La naissance maffieuse du dollar (2ème partie)(https://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2026/09/Sans-titre-47-2-740x431.png)
par
Aline de Diéguez1 – John Fitzgerald Kennedy, le dernier président US qui osa défier les banquiersIl est impossible de ne pas évoquer, à la suite de celle du président Lincoln, la tentative du président John Fitzgerald Kennedy de dépouiller la FED de sa puissance, tellement elle lui est parallèle. Elle eut lieu un siècle exactement après celle de Lincoln. Les coïncidences biographiques, politiques et même numérologiques qui rapprochent les destins de ces deux hommes politiques sont, il faut le reconnaître, tout à fait extraordinaires et ont fait saliver de nombreux Sherlock Holmes amateurs. Leurs morts violentes semblent les avoir liés pour l'éternité dans un parcours historique en miroir.
En effet, le 4 juin 1963, le président Kennedy signait l'Executive Order n°11,110 par lequel le gouvernement retrouvait un pouvoir inscrit dans la Constitution, celui de créer sa monnaie sans passer par la Réserve fédérale. Cette nouvelle monnaie, gagée sur les réserves d'or et d'argent du Trésor, rappelait les greenbacks et le coup de force du président Lincoln.
CiterExecutive Order 11,110 AMENDMENT OF EXECUTIVE ORDER NO. 10289 AS AMENDED, RELATING TO THE PERFORMANCE OF CERTAIN FUNCTIONS AFFECTING THE DEPARTMENT OF THE TREASURY
«By virtue of the authority vested in me by section 301 of title 3 of the United States Code, it is ordered as follows : Section 1. Executive Order No. 10289 of September 19, 1951, as amended, is hereby further amended – a. By adding at the end of paragraph 1 thereof the following subparagraph (j) : (j) The authority vested in the President by paragraph (b) of section 43 of the Act of May 12,1933, as amended (31 U.S.C.821(b)), to issue silver certificates against any silver bullion, silver, or standard silver dollars in the Treasury not then held for redemption of any outstanding silver certificates, to prescribe the denomination of such silver certificates, and to coin standard silver dollars and subsidiary silver currency for their redemption and — b. Byrevoking subparagraphs (b) and (c) of paragraph 2 thereof. Sec. 2. The amendments made by this Order shall not affect any act done, or any right accruing or accrued or any suit or proceeding had or commenced in any civil or criminal cause prior to the date of this Order but all such liabilities shall continue and may be enforced as if said amendments had not been made». John F. Kennedy The White House, June 4, 1963.
«It is interesting to note how many assassinations of Presidents of the United States follow their concern with the issuing of public currency ; Lincoln with his Greenback, non-interest-bearing notes, and Garfield, making a pronouncement on currency problems just before he was assassinated». (Cité par Mullins)
(Décret présidentiel n° 11,110 MODIFICATION DU DÉCRET PRÉSIDENTIEL N°10289, TEL QUE MODIFIÉ, RELATIF À L'EXERCICE DE CERTAINES FONCTIONS CONCERNANT LE MINISTÈRE DES FINANCES
«En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par l'article 301 du titre 3 du Code des États-Unis, il est ordonné ce qui suit : Article 1. Le décret n°10289 du 19 septembre 1951, tel que modifié, est à nouveau modifié par les dispositions suivantes : a. En ajoutant à la fin de son paragraphe 1 le sous-paragraphe (j) suivant : (j) Le pouvoir conféré au président par le paragraphe (b) de l'article 43 de la loi du 12 mai 1933, telle que modifiée (31 U.S.C. 821(b)), d'émettre des certificats d'argent contre tout lingot d'argent, toute argent ou tout dollar d'argent standard détenus au Trésor et non destinés à ce moment-là au remboursement de certificats d'argent en circulation, de fixer la valeur nominale de ces certificats d'argent, et de frapper des dollars d'argent standard et des pièces d'argent de plus petite valeur en vue de leur remboursement et – b. En abrogeant les alinéas (b) et (c) de son paragraphe 2. Art. 2. Les modifications apportées par le présent décret n'affectent aucun acte accompli, aucun droit naissant ou acquis, ni aucune action ou procédure engagée ou en cours dans une affaire civile ou pénale avant la date du présent décret ; toutefois, toutes ces obligations subsistent et peuvent être exécutées comme si lesdites modifications n'avaient pas été apportées». John F. Kennedy, La Maison Blanche, le 4 juin 1963.
«Il est intéressant de noter combien d'assassinats de présidents des États-Unis ont suivi leur implication dans l'émission de monnaie publique : Lincoln avec son «Greenback», ces billets sans intérêt, et Garfield, qui s'était prononcé sur les problèmes monétaires juste avant d'être assassiné». – Cité par Mullins)
Le président Kennedy fit imprimer 4,3 milliards de billets de 1, 2, 5, 10, 20 et 100 dollars. En 1994 il restait l'équivalent de 284 125 895 dollars en circulation aux États-Unis, détenus, probablement par des collectionneurs (source : The 1995 World Almanac).
Les conséquences de l'Executive Order n°11,110 étaient énormes. En effet, d'un trait de plume John Fitzgerald Kennedy était en passe de mettre hors-jeu tout le pouvoir que les banques privées de la FED s'étaient arrogé depuis 1816 et qu'elles détenaient officiellement depuis 1913.
Car si, dans un premier temps, les deux monnaies auraient circulé parallèlement, la monnaie d'État, gagée sur les réserves d'argent, aurait fini par terrasser la monnaie créée ex-nihilo par les banquiers. Cette nouvelle monnaie aurait considérablement diminué l'endettement de l'État, puisqu'elle éliminait automatiquement le paiement des intérêts.
Les 26 volumes du rapport Warren n'ont pas réussi à apporter une explication crédible à l'assassinat du président Kennedy à Dallas le 26 novembre 1963, cinq mois après sa réforme monétaire. Il n'est nul besoin d'être un «complotiste» primaire ou secondaire pour n'accorder qu'un crédit poli à la thèse officielle, non pas seulement à cause de l'analyse des conditions de l'exécution, mais parce que le fait que tous les témoins oculaires de l'événement soient morts dans les deux ans ; que la disparition ou l'élimination de 400 personnes en relations même lointaines avec cet événement — y compris le personnel médical de l'hôpital Parkow où Kennedy a été admis, du portier au personnel médical, ainsi que des proches du tireur accusé, Lee Harvey Oswald — que tous ces événements soient le fruit du hasard relève d'un pourcentage de probabilités si infinitésimal qu'il est proche du zéro absolu. Le calcul des probabilités devient un juge plus efficace que n'importe quelle vérité officielle.
De puissants comploteurs ont donc sévi, y compris longtemps encore après le crime initial. Parmi les innombrables pistes avancées par les uns et par les autres, la piste monétaire était évidemment tentante. Elle fut relativement peu explorée au début de l'enquête.
Cependant beaucoup la tiennent pour d'autant plus avérée qu'ils rapportent une phrase du père du président, Joseph Kennedy, lorsqu'il apprit la décision de réforme monétaire de son fils : «Si tu le fais, ils te tueront».
Le message semble, une nouvelle fois avoir été reçu cinq sur cinq par le vice-président Lyndon B. Johnson, devenu président par la grâce de cet assassinat. Comme son homonyme Andrew Johnson un siècle auparavant, et avec une célérité particulièrement remarquable, il suspendit la décision monétaire prise le 4 juin 1963 par le président assassiné alors que le cadavre de ce dernier n'était pas encore froid.
«L'ordre exécutif 11110 a été abrogé par le président Lyndon Baines Johnson, devenu trente- sixième président de Picrolandie — de 1963 à 1969 — alors qu'il se trouvait dans l'avion présidentiel Air Force One, entre Dallas et Washington, le jour même de l'assassinat du président Kennedy», écrivait un chroniqueur. Cette affirmation n'est pas exacte : le décret présidentiel n'a jamais été officiellement abrogé, mais son application fut suspendue. Fut abrogée l'autorisation d'imprimer de nouveaux billets et de frapper de nouvelles pièces, si bien que l'Executive Order n° 11110 demeure officiellement en vigueur... dans la stratosphère.
Cet assassinat était peut-être un avertissement aux futurs présidents qui auraient voulu emboîter le pas à Abraham Lincoln et à John Fitzgerald Kennedy et priver les banquiers de leur rente en éliminant le système de la monnaie-dette. John Fitzgerald Kennedy aurait payé de sa vie cette provocation à la puissance de la finance internationale. Mais nous sommes là dans le domaine des innombrables coïncidences troublantes qui ont jalonné la vie de ce président même si la célérité de la décision du président Johnson donne du crédit à cette supposition. Eustace Mullins rappelle que le président Abraham Garfield avait lui aussi été assassiné le 2 juillet 1881 après avoir fait une déclaration sur les problèmes de la monnaie. Que de coïncidences ! Depuis le président Kennedy, aucun successeur ne s'est avisé d'apporter la moindre réforme au fonctionnement de la FED.
La piste israélienneLa piste israélienne est considérée par certains comme la plus crédible. En effet, des Israéliens s'étant félicité de ce que l'élimination de J.F. Kennedy ait laissé le champ libre à l'accession d'Israël au statut de puissance nucléaire, cette conséquence s'est métamorphosée en cause pour certains. Ce second motif, parfaitement crédible n'exclut pas la piste monétaire. Elles s'additionnent.
En effet, le journal israélien
Ha'aretz 5 février 1999 écrivait, dans sa critique de l'ouvrage d'Avner Cohen,
Israel et la bombe :
«L'assassinat du président américain John F. Kennedy mit un terme brutal à la forte pression de l'administration des États-Unis sur le gouvernement d'Israël afin de l'amener à interrompre son programme nucléaire...» L'auteur ajoute que
«si Kennedy était resté vivant, il est douteux qu'Israël aurait aujourd'hui une défense nucléaire».
Le président Kennedy avait, en effet, fermement annoncé au premier ministre israélien David Ben Gourion qu'en aucun cas il n'accepterait qu'Israël devînt une puissance nucléaire. Peut-être faudra-t-il encore vingt-six autres volumes d'enquête pour éclaircir cette énigme historique.
«It is interesting to note how many assassinations of Presidents of the United States follow their concern with the issuing of public currency ; Lincoln with his Greenback, non-interest-bearing notes, and Garfield, making a pronouncement on currency problems just before he was assassinated». (Cité par Mullins)
(«Il est intéressant de noter combien d'assassinats de présidents des États-Unis ont suivi leur engagement en faveur de l'émission de monnaie publique : Lincoln avec son «Greenback», ces billets sans intérêt, et Garfield, qui s'était exprimé sur les problèmes monétaires juste avant d'être assassiné».)
Tentative de balayer la poussière sous le tapis, Oliver StoneEn 1991, le célèbre réalisateur américain, Oliver Stone, nouveau Sherlock Holmes, s'est lancé dans l'arène et s'est donné pour but d'élucider les causes de l'assassinat de John F. Kennedy à Dallas. Hollywood n'est-il pas coutumier de multiples tentatives de réécrire l'histoire des États-Unis et du monde et d'imposer des images frappantes d'une nouvelle vérité officielle à la gloire de l'empire ? Dans un univers de la communication, l'impact de l'image sur les cervelles écrase les démonstrations ou les contestations écrites. Écartant les 26 volumes du rapport Warren dont je doute qu'il les ait lus, il s'est lancé sur la piste d'une conspiration en relations avec... la guerre du Vietnam — «The business of war» — autrement dit, l'industrie de l'armement. Il fit siennes les conclusions du procureur de la Nouvelle-Orléans, Jim Garrison et du journaliste Jim Marrs, écartant ainsi les causes probables les plus sensibles, donc les plus gênantes.
M. Oliver Stone a peut-être été convaincu par les arguments de Jim Garrison et de Jim Marrs, mais je ne doute pas que le fait que son film ait été financé par le fonds Rothschild ait augmenté considérablement le pouvoir de conviction des thèses d'un complot qui aurait été fomenté à partir du lobby de l'armement. La thèse financière et la piste israélienne ont été soigneusement évitées.
