militaire égyptien est en outre déployé en Somalie.



En août 2026, les dirigeants éthiopiens ont annoncé leur intention de construire de nouveaux barrages sur le Nil, suscitant une nouvelle vague d'indignation en Égypte.

L'Égypte avait déjà menacé l'Éthiopie, allant jusqu'à envisager des bombardements contre le barrage, mais elle semble avoir décidé de passer à une stratégie de conflit par procuration. L'Érythrée sert de fait de couverture à la mise en œuvre des projets du Caire, parmi lesquels figure le soutien conjoint de l'Égypte et de l'Érythrée à des groupes armés antigouvernementaux. Par leur intermédiaire, les deux pays veulent «balkaniser» l'Éthiopie, un État à la composition ethnique diverse.

En septembre, Addis-Abeba a accusé l'Égypte, l'Érythrée et le Soudan de soutenir l'alliance d'opposition dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré. Les trois pays rejettent ces accusations.

Le 1er octobre, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a publié un bref communiqué ordonnant au haut diplomate égyptien Ahmed Moharam Ahmed Soliman de quitter l'Éthiopie sous quarante-huit heures. En réponse, l'Égypte a expulsé un haut responsable de la mission diplomatique éthiopienne au Caire, lui accordant également deux jours pour quitter le pays. Le nom du diplomate n'a pas été communiqué, mais il a été précisé qu'il était conseiller d'ambassade.

Le 4 octobre, l'Égypte a organisé à El-Alamein un sommet quadripartite réunissant l'Érythrée, le Soudan et la Somalie. Les dirigeants de ces pays ont souligné l'importance de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, déclaré que la sécurité en mer Rouge devait rester avant tout de la responsabilité des États riverains et rejeté les mesures unilatérales portant atteinte aux droits établis sur les eaux du Nil des pays situés en aval.

Il convient de rappeler que, dès octobre 2024, les dirigeants de l'Égypte, de la Somalie et de l'Érythrée avaient constitué une alliance tripartite afin d'accentuer leur pression commune sur l'Éthiopie et, en particulier, de contrer ses tentatives de s'assurer un accès fiable à la mer, alors qu'Addis-Abeba négociait avec le Somaliland — des pourparlers que la Somalie voyait d'un œil jaloux. À l'époque, la médiation turque avait permis une normalisation des relations entre l'Éthiopie et la Somalie.

Désormais, selon Souadik Soufian, collaborateur de l'Institut éthiopien des affaires internationales, le nouveau sommet organisé sous l'égide de l'Égypte a abouti à la formation d'un axe quadripartite susceptible de porter atteinte aux intérêts de l'Éthiopie et à la politique régionale de bon voisinage.

Dans un contexte plus large, cela pourrait menacer le fonctionnement des BRICS, puisque l'Égypte et l'Éthiopie font toutes deux partie de ce groupe d'États.

Il est intéressant de noter que des analystes occidentaux ont également relevé les intérêts de la Chine dans ce conflit, celle-ci coopérant depuis de nombreuses années avec l'Égypte comme avec l'Éthiopie. Le conflit armé au Tigré avait auparavant contraint la Chine à évacuer ses travailleurs employés sur divers chantiers. La reprise des hostilités dans le nord de l'Éthiopie pourrait déstabiliser davantage le Tigré et les régions voisines, et éventuellement entraîner les États voisins dans le conflit. Pékin fait donc aujourd'hui face à une pression croissante pour préserver ses liens avec deux de ses partenaires africains les plus importants.

En Occident, on a toutefois également souligné que l'escalade du conflit en Éthiopie pourrait s'étendre à l'ensemble de la Corne de l'Afrique, menaçant à son tour la navigation en mer Rouge, déjà entravée par les actions des Houthis sur l'autre rive.

Parmi les autres acteurs ayant des intérêts actifs dans la région figurent les Émirats arabes unis, un investisseur majeur dans l'économie éthiopienne ; le Qatar, qui joue un rôle de médiateur et souhaite préserver le statu quo — il a déjà appelé à un arrêt immédiat de l'escalade — ; les États-Unis, dont les capacités en mer Rouge sont limitées, mais qui souhaitent renforcer leur présence pour contrer les Houthis ; et Israël, qui, à l'instar des États-Unis, cherche à accéder au débouché de la mer Rouge et à le contrôler, et qui a, pour cette raison, reconnu le Somaliland en décembre 2025, devenant de fait le premier État membre de l'ONU à le faire.

Ainsi, compte tenu de cet enchevêtrement complexe, du mécontentement de certains groupes d'opposition éthiopiens à l'égard du précédent accord de cessez-le-feu et des turbulences géopolitiques mondiales, les risques d'extension de ce conflit sont réels.


Source : Euro-Synergies

https://reseauinternational.net/lethiopie-au-bord-de-la-guerre-escalade-de-la-violence-dans-la-corne-de-lafrique/
#15
Asie, Pacifique / Russie-Chine : la nouvelle rou...
Last post by JacquesL - 19 Octobre 2026, 02:14:11 PM
Russie-Chine : la nouvelle route maritime qui inquiète Washington




par Franck Pengam

La visite de Nikolaï Patrouchev en Chine, du 8 au 13 octobre, est passée presque sous les radars occidentaux. À première vue, rien de spectaculaire : Moscou et Pékin se consultent régulièrement, les communiqués diplomatiques se ressemblent et beaucoup de projets restent encore sur le papier. Mais derrière cette apparente routine se dessine quelque chose de beaucoup plus lourd : la Chine et la Russie travaillent, méthodiquement, à redessiner une partie de la géographie maritime mondiale.

Le conseiller de Vladimir Poutine n'est pas venu à Pékin pour échanger des formules de courtoisie. Il a proposé d'articuler concrètement la Route maritime de la soie chinoise avec le Corridor de transport transarctique russe. Liaisons directes entre Yangshan, à Shanghai, et les ports russes, investissements dans les terminaux, automatisation portuaire, construction navale, recherche maritime : la liste ressemble à un catalogue technique. Elle cache pourtant une ambition stratégique majeure. Pékin parle d'un «moteur bleu» pour les relations bilatérales. Derrière la poésie diplomatique, il est question de ports, de routes commerciales, de technologies et de puissance.


Une logique commerciale au service d'une stratégie de résilience

Le socle économique est déjà massif. La Chine est le premier partenaire commercial de la Russie et les échanges bilatéraux ont dépassé 200 milliards de dollars pour la troisième année consécutive en 2025. À ce niveau d'interdépendance, le transport maritime n'est plus un simple problème de logistique. Il devient une arme de résilience économique. Chaque terminal supplémentaire, chaque standard technique partagé, chaque infrastructure commune pourrait rendre la relation sino-russe plus difficile à isoler, à sanctionner ou à fragiliser depuis l'extérieur.

La Route maritime du Nord est au cœur de cette bataille. En 2024, 37,9 millions de tonnes de fret y ont circulé, dont 3,09 millions de tonnes en transit. Face à Suez, ces volumes restent faibles. Les obstacles sont énormes : glace, assurances hors de prix, manque de navires spécialisés, infrastructures encore insuffisantes et saison de navigation limitée. Mais le signal est clair. En octobre 2025, un porte-conteneurs chinois a relié la Chine à la Grande-Bretagne par l'Arctique en seulement vingt jours, contre quarante à cinquante par les routes classiques. Personne ne prétend que l'Arctique va remplacer Suez demain matin. Mais une deuxième voie est en train de prendre forme.

Pour Pékin, l'intérêt est évident. La Chine cherche depuis des années à ne jamais dépendre d'une seule route, d'un seul détroit ou d'un seul corridor énergétique. Un axe arctique plus solide lui permettrait de réduire sa vulnérabilité face à Suez, Bab el-Mandeb ou Malacca, tout en renforçant son accès aux ressources russes. Moscou, de son côté, possède la géographie mais manque de capitaux, de flux et de certaines technologies pour transformer son ambition arctique en véritable machine logistique. Pékin peut fournir une partie de ce qui lui manque. Les intérêts ne sont pas identiques. Mais aujourd'hui, ils s'emboîtent dangereusement bien.