M. Oliver Stone avait peut-être besoin de faire quelques «concessions» afin de paver la route de son film de garanties de succès. Comme le disait un illustre ancêtre et fondateur de la Maison qui porte son nom, Mayer Amschel Rothschild :
«Give me control of a nation's money supply, and I care not who makes it's laws» (Donnez-moi le contrôle de la monnaie d'une nation et je ne me soucie pas de ceux qui font ses lois»). Et si on remplaçait «lois» par «films» : «Give me control of a nation's money supply, and I care not who makes it's films» ?
L'argent du fonds Rothschild s'est révélé d'une efficacité remarquable dans sa capacité à inciter un réalisateur célèbre à concevoir une opération hollywoodienne de fixation des soupçons dans une certaine direction. Rien de tel, n'est-il pas vrai, que de quitter une autoroute et de s'engager sur une petite route de traverse et ainsi, de focaliser de l'attention sur un «chemin qui ne mène nulle part», pour reprendre le titre d'un ouvrage de Heidegger. Les images et le talent du réalisateur impriment alors une certaine vérité dans les esprits. Tout le monde connaît le pouvoir de séduction et de persuasion de l'image, si bien que les spectateurs et les admirateurs d'Oliver Stone oublient qu'il s'agit d'un film, c'est-à-dire d'une œuvre de fiction.
Les autres pistes de recherche des commanditaires de l'assassinat du président Kennedy, au moins aussi sérieuses, sinon davantage, n'ont même pas été évoquées, pour le plus grand intérêt du généreux mécène. C'est ainsi qu'Hollywood écrit et impose sa vérité, laquelle devient progressivement LA vérité. Celui qui paie, commande.
Il est étonnant que le fait le plus troublant de tous, plus troublant même que celui de l'impossibilité, aujourd'hui encore, de connaître avec certitude l'identité du tueur est, comme je l'ai noté ci-dessus — celui de constater que quatre cents (je dis bien 400) personnes en relations même lointaines avec cet événement — y compris le personnel médical de l'hôpital Parkow où Kennedy a été admis, du portier au personnel médical, ainsi que des proches du tireur accusé, Lee Harvey Oswald, sont mortes en deux ans et que les autorités officielles ne se sont pas penchées sur cet évènement proprement stupéfiant.
Il est également extraordinaire qu'aucun des innombrables Sherlock Homes, amateurs ou professionnels, qui ont analysé le crime, la loupe à la main et le nez sur le macadam, ne se soit penché sur ces «coïncidences-là» et n'a osé prendre l'enquête à revers. Or, il est impossible, statistiquement, d'attribuer au hasard ou à des circonstances naturelles l'élimination systématique de la totalité des témoins, même les plus mineurs, liés à cette affaire.
Cette preuve statistique signe irréfutablement l'existence d'un complot de très grande ampleur. Quels sont le commanditaire ou le groupe disposant du personnel, des moyens financiers et du pouvoir suffisants afin de réaliser un tel «exploit» dans un laps de temps aussi court et cela de manière à ce que tout paraisse globalement naturel ? L'élucidation de l'assassinat du président Kennedy est au bout de cette enquête-là.
Allons, M. Oliver Stone, encore un effort !
2 – Histoire de l'Histoire de la révélation au public du Système de la Réserve fédérale, le rôle d'Eustache MullinsLes péripéties de la parution de l'ouvrage d'Eustache MullinsLes péripéties détaillées des préparatifs du singulier voyage des conspirateurs et du séjour dans l'ile Jekyll qui s'ensuivit se trouvent consignées depuis lors dans divers ouvrages, dont le plus connu aujourd'hui est celui d'Edward Griffin. Cet ouvrage de vulgarisation a paru en anglais en 1995 — soit 85 ans après la réunion de l'île Jekyll — et il fut traduit en français sous le titre La créature de Jekyll Island. Il reprend, en le romançant, mais sans jamais le citer, des informations contenues dans le premier ouvrage de fond sur la question, celui d'Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve, The London Connection, qui lui est antérieur de près d'un demi-siècle, puisqu'une première version, Mullins, The Federal Reserve, a vu discrètement le jour en 1948.
Deux autres ouvrages beaucoup plus tardifs ont été rédigés en anglais sur ce sujet :
The Case Against the Fed by Murray Newton Rothbard (1994) et
Secrets of the Temple: How the Federal Reserve Runs the Country (1989) de William Greider.
Le manuscrit définitif de Mullins avait été refusé par dix-huit éditeurs. Après deux ans de vaines recherches, le dix-neuvième éditeur écrivit à l'auteur :
«J'aime votre livre, mais nous ne pouvons pas le publier. Personne d'autre ne le peut à New-York. Présentez-nous le synopsis d'une nouvelle et je pense que nous pourrons vous faire un à-valoir. Mais vous pouvez oublier l'espoir de voir publié l'ouvrage sur la Réserve fédérale. Je doute qu'il soit jamais édité».
Une version complétée a cependant paru en 1952, à compte d'auteur après deux ans de tribulations, grâce au soutien de deux disciples du poète Ezra Pound et Kasper Norton. Les frais de l'édition avaient été partagés entre l'auteur et les deux éditeurs, lesquels reprirent modestement le premier titre de l'ouvrage
Mullins, The Federal Reserve. Ce titre, en retrait par rapport à celui refusé par les éditeurs, suggérait qu'il s'agissait simplement de l'opinion de M. Mullins sur la Réserve fédérale.
Mais en 1954, une édition pirate, avec des coupures, voyait le jour dans le New-Jersey sous le titre :
La Conspiration de la Réserve fédérale.
En 1955, l'éditeur Guido Roeder acceptait la parution d'une édition en langue allemande. Cependant, la pression politique de Picrocholand sur l'Allemagne occupée était telle, à l'époque, que la totalité des 10 000 exemplaires de la première édition fut saisie et condamnée à la destruction par le feu.
Le dernier autodafé d'un ouvrage en Occident, et le seul depuis la fin de la guerre, se déroula donc le 21 avril 1961 sous la direction du juge Israël Katz de la Cour suprême de Bavière et avec l'approbation du haut-commissaire des États-Unis en Allemagne, James B. Conant, qui avait pourtant exercé de 1933 à 1953 la fonction de président de la prestigieuse Université d'Harvard. Konrad Adenaeur était alors chancelier d'Allemagne.
Le précédent autodafé européen remontait à 1933. Ce fut le grand autodafé du 10 mai 1933, à Berlin au cours duquel les nazis avaient décrété que «le livre juif et communiste, doit être détruit». Il avait été accompagné du rituel inspiré de l'Inquisition du Moyen Âge, avec parades, chants, torches et hérauts. La grandiose mise en scène ravissait toujours une population inculte et idéologiquement manipulée.
En 1980, toujours en Allemagne, une édition identique à celle qui avait subi l'infamie de la crémation sacrilège put enfin voir le jour sous son titre complet :
Secrets of the Federal Reserve, The London Connection. Le chancelier Helmut Kohl se trouvait à la tête du gouvernement de Bohn et le pouvoir d'influence et même d'intervention directe des États-Unis dans les affaires allemandes, avait sensiblement décliné depuis Adenauer.
Une édition française de cet important ouvrage existe depuis. Voici comment l'ouvrage est présenté dans le site
Questions critiques dirigé par M. Jean-François Goulon :
«LES SECRETS DE LA RÉSERVE FÉDÉRALE – Le célèbre ouvrage d'Eustace Mullins enfin traduit en français et en vente sur internet. Préface : Michel Drac ; traduction : Jean-François Goulon ; éditeur : Le retour aux sources».Je connais d'autant mieux cette édition que l'éditeur m'avait proposé la traduction, une préface et une post face. Pour des raisons personnelles, je n'avais pas pu donner suite à ce projet.
Néanmoins, soucieuse de voir le projet aboutir, j'en ai corrigé ligne par ligne la syntaxe et la grammaire de la traduction. M. Goulon, le traducteur nominal qui m'envoyait son projet chapitre par chapitre a, semble-t-il «oublié» de le mentionner... J'avais essayé d'atténuer autant que possible la gaucherie du style bien connu des traductions effectuées à partir de traducteurs automatiques, mais en réalité, il aurait fallu réécrire l'ensemble en bon français. Quant à la préface de M. Drac, c'est de l'idéologie sioniste primaire qui n'a rien à voir avec l'économie réelle. Dommage pour la qualité de l'ensemble.
L'ostracisme qui frappe l'excellent ouvrage de Mullins, pillé par ses successeurs, mais jamais cité, trouve sa cause dans le sujet traité, certes, mais envenimé par le soutien de l'auteur au poète Ezra Pound et au qualificatif ignominieux d'antisémitisme qui les frappe tous les deux. L'étude minutieuse, scientifique et honnête de Mullins porte sur les circonstances qui ont accompagné la naissance de la Réserve fédérale et l'action des banquiers, et nullement sur un quelconque complot national ou mondial de telle ou telle catégorie d'individus.
Il est dommage qu'elle fasse l'objet d'un procès d'intention, alors que personne ne songe à rejeter les œuvres de James Joyce, de Yeats ou d'Hemingway alors qu'eux aussi sont restés fidèles toute leur vie à leur ami Ezra Pound. Personne n'ose accoler à ces prix Nobel de littérature l'étiquette infamante d'«antisémite» qui est la manière contemporaine de clouer un auteur au pilori et de censurer son œuvre Ezra Pound et son combat contre l'usurocratie.
L'ouvrage de Mullins est dédicacé aux deux personnes dont la collaboration s'est révélée précieuse pour l'auteur. Outre le contenu ultra-sensible du contenu dans le pays du libéralisme, de l'argent roi et des hécatonshires triomphants de la finance nationale et internationale, ils permettent de mieux comprendre les raisons des tribulations éditoriales d'une étude pourtant si importante et si finement documentée.
Le premier dédicataire, George Stimpson, l'ami fidèle et le plus proche collaborateur de l'auteur était un intellectuel éminent, mais discret et inoffensif. C'est surtout le second dédicataire, l'écrivain et poète Ezra Pound, dont la réputation politique était sulfureuse après 1945, qui suscitait le recul horrifié des éditeurs. Mullins, en ami fidèle, le fréquenta assidûment durant l'internement de Pound comme prisonnier de guerre américain — donc prisonnier de son propre pays — dans un asile psychiatrique.
Ezra Pound fut, en effet, à l'origine de l'idée même de l'ouvrage sur la Réserve fédérale, ainsi que l'auteur le reconnaît dans sa préface. Il lui rend d'ailleurs un vibrant et chaleureux hommage. C'est lui qui incita Mullins à entreprendre ses recherches dans la bibliothèque du Congrès — démarche et recherches qu'il était interdit à l'interné d'effectuer. On apprend que Pound «subventionna» même Mullins sur les modestes ressources qu'il semble avoir conservées, afin de l'aider dans son entreprise — dix dollars par semaine — et il lui conseilla de travailler comme s'il s'agissait d'un roman policier :
«You must work on it as a detective story».
Le poète était en effet tombé dans chaudron de l'économie et de la politique dès sa naissance en 1885 puisque son père occupait un poste de haut fonctionnaire de l'hôtel de la Monnaie de l'État de l'Idaho et que son grand-père avait été un membre du Congrès. Ezra Pound considérait que les arts étaient indissociables de la politique et de l'économie et qu'ils se soutenaient et s'influençaient les uns les autres.
À vingt-trois ans, sa rencontre avec le major C.H. Douglas, le fondateur du Crédit Social déterminait d'une manière décisive son engagement politique de lutte contre le pouvoir des banquiers. Il n'est pas certain que le poète américain ait intégré les finesses et les impasses de la théorie économique que le major d'origine écossais rêvait d'appliquer au Canada mais son horreur pour une financiarisation usuraire de l'économie américaine à la suite de la privatisation de la monnaie par un groupe de banquiers internationaux a motivé son engagement politique sa vie durant.
Le major Douglas prônait, en effet, l'utopie quelque peu fumeuse de distribuer à tous de l'argent — le «crédit social» — qui serait émis par «la société», par opposition à l'argent payant actuellement émis par les banques, afin que tout le monde puisse acheter les biens et les services produits en abondance par l'entreprise capitaliste. Personne n'a jamais pu expliquer clairement comment cette «distribution» pourrait bien s'opérer.
Cette utopie, légèrement aménagée, a été reprise par l'Église catholique, notamment au Québec et en Australie. Ses limites se trouvent illustrées par l'apologue bien connu de Louis Even : L'île des naufragés qui démontre excellemment le parasitisme ravageur des banquiers, sans s'attarder sur la manière dont il conviendrait de procéder pour les remplacer.
Néanmoins, le rapprochement intellectuel avec un mouvement chrétien d'un homme que sa vie privée et le bouillonnement de sa vie intellectuelle classent parmi les «artistes maudits» et révolutionnaires, est une de ces rencontres inattendues et incongrues qu'offre la biographie d'Ezra Pound, surtout lorsqu'on connaît le mépris désabusé de son regard sur l'Église de Rome.
«Autre point dont je suis fermement convaincu, écrit-il,
c'est qu'il reste davantage de lambeaux de civilisation encore utilisables dans les lézardes, le foutoir, les interstices de ce monument baroque et poussiéreux qu'est l'Église de Rome que dans toutes les autres institutions de l'Occident».On comprend cependant que la théorie du Crédit Social ait séduit un poète qui voyait dans le pouvoir de l'argent, identifié au pouvoir des banquiers hécatonchires, et notamment des banquiers centraux de la Fed et à la corruption de la culture et de tous les arts.
Ezra Pound écrivit une série de brochures sur l'économie et la politique :
«Le Crédit Social : un choc» (1935), puis
«Une carte de visite» (1942), en 1944
«L'Or et le Travail», et
«L'Amérique, Roosevelt, et les causes de la présente guerre».
Si les poètes sont souvent d'excellents visionnaires des maux de la société, ils sont presque toujours de piètres hommes politiques et des économistes rêveurs. C'est ainsi que faisant de l'art et de la littérature d'avant-garde des phares de la civilisation, Ezra Pound, l'ami de William Carlos Williams, de T.S. Eliot, d'Hemingway, de James Joyce, de Yeats — les trois derniers futurs prix Nobel de littérature — l'inventeur bouillonnant de mouvements littéraires connus sous le nom d'imagisme et de vorticisme, le poète inspiré par le «culte d'amour» des troubadours, et par les religions à mystère de l'Antiquité, le mystique qui vénérait les enseignements de Confucius et sa religion civique, assignant à chacun un devoir social, l'amoureux du Japon, cet homme des cimes crut, ô misère, voir en Mussolini l'incarnation de l'homme politique de ses rêves, capable de procéder à la mise en place d'un nouveau système monétaire.
Pour Ezra Pound, la politique était une forme d'art. Or Mussolini qui
«avait dit à son peuple que la poésie est une nécessité de l'État» exprimait à ses yeux
«un niveau de civilisation supérieur à celui qui régnait à Londres ou à Washington». Les artistes et les dictateurs avaient en commun, disait-il, d'être
«nés pour diriger». Mais il fallait oublier les règles de la démocratie écrivait Pound dès 1914, car l'artiste possède
«assez de bon sens pour savoir que l'humanité est insupportablement stupide». L'artiste doit donc
«essayer de la diriger et de la persuader, de la sauver d'elle-même».
En 1922, il écrivait que
«les masses sont malléables» et il ajoutait que
«ce sont les arts qui forment les moules pour les modeler». C'est pourquoi, en 1935, dans son ouvrage
Jefferson et/ou Mussolini, Ezra Pound a pu écrire :
«Je ne crois pas qu'un jugement sur Mussolini puisse être valable s'il ne part pas de sa passion de bâtisseur. Traitez-le comme un ARTISTE et tous les détails trouvent leur place...». Il voyait également dans le fascisme italien
«la première attaque sérieuse contre l'usurocratie depuis l'époque de Lincoln».
Le malheur est que Mussolini ne se contenta pas d'être un «artiste» ! Ezra Pound et sa femme Dorothy s'installèrent donc en Italie en 1924 et le poète parvint, en 1933, à présenter à Mussolini, ses idées pour une réforme monétaire. On ne connaît pas l'accueil que leur réserva le Duce.
Durant la guerre, la position politique de Pound devint très inconfortable. Tout en se considérant toujours comme un patriote américain, le poète, interdit d'entrée dans sa patrie et sans moyen de subsistance, devint chroniqueur de radio en Italie et fidèle aux critiques qu'il avait toujours faites de la FED, il se livra à des attaques virulentes contre le système financier usuraire américain et contre l'administration de Roosevelt, à laquelle il reprochait son entrée en guerre après l'attaque japonaise sur Pearl Harbour.
D'abord considéré comme un opposant, Ezra Pound avait donc fini par passer du statut d'adversaire à celui de traître et d'ennemi, si bien qu'en 1943, il fut inculpé de trahison aux USA. Après l'assassinat de Mussolini par les partisans le 28 avril 1945, Ezra Pound fut capturé dans sa maison alors qu'il cherchait à se rendre et remis aux troupes américaines.
Guantanamo et son poulailler pénitentiaire tropical ne sont pas une invention récente liée à la fameuse «guerre contre le terrorisme» puisqu'en 1945 déjà, Ezra Pound fut enfermé dans une des cages de fer de la prison du camp que les Américains construisirent alors à Pise. Les conditions y étaient aussi féroces que celles actuellement pratiquées sur la base américaine de Cuba : le prisonnier, qui risquait la peine de mort pour haute trahison, était soumis sans protection à la chaleur de l'été italien sur un sol en béton dans une cage de fer éclairée a giorno toute la nuit.
Les amis du poète qui occupaient après la guerre des postes d'influence auprès du gouvernement se mobilisèrent pour essayer de le sauver. La tâche était d'autant plus ardue que l'inculpation était aiguillonnée par le président Roosevelt lui-même, le poète étant soupçonné d'être lié à un groupe d'espions communistes, l'obsession des hommes politiques de cette époque-là. La chasse aux sorcières et le maccarthysme étaient en marche.
Hemingway suggéra de plaider la folie. C'est ainsi que déclaré fou en novembre 1945, Ezra Pound fut rapatrié aux USA et «incarcéré» à St. Elizabeth, un hôpital psychiatrique pour fous criminels. Après avoir expérimenté Guantanamo en avant-première, Ezra Pound connut, pendant treize ans, l'internement psychiatrique pour des raisons politiques, c'est-à-dire les conditions d'incarcération des dissidents politiques en Union soviétique. Mais ce «fou officiel» continua à travailler à son œuvre, les Cantos, une gigantesque entreprise poético-politique, et il traduisit trois cents poèmes chinois qui furent publiés à Harvard en 1954.
«Il s'agit, écrivit l'académicien français d'origine argentine Hector Bianciotti dans Le Monde, d'un recueil de textes concernant tout ce qui a aimanté l'esprit du poète : la littérature et la musique, Confucius et Sophocle, les religions, la traduction et l'anthropologie... On tient là l'itinéraire zigzaguant du poète qui incarna, mieux peut-être que nul autre, le besoin de l'espèce de sauver sa mémoire. C'est-à-dire tout ce qui, au cours des siècles, a fait de l'homme ce perplexe animal qui pense, aime la beauté, et sait parfois la créer pour faire barrage à la souffrance».Entre temps, à partir de 1953, sa «folie» fut requalifiée en «troubles de la personnalité», mais Pound ne fut déclaré «guéri» que le 18 avril 1958 et son inculpation pour trahison fut abandonnée. Six semaines plus tard, il quittait définitivement l'Amérique pour l'Italie où il mourut le 1er novembre 1972.
L'influence d'Ezra Pound dans la première mise à nu du Système de la Réserve fédérale est capitale. L'obsession de lutter contre le système usuraire mis en place aux USA en 1913 et inventé lors du fameux séjour des «barons voleurs» dans l'île Jekyll en 1910, a traversé toute sa vie, même s'il s'est dramatiquement fourvoyé dans les engagements politiques qui étaient censés apporter une solution au problème crucial qu'il dénonçait.
Il n'en demeure pas moins vrai que le système que le poète n'a cessé de combattre sa vie durant est en train d'agoniser. La gloutonnerie des financiers s'est si bien donnée libre cours durant près d'un siècle, qu'elle a conduit l'économie mondiale au bord d'un gouffre.
3 – Le mécanisme de l'escroquerie de la Réserve fédéraleÀ l'origine, le cartel de banques appelé Réserve fédérale américaine était composé de dix principaux groupes d'actionnaires privés :
- Rothschild Banks of London and Berlin
- Lazard Brothers Bank of Paris
- Israel Moses Sieff Banks of Italy
- Warburg Bank of Hamburg and Amsterdam
- Lehman Brothers Bank of New York
- Kuhn Loeb Bank of New York
- Chase Manhattan Bank of New York
- Goldman Sachs Bank of New York
À l'intérieur de ces groupes, environ trois cents personnes en chair et en os étaient actionnaires — donc propriétaires — de ces banques. Elles se connaissaient toutes car elles étaient soit des membres directs de la famille des quelques-uns des plus gros actionnaires, soit leur étaient apparentées par alliance.
Les mêmes noms avec des prénoms différents reviennent régulièrement. De plus il existe une connexion directe entre la Banque d'Angleterre et la FED par l'intermédiaire de leurs deux principaux représentants à New York, les familles Rothschild et JP Morgan Co. Il en résultait que c'étaient finalement les établissements bancaires de Londres qui contrôlaient les banques de la Réserve fédérale et constituaient ce que le poète Ezra Pound appelait la London Connexion.
La dénomination Federal Reserve elle-même est déjà une escroquerie, car ce cartel de banques privées n'a rien de «fédéral», au sens qu'il serait l'expression de l'État central et donc la propriété collective, publique et inaliénable du peuple étasunien. En fait de «fédération» la Réserve fédérale américaine fédère — c'est-à-dire réunit dans un même «système» — 12 banques commerciales privées ayant chacune un rayon d'action géographique défini :
Nous avons ainsi, dans l'ordre d'importance du chiffre d'affaires réalisé par chacune de ces
banques :
- La Federal Reserve Bank de New-York
- La Federal Reserve Bank de San Francisco (qui couvre les 7 états de l'Ouest + Hawaï et l'Alaska)
- La Federal Reserve Bank de Chicago
- La Federal Reserve Bank de Richmond
- La Federal Reserve Bank d'Atlanta
- La Federal Reserve Bank de Boston
- La Federal Reserve Bank de Dallas
- La Federal Reserve Bank de Cleveland
- La Federal Reserve Bank de Philadelphie
- La Federal Reserve Bank de Kansas City
- La Federal Reserve Bank de Saint-Louis
- La Federal Reserve Bank de Minneapolis
Le véritable pouvoir est exercé par le Conseil des Gouverneurs choisi par les directeurs des douze banques de la Réserve fédérale et qui, dans le plan de Warburg ne devaient pas être connus du public. Cela signifie que le contrôle du Congrès sur la FED est, en réalité, cosmétique.
Comme la Federal Reserve Bank of New-York représente 40% de l'ensemble des actifs des 12 banques régionales, qu'elle a réussi à convaincre ou à contraindre une cinquantaine d'États, ainsi que quelques organismes internationaux et de richissimes particuliers de lui confier la garde de leur or, le dépôt était évalué à 10 000 tonnes environ à la fin de 2006.
Des mouvements étranges de semi-remorques remplis de lingots dans les sous-sols du World Trade Center avaient été signalés avant la destruction des tours. Un semi-remorque plein de lingots et qui n'aurait pas eu le temps d'être évacué, aurait été retrouvé coincé dans un tunnel de sortie. De manière surprenante, des faits aussi singuliers ne semblent pas avoir éveillé la curiosité des enquêteurs officiels et des innombrables Sherlock Holmes privés qui s'étaient intéressés aux anomalies des effondrements des Twin Towers.
Quant au mot «réserve», il signifie tout simplement que chaque fois que l'État ou une autre banque privée «achète» des dollars, ceux-ci sont comptabilisés sur un compte dit «de réserve». Sous cette langue de bois bureaucratique se cachent tout simplement les colonnes des dettes sur lesquelles les banquiers calculent leur pourcentage. Plus les États s'endettent, plus les banquiers s'enrichissent.