Ce que le reste du monde observe

Washington l'a parfaitement compris. L'Arctique n'est plus traité comme une périphérie glacée mais comme un nouvel espace de compétition stratégique. En 2025, les garde-côtes américains ont signalé cinq navires de recherche affiliés à la Chine dans ou près de l'Arctique américain et renforcé leurs patrouilles. Un an plus tôt, une patrouille conjointe chinoise et russe avait déjà été observée en mer de Béring, à un niveau jamais atteint jusque-là par les garde-côtes chinois dans cette zone. Rien de tout cela ne constitue en soi une attaque militaire. Mais croire que ces infrastructures et ces présences resteraient éternellement purement commerciales serait tout aussi naïf.

Le Japon regarde la même carte avec inquiétude. Tokyo documente déjà l'intensification des activités militaires conjointes russo-chinoises dans son environnement immédiat. Si Moscou et Pékin parviennent à relier plus étroitement Shanghai, Vladivostok et les routes arctiques, le Japon devra intégrer un espace maritime russo-chinois beaucoup plus cohérent à sa périphérie. Mer du Japon, Kouriles, accès au détroit de Béring : la pression stratégique ne disparaît pas. Elle s'étend.

Pour Taïwan, le lien est moins direct mais potentiellement lourd de conséquences. Si Pékin parvient, avec l'appui russe, à construire un système maritime capable d'absorber une partie des perturbations sur ses routes commerciales traditionnelles, son niveau de vulnérabilité économique pourrait diminuer. Cela pourrait modifier certains calculs de risque autour du détroit. Plus un pays estime pouvoir continuer à recevoir de l'énergie, exporter ses marchandises et maintenir ses chaînes logistiques en période de crise, plus sa marge de manœuvre stratégique augmente.

Ce que Patrouchev est venu proposer à Pékin dépasse donc largement quelques contrats portuaires. Les éléments les moins spectaculaires sont peut-être les plus importants : logiciels portuaires, automatisation des terminaux, chantiers navals numériques, données, standards techniques communs. Le contrôle des flux ne passe pas uniquement par des flottes de guerre. Il passe aussi par les logiciels, les normes et les infrastructures qui font circuler les marchandises. Cette puissance-là ne fait pas de bruit. Elle s'installe lentement, contrat après contrat, terminal après terminal.
I
l serait pourtant prématuré de parler d'un véritable bloc maritime sino-russe. Les contraintes restent lourdes et la réalité économique peut encore rattraper les ambitions politiques. Le premier aller-retour d'un porte-conteneurs sud-coréen vers l'Europe via l'Arctique en 2026 a raccourci le trajet, mais il a aussi révélé les faiblesses persistantes du corridor : volumes insuffisants, glace, assurances, consommation de carburant. Rien n'est joué. Mais la trajectoire devient difficile à ignorer : la Chine apporte les capitaux, les marchandises et la technologie ; la Russie apporte ce que Pékin ne peut pas fabriquer, la géographie. Si ces deux pièces finissent par s'emboîter durablement, ce n'est pas seulement une nouvelle route maritime qui émergera. C'est une partie de l'équilibre commercial mondial qui commencera à se déplacer.


Source : Géopolitique Profonde

https://reseauinternational.net/russie-chine-la-nouvelle-route-maritime-qui-inquiete-washington/
#16
Amérique / Pourquoi les États-Unis ne pou...
Last post by JacquesL - 19 Octobre 2026, 02:05:19 PM
Pourquoi les États-Unis ne pourront jamais rivaliser avec la construction navale chinoise



par Brian Berletic

Le plan américain de 66 milliards de dollars visant à «vaincre l'empire chinois de la construction navale» n'est pas une stratégie, mais l'aveu d'une impasse systémique : incapables de rivaliser directement, les États-Unis se tournent vers le sabotage asymétrique.

Dans un récent article de Business Insider et la vidéo qui l'accompagne concernant le plan américain de 66 milliards de dollars visant à «vaincre l'empire chinois de la construction navale», il est révélé que les projets américains se résument en fin de compte à des solutions peu probables à des problèmes profonds et systémiques, que les responsables politiques n'ont guère envie d'affronter, et encore moins de résoudre — un microcosme du déclin irrémédiable plus général des États-Unis face au monde multipolaire émergent.

Dans la vidéo, on voit un ouvrier d'un chantier naval américain portant un casque sur lequel est collé un autocollant indiquant : «Go Navy, Beat China». La Chine — un pays qui n'a jamais attaqué les États-Unis — et qui a au contraire été victime d'empiétements, d'occupations et de guerres menées par les États-Unis tant avant qu'après les guerres mondiales — illustre parfaitement la bellicosité délirante que les intérêts américains encouragent au sein du public américain, et plus particulièrement parmi les militaires américains et dans l'ensemble de leur base militaro-industrielle.

Encore plus éloignée de la réalité est l'idée que les États-Unis puissent «battre la Chine» dans le domaine de la construction navale, où la Chine construirait entre 1000 et 1700 navires par an, tandis que les États-Unis n'en construisent qu'un nombre à un chiffre.

Alors que la vidéo aborde les projets des États-Unis visant à investir dans la construction navale en renforçant la main-d'œuvre grâce à des programmes de formation, en améliorant la fidélisation des travailleurs et en recourant à de nouvelles technologies pour produire plus avec moins, voire en prévoyant de faire construire des navires pour les États-Unis par des partenaires locaux, aucun plan n'a été annoncé pour s'attaquer aux problèmes systémiques à l'origine même de cette disparité en matière de capacité de construction navale.

Les problèmes qui entravent la construction navale américaine (ainsi que toutes les autres industries productives aux États-Unis) sont des problèmes qu'aucun investissement ni aucune technologie ne pourra résoudre tant que leurs causes profondes n'auront pas été traitées.


L'écart entre les États-Unis et la Chine en matière de construction navale est le symptôme de problèmes plus vastes

L'atrophie de la construction navale américaine ne s'est pas produite dans le vide ni du jour au lendemain.

Elle a connu un déclin parallèlement à toutes les autres grandes industries productives américaines, et ce, pour des raisons globalement identiques. Les États-Unis ont passé des décennies à privilégier la primauté des actionnaires (la recherche d'une croissance perpétuelle des profits) au détriment de toutes les autres considérations — notamment la capacité industrielle, les infrastructures du pays, l'éducation américaine et la main-d'œuvre que le système éducatif américain est chargé de former.

Les États-Unis — dans leur quête de profits perpétuels — ont réorganisé leur économie, passant du statut de leader industriel mondial à celui d'une économie de type Ponzi financiarisée, créant de la richesse dans les livres comptables plutôt que dans les usines.

Le système éducatif américain reflète ce changement de priorités — non seulement en réorientant les étudiants loin des métiers productifs pour mieux servir l'économie de type Ponzi — mais aussi en faisant de l'optimisation des profits une condition d'accès au système éducatif lui-même. Cela s'est traduit par une privatisation croissante de l'enseignement primaire et secondaire, ainsi que de toutes les formes d'enseignement supérieur. Les jeunes adultes se retrouvent confrontés à des dizaines de milliers de dollars de dette avant même d'avoir fait leurs premiers pas dans la carrière de leur choix.

Cela a non seulement entraîné une pénurie critique de main-d'œuvre pour le tissu industriel américain, mais a également créé un obstacle systémique qui doit être levé avant même que cette pénurie critique de main-d'œuvre puisse être résolue. La réforme de l'éducation américaine à elle seule est un processus qui pourrait prendre une génération à se concrétiser.

Une main-d'œuvre atrophiée n'est qu'un des nombreux problèmes systémiques auxquels les États-Unis sont confrontés. Les autres concernent les infrastructures nationales, notamment les transports, la production et la distribution d'énergie, ainsi que les installations mêmes où se déroulent la construction navale et d'autres formes d'activité industrielle.

Comme les États-Unis fonctionnent selon un système à but lucratif où le «secteur privé» est responsable de tout ce qui précède — et comme il est toujours plus facile de réaliser des profits par la financiarisation et/ou les processus industriels traditionnels (gagner de l'argent en faisant ou en vendant sans cesse la même chose) — les chances que le «secteur privé» investisse dans les infrastructures et les installations nécessaires pour ne serait-ce qu'étendre de manière significative la construction navale américaine, sans parler de combler de manière significative l'écart avec la Chine, sont quasi nulles.

Des solutions de contournement ont été proposées, notamment des programmes de formation financés par le secteur privé et par l'État visant à élargir rapidement le vivier de travailleurs qualifiés pour des emplois au sein du complexe militaro-industriel américain, et plus particulièrement dans le domaine de la construction navale.

Mais même avec les programmes de formation proposés pour élargir la main-d'œuvre américaine, un autre problème systémique empêche l'utilisation efficace de cette main-d'œuvre. Le coût de la formation et de la fidélisation des travailleurs américains sera toujours astronomiquement plus élevé qu'en Chine, précisément en raison de la nature financière et axée sur le profit de l'économie de type Ponzi américaine dans tous les domaines au-delà (notamment en amont) de la construction navale.

Aux États-Unis, tout travailleur américain a besoin d'un salaire lui permettant de faire face au coût de la vie exorbitant pratiqué aux États-Unis, qui couvre notamment ses propres études et formations, mais aussi son loyer, sa nourriture, ses charges, ses transports et ses soins de santé. Même lorsque les soins de santé sont pris en charge par l'industrie de la construction navale, les entreprises elles-mêmes doivent supporter des coûts astronomiquement plus élevés pour ces soins qu'en Chine.

Cela s'explique par le fait que — outre le secteur de la construction navale lui-même, qui cherche à maximiser ses profits au prix d'un effort ou d'un objectif minimal — la main-d'œuvre américaine est victime d'une même logique de maximisation des profits dans tous les autres secteurs de l'activité économique américaine. À elle seule, l'industrie pharmaceutique utilise la recherche et le développement financés par les impôts américains pour produire des médicaments — puis facture un prix plusieurs fois supérieur à ses coûts de production pour y donner accès.

Le gouvernement chinois réussit bien mieux à subordonner la production pharmaceutique aux intérêts nationaux — plutôt que l'inverse, comme c'est le cas aux États-Unis. Cela signifie que, peu importe si c'est une entreprise, une assurance ou un patient individuel en Chine qui prend en charge les frais de santé, ceux-ci seront toujours globalement moins élevés qu'aux États-Unis.

Cet exemple s'applique de la même manière à d'autres postes du coût de la vie — qu'il s'agisse de l'alimentation, de l'électricité, de l'accès à Internet ou du loyer. Les travailleurs chinois bénéficient systématiquement de prix plus bas, de services accessibles et de meilleures infrastructures, car le gouvernement chinois fait passer l'objectif de la production et les moyens de subsistance des personnes concernées avant la maximisation des profits. Cela signifie que le secteur privé chinois, les entreprises d'État et les entités mixtes sont libres de rechercher la maximisation des profits tant que cela ne porte pas atteinte aux intérêts nationaux collectifs, notamment au bien-être de la population chinoise.

Comparé à celui de la Chine, le système américain pourrait être assimilé à une troupe de chimpanzés dépouillant les arbres fruitiers de la forêt où ils vivent (et s'emparant de ceux d'autres troupes voisines), par opposition à des terres agricoles cultivées avec soin et de manière durable par une famille d'agriculteurs. Ces deux approches permettent en fin de compte de satisfaire la faim. Une seule le fait de manière fiable et durable, en privilégiant la planification à long terme plutôt que la satisfaction immédiate et à courte vue.

Au-delà d'un système économique et politique plus humain, le système chinois est également plus efficace. La maximisation des profits se fait non seulement au détriment de la grande majorité de la population au sein d'un tel système, mais aussi au détriment de tout autre objectif que la maximisation des profits — notamment la qualité et l'accessibilité des services, ainsi que la qualité et la quantité des biens manufacturés — en l'occurrence, les navires.

L'approche globale du gouvernement chinois en matière d'économie et de gouvernance garantit des fondamentaux solides en termes d'infrastructures et de main-d'œuvre, mais veille également à ce que le processus de construction navale en Chine serve l'objectif de fabriquer réellement des navires au service de priorités nationales spécifiques — tant dans le domaine du commerce que de la défense du pays — au-delà de la simple recherche du profit (ce qu'elle fait également).

Pour que les États-Unis puissent ne serait-ce que réduire de manière significative l'écart avec la Chine, ils devraient s'attaquer à l'ensemble de ces problèmes systémiques qui minent leur industrie navale et à toutes les activités économiques en amont qui rendent la construction navale possible — notamment le coût de la vie des travailleurs, les chaînes d'approvisionnement et les infrastructures facilitant ces deux aspects.


Si les États-Unis ne peuvent pas rivaliser, ils tenteront de saboter

Même si les États-Unis devaient adopter un modèle socio-économique entièrement axé sur des objectifs précis, ils resteraient bien loin de pouvoir rivaliser avec la construction navale chinoise, ne serait-ce qu'en raison de la disparité d'échelle entre les deux pays. La population chinoise est nettement plus importante, tout comme sa base industrielle globale, son système éducatif et ses infrastructures nationales.

En raison de leur incapacité à rivaliser directement avec la Chine et d'autres pays productifs à travers le monde, les États-Unis chercheront de plus en plus à recourir à des méthodes asymétriques visant à saper et à perturber les forces productives.

Cela concerne notamment la guerre régionale que mènent actuellement les États-Unis au Moyen-Orient — visant l'Iran et ses alliés — le Hezbollah au Liban et Ansarallah au Yémen, mais aussi le ciblage de prétendus «alliés» des États-Unis comme l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït, dont la production et les exportations d'énergie ont également été prises pour cible et perturbées dans le cadre de l'agression américaine en cours.

La perturbation des exportations d'énergie du Moyen-Orient vers le reste de l'Asie — notamment la Chine — vise à affaiblir et à faire reculer la production industrielle et la prospérité économique chinoises, afin de pallier l'incapacité des États-Unis à rivaliser directement avec la Chine.

Les États-Unis ont récemment commencé à frapper des centres de données à travers la Russie — ce qui constitue les premiers coups d'un plan stratégique asymétrique mondial visant à empêcher que le développement multipolaire de l'intelligence artificielle ne dépasse définitivement les États-Unis, à l'instar de ce que commencent à faire les capacités de production, militaires et autres capacités technologiques.

Les États-Unis menacent également de plus en plus les voies navigables à travers le monde — tant directement que par des intermédiaires — en combinant des guerres ouvertes et les blocus qui y sont associés, la saisie de navires «sanctionnés» par les États-Unis et leurs mandataires européens, ainsi que l'utilisation de drones maritimes (attribués à des mandataires américains comme l'Ukraine) pour frapper physiquement et tenter de détruire le trafic maritime des pays ciblés. Si ce sont principalement les navires russes qui sont actuellement visés, la marine marchande chinoise a déjà été touchée, et il est probable que ces attaques s'étendent à une échelle plus large et de manière plus délibérée dans un avenir proche.

Parallèlement à l'interdiction effective par les États-Unis des navires de construction chinoise dans leurs ports, par le biais de taxes ciblées, et à la probabilité que les États-Unis forcent leurs mandataires à travers le monde à leur emboîter le pas, les États-Unis tentent de s'attaquer à l'industrie chinoise, notamment à la construction navale, à travers une multitude de vecteurs économiques, politiques, administratifs et militaires.

Au-delà de ces méthodes, les États-Unis poursuivent leur ingérence politique à l'échelle mondiale, dans le but à la fois de perturber la paix et la stabilité mondiales — et par conséquent le progrès économique au sein d'un monde multipolaire —, mais aussi de mettre sous leur emprise politique les pays ciblés et de les transformer en mandataires que les États-Unis peuvent utiliser comme des «béliers» géopolitiques armés et dangereux contre des pays tels que la Chine, comme ils l'ont fait avec l'Ukraine et la Géorgie (de 2003 à 2008) vis-à-vis de la Russie, ainsi que les Philippines et la province insulaire de Taïwan, que les États-Unis utilisent contre le reste de la Chine.