Le principe de l'escroquerie mise en place est d'une simplicité biblique. Mais son mécanisme est assez machiavélique pour que le commun des mortels n'en ait pas conscience. On comprend qu'il ait fallu neuf journées à des professionnels de la finance pour mettre au point tous ses rouages.
Pour faire simple et utiliser une métaphore, je dirai que c'est une fusée à trois étages.
A – Premier étage : Alors que le rôle normal d'une banque centrale est d'être un service public qui imprime et met gratuitement à la disposition de l'administration de son pays la monnaie papier et la monnaie fiduciaire ou électronique nécessaires au bon fonctionnement de l'État et de l'économie, dans le système privé imaginé durant le séjour de l'île Jekyll, le cartel des banquiers qui composent la FED s'est substitué à un droit régalien et s'est arrogé le pouvoir de battre monnaie et de vendre cette monnaie à l'État moyennant l'augmentation d'un certain pourcentage.
L'intérêt payé aux banquiers est le montant de la redevance ou tribut que la nation verse aux banquiers qui impriment les billets. Ces banquiers, réunis dans le «Board of Governors of the Federal Reserve System» fixent le taux auquel ils vendent les billets. Plus le taux est élevé, plus ils s'enrichissent.
Les noms donnés à ce type d'opération varient : tantôt on l'appelle une monnaie-dette, tantôt un emprunt. Mais comme cet emprunt est assorti d'un intérêt, et même d'un intérêt composé, il en résulte que les citoyens qui enrichissent les banquiers leur versent annuellement un tribut sous la forme d'une proportion de leurs impôts, appelée intérêt de la dette, en réalité, prix d'achat par le peuple de l'argent qu'impriment gratuitement ses banquiers. Le profit annuel est phénoménal et se chiffre en milliards.
C'est ce système-là qui révoltait Ezra Pound et qu'il appelait la
«financiarisation usuraire de l'économie américaine».
B – Mais le deuxième étage de l'escroquerie est encore plus extraordinaire. Le numéraire que les banquiers «prêtent» n'existe nulle part : il s'agit d'une simple ligne d'écriture quand la monnaie est dite fiduciaire, et de quelques piles de papier imprimé quand il s'agit de dollars matérialisés. La FED vend un bien qu'elle ne possède pas, puisqu'aucun argent réel n'a été prêté. Le dollar est donc un simple titre de paiement des banquiers privés de la Réserve fédérale.
Le plus pervers et le plus paradoxal de cette situation, est que, depuis que ce titre de paiement n'est plus relié à la valeur des réserves d'or — depuis le 15 août 1971 — son statut de monnaie n'est nullement fourni par des garanties qu'offrirait l'émetteur — la Fed — mais uniquement par le prestige de l'emprunteur — le gouvernement américain.
Les banquiers ont donc besoin du prestige de l'État picrocholien pour asseoir la crédibilité de leur monnaie. C'est pourquoi, étant en compte à demi avec lui, ils ferment les yeux sur
l'augmentation exponentielle de son endettement et soutiennent le gouvernement en lui apportant les liasses nécessaires au financement de ses guerres destinées à terroriser les récalcitrants et donc nécessaires à son prestige, ainsi qu'à la construction et l'entretien d'un millier de garnisons éparpillées sur tout le globe terrestre.
Quant à l'État, ayant réussi à imposer le dollar comme monnaie de réserve et comme monnaie obligatoire pour l'achat et la vente de pétrole, il ne s'inquiète pas vraiment du montant du déficit financé par la planche à billets. On avance le chiffre de 44 000 milliards, mais c'est probablement davantage. Grâce au privilège accordé au dollar «le reste du monde» s'appauvrit, puisqu'il voit régulièrement diminuer la valeur des dollars qu'il possède comme monnaie de réserve et dans le même temps, il subventionne l'économie américaine.
C'est donc la puissance politique et militaire de l'État picrocholien qui constitue le gage de la crédibilité de la monnaie des banquiers. Conclusion : le dollar, monnaie privée des banquiers, est une monnaie politique gagée sur le zéphyr de la confiance que le monde accorde à l'emprunteur.
C – Troisième étage : L'apparent rééquilibrage des rapports de force entre les deux partenaires — l'État américain et les banquiers internationaux, dans un marché qui semble gagnant-gagnant — ne doit pas cacher que le troisième étage de la fusée de l'escroquerie monétaire mondiale est celui qui permet aux financiers de rafler seuls la mise.
Si, à l'origine, le titre de paiement émis par les banquiers est une simple variante d'une fausse monnaie ou d'un argent sale, le paiement des intérêts qui alimente automatiquement, en retour, le flot ininterrompu des bénéfices que produit l'argent gratuitement fabriqué, devient miraculeusement virginal après son détour dans l'économie réelle. Il est du bon et honnête argent, de l'argent réel, l'argent des impôts, donc le fruit du travail des citoyens. En conséquence, ce sont les citoyens qui entretiennent les banquiers.
En conclusion, les banquiers livrent un argent fictif et reçoivent l'argent réel des impôts fourni par l'activité économique. Les alchimistes du Moyen-Âge avaient besoin de plomb pour produire de l'or, les alchimistes de la FED sont beaucoup plus forts. Pour produire de la richesse, il leur suffit de pianoter sur le clavier de leurs ordinateurs.
Un enrichissement phénoménal des banquiers à partir de rien, à partir du néant, en résulte. Il faut reconnaître qu'il s'agit d'un montage particulièrement astucieux et qui méritait bien l'acharnement des chasseurs de canards de l'île Jekyll afin d'en peaufiner le mécanisme. Il a d'ailleurs donné entière satisfaction aux heureux prestidigitateurs qui depuis près d'un siècle plument joyeusement les palmipèdes que sont les citoyens américains, ainsi que nous tous, les citoyens du monde entier. Ils plument aussi les pays pauvres grâce à l'exportation de ce mécanisme et à son application au FMI (Fonds monétaire international), à la Banque mondiale et à tous les mécanismes bancaires censés «aider» les pays émergents, alors qu'en réalité, ils les ruinent.
D'ailleurs ce mécanisme est si mirobolant qu'il a été imité non seulement par les autres banques centrales, mais par les banques privées du monde entier. C'est le système bancaire tout entier qui fonctionne comme une gigantesque pompe à finances aspirante, parasitaire de l'économie réelle, structurellement génératrice d'inflation et d'appauvrissement des sociétés civiles, mais pourvoyeuse de vertigineuses richesses au profit des banquiers. De plus, il contraint les sociétés à une éreintante course à la croissance afin de pouvoir au moins compenser le montant du tribut payé aux financiers.
Les cent, les mille, les dix mille mains des banquiers hécatonshires auront-elles la force de triompher, une fois de plus, du principe de réalité ? La démesure du casino boursier mondial vient de montrer ses limites. Des optimistes invétérés pensent que «le gros de la crise est passé» pendant que les pessimistes attendent l'apocalypse.
Regrets exprimés par le président Wilson dans son message d'adieu (1921). Il a constaté qu'il avait livré la nation à des intérêts privés qui avaient tué la liberté et l'indépendance du gouvernement légal des États-Unis. Une lucidité tardive d'un président qui n'avait pas compris qu'il travaillait à l'appropriation du pays par un consortium de banquiers internationaux liés entre eux par des liens familiaux.
«Une grande nation industrielle est contrôlée par son système de crédit. Notre système de crédit est privatisé et concentré. Par conséquent, toutes nos activités sont entre les mains de 14 quelques hommes qui, même si leurs actions sont honnêtes et tournées vers l'intérêt public, sont nécessairement concentrées sur les grandes entreprises dans lesquelles leur propre argent est investi et qui, par la force des choses, gèlent, freinent ou détruisent une réelle liberté économique».«Nous avons limité le crédit, nous avons limité les possibilités, nous avons contrôlé le développement, et nous sommes devenus l'État le plus mal dirigé, l'un des plus complètement contrôlé et dominé du monde civilisé — il n'y a plus de gouvernement libre, plus de gouvernement ayant son propre programme et issu d'un vote de la majorité, mais un gouvernement représentant l'opinion et les directives de petits groupes dominants».«S'il existe dans ce grand pays des hommes assez puissants pour devenir les maîtres du gouvernement des États-Unis, ils deviendront les propriétaires de la nation. Le destin du système monétaire fondé sur la dette et la cupidité des banquiers est écrit».4 – Piano, piano, les banquiers prennent possession de la planète
L'étalon or, petit rappelPersonne n'ignore que dans les échanges entre États, la monnaie est le fléau de la balance qui permet d'assurer l'équilibre entre ce qu'on vend et ce qu'on achète. Les deux plateaux de la balance représentent donc des richesses réelles et reposent sur des productions concrètes.
Mais pour que ce «juge de paix» soit convaincant, il a fallu trouver un intermédiaire aussi «impartial» et «fiable» que possible. Un métal précieux et inaltérable — l'OR — s'imposa tacitement durant des décennies afin de remplir ce rôle. Cette première mondialisation financière qui dura une centaine d'années et prit fin avec la guerre de 1914, peut être appelée l'ère de l'étalon-or. Durant cette période les pièces de métal précieux or et argent — furent progressivement remplacées par une monnaie fiduciaire. En effet, la quantité de métal précieux se révéla rapidement insuffisante et les banques centrales furent autorisées à émettre en papier-monnaie environ 10 fois le montant de la valeur de leurs réserves en or. Cependant, un prix fixe de l'once d'or garantissait la stabilité de chaque monnaie par rapport à cet étalon.
Ce système n'était le fruit ni d'une «conférence», ni d'un «accord international» laborieusement négocié. Il résultait de la sagesse d'expériences séculaires qui s'étaient progressivement établies depuis qu'il existait des échanges internationaux et il fut tacitement accepté par le monde économico-financier pendant un siècle. Sa stabilité permit le spectaculaire développement industriel du XIXe siècle sur tous les continents.
La guerre de 1914-1918 et le premier cataclysme monétaireLe président Abraham Lincoln aurait eu en son temps ces paroles prémonitoires :
«Je vois dans un proche avenir se préparer une crise qui me fait trembler pour la sécurité de mon pays. [...] Le pouvoir de l'argent essaiera de prolonger son règne jusqu'à ce que toute la richesse soit concentrée entre quelques mains». (Letter from Lincoln to Col. Wm. F. Elkins, Nov. 21, 1864).
Le président Abraham Garfield, avait lui aussi été assassiné le 2 juillet 1881 après avoir fait une déclaration sur les problèmes de la monnaie.
«Whoever controls the volume of money in our country is absolute master of all industry and commerce... and when you realize that the entire system is very easily controlled, one way or another, by a few powerful men at the top, you will not have to be told how periods of inflation and depression originate». (President James A. Garfield, 1881). («Celui qui contrôle le volume de l'argent de notre pays est le maître absolu de toute notre industrie et de tout notre commerce... Et quand vous réalisez que la totalité du système est aisément contrôlable, d'une manière ou d'une autre, par quelques individus puissants à sa tête, vous n'avez plus à vous à interroger sur l'origine des périodes d'inflation et de dépression».)
La première guerre mondiale fit exploser l'équilibre monétaire qui reposait sur l'étalon or. Elle fut financée par des emprunts émis par les belligérants des deux camps — donc aussi bien par les alliés du Reich que par ceux de la France et des Anglo-Saxons. Elle consacra un dérapage de la discipline monétaire qui n'a fait que s'accentuer depuis lors.
L'effort de guerre financé par du papier monnaie non gagé sur les réserves en or fut le premier grand cataclysme monétaire. Il eut deux conséquences immédiates calamiteuses : la première fut une dévaluation spectaculaire des monnaies et la seconde celle de permettre à la guerre de se traîner durant quatre interminables années et de saigner l'Europe à blanc par les millions de morts qu'elle provoqua. Elle entraîna un affaiblissement démographique et économique irréparables dont l'Europe ne s'est jamais relevée.
En effet, les guerres du XIXe siècle ne pouvaient durer plus longtemps que ne le permettait le financement réel — c'est-à-dire en monnaie couverte par l'équivalent or — des dépenses militaires. C'est pourquoi, elles s'arrêtaient en général au bout de quelques semaines ou de quelques mois.