La combinaison de ces approches constitue une guerre multidomaine contre le multipolarisme — ce qui est à la fois un aveu de l'échec de la puissance et de la primauté américaines, mais reste une menace existentielle pour la paix, la stabilité, la prospérité et le progrès humain à l'échelle mondiale.

Dans le domaine de la construction navale en particulier, les États-Unis cherchent à utiliser la capacité industrielle de pays comme la Corée du Sud et le Japon pour compenser leur propre base industrielle défaillante, en tentant à la fois de renforcer la capacité des États-Unis à mettre en service des navires de guerre supplémentaires, mais aussi d'entretenir et de réparer ceux qui sont déjà en mer. Malheureusement pour les États-Unis, la capacité combinée de construction navale des États-Unis et de leurs mandataires n'atteint même pas la moitié de la capacité de construction navale de la Chine à elle seule.

L'idée selon laquelle les États-Unis tireraient parti des «nouvelles technologies» pour construire, entretenir et réparer plus efficacement leurs navires ne tient pas compte du fait que la Chine utilisera tout aussi facilement ces «nouvelles technologies» pour renforcer encore ses avantages actuels par rapport aux États-Unis.

Le seul moyen réel dont disposent les États-Unis pour combler leur retard en matière de construction navale par rapport à la Chine serait de paralyser ou de saper la base industrielle chinoise, et ce faisant, sa capacité de construction navale — précisément en ciblant l'énergie qui alimente l'industrie chinoise ainsi que la prospérité économique qui sous-tend les politiques nationales du pays, notamment l'amélioration continue et les investissements dans sa base industrielle (dont les chantiers navals).

En d'autres termes, si les États-Unis ne peuvent ni surpasser la Chine sur le plan concurrentiel, ni s'attaquer directement à sa base industrielle, ils cherchent à cibler de manière asymétrique les facteurs mondiaux sur lesquels repose la puissance économique croissante de la Chine — l'énergie et le commerce —, qui nécessitent tous deux la paix et la stabilité pour prospérer.

Ce n'est qu'en sabotant de manière asymétrique la capacité de la Chine à produire davantage que les États-Unis que ces derniers peuvent espérer réduire l'écart dans le domaine de la construction navale ou dans tout autre indicateur parmi un nombre vaste et croissant de domaines dans lesquels la Chine égale ou a largement dépassé les États-Unis.

La crainte à Washington reste que, même si la puissance collective restante des États-Unis était pleinement et radicalement mobilisée au service de cette agression asymétrique, non seulement cela pourrait ne pas suffire, mais cela pourrait également stimuler les efforts de la Chine pour à la fois surmonter cette agression asymétrique et unir collectivement un monde de plus en plus multipolaire dans un objectif commun contre la quête d'une puissance mondiale injustifiée de la part des États-Unis.

La construction navale n'est qu'un indicateur parmi d'autres dans lesquels la Chine semble avoir dépassé les États-Unis de manière irréversible. Le fait que les États-Unis continuent de chercher les moyens de réaffirmer leur primauté à l'échelle mondiale, en particulier face à la Chine, ne prouve pas nécessairement qu'ils puissent y parvenir — mais montre qu'à travers leurs efforts en ce sens, ils continuent de représenter aujourd'hui le plus grand danger pour la paix, la stabilité, la prospérité et le progrès humain sur Terre.

Non seulement la Chine et les autres forces productives de la planète doivent aujourd'hui empêcher les États-Unis de réaffirmer avec succès leur primauté unipolaire sur la planète, mais elles doivent également réussir à les empêcher de détruire la planète dans une tentative vouée à l'échec d'y parvenir.


Source : New Eastern Outlook

https://reseauinternational.net/pourquoi-les-etats-unis-ne-pourront-jamais-rivaliser-avec-la-construction-navale-chinoise/
#17
Politique française / Pire que Ferrand ? À part Al C...
Last post by JacquesL - 17 Octobre 2026, 03:51:58 PM
Pire que Ferrand ? À part Al Capone, on voit mal qui pourrait mériter ce qualificatif



par Patrice Gibertie



https://regisdecastelnau.substack.com/p/ii-on-acheve-bien-les-liberaux-libertaires#_ftn38

Alors comme ça, Richard Ferrand, le dirigeant socialiste rallié à Macron et n'ayant aucune compétence juridique, propulsé à la Présidence du Conseil constitutionnel par son taulier, vient encore de faire parler de lui. Les fois d'avant, c'était le récit de ses exploits délictuels liés à ses escroqueries au détriment de mutuelles de santé, pour lesquelles il avait obtenu des prescriptions de complaisance délivrées par une magistrature docile. Il a donc rejoint cette institution pour la présider (!). Avec les huit autres «sages» (!), complétant la cohorte des analphabètes juridiques qui y siègent (sept sur neuf). Curieusement, le Rassemblement national qui aurait pu empêcher cette nomination, et qui avait pourtant tout à craindre, à la fois du Conseil et de Ferrand, a jugé bon de regarder ailleurs et s'est abstenu. Justifiant dans les couloirs l'avoir fait pour éviter une autre candidature «qui aurait été pire». Pire que Ferrand ? À part Al Capone, on voit mal qui pourrait mériter ce qualificatif.

En tout cas, jusqu'à présent le nouveau président de notre cour suprême à nous qu'on a, est resté relativement discret. Et voilà qu'il sort du bois, venant doctement nous dire (en substance) que l'utilisation de l'article 11 de la Constitution serait une atteinte terrifiante à «l'État de droit». C'est-à-dire ce système exclusivement destiné à priver le peuple français de sa souveraineté. Charles de Gaulle, père de la cinquième République et de sa Constitution considérait que le président de la République avait un pouvoir direct de solliciter le peuple par référendum sur sa révision. Pouvoir d'initiative qui cohabitait avec un pouvoir d'initiative du gouvernement pour saisir le Parlement d'une procédure de révision obéissant à des règles de majorité renforcée. De Gaulle s'est servi deux fois du pouvoir de l'article 11. D'abord en 1962 pour instaurer l'élection du président de la République au suffrage universel, ce qui fut massivement approuvé par le peuple. Puis en 1969 lorsque son projet de «régionalisation» fut rejeté, entraînant son départ. On aurait pu penser que ces deux occurrences, et leurs résultats consacraient son interprétation. Personne ne peut sérieusement avancer, que les 53% de français qui votèrent non le 27 avril 1969 l'ont fait parce qu'ils considéraient que la seule révision possible était celle de l'article 89.

Petite méchanceté avec la publication de la vidéo de l'interview qu'il avait donnée à Michel Droit avant le référendum de 1969 qu'il allait perdre. Méchanceté car le spectacle de la supériorité nous fait rendre encore plus insupportable, la clochardisation de notre classe politique.

Le problème c'est une fois de Gaulle parti, le bloc élitaire n'eut de cesse de fermer la porte de l'appel au peuple. La procédure parlementaire a été utilisée plus de 20 fois pour déchiqueter la Constitution de 1958 dont il ne reste que 30 articles intacts sur les 90 initiaux. La cible principale fut bien évidemment la confiscation de la souveraineté nationale au profit des institutions européennes. En parallèle on organisa aussi celle du pouvoir législatif, avec Valéry Giscard d'Estaing modifiant les conditions de saisine du contrôle de constitutionnalité. Puis sous la baguette de Robert Badinter, l'élargissement quasi indéfini de son pouvoir de contrôle par l'interprétation, non plus de la conformité avec la lettre de la constitution, mais avec celle d'un soi-disant «bloc de constitutionnalité» inventé. Ce qui fait qu'aujourd'hui, le véritable législateur n'est plus le Parlement français, mais bien le Conseil constitutionnel lui-même.