Apothéose des usuriersAprès avoir bafoué la Constitution américaine signée à Philadelphie en 1787 qui stipule en son article 1, section 8, § 5, que
«c'est au Congrès qu'appartiendra le droit de frapper l'argent et d'en régler la valeur» et qui permit que ce droit régalien qui fonde la souveraineté d'une nation soit dévolu aux filiales un consortium de financiers privés, incrustés depuis plusieurs siècles en Angleterre, les États-Unis sont devenus, après la fin de la première guerre, les modèles économiques du reste de la planète. Cette situation s'est encore aggravée après la fin de la seconde guerre mondiale, qui a transformé l'Europe en un véritable satellite politique, économique et financier de l'Amérique, que sa soumission volontaire contraint de subir les conséquences des turpitudes des financiers américains et des crises que provoque leur voracité.
C'est pourquoi il est important d'analyser les mécanismes par lesquels le système usuraire créé le 23 décembre 1913 a volontairement généré des crises qui ont appauvri les nations, tout en enrichissant une poignée de banquiers, et de comprendre comment ce mécanisme, localisé à l'origine dans la sphère anglo-saxonne, est devenu une pompe aspirante de la richesse mondiale.
«En politique, rien n'arrive par hasard. Chaque fois qu'un événement survient, on peut être certain qu'il avait été prévu pour se dérouler ainsi», écrivait le président Franklin Delano Roosevelt. La création de la Réserve fédérale — qui ne «fédérait», entre elles que les banques régionales qui la composent et que les banquiers ont essaimées, pour des raisons de commodité et d'efficacité sur l'ensemble du territoire de la «nation indispensable» — signait le retour en majesté des «changeurs du Temple» et celle de l'érection en grande pompe d'un troisième temple, à la gloire de la finance internationale et apatride.
Le 23 décembre 1913 marquait la renaissance, sous sa forme modernisée, de l'activité à la fois frauduleuse et officielle, des vendeurs des demi-shekels dans le temple de Jérusalem qui, après un siècle entier de mensonges, de manœuvres et de corruptions divers sont parvenus à accoucher du monstre dévoreur des richesses de la planète et même à faire oublier leurs turpitudes et à devenir des personnages puissants et respectés.
Mécanismes par lesquels les nouveaux «changeurs du temple» pillent la richesse des nationsL'objectif claironné lors de la création de la FED était de stabiliser l'économie et de mettre fin aux crises en série qui avaient émaillé la fin du XIXe siècle. Il faut savoir qu'à l'époque, quatre types de coupures étaient en circulation :
Les billets, appelés Legal Tender Notes ou United State Notes (UNS), étaient imprimés depuis le Legal Tender Act de 1862 d'Abraham Lincol, par le département du Trésor des Etats-Unis. Ils cohabitaient avec des «Certificats» qui «certifiaient» la convertibilité en or ou en argent de la valeur faciale inscrite sur le billet. Les Gold and Silver Certificate étaient «Payable to the Bearer on demand — Payable au Porteur à sa demande» en or ou en argent métal.
À partir de 1914 et surtout de 1916, la FED commença à imprimer son propre papier monnaie, les Federal Reserve Notes (FNS), qui deviendront le dollar américain que nous connaissons aujourd'hui. Cette variété de billets en circulation fut pain bénit pour nos modernes «changeurs du temple» installés dorénavant au cœur de l'État. Leur objectif était évidemment d'imposer leur propre monnaie — simple reçu de dette — et d'éliminer les vestiges de l'indépendance de l'État.
Dès le lendemain de sa création, les banquiers de la FED mirent leurs pieds dans les pas des barons voleurs des crises monétaires antérieures. Entre 1916 et 1920, l'institution imprima des montagnes de sa propre monnaie, présentant ses Federal Reserve Notes (FNS) comme équivalents aux United State Notes (UNS) ce qui lui permit de doubler la masse monétaire en circulation. Les deux monnaies semblant interchangeables, de nombreux détenteurs candides et sensibles à la propagande qui vantait la commodité d'utilisation de la nouvelle monnaie, se dessaisirent également de leurs certificats garantis par l'or ou l'argent pour un papier garanti par rien, permettant aux banquiers de se faire rembourser en or à bon compte auprès du Trésor.
La FED en profita pour inonder le marché de liquidités de son propre papier imprimé et d'offres de prêt à des taux si attractifs que de nombreux artisans et moult catégories désireuses de se lancer dans les affaires se ruèrent sur l'occasion. Après l'afflux, le reflux. Sous prétexte de «surchauffe» et conformément au fonctionnement de l'accordéon, une brusque compression fut imposée en 1920, ainsi qu'un brutal appel au remboursement des prêts. Les motifs, comme toujours, semblaient parfaitement rationnels : il fallait bien lutter, n'est-ce pas, contre l'inflation, même si celle-ci était précisément provoquée par la générosité calculée dont avaient fait preuve ces mêmes honorables banquiers.
Une banqueroute de cinq mille quatre cents (5400) banques privées s'ensuivit, qui provoqua également la ruine des emprunteurs, contraints de rembourser sur le champ. De nombreux débiteurs aliénèrent leurs «certificats» — opération particulièrement rentable pour la FED, qui vit l'or et l'argent de l'État migrer dans les coffres de la City via ses filiales américaines.
Le bouquet final fut offert par le Congrès qui, en 1920, vota le «Independant Treasury Act of 1920», une décision qui, en fait «d'indépendance» aliénait le «Treasury Department of the United States government», c'est-à-dire la trésorerie américaine gouvernementale au profit du consortium privé des banques actionnaires de la FED.
Actuellement, les propriétaires de la FED (Federal Reserve Bank) sont :
- Rothschild Banks of London and Berlin
- Lazard Brothers Bank of Paris
- Israel Moses Sieff Banks of Italy
- Warburg Bank of Hamburg and Amsterdam
- Kuhn Loeb Bank of New York
- Chase Manhattan Bank of New York
- Goldman Sachs Bank of New York
5 – Fin de la première guerre mondiale et Conférence de Gènes (1922)Des vertigineuses «réparations de guerre» furent imposées à l'Allemagne vaincue qui aboutirent à une non moins vertigineuse inflation et instaurèrent la misère et le chaos dans un pays qui avait été un des plus prospères du monde au XIXe siècle. Qui plus est, elles amenèrent au pouvoir un Hitler au départ résolu à redresser un pays qui partait à vau-l'eau. Le système monétaire en a subi les plus violents contrecoups.
Une conférence internationale qui se tint à Gênes en 1922 essaya de remettre de l'ordre dans la chienlit et tenta de rétablir l'étalon-or. Mais les anglo-saxons étaient déjà assez puissants pour imposer également leurs propres monnaies — le dollar et la livre sterling — comme monnaies de réserve. Un relâchement monétaire et une inflation galopantes aboutirent au crash de 1929 et à la perte de la valeur des monnaies. Ainsi, le dollar d'aujourd'hui ne vaut même pas 1% de sa valeur d'avant 1914.
«Monsieur le président, nous avons dans ce pays une des institutions les plus corrompues qui ait jamais existé dans le monde. Je fais référence au Conseil de la Réserve fédérale et aux banques de la Réserve fédérale. [...] Cette institution diabolique a appauvri et ruiné le peuple des États-Unis ; s'est elle-même mise en banqueroute, et a pratiquement mis en banqueroute notre gouvernement. Elle a fait ceci grâce aux défauts de la loi sous laquelle elle opère, grâce à la mauvaise administration de cette loi par le Conseil de la Réserve fédérale et grâce aux les pratiques de corruption des vautours qui la contrôlent.Ce qu'il nous faut ici est un retour à la Constitution des États-Unis. Il nous faut un divorce complet de la Banque et de l'État. La vieille lutte qui fut menée ici à l'époque de Jackson doit être à nouveau menée. [...] L'Acte de la Réserve fédérale doit être abrogé et les Banques de la Réserve fédérale, ayant violé leurs chartes, doivent être immédiatement liquidées. De déloyaux fonctionnaires du gouvernement qui ont violé leurs serments doivent être mis en accusation et conduits au tribunal. Si nous ne le faisons pas, je prédis que le peuple américain, outragé, volé, pillé, insulté et trahi comme il l'est dans son propre pays, se mettra en colère et enverra ici un président qui expulsera les manipulateurs de la monnaie hors du temple».Discours de Louis T. McFadden Le 23 mai 1933, devant la Chambre des ReprésentantsUne fois de plus, la mystérieuse calamité qui s'abat sur les contestataires des usuriers a frappé. Le député Louis McFadden a échappé à plusieurs tentatives de meurtre : à deux reprises, un tireur le rata et il survécut une première fois à une tentative d'empoisonnement au cours d'un banquet. La deuxième tentative semble avoir été la bonne, mais sa mort est officiellement attribuée à une crise cardiaque. Il est mort trois ans seulement après son célèbre discours.
Un des rares hommes politiques de l'époque à avoir compris toute la perversité du système Charles A.Lindberg (le père du célèbre aviateur). Il déclara :
«Cette loi établit le plus gigantesque trust sur terre. Lorsque le président (Wilson) signera ce projet de loi, le gouvernement invisible du Pouvoir Monétaire sera légalisé... le pire crime législatif de tous les temps est perpétré par cette loi sur la banque et le numéraire».
Un lien organique assez lâche était cependant maintenu avec le pouvoir politique : la nomination par le président des États-Unis des sept membres placés à la tête du consortium des banques composant la FED — et confirmés quasi automatiquement par le Sénat — ainsi que par des dépositions de son gouverneur devant les Commissions monétaires du Congrès. Mais chacune des banques privées qui composaient l'ensemble gérait ses affaires à sa guise. Un des promoteurs de cette funeste décision, Salmon P. Chase, Secrétaire du Trésor sous Lincoln, comprit trop tard les conséquences calamiteuses pour le pays — et aujourd'hui pour le monde — qui découlent de cette loi des Banques Nationales :
«Ma contribution au passage de la loi des Banques Nationales fut la plus erreur financière de ma vie. Cette loi a établi un monopole qui affecte chaque intérêt du pays. Cette loi doit être révoquée, mais avant que cela puisse être accompli, le peuple devra se ranger d'un côté, et les banques de l'autre, dans une lutte telle que nous n'avons jamais vue dans grande ce pays».
Rien de tel ne se produisit et le système perdure jusqu'à nos jours, ce qui fait que le dollar est toujours la monnaie privée d'un cartel de banques d'affaires qui la gèrent en fonction de leurs intérêts, c'est-à-dire du système capitaliste dont elles sont les représentantes et les bénéficiaires et pas du tout en fonction des intérêts de l'État où elles opèrent et de ses citoyens — et aujourd'hui du monde entier.
Mais ce n'était-là qu'un hors-d'œuvre et une mise en bouche avant le grand exploit de 1929. En dix ans, deux crises, celle de 1920 et surtout celle de 1929, avaient dévasté les marchés boursiers intérieurs et provoqué une catastrophe mondiale. Le mécanisme était chaque fois d'une simplicité enfantine.
En 1921, afin de lutter contre la récession qui menaçait à la suite de la crise qu'elle avait provoquée en 1920, la FED ouvrit donc de nouveau les vannes des facilités monétaires, si bien qu'entre 1921 et 1929, non seulement la masse monétaire fut augmentée de 62%, mais un emprunt de bourse spécifique, appelé «margin loan» («prêt marginal») était destiné à doper la bourse, donc, pensait-on, l'économie. Ce prêt offrait des conditions si phénoménalement attrayantes qu'il provoqua une ruée des demandeurs : il suffisait de payer 10% du prix d'une action pour en être le propriétaire nominal, le créancier, en général la banque, avançant les 90% restants.
Les boursicoteurs se multiplièrent comme champignons après la pluie. Les indices montèrent jusqu'au ciel, ou presque. De 1925 à 1929, la hausse des cours de Bourse fut de 215%. Cette période est aujourd'hui appelée «The Roaring Twenties», c'est-à-dire une décennie particulièrement prospère.
Il serait abusif de prétendre de traiter en quelques mots le krach boursier de 1929 et l'enchaînement des catastrophes qu'il engendra. Mais il est certain que ce déraillement économico-financier est la conséquence directe d'une politique chaotique de la Réserve fédérale, qui s'était traduite par une politique monétaire accommodante et laxiste, ainsi que par la création d'un système d'emprunts si facilement accordés que l'indice boursier, le Dow Jones des valeurs industrielles a été multiplié par cinq durant la deuxième moitié des années vingt.
Si l'on y ajoute un appel à des remboursements de prêts immédiatement exigibles par un établissement bancaire de New York, qui contraignit d'innombrables détenteurs à vendre leurs actions en catastrophe, auxquels il faut ajouter les initiés qui s'étaient empressés de vendre au plus haut, la chute brutale de l'indice, la panique et le krach étaient inévitablement au bout de l'opération.
Des biographies de John-Pierpont Morgan, de Joseph Kennedy — le père du président — de John Davison Rockefeller et de Bernard Baruch indiquent que ces honorables industriels et banquiers ont réussi à vendre tous leurs titres et à convertir leur fortune en or juste avant le krach de 1929. Une légende rapporte que Joseph P. Kennedy avait décidé de vendre son considérable portefeuille d'actions pour avoir obtenu un tuyau de la part... d'un cireur de chaussures. Grâce à cette information pour le moins miraculeuse, la fortune des Kennedy est passée de 4 millions de dollars en 1929 à 100 millions de dollars en 1935.
La catastrophe politique que fut la première guerre mondiale eut, entre autres conséquences politiques néfastes, celle de permettre à une nation excentrée et provinciale, appelée les États-
Unis d'Amérique ou Picrocholand de débarquer en Europe alors que son expansion et son hubris impériales s'étaient jusqu'alors cantonnées à son immédiat environnement. L'empire militaro-financier pointait le bout de son nez.
6 – Bretton-Woods en 1944 et le dollar présent en majestéLa fin de la seconde guerre mondiale marqua le début d'une ère monétaire nouvelle avec l'apothéose de la puissance politique et économique d'un pays que la guerre n'avait pas atteint et qui s'était enrichi grâce aux ventes d'armes. Tout en manifestant les apparences d'une démocratie bénévolante, il avait déjà entrepris de cimenter une grande partie des murailles de la forteresse de l'empire avec des billets verts, des missiles et des centaines de bases réparties sur l'ensemble de la planète.
En effet, forts de leur victoire auto-proclamée sur les nazis et minimisant l'action décisive des armées de l'Union soviétique sur le front de l'Est malgré les éclatantes victoires de Koursk et de Stalingrad, et face à une Europe exsangue, les USA imposèrent en juin 1944, à Bretton-
Woods dans le New-Hampshire, la reconstruction du système capitaliste mondial, mais uniquement fondé sur leur propre richesse industrielle et financière. Ils ressuscitèrent le système de l'étalon-or mais en y adjoignant cette fois le seul dollar comme monnaie de réserve, l'Angleterre et la livre sterling étant sorties moribondes de la guerre.
Il faut dire que la guerre de 1940 fut une considérable source d'enrichissement pour les USA : pendant toute la durée des hostilités, c'est en or qu'ils exigeaient le paiement des armes qu'ils vendaient aux belligérants. Ils en profitèrent, à la fin du conflit, pour mettre la main sur tout l'or des banques allemandes, à titre, une nouvelle fois, de «réparations de guerre». Autrement dit, une masse de 30 000 tonnes d'or récupérés en Europe fut purement et simplement considérée comme un butin de guerre.
L'or de l'Allemagne et celui que la FED possédait déjà ont donc servi de couverture au dollar et ont largement contribué à sa valorisation et à sa consolidation comme monnaie de réserve, bien qu'il soit toujours demeuré la monnaie privée des banquiers possesseurs de la FED. Bretton-Woods marque le début du règne du Roi-Dollar qui dura sans partage jusqu'à la fin des années 1960. Ce fut néanmoins une naissance prudente. En effet, il existait encore quelques garde-fous. Ainsi la valeur du dollar était définie par rapport à l'or : elle était 35 $ pour une once d'or, ce qui garantissait une stabilité et une certaine équité dans les échanges commerciaux.
De plus, les USA jouissaient alors d'une suprématie industrielle immense et possédaient à Fort Knox les plus grosses réserves d'or — 80% de l'or de la planète. De plus, leur balance commerciale était largement excédentaire et représentait 40% de la production mondiale. Le monde entier, en pleine reconstruction, achetait force biens et services américains et les dollars étaient ainsi rapatriés en grande partie. Ce système fonctionnait donc sur une suprématie monétaire et économique incontestées de Picrocholand.
À cette époque, la réserve d'or de la FED couvrait encore à peu près les sommes que les banques centrales du «Rest of the World» pouvaient réclamer. Mais la domination économique américaine a diminué progressivement du fait que les pays européens et le Japon s'étant redressés n'avaient plus importé autant de produits manufacturés du Nouveau Monde.
Comme les appétits intérieurs de l'empire s'étaient aiguisés en même temps que ceux des financiers, il fallut, afin de satisfaire les uns et les autres, faire fonctionner de plus en plus intensivement la planche à billets — métaphore qui désigne la création de monnaie par les banques sous forme de crédits divers aux particuliers et aux entreprises. Les dettes des particuliers, ajoutées à celles de l'État sous forme de dépassements budgétaires ont alors considérablement augmenté la masse de dollars en circulation.
Mais en 1965, le général de Gaulle put encore exiger le remboursement en or d'une dette de 300 millions de dollars. Cinq ans plus tard, au moment de la guerre du Vietnam, la couverture or n'était plus que de 55% et elle est tombée à 22% un an plus tard en 1971. La dernière date officielle de la couverture or aux États-Unis est le 15 août 1971. Le «Nixon Shock» a mis fin de facto au système de Bretton Woods établi en 1944.
Or, en 1971 Picrocholand avait dépensé 500 milliards de dollars dans son effort de guerre au Vietnam alors que la FED ne possédait plus qu'une faible réserve de 30 milliards de dollars en or.
Aujourd'hui, personne ne connaît la quantité d'or stockée en principe à Fort Knox... Le dollar flottant et la mise en place de l'escroquerie monétaire du millénaire par un empire devenu une puissance militaire De nombreux citoyens du Rest of the World (Reste du Monde), emboîtèrent le pas au général de Gaulle et des demandes en provenance de diverses banques centrales étrangères provoquèrent un vent de panique si bien que le 15 août 1971, acculé, le président en exercice de l'empire pirocholien, Richard Nixon, fut contraint de demander à la FED de prendre une décision en forme de coup de poker : abandonner purement et simplement la convertibilité du dollar en or.
N'ayant plus les moyens de racheter ses billets, la FED, en accord avec le pouvoir exécutif de l'empire, décida que le cours du dollar flotterait au gré de l'offre et de la demande. Cette décision signifiait :
1° – Que le dollar n'avait plus de couverture-or.
2° – Qu'il avait également perdu la garantie de l'État tout en demeurant la seule monnaie de réserve de l'État picrocholien et du reste du monde.
3° – Que l'or ayant perdu son statut de garantie, donc de monnaie de réserve, devenait une matière première ordinaire à l'égal du cuivre ou du plomb.
Ce fut le premier gigantesque coup de force d'un Picrocholand militaire, un véritable coup d'État monétaire et un coup de pied dans la fourmilière de l'économie mondiale. Il marque l'entrée d'un Picrocholand belliqueux dans l'ère ouvertement assumée d'un empire militaire. L'interprétation élastique de la Constitution et le mépris pour les règles du droit international remplacé par des «règles» fluctuantes au gré des intérêts du pays, exterritorialité de la justice.
Extorsions, menaces, coercition, grossiers mensonges et manipulations médiatiques de l'opinion intérieure et des opinions mondiales à la source de déclenchements de guerres dévastatrices.
Afin de justifier l'attaque contre le Vietnam du Nord, Picrochole inventa une attaque, de la flotte américaine dans la baie du Tonkin. Ce fut la première manifestation spectaculaire d'un mépris pour le Reste du monde, pudiquement appelée unilatéralisme, qui allait croître et embellir au fil du temps. En effet, les États-Unis avaient décidé tout seuls, et en fonction des aléas de leur politique militaire et des contraintes économiques qu'elles leur imposaient, de changer les règles du jeu monétaire international. Le dollar, détaché d'une valeur-or stable, devint une monnaie dite flottante, c'est-à-dire à la valeur variable au gré de la demande.
Du coup, tous les biens produits par le Rest of the World et destinés à l'exportation, donc libellés en dollars, devenaient, eux aussi, des bouchons flottants. Depuis 1971, il n'existe plus de système monétaire international officiel. En effet, la décision unilatérale de l'empire entraîna ipso facto la perte de valeur de toutes les monnaies du monde puisque les deux étalons monétaires sur lesquels elles étaient fondées s'étaient écroulés. Toutes les monnaies se sont donc mises à flotter, elles aussi. N'ayant plus, à l'instar du dollar, aucune valeur par elles-mêmes, elles sont devenues des moyens de paiement en forme de papier imprimé légal.
En conséquence, l'économie mondiale devenait un bateau sans pilote ni gouvernail et, pour continuer de filer la métaphore maritime, la hauteur des vagues sur lesquelles voguait l'économie mondiale dépendait de l'humeur des financiers et des aléas de la politique du seul État émetteur de dollars.
Cette décision impériale présentait néanmoins un immense avantage aux yeux des financiers de l'empire : sans effet désagréable sur leur propre économie, elle mettait, en revanche, toutes les autres économies mondiales à leur merci. Problème : comment faire avaler cette décision léonine au «Rest of the Wold» ?
Vérification de la démonstration d'Etienne de la Boétie sur la servitude volontaireCe grand esprit dirait aujourd'hui que l'Amérique n'est puissante que parce que nous sommes à genoux. Bien plus que sur des courbes et des équations mathématiques, l'économie repose sur la psychologie des peuples et des États. L'étalon or-dollar supposait une vertu et une rigueur économiques séraphiques et surhumaines de la part de l'État dont la monnaie-papier devenait l'équivalent de la référence-or et qui se trouvait donc être à la fois juge et partie dans la compétition économique.
Quant aux États utilisateurs du dollar-étalon, ils devaient soit manifester une allégeance aveugle à l'empire et accepter une soumission passive à ses décisions, soit croire en l'existence d'un État à la vertu miraculeuse qui n'aurait jamais la moindre tentation de créer fictivement de la monnaie et d'arrondir ses fins de mois en achetant au Reste du Monde beaucoup plus de marchandises et d'équipements divers que ce qu'il aurait pu le faire grâce à la richesse réelle produite par son économie propre.
Mais l'histoire révèle que rien n'est plus facile à imposer qu'un miracle, comme le prouvent les dogmes des diverses religions de la planète. Et le miracle, somme toute modeste par rapport à ceux véhiculés par les croyances que l'empire a réussi à répandre, fut la croyance en sa vertu, en son honnêteté et en son désir d'agir pour le bien de l'humanité. De plus l'irrationalité de ce qu'on appelle «les marchés financiers» n'est plus à démontrer, surtout lorsqu'on leur présente l'appât de bénéfices immédiats.
Avec le dollar flottant et l'exterritorialité des «règles», Picrocholand pouvait imposer des «sanctions» et exiger de lourdes amendes. Ainsi, la banque française BNP fut assommée d'une amende de 8 milliards de dollars pour avoir osé commercer avec petit État de la Corne de l'Afrique qui déplaisait à l'empire. Toutes les digues étaient rompues et, comme le disait le sapeur Camenbert,
«quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites». Picrocholand pouvait dorénavant créer autant de monnaie que le supporterait son prestige militaire et celui de son économie. Sans couverture officielle, ce n'était rien d'autre que de la fausse monnaie, ou monnaie de singe et saccager impunément les économies concurrentes.
C'est bien ce qui est arrivé, puisque depuis 1971, la richesse produite par l'économie de l'empire a quadruplé, alors que la masse monétaire qu'il a déversée sur le globe a été multipliée par quarante.