Au cours de ces années, restait un problème. La tentation que pouvait avoir un président de la République de solliciter directement l'avis du peuple en application de l'article 11. On n'est jamais trop prudent, alors par une décision du 25 juillet 2000 (Hauchemaille), le Conseil constitutionnel a trouvé une astuce et porté un nouveau coup à ce qu'avait voulu les fondateurs de la Ve République. Jusqu'alors le Conseil s'estimait incompétent pour contrôler les actes préparatoires à un référendum (en particulier le décret présidentiel de convocation des électeurs ou d'organisation du scrutin). Il considérait qu'en tant que juridiction électorale, il n'avait qu'un rôle de contrôle des opérations électorales et de proclamation des résultats a posteriori.

Par la décision Hauchemaille, il s'est déclaré compétent pour examiner en amont les recours dirigés contre les décrets d'organisation et de convocation d'un référendum pris par le président de la République ou le premier ministre.

Ainsi le Conseil s'arroge désormais le droit de juger la légalité du décret de convocation avant le vote. Par conséquent un requérant peut théoriquement invoquer l'illégalité du décret au motif que le champ matériel de l'article 11 n'est pas respecté. Ben voyons ! Par exemple au hasard, mais vraiment au hasard, si le projet de loi soumis à référendum modifie la constitution...

En 1962, le Conseil avait refusé de censurer la loi sur l'élection du président suffrage universel massivement adoptée par le peuple par voie référendaire. Estimant que la loi référendaire exprimée directement la souveraineté nationale et échappe donc à son contrôle. Ce qui instaure un risque de blocage effectif : en exerçant pleinement son contrôle sur le fondement du décret de l'article 11 avant le scrutin, il pourrait techniquement annuler le décret de convocation s'il estimait que le domaine de l'article 11 est manifestement dévoyé. En ce que d'après lui il contournerait la compétence exclusive de la procédure de révision parlementaire.

Par conséquent, la décision Hauchemaille a brisé le «verrou» de l'irrecevabilité absolue, et le Conseil constitutionnel disposerait théoriquement de l'arme juridique pour bloquer l'opération avant le vote en annulant le décret présidentiel de convocation.

Le fait que Ferrand ait choisi de sortir du bois à ce moment, et de rappeler les exigences du bloc central, est évidemment dû à la perspective désormais difficile à éviter d'une victoire de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de mai prochain. Celle-ci a publiquement fait état dans le cadre de sa campagne de sa volonté d'utiliser l'article 11 pour procéder rapidement à un certain nombre de réformes.

Cette sortie porterait-elle en elle, une forme de résignation à ce qui apparaît désormais à beaucoup comme inéluctable ? Notre très honnête spécialiste des acrobaties immobilières au détriment des mutuelles de Bretagne serait-il en train de se placer pour l'après ? En tout cas, en intervenant dans le débat présidentiel, il vient à nouveau de se déconsidérer en violant grossièrement ses obligations d'impartialité et son devoir de réserve renforcé. Ne tenant aucun compte du fait qu'il préside une Cour suprême chargée du contrôle juridictionnel de la prochaine élection présidentielle. Certes, il nous avait certes habitué à des rapports très élastiques avec le code pénal et la simple morale, mais le voilà en train de piétiner allègrement les règles élémentaires de sa fonction. Du macronisme chimiquement pur, en fait.

Beaucoup qualifient les protestations de Marine Le Pen d'hypocrites, pour ne s'être pas opposé à sa nomination. Ce n'est pas faux. Mais on se dit que finalement, laisser ce type accéder à la Présidence du Conseil constitutionnel était peut-être une bonne façon de déconsidérer cette institution encore un peu plus.

Alors soyons clairs, si Marine Le Pen (une fois élue...) décidait d'utiliser la voie de l'article 11 pour des révisions constitutionnelles, il est sûr il y aurait des recours contre le décret de convocation. Le Conseil constitutionnel prendrait-il la responsabilité de l'annuler et d'aller à l'affrontement avec un pouvoir politique ayant récemment reçu l'onction de la «vox populi». Pas sûr que Richard Ferrand, Alain Juppé, et les quelques autres y soient prêts. Car cela mettrait singulièrement en danger la poursuite de leur pantoufle confortable.

Alors si Marx nous a appris que le Droit était une superstructure de domination, Max Weber (rappelé récemment dans ces colonnes par Victor Sarkis), nous a expliqué que le Droit est une abstraction, tant que les petits hommes avec des casques à pointe ne viennent pas le faire appliquer. Lénine quant à lui, considérait que «face à une crise historique ou à un enjeu de pouvoir, c'est la politique qui commande en premier».


Source : Patrice Gibertie

https://reseauinternational.net/pire-que-ferrand-a-part-al-capone-on-voit-mal-qui-pourrait-meriter-ce-qualificatif/
#18
Débats biographiques. / Re : Bertrand va avoir trente-...
Last post by JacquesL - 17 Octobre 2026, 03:28:12 PM
Mon galopin a 48 ans. Pas de nouvelles, mauvaises nouvelles.

bertrand Lavau
Senior Physical Design Engineer at Arm
Greater Nice Metropolitan Area
Experience
Arm
Senior Physical Design Engineer
March 2017 - Present (9 years 8 months)
sophia antipolis
Small nodes gives huge constraints for layout topology.
intel mobile communication
front-end and bottom back-end layout for memory compilers
February 2013 - February 2017 (4 years 1 month)
sophia antipolis
My main knowledge:
fast response on DB once issue is understood.
work simultaneously with technology checks upgrades, schematics tuning and
compiler coding effects.
Texas Instruments
Layout engineer
December 2009 - December 2012 (3 years 1 month)
Villeneuve Loubet
domain : Power Management IC, audio IC
activities :
package routing (QFN and WCSP)
top level and IP
from floorplan to tapeout.
NemeriX
Layout RF and mixed signals
January 2007 - May 2008 (1 year 5 months)
Lugano and Grenoble
Low power multiband GNSS receptor.
RF and analog layout with 130nm, 90nm and 65nm technology
Top level and block level.
international context.
Freescale Semiconductor
Layout
November 2003 - May 2006 (2 years 7 months)
Toulouse
automotive (airbag control, abs control and static relays)
- block level in 0.25um: padring+ESD, trim fuses, monitoring and failsafe in
extended voltage range, A/D, regulators.
- power chip with dedicated techno
- strong changes in control chip in 0.8um
#19
Octobre 1956 : le massacre de Kafr Qasim



par R. Qureshi

Le 29 octobre 1956, la police des frontières israélienne a perpétré le massacre de Kafr Qasim sur le territoire israélien.

Les habitants palestiniens de Kafr Qasim, citoyens de l'État d'Israël, vivaient sous le régime militaire israélien depuis sept ans. Le village était situé dans le «Petit Triangle», la zone palestinienne transférée du contrôle jordanien à celui d'Israël en vertu de l'accord d'armistice de 1949.

Les Palestiniens restés en Israël après la Nakba ont subi le régime des permis, des couvre-feux, la surveillance, la confiscation des terres et l'autorité militaire. Kafr Qasim n'était donc pas un village pris à une armée ennemie au cours des combats. Les forces armées israéliennes ont tué des Palestiniens que l'État gouvernait déjà.

Le matin du 29 octobre, les villageois sont partis travailler comme d'habitude. Certains travaillaient dans les champs, les potagers, dans les carrières et le bâtiment. À 16 h 30, la police des frontières israélienne a informé le mukhtar du village qu'un couvre-feu, qui commençait normalement à 22 heures, débuterait dès 17 heures.

Le mukhtar a fait valoir que les centaines de villageois travaillant en dehors de Kafr Qasim ne pourraient en aucun cas être informés de ce changement en une demi-heure. Le couvre-feu a tout de même été appliqué. La police des frontières israélienne s'était déjà déployée autour du village.

Radyah Bdeir avait huit ans. Elle revenait de Petah Tikva dans une charrette tirée par un mulet avec son père, Isma'il Mahmoud Bdeir. Deux Palestiniens portant des légumes marchaient à leurs côtés, avec un jeune garçon de 14 ans.

Au carrefour, la police des frontières israélienne les a arrêtés. Le lieutenant Gavriel Dahan, commandant de section, a ordonné à Isma'il et aux deux autres hommes adultes de se ranger au bord de la route. Il a ordonné au garçon de 14 ans de conduire la charrette et à Radyah de rentrer au village.