Les dirigeants des banlieues du Rest of the World ont beau être d'un naturel crédule et soumis, notamment les Européens, et béer d'admiration devant leurs «libérateurs» de 1944, il n'aurait peut-être pas été si facile d'inciter leurs banques centrales à continuer d'accorder au dollar flottant, donc devenu aussi consistant qu'un caramel mou, un statut privilégié et à utiliser ce pseudo étalon comme monnaie unique des échanges entre eux et comme monnaie de réserve de leurs propres banques centrales. Le mark allemand et le franc suisse jouissaient m à la psychologie des peuples.
7 – L'invention du pétrodollar et la complicité de la maison des SaoudC'est là qu'intervient la soif de pétrole de l'empire. Le pétrole, hier comme aujourd'hui, n'est pas un produit ordinaire. Il est le moteur de toute l'économie moderne et la condition de son existence. Ce que les États-Unis ne pouvaient plus faire avec la seule arme d'un dollar affaibli, ils tenteront de le réaliser par l'alliance du dollar avec le pétrole. L'opération connut une belle réussite pendant trente ans.
Pour cela, il leur fallait un comparse complaisant — un complice — qui trouverait également son propre intérêt dans cette alliance. Ce fut le royaume de la famille Saoud, appelé Arabie saoudite qui accepta de jouer ce rôle. Le cadeau sans prix que le royaume saoudien fit à l'Amérique au début des années 1970, en échange d'une «protection militaire» et de divers «avantages économiques», fut de libeller et de vendre son pétrole exclusivement en dollars.
Comme il s'agissait du plus gros producteur et du membre le plus influent de l'OPEP, les autres monarchies du Golfe, en bons moutons de Panurge pro-américains, suivirent le mouvement, si bien que l'habitude, puis une sorte de loi tacite s'imposèrent : pour acheter du pétrole, il fallait des dollars. Et pour obtenir des dollars, il fallait, soit acheter des produits américains, ce qui dopait l'industrie de l'empire et procédait en quelque sorte au blanchiment d'une monnaie fictive créée par un simple jeu d'écriture — une variante d'un «argent sale» comme il est démontré ci-dessus — soit n'utiliser que les dollars dans les échanges internes entre tous les autres États de la planète.
On faisait ainsi entrer dans un circuit commercial classique à l'extérieur des USA des billets de banque qui, à l'origine étaient simplement du papier imprimé. Du coup, une monnaie fictive créée ex-nihilo par des institutions financières privées de l'empire, trouvait par la magie de ce mécanisme un statut officiel de monnaie réelle qui permettait donc d'acheter des biens réels.
Comme cette masse flottante de monnaie circulait en dehors de l'État émetteur puisque, de fil en aiguille, elle était devenue l'étalon international des échanges de toutes les marchandises, la créance n'était jamais présentée au débiteur. Celui-ci pouvait d'autant mieux continuer à créer de la monnaie que la demande de pétrole était de plus en plus importante. La quantité de monnaie augmentait donc parallèlement à l'augmentation de la demande de pétrole dans le monde.
Ainsi la monnaie privée des financiers de la FED est devenue, de fil en aiguille, la monnaie mondiale dominante : 75% de la monnaie mondiale étaient des dollars. De plus, tantôt par des pressions, tantôt par des menaces, tantôt par suivisme, lâcheté, indifférence ou ignorance des utilisateurs, les dollars représentaient 80% des fonds détenus par les banques.
C'était le jackpot. Le niveau de vie de Picrocholand faisait saliver d'envie les habitants du reste de l'univers. Ce pays construisait et entassait les armes les plus coûteuses, il construisait des flottes de navires marchands, des armadas de sous-marins, de porte-avions, de destroyers, de corvettes qui sillonnaient toutes les mers du globe, des escadrilles innombrables d'aéronefs furtifs, bombinants et percutants. Picrocholand a siphonné sans relâche ses propres réserves d'hydrocarbures et achetait maintenant avec sa fausse monnaie du pétrole et du gaz à gogo, consommait, gaspillait l'énergie sans le moindre souci d'économie, faisant fi des mines déconfites des Rowiens les pénuries à venir.
Les entreprises et les établissements financiers de cet État miraculeux, le nez au vent à la recherche de l'affaire juteuse, achetaient partout où c'était loisible, des stocks de matières premières, des immeubles, des sociétés, des secteurs entiers dans lesquels elles possédaient un quasi monopole : télécommunications, presse, télévision, cuivre, zinc, or, uranium, agroalimentaire, semences transgéniques, sucre, cacao, bananes, café.
L'empire achetait, corrompait, soudoyait, menaçait sous couvert d'aide au développement, des industriels, des ministres, des chefs d'États et des gouvernements entiers ainsi que toute personne ou organisme dont l'activité pouvait favoriser ses profits. Ainsi, les Picrocholiens avaient soutenu et souvent mis en place toutes les dictatures militaires apparues dans le monde depuis Seconde Guerre mondiale — et donc dévouées corps et âme à l'empire — en Indonésie, en Grèce, en Uruguay, au Brésil, au Paraguay, en Haïti, en Turquie, aux Philippines, au Guatemala, au Salvador, et personne n'a oublié leur action particulièrement horrifique au Chili en 1973.
Et les dollars valsaient, et les Picrocholiens riaient et se gavaient tandis que le Reste du monde, le moral en berne, bavait d'envie. Sur le chemin de ronde de la forteresse de papier monnaie, les habitants du Rest of the World voyaient déambuler fièrement, nez au vent, des Picrocholiens arrogants et repus. Ils les entendaient railler narquoisement les Rowiens pour la pauvreté de leurs Universités, la médiocrité de leur armement, la gestion minable de leurs économies, l'indigence de leur programme spatial. Ils devinaient que les Picrocholiens tournaient en dérision les lourdauds chaussés de semelles de plomb qui se traînaient dans la fange d'un quotidien laborieux pendant qu'en athlètes aux pieds agiles ils galopaient en tête dans le délectable marathon de la piraterie intercontinentale appelée mondialisation.
Picrochole repart en guerre pour imposer le dollar à des récalcitrantsPicrochole est vigilant. Toujours sur le pied de guerre. Après les attentats du 11 septembre 2001, Picrocholand déclara officiellement la «guerre au terrorisme» et déclencha, après la Grenade, la seule victoire éclatante de l'empire, une guerre sanglante au cœur de l'Europe.
L'ensemble yougoslave fut tronçonné en de multiples étaticules et le plus important d'entre eux, la Serbie fut rabotée de sa province originelle, le Kosovo, pour être offerte à des groupes maffieux qui veillaient sur la gigantesque base de Camp Bosteel construite à l'arrivée du pipeline des champs pétrolifères de la Caspienne. Son dirigeant fut kidnappé, jugé, condamné et emprisonné par un organisme sis chez les Bataves censé juger les crimes de guerres mais qui n'a réussi qu'à s'appliquer à la Yougoslavie et à des dirigeants africains. M.Milocevic son président fut innocenté des accusations de la CPI ... après sa mort en prison.
Deux guerres particulièrement dévastatrices ravagèrent deux États prospères, producteurs de pétrole, l'Irak et la Libye. Leurs dirigeants — Saddam Hussein et le Colonel Khadafi furent accusés de fabriquer et de posséder des stocks d'armes de destruction massive prohibées, nucléaires, chimiques et des barils d'armes biologiques. Tout le monde a pu voir l'image du Général Colin Powell brandissant dans le cadre de l'ONU, une fiole censée contenir des venimeux bacilles d'Antrax trouvés par la CIA en Irak.
Derrière ces fariboles inventées, la véritable cause de la guerre destructrice imposée à l'Irak et le péché impardonnable de son dirigeant furent de vouloir vendre son pétrole en euros cherchant à contourner le pétrodollar.
Quant au péché du Colonel Khadafi, il fut d'avoir voulu imposer un dinar-or c'est-à-dire une monnaie panafricaine adossée à l'or pour concurrencer le dollar et proposer une alternative au franc CFA. Le dinar-or, indique Wikipédia, était une ancienne monnaie introduite par la dynastie des Omeyyades, en 696-697 sous le règne du calife Abd Al-Malik.
La France s'est abstenue de participer à la guerre qui a détruit l'Irak et provoqué l'abjecte pendaison hollywoodienne de son dirigeant, afin que nul n'en ignore. En revanche le président Nicolas Sakozy, cornaqué par l'inénarrable et omniprésent Bernard Henri Lévy, alias Botul, avaient activement participé à la destruction de la Libye et à l'assassinat de son dirigeant dans des conditions ignobles.
Le nouveau Picrochole qui règne sur l'USland a suivi le même chemin. Au cours d'une opération hollywoodienne classique, la nuit, après avoir réussi à corrompre la garde personnelle et à assassiner les résistants, un groupe militaro-barbouzard a enlevé le président du Venezuela, M Nicolas Maduro et son épouse, désormais affublés de casaques jaunes et emprisonnés sans jugement à New York. Picrochole s'est immédiatement proclamé propriétaire des immenses réserves de pétrole du pays.
Ce succès lui ayant quelque peu troublé l'entendement, Picrochole a cru pouvoir répéter l'opération sans risques, aidé par son complice, le génocidaire de Gaza, en bombardant sauvagement, en pleines «discussions de paix», un autre État producteur de pétrole, l'Iran, en invoquant l'immense désir des agressés d'être libérés de la tyrannie religieuse par les missiles démocratiques, lesquels s'étaient illustrés en rasant des infrastructures civiles, notamment une école de fillettes. La quarantaine de cadavres d'enfants était le prélude à un changement de régime et à une main mise sur le pétrole.
Picrocholand était coutumier de ce genre d'exploit puisqu'une antépénultième ministre des Affaires étrangères, Mme Madeleine Albright, répondant en 1996 à la question d'une journaliste sur la mort de 500 000 enfants en Irak du fait de la guerre et des sanctions, donc davantage qu'à Hiroshima.
«Le jeu en valait-il la chandelle ?» Mme Albright avait claironné :
«Nous pensons que le prix en valait la peine».
S'attaquer à l'empire perse pourrait bien avoir été l'ultime mauvaise idée de Picrocholand.
Le bord du gouffre et le dérapage avant la chuteDéjà quelques glissades dangereuses avaient donné des sueurs froides aux plus prudents et aux plus perspicaces, hantés par le crash de 1929 et une répétition en 2008. Une crainte de plus en plus perceptible commençait de troubler les institutions monétaires du Rest of the World de ce qu'à force de creuser le trou des déficits et des dettes, une gigantesque implosion finisse par ébranler la planète.
La panique devant un 11 septembre 2001 financier — ô combien plus catastrophique pour l'économie mondiale que l'écroulement, plus ou moins accompagné officiellement des deux tours jumelles du WTC et de la voisine qui leur faisait face et qui n'ayant pas même été effleurée, s'est visiblement effondrée par compassion — préoccupait de plus en plus d'esprits pendant que la fête battait son plein sur les ponts du Titanic et que l'euphorie régnait chez les boursiers.
En effet, deux événements majeurs sont venus troubler le jeu de cartes des magiciens du dollar flottant : la naissance d'une monnaie commune européenne, l'euro, et la fin de la publication régulière de l'agrégat M3 qui révélait au monde entier l'importance de la gloutonnerie dépensière de l'empire.
Car il existait une dernière petite butée rassurante pour les utilisateurs du dollar avant la chute dans l'abîme : toutes les données monétaires disponibles étaient publiques, aussi bien les liquidités — pièces, billets, comptes courants, livrets, comptes épargne, sicav — que l'ensemble des moyens de paiement. Les monétaristes les désignent sous le nom d' «agrégats» et les ont classés en quatre types : M0, M1, M2 et M3. Le plus important de ces agrégats est le M3 parce qu'il contient les précédents. C'est celui qui nous intéresse car c'est celui qui pilote la politique monétaire globale. Il est l'indicateur le plus fiable de la quantité totale de dollars en circulation à l'intérieur des USA et dans le monde. Il permettait donc de calculer le rapport entre la richesse réelle de l'État et son train de vie.
Accueillie d'abord prudemment, cette météorite creusa néanmoins un gros cratère dans les sables bitumineux du pétro-dollar et remit en cause la superbe construction monétaire qui avait imposé au monde l'utilisation d'un dollar même flottant et dévalué comme seule monnaie de réserve au bénéfice de l'économie des USA.