Radyah pleurait. Les enfants se sont éloignés. Puis Dahan a donné l'ordre de tirer. Isma'il a demandé aux soldats pourquoi ils voulaient les tuer. Un autre témoin se souvient qu'il leur a demandé ce qu'ils avaient fait pour mériter ça. Dahan et la patrouille ont ouvert le feu sur les trois hommes non armés.

Radyah a vu son père tomber. Elle a continué à marcher vers la maison, croyant qu'il était mort. Sa mère préparait le dîner. Radyah n'a pas dit grand-chose. Puis elle a demandé à sa mère : «Pourquoi prépares-tu le dîner ? Papa ne rentrera pas manger».

Mais son père était encore en vie.

Les balles israéliennes avaient touché Isma'il à la taille, au genou et à la cuisse. Il gisait sur la route tandis que les soldats continuaient à tirer. Ghazi Mahmoud Issa, 21 ans, et Muhammad Abd al-Rahman Asi, 42 ans, sont morts à ses côtés. Les soldats pensaient avoir également tué Isma'il.

Après leur départ, il est resté au sol pendant environ une demi-heure, puis a rampé vers des oliviers voisins. Il a survécu.

Le tribunal militaire a par la suite conclu que les trois hommes n'avaient rien fait de mal et que séparer les adultes des enfants témoignait d'une intention délibérée de les exécuter.

Pendant plusieurs heures cependant, Radyah, âgée de huit ans, est restée sur ce qu'elle avait vu : des soldats israéliens alignant son père au bord d'une route et lui tirant dessus, puis la renvoyant chez elle auprès de sa mère qui préparait le dîner.



Riyad Raja Hamdan avait huit ans. Son père, Raja Hamdan, supervisait des ouvriers palestiniens travaillant dans des potagers à la périphérie de Kafr Qasim.

Riyad a appris qu'un couvre-feu avait été décrété. Avec son ami Jamal Salim Taha, âgé de 11 ans, il est allé prévenir Raja.

Riyad a dit à son père de rentrer tôt à la maison.

Raja a obtenu l'autorisation d'écourter la journée de travail, et ils ont pris la route pour Kafr Qasim à bord d'un camion. Riyad et Jamal les accompagnaient.

Alors que le camion approchait du village, les passagers ont entendu des coups de feu. Ils ont pensé que les soldats tiraient pour faire rentrer les gens chez eux. Ils ne savaient pas encore que la police des frontières israélienne avait déjà commencé à tuer des Palestiniens en route pour leur village.

Au carrefour, le commandant d'escouade Shalom Ofer a arrêté le camion. Il a ordonné au conducteur et aux dix-huit passagers de descendre et les a fait se rassembler au bord de la route.

Riyad a appelé son père à l'aide pour descendre du camion.

Les soldats ont demandé d'où venaient les passagers. Ils ont répondu qu'ils vivaient à Kafr Qasim. Ofer a ordonné à ses hommes de tirer. La police des frontières israélienne a tué dix personnes du groupe.

Raja a échappé aux balles et s'est caché sous un buisson de cactus. Son fils Riyad, âgé de huit ans, a été tué dans la fusillade. Son ami Jamal, âge de onze ans aussi.

Raja est resté caché. Il a fini par ramper jusqu'à un puits et y est resté jusqu'à l'aube. Le matin, il a regardé en direction du village. Il n'a vu personne se diriger vers les champs et s'est demandé quelqu'un était encore en vie. Il est finalement rentré à Kafr Qasim. Sa femme lui a demandé où était Riyad. Raja lui a répondu : «Il va bientôt rentrer».

Plus tard, Raja a comparu devant le tribunal. Lorsqu'il a dû témoigner comment il avait identifié le corps de son fils de huit ans, il n'a pas pu prononcer un seul mot.



Le frère aîné de Jamal, Abd al-Rahim Salim Taha, âgé de dix-sept ans, s'était blotti contre son frère de onze ans, terrifié, tandis que les soldats tiraient. Lorsque les soldats se sont approchés des corps pour vérifier s'il y avait des survivants, Jamal s'est mis à crier. Son frère a témoigné par la suite qu'un soldat s'est approché de Jamal et a tiré sur l'enfant à la tête. Il ne s'agissait que d'un groupe d'ouvriers et d'enfants rentrant dans leur village.

Talal Shaker Issa, âgé de sept ans, était chez lui à Kafr Qasim lorsque la famille a appris que le couvre-feu avait été avancé. Talal est sorti pour ramener les chèvres de la famille à la maison. Il a atteint l'entrée de la maison familiale. Des tireurs d'élite israéliens l'ont touché dans la cour. Son père, Shaker, a entendu les coups de feu et s'est précipité. La mère de Talal, Rasmiya, et sa sœur de 18 ans, Nura, l'ont suivi. Les tirs israéliens ont touché les trois. Shaker a été blessé à la mâchoire et à l'épaule. Une balle a atteint Rasmiya dans le dos. Nura a été touchée à la jambe.

La famille blessée a réussi à ramener Talal dans la maison. Aucune équipe médicale n'est venue le secourir. Un témoin a rapporté par la suite que Talal a saigné des heures. Un autre témoignage indique qu'il est resté en vie jusqu'au matin.

Dans la maison vivait aussi son grand-père, Suleiman Issa, âgé d'environ 90 ans. Il a vu son petit-fils de sept ans mourir tandis que d'autres membres de sa famille étaient blessés. Le grand-père est mort le lendemain. Les habitants de Kafr Qasim le comptent parmi les victimes du massacre.

Aucun soldat israélien n'a été tenu pour responsable des tirs sur Talal et sa famille. La reconstitution d'Akevot souligne que les preuves concernant cette partie du massacre sont restées fragmentaires. Un chef d'escouade israélien interrogé lors du procès a refusé de répondre lorsqu'on lui a demandé s'il avait tiré dans le village.

Le massacre s'est déroulé par vagues successives, à mesure que les Palestiniens rentraient à Kafr Qasim. La police des frontières israélienne a tiré sur des gens arrivant à vélo. Elle a tué des bergers rentrant avec leurs chèvres. Elle a intercepté des camions transportant des ouvriers, a ordonné aux passagers de descendre et a ouvert le feu. Plus tard, un camion est arrivé avec à son bord des femmes palestiniennes rentrant de la récolte des olives. Des témoins ont déclaré que les femmes chantaient alors que le camion approchait du village. La police des frontières israélienne leur a ordonné de descendre et a ouvert le feu. Dix-sept personnes ont été tués.


Les habitants de Kafr Qasim devant le mémorial dédié aux Palestiniens massacrés par la police des frontières israélienne le 29 octobre 1956. Le village est resté palestinien malgré un plan militaire visant à créer les conditions propices au départ de ses habitants.

Ce massacre est commémoré dans l'histoire palestinienne comme le meurtre de 49 Palestiniens. La reconstitution détaillée réalisée par Akevot fait état de 47 citoyens arabes tués à l'intérieur de Kafr Qasim, et de deux autres Palestiniens tués à Taybeh et Tira, localités voisines, au cours de la même opération de couvre-feu. Les récits historiques palestiniens font généralement état de 49 victimes pour le massacre de Kafr Qasim. La différence porte sur la façon dont le décompte géographique est défini, et non sur le fait que les forces israéliennes aient ou non perpétré ces meurtres. Parmi les victimes figuraient des enfants, des femmes et des travailleurs rentrant chez eux.

Le massacre a eu lieu le jour où Israël, la Grande-Bretagne et la France ont lancé leur attaque contre l'Égypte. Kafr Qasim se trouvait loin des champs de bataille de Gaza et du Sinaï. La planification militaire israélienne envisageait une autre possibilité : profiter de la guerre pour modifier la présence palestinienne le long de la frontière israélienne avec la Jordanie. L'armée israélienne a baptisé ce plan «Operation Mole».

Pendant des décennies, des preuves cruciales ont été classées secret défense. À la suite d'une action en justice intentée par Adam Raz, chercheur à l'Institut Akevot, la Cour d'appel militaire a rendu publiques des centaines de pages de témoignages jusqu'alors tenus secrets. Ces documents établissent quatre éléments principaux du plan «Mole» : couvre-feux, arrestations d'individus et de groupes d'âge entiers, confiscation des moyens de subsistance des villageois palestiniens, et transfert de populations villageoises entières loin de la frontière.

Le plan écrit n'ordonnait pas explicitement l'expulsion vers la Jordanie. Des témoignages jusqu'alors classés secrets en ont révélé davantage. Les officiers qui avaient élaboré le plan et les membres de la police des frontières qui l'avaient reçu savaient que ses mesures pourraient pousser les Palestiniens du Triangle à fuir par-delà la frontière vers la Jordanie. Le 25 octobre, quatre jours seulement avant le massacre, le gouverneur militaire du Triangle a déclaré au commandant de la police des frontières, Shmuel Malinki, que l'objectif était de trouver le moyen de faire partir les Arabes du pays.

Les Palestiniens de Kafr Qasim avaient conscience du danger grâce à leur expérience récente. Huit ans seulement s'étaient écoulés depuis la Nakba. Les familles palestiniennes savaient ce qui arrivait lorsque des gens franchissent une frontière pendant une opération militaire israélienne. Des centaines de milliers de Palestiniens déplacés en 1948 avaient déjà été empêchés de regagner leurs foyers. Les habitants de Kafr Qasim sont restés.

Au départ, Israël a empêché que les informations relatives au massacre circulent librement. Des Palestiniens, des journalistes, des militants politiques et des députés communistes de la Knesset ont contribué à révéler ce qui s'était vraiment passé. Israël a finalement traduit en justice onze agents de la police des frontières. Huit d'entre eux ont été condamnés. Leurs peines ont par la suite été réduites. Les hauts responsables ont échappé à toute sanction.

Le colonel Issachar Shadmi, commandant de brigade, a fait l'objet d'un procès distinct. Le tribunal l'a acquitté du chef d'homicide et l'a reconnu coupable d'avoir outrepassé son autorité en imposant le couvre-feu sans l'autorisation écrite requise. Il a reçu un blâme et une amende symbolique.

En 1960, tous les auteurs emprisonnés avaient été libérés.

Ces procès ont donné naissance à la doctrine juridique israélienne selon laquelle un soldat doit refuser un ordre qui porte la marque indubitable de l'illégalité. Cette doctrine a été inscrite dans le droit israélien au prix du sang des Palestiniens qui avaient déjà obéi aux règles de l'État, s'étaient rendus au travail et avaient simplement essayé de rentrer chez eux.

Kafr Qasim met en lumière la condition des Palestiniens qui ont survécu à la Nakba et sont restés dans le nouvel État israélien. Ils avaient la citoyenneté israélienne tandis qu'Israël les soumettait à un gouvernement militaire. L'État contrôlait leurs déplacements, confisquait les terres palestiniennes et considérait la présence palestinienne dans les zones frontalières comme un problème sécuritaire et démographique.

L'État avait accordé la citoyenneté à ces Palestiniens. C'est son gouvernement militaire qui a donné les ordres. Les habitants de Kafr Qasim ont enterré leurs morts et sont restés dans leur village.


Source : Bearing Witness via Spirit of Free Speech

https://reseauinternational.net/octobre-1956-le-massacre-de-kafr-qasim/
#20
Questions mondiales. / Les États-Unis et Israël sont-...
Last post by JacquesL - 16 Octobre 2026, 02:43:44 PM
Les États-Unis et Israël sont-ils en voie de déclin et de chute ?



par Philip Giraldi

Les horreurs dont Israël pourrait être capable et qui pourraient survenir prochainement.

Les spéculations vont bon train quant à la pérennité du modèle de domination mondiale des États-Unis, qui a vu le jour lorsque Washington est sorti de la Seconde Guerre mondiale comme étant, selon toute vraisemblance, la seule superpuissance. Ce rôle a d'abord été mis à l'épreuve lors de la guerre de Corée, qui s'est soldée par une sorte d'impasse dans un conflit notamment impliquant la Chine, et a abouti à un accord de cessez-le-feu toujours en vigueur aujourd'hui. Plus récemment, l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, même au vu de la guerre désastreuse et inutile du Vietnam, a confirmé la supériorité militaire, politique et financière des États-Unis, conduisant à l'affirmation de la domination américaine comme élément essentiel de la stabilité politique mondiale dans plusieurs documents d'orientation initiés et mandatés, notamment dans la déclaration de principes rédigée dans les années 1990 et publiée ultérieurement en septembre 2000 sous le titre «Rebuilding America's Defenses: Strategy, Forces, and Resources for a New Century: a Project for the New American Century (PNAC)». La formulation finale de cette politique s'inspirait de la «doctrine Wolfowitz», nom communément donné aux orientations en matière de défense nationale élaborées lorsque Paul Wolfowitz, travaillant pour le vice-président Dick Cheney, occupait le poste de secrétaire adjoint à la Défense. Ce terme est une version informelle des Defense Planning Guidance (DPG) du département américain de la Défense pour les années 1994 à 1999, datées du 18 février 1992.

En tant que premier DPG après la fin de la Guerre froide et des premières guerres du Golfe, ce document décrivait les États-Unis comme la seule superpuissance mondiale et faisait de la prévention de l'émergence (ou de la réémergence) d'un concurrent mondial ou régional une priorité absolue. Cet objectif visait notamment à empêcher toute puissance hostile de dominer des régions stratégiquement importantes ou riches en ressources, susceptibles de constituer des sources alternatives de puissance mondiale. Il affirmait que l'armée américaine devait rester suffisamment forte pour dissuader d'éventuels concurrents, tout en conservant la capacité d'agir unilatéralement si nécessaire. La déclaration du PNAC appelait à ce que les États-Unis continuent de jouer un rôle de leader mondial, ce qui impliquait le recours à la guerre préventive contre leurs adversaires lorsque cela s'avérait nécessaire.

Pour promouvoir cette nouvelle politique, le document intitulé «Déclaration de principes» du Projet, daté de juin 1997, précisait que «... Les États-Unis ont un rôle vital à jouer dans le maintien de la paix et de la sécurité en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. Si nous nous soustrayons à nos responsabilités, nous nous exposons à des menaces pour nos intérêts fondamentaux... Nous devons assumer la responsabilité du rôle unique des États-Unis dans la préservation et l'extension d'un ordre international favorable à notre sécurité, à notre prospérité et à nos principes».

Cette déclaration a été signée, entre autres, par Dick Cheney, Paul Wolfowitz, Scooter Libby, Zalmay Khalilzad, Donald Rumsfeld, Peter Rodman, Elliot Abrams, Eliot A. Cohen, Midge Decter, Paula Dobriansky, Aaron Friedberg, Donald Kagan, I. Lewis Libby et Norman Podhoretz. Elle a par la suite été considérée comme très «favorable à Israël» et, combinée à l'impressionnant pouvoir politique et institutionnel, toujours croissant, du lobby israélo-américain, elle a servi à justifier les interventions américaines au Moyen-Orient au cours des décennies suivantes. En effet, on pourrait soutenir que la manière dont Israël interagit aujourd'hui avec ses voisins, voire avec une grande partie du monde, a été façonnée par les nombreux juifs et partisans de la «priorité à Israël» qui ont participé à la rédaction de ces documents cruciaux affirmant la nécessité pour Washington d'adopter une attitude agressive, notamment en s'impliquant dans des conflits qu'il aurait pu éviter, tels que ceux survenus au Moyen-Orient et provoqués par la défense de ses propres intérêts par Israël, tout comme c'est actuellement le cas avec l'Iran.

Ce qu'il importe de noter aujourd'hui, c'est à quel point ces documents, qui visaient à garantir la suprématie militaire américaine — notamment par l'interventionnisme pour maintenir cet avantage —, semblent avoir pris le dessus sur l'administration du président Donald J. Trump, tout particulièrement dans l'esprit du président lui-même et de son secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth. Alors, qu'est-ce qui a mal tourné, alors que les États-Unis semblent désormais perdre sur tous les fronts où ils ont opté pour la confrontation plutôt que pour la négociation ? Il est peut-être important de noter que ces faux pas géopolitiques sont probablement le résultat d'une doctrine issue d'un monde différent de celui de 1991, avec des critères différents pour évaluer la force ou la faiblesse. Trump et Hegseth pourraient bien être perçus comme des dinosaures en voie d'extinction au cours de leur propre version du Trias, et le pays qu'ils ont tant malmené pourrait bien se diriger vers le déclin et la chute. La question qui se pose alors est la suivante : «Après la chute des États-Unis, qui sera là pour ramasser les morceaux ?»

Et l'on pourrait supposer qu'Israël, le client le plus protégé des États-Unis, qui serait certainement associé à ces derniers en tant que pays le plus détesté au monde, pourrait également se diriger dans la même direction. La seule différence étant qu'Israël a déclaré qu'il utiliserait son arsenal nucléaire pour entraîner une grande partie du monde dans sa chute s'il venait à périr, ce qu'on appelle l'«option Samson». Israël dispose d'au moins plusieurs centaines d'ogives nucléaires et de missiles, qu'il peut lancer vers des cibles dans toutes les directions grâce à ses sous-marins lanceurs. La plupart des capitales européennes seraient certainement la cible des missiles et des avions de combat israéliens. L'ancien ministre de la Défense Moshe Dayan avait prévenu de ce qui pourrait arriver : «Israël doit être comme un chien enragé, trop dangereux pour qu'on s'en mêle». Une minorité de dirigeants israéliens pourrait tenter d'empêcher que les choses n'en arrivent là, si tant est que cela soit possible, mais ceux qui sont aux commandes auront assurément la capacité d'entraîner une partie du monde dans leur chute, et c'est précisément ce qui se produira lorsque Israël s'effondrera. Mais avant que cela n'arrive, une vague de millions de «réfugiés» juifs déferlera principalement sur les États-Unis et l'Europe. Ils insisteront pour créer de nouveaux pays, exactement comme ils l'ont fait avec les Palestiniens, et emporteront probablement leurs armes nucléaires avec eux à titre d'«assurance».

Il est intéressant de noter qu'Israël serait également en train de développer un arsenal d'armes biologiques «ciblant ethniquement» de manière sélective, ce qui signifie qu'il ne tuera que les porteurs d'un certain ADN ou de certaines caractéristiques ethniques, tuant vraisemblablement ceux dont la biologie est majoritairement arabe tout en épargnant quiconque présente des traits ou des caractéristiques juives. Intéressant. Ce pourrait être le moyen le plus simple de «tondre la pelouse» des étrangers indésirables, comme les dirigeants israéliens l'ont souvent fait dans des endroits tels que Gaza et le Liban.

Mais il me semble qu'Israël suivra un schéma légèrement différent, à savoir désorienter le champ d'action en recourant à des incidents sous faux pavillon qui encourageront les Américains et les Européens à soutenir des politiques pro-israéliennes qui ne sont manifestement pas dans leur intérêt, et en appliquant des alternatives de type «option palestinienne» pour réduire, puis éliminer complètement, toute résistance à sa propre forme de «domination mondiale». Cela revient à s'emparer des terres d'autrui tout en les exterminant systématiquement, peut-être à l'aide de ces «bombes» biologiques. Le processus d'émigration est déjà en cours parmi de nombreux Israéliens, pour la plupart plus instruits, qui quittent déjà rapidement un Israël menacé pour recréer leurs ghettos et colonies exclusivement juifs dans des endroits comme la Crète, en Grèce, et en Amérique du Sud. Les habitants locaux se plaignent fréquemment des abus dont ils sont victimes de la part des nouveaux arrivants, mais leurs gouvernements souffrent de la maladie sioniste typique, c'est-à-dire que les autorités locales sont achetées ou soumises à des pressions pour céder.

Les États-Unis ont déjà constaté ce phénomène dans les communautés des États de New York et du New Jersey, ainsi qu'ailleurs dans le pays, où les restrictions rituelles religieuses des juifs orthodoxes régissent souvent le comportement de tous les citoyens, voire des visiteurs qui osent profaner ces enclaves. Si Israël, sur ce qui était autrefois la Palestine, venait à disparaître, cela signifierait-il que des millions de nouveaux immigrants se verraient certainement accorder une entrée libre, sans aucune condition quant à leur comportement, par un Congrès américain qui arbore des drapeaux israéliens dans ses locaux du Capitole ? Les clowns du Congrès et de la Maison-Blanche ne se soucient peut-être pas de la tendance des juifs israéliens à mépriser les 90% restants des habitants de n'importe quel pays en les considérant comme des sous-humains, comme ils le font actuellement avec les Palestiniens. Le député de Floride (bien sûr !) Brian Mast, qui porte son uniforme de l'armée israélienne lorsqu'il travaille dans son bureau au Congrès, a déclaré : «Il n'y a pas de Palestiniens innocents !» Et il n'est pas le seul député ou membre du personnel à partager ce point de vue, qui est repris par 90% des juifs israéliens soutenant l'extermination de tous les musulmans et chrétiens !

Alors, quelle sera la suite ? John Gehan a écrit sur les prochaines actions des émigrants israéliens et sur leur impact sur le reste du monde une fois que leur campagne génocidaire régionale visant à créer le Grand (Eretz) Israël se sera soldée par un échec ou aura pris fin dans un brasier : «En substance, nous aurons au moins des centaines de milliers, voire des millions, de terroristes psychotiques et racistes entrant aux États-Unis. Ce sont des monstres obsédés par l'ethnie qui ne considèrent personne en dehors de leur tribu pernicieuse comme un être humain. Ils disposeront d'armes et d'un réseau national solidement établi pour commettre des meurtres de masse. Peut-être que certains de ces fous chercheront refuge en Europe, au Canada ou en Argentine, etc. Mais beaucoup choisiront les États-Unis comme bastion. Au mieux, les meurtres et les actes de terrorisme connaîtront une hausse spectaculaire dans ce pays. Les sionistes israéliens sont des psychopathes génocidaires. Comme nous l'avons tous constaté».

Pour ceux qui auraient besoin d'éclaircissements supplémentaires sur ce qui se passe et sur les motivations sous-jacentes, le directeur de l'un des think tanks les plus éminents d'Israël, le général de division Tamir Hayman, a décrit dans un article, analysé par la suite par Trita Parsi du Quincy Institute, la dure réalité de la nouvelle doctrine de sécurité nationale actuelle et en cours d'Israël : Hayman explique que «les États-Unis sont une "puissance en déclin" et, compte tenu de leurs bouleversements sociaux et politiques actuels, finiront de toute façon par abandonner Israël. Cela contraint Israël à s'orienter vers une plus grande autonomie afin d'éviter une "dépendance excessive" vis-à-vis des États-Unis, car celle-ci "révèle l'influence d'un système de valeurs américain progressiste incompatible avec le caractère juif d'Israël". Il conclut : "Rompre les liens avec les États-Unis est donc non seulement inévitable, mais essentiel à l'indépendance d'Israël et à la résilience de son identité nationale juive"». Pourquoi cela ? «En raison de la primauté de l'identité juive sur la démocratie : l'identité juive de l'État prime sur son système démocratique de gouvernement». Et elle prime sur les droits constitutionnels de tout pays dans lequel des juifs finiraient par s'installer !

Ainsi, nous, Américains, et sans doute beaucoup d'autres, avons de quoi nous réjouir face à un Israël dont les dirigeants, notamment Benjamin Netanyahou et Ariel Sharon, se sont souvent vantés de contrôler «l'Amérique» et qui se vante désormais d'avoir pris sa part du butin avant de se débarrasser du donateur des États-Unis une fois qu'il l'aura saigné à blanc ! Cela présage la fin des pays tels que nous les connaissons, qui s'efforcent de fonctionner décemment, pour être remplacés par un État ethno-religieux armé de bombes nucléaires et d'armes biologiques, qui entamera son processus d'extermination, tout comme il le fait déjà au Moyen-Orient ! Mazel Tov à vous tous !


Source : The Unz Review

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