Mais le coup de grâce vint de l'intérieur même du système. Le 23 mars 2006 un événement capital se produisit dans l'histoire économico-monétaire de la planète, dont la presse quotidienne, le nez sur le guidon du quotidien et complètement myope, n'a pas tout de suite mesuré l'importance : la décision de la Réserve fédérale de l'empire américain (FED), émettrice privée des dollars, d'arrêter la publication de l'agrégat monétaire M3 ainsi que la parution de divers autres indicateurs secondaires qui, par des moyens détournés permettaient aux autres États de la planète de se faire une idée globale de la masse monétaire en circulation.
Continuant de collationner les données, le cartel de banques privées composant la FED rompait le contrat de confiance qui le liait aux utilisateurs de sa monnaie, et gardait pour son usage exclusif les données recueillies, considérant avec le mépris et l'indifférence propres à l'empire, que les banques centrales et les citoyens du Reste du Monde n'avaient qu'à se débrouiller dans le brouillard ou à faire aveuglément confiance aux maîtres du monde, c'est-à-dire aux financiers de la FED.
En réalité, il s'agissait d'une opération de camouflage honteux d'une dette exponentielle, officiellement évaluée à 8000 milliards de dollars, mais qui serait en fait de 42 000 milliards — et même de 55 000 milliards selon d'autres calculs — si l'on y intégrait les dépenses de santé et les retraites, ce qui représentait de dix-huit à plus de vingt fois le budget annuel de ce pays.
Si un particulier doit deux mille euros à une banque, c'est un problème pour lui, mais s'il doit deux millions d'euros à cette même banque, c'est un problème pour la banque. La situation est transposable à la dette américaine, dont le montant colossal des dettes privées et publiques continuant d'augmenter dans le plus grand secret, ne sera évidemment jamais remboursé et constituera à l'avenir un problème majeur pour tous les États de la planète.
Quid du comportement à venir des pays qui détiennent de pleins coffres de créances en dollars ? Quid de l'avenir de l'économie de l'empire ? Mais surtout, quid de l'économie des autres pays des autres pays de la planète ? Quel sera l'avenir de l'euro ? Quid de l'avenir des BRICS ?
On peut, au sujet de la situation monétaire actuelle, appliquer à l'empire picrochlien fondé sur la peur et la violence, donc la coercition et la guerre, la métaphore qui rappelle que la roche tarpéienne est proche du Capitole. Il n'est pas nécessaire d'être un grand prophète pour affirmer avec une quasi certitude que le Capitole américain penche dangereusement, qu'il est sur le point de s'effondrer et de s'écraser dans le gouffre de la dette et de la gloutonnerie impériales comme la traîtresse Tarpeia s'était écrasé dans le gouffre qui s'étendait au pied de la roche à laquelle le Capitole des Romains était adossé et du haut de laquelle elle avait été précipitée, donnant son nom au célèbre rocher.
Seule la date précise reste à déterminer, même si les financiers de Wall Street susurrent que la chute sera assez lente et qu'ils maîtrisent la situation. Il est d'autant plus important d'éviter une panique dévastatrice qu'ils espèrent avoir le temps de mettre leurs billes à l'abri et de trouver un stratagème afin d'obliger le Reste du Monde à assumer les conséquences du fardeau de leur dette. Traduit en langage de l'empire cela donne :
«La FED espère un atterrissage en douceur de l'économie américaine...»Les privilèges monétaires dont jouit l'empire depuis 1945 étaient les sources de sa puissance et de son expansion. Ils sont si faramineux qu'on devine que les USA sont prêts à tout pour en assurer la pérennisation. Les guerres récentes de l'empire, qu'elles soient directes ou masquées, ont toutes eu pour objectif l'élimination ou la soumission des dirigeants qui ont cru pouvoir s'affranchir de la truanderie financière américaine, le tout sous le masque de la vertu démocratique.
Aujourd'hui, l'objectif affiché demeure le démantèlement des BRICS. La Russie a résisté aux assauts de Wall Street. Après quelques soubresauts, la Chine a retrouvé sa pugnacité. L'empire s'est donc tourné vers l'armée des compradores brésiliens et indiens afin de fomenter une de ces révolutions colorées dont il a le secret.
Mais ces manœuvres plus ou moins barbouzardes ne sauveront pas le dollar d'un déclin déjà largement commencé.
En attendant l'apocalypse !
Aline de Diéguez (https://reseauinternational.net/author/alinededieguez/)
1ère partie (https://reseauinternational.net/la-naissance-maffieuse-du-dollar-2/)
https://reseauinternational.net/la-naissance-maffieuse-du-dollar-2eme-partie/
La naissance maffieuse du dollar(https://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2026/09/Sans-titre-12-12-740x431.png)
par
Aline de Dieguez«La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n'importe quelle idée jusqu'à sa source». ~ Edward Mandell House
La remontée à la source est donc l'objet de ce texte. Il m'a semblé capital de donner au squelette d'une description linéaire des faits leur densité psychologique et leur incarnation dans les hommes qui ont fait l'histoire de cette époque-là.
J'ai pensé qu'il était important d'y ajouter des informations sur le contexte politico-social qui seul permet d'accéder à une compréhension en profondeur des motivations psychologiques et politiques qui ont rendu possibles les décisions prises à ce moment-là de l'histoire. Cependant rôle des personnages en apparence secondaires — et même tombés dans l'oubli — est souvent méconnu. Ainsi, on attribue d'ordinaire au président des États-Unis alors en exercice, Woodrow Wilson, la paternité de la banque centrale privée américaine, alors qu'il est probablement le personnage politique de l'époque le plus étranger tant à sa conception qu'à sa venue au jour.
C'est pourquoi j'insiste sur les aspects humains du contexte politique, et notamment sur le rôle décisif joué par un homme de l'ombre dans une opération financière qi s'est révélée majeure pour l'avenir du monde. Le Colonel House le disait lui-même à la fin de sa vie :
«Ma main a pesé sur les faits», voulant signifier par là qu'il avait joué un rôle important dans la politique d'une période-charnière dont nous subissons aujourd'hui encore les conséquences.
1 – La préhistoire du système monétaire de Picrocholand : de la déclaration d'indépendance en 1776 à la crise de 1907L'action des «barons voleurs» et la décision de 1913 qui en sera le point d'orgue, n'est pas un acte isolé. C'est le dernier et le plus décisif des coups de boutoir des financiers et des «barons voleurs» dans la guerre féroce, tant en Europe qu'en Amérique, entre le pouvoir politique et le pouvoir des banquiers, notamment celui des Warburg et des Rothschild d'Angleterre
. Cette guerre durait depuis la Déclaration d'indépendance des colonies anglaises. Elle se termina par une victoire par KO de la finance internationale sur le pouvoir politique de l'État naissant et ouvrit la voie à une domination exponentielle des financiers sur le monde entier.
La bataille avait d'ailleurs commencé avant même la déclaration d'indépendance, en 1776, lorsque les banquiers de la City de Londres réussirent à faire voter par le gouvernement anglais une loi qui interdisait aux treize colonies d'Amérique de créer une monnaie locale, le
Colonial Script, et de n'utiliser, pour leurs échanges, que la monnaie or et argent des banquiers. Comme cette monnaie était obtenue moyennant un intérêt, elle devenait automatiquement une dette des colonies.
Les monétaristes l'appellent une
monnaie-dette et cette monnaie est un racket permanent des banques sur l'État soumis à ce régime.
Au moment de la déclaration d'indépendance du nouvel État, méfiants les Pères fondateurs inscrivirent dans la Constitution américaine signée à Philadelphie en 1787, dans son article 1, section 8, § 5, que
«c'est au Congrès qu'appartiendra le droit de frapper l'argent et d'en régler la valeur».Thomas Jefferson était si persuadé du rôle pervers des banquiers internationaux qu'il a pu écrire :
«Je considère que les institutions bancaires sont plus dangereuses qu'une armée. Si jamais le peuple américain autorise les banques privées à contrôler leur masse monétaire, les banques et les corporations qui se développeront autour d'elles vont dépouiller les gens de leurs biens jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront sans domicile sur le continent que leurs Pères avaient conquis».Et voilà comment Jefferson a prophétisé, il y a plus de deux siècles, la crise des «subprimes», qui qui a jeté des milliers de citoyens du Picrocholand à la rue.
Mais les banquiers ne s'avouèrent pas vaincus. Ils trouvèrent des soutiens auprès du nouveau gouvernement et notamment auprès du secrétaire au Trésor,
Alexander Hamilton et du président
George Washington lui-même. Ils obtinrent en 1791 le droit de créer une banque, abusivement appelée
Banque des États-Unis de manière à faire croire qu'il s'agissait d'une banque de l'État central alors que c'était une simple banque privé appartenant à ses actionnaires. Cette banque privée obtint, pour vingt ans, le privilège d'émettre la monnaie-dette du nouvel État.
Lorsqu'au bout de vingt ans, le
président Jackson voulut mettre fin à ce droit exorbitant, sortir du cycle de la monnaie-dette et revenir au droit inscrit dans l'art.1 de la Constitution, les banquiers anglais, menés par
Nathan Rothschild, suscitèrent en 1812, sous divers prétextes commerciaux — taxe sur le thé, taxes maritimes, contrôle des navires — une guerre de l'Angleterre contre ses anciennes colonies. Ils mirent alors en action toute leur puissance financière afin de ramener le nouvel État au rang de colonie.
«Vous êtes un repaire de voleurs, de vipères, leur avait crié le président Jackson. J'ai l'intention de vous déloger, et par le Dieu Éternel, je le ferai !»Mais il échoua à les déloger et les banquiers eurent le dernier mot.
En 1816, les privilèges de la Banque des États-Unis étaient rétablis et les banquiers menés par la famille Rothschild avaient définitivement terrassé les hommes politiques qui, comme Jefferson et plus tard, Lincoln, tentèrent de s'opposer à leur racket.
C'est donc à juste titre que James Madison (1751-1836), le quatrième président du Picrocholand naissant a pu écrire :
«L'histoire révèle que les banquiers utilisent toutes les formes d'abus, d'intrigues, de supercheries et tous les moyens violents possibles afin de maintenir leur contrôle sur les gouvernements par le contrôle de l'émission de la monnaie».
Car il s'agit bien d'un racket. La guerre que mena — et perdit —
Abraham Lincoln contre les banquiers en fut une nouvelle illustration éclatante.
Durant la guerre de Sécession (1861-1865), la banque Rothschild de Londres finança les Fédérés du Nord, pendant que la banque Rothschild de Paris finançait les Confédérés du Sud en application d'un scénario mis au point en Europe durant les guerres napoléoniennes. Les deux groupes, profitant de la situation, exigeaient des intérêts usuraires de vingt-cinq à trente-six pour cent.
Le président Lincoln, qui avait percé à jour le jeu des Rothschild refusa de se soumettre au diktat des financiers européens et, en 1862, il obtint le vote du
Legal Tender Act par lequel le Congrès l'autorisait à revenir à l'art. 1 de la Constitution de 1787 et à faire imprimer une monnaie libérée du paiement d'un intérêt à des tiers — les
dollars «Green Back» —ainsi dénommés parce qu'ils étaient imprimés avec de l'encre verte. C'est ainsi qu'il a pu, sans augmenter la dette de l'État, payer les troupes de l'Union.
«Le pouvoir des financiers tyrannise la nation en temps de paix — écrivait-il — et conspire contre elle dans les temps d'adversité. Il est plus despotique qu'une monarchie, plus insolent qu'une dictature, plus égoïste qu'une bureaucratie. Il dénonce, comme ennemis publics, tous ceux qui s'interrogent sur ses méthodes ou mettent ses crimes en lumière. J'ai deux grands ennemis : l'armée du sud en face et les banquiers en arrière. Et des deux, ce sont les banquiers qui sont mes pires ennemis».Il aurait ajouté ces paroles prémonitoires :
«Je vois dans un proche avenir se préparer une crise qui me fait trembler pour la sécurité de mon pays. [...] Le pouvoir de l'argent essaiera de prolonger son règne jusqu'à ce que toute la richesse soit concentrée entre quelques mains». (Letter from Lincoln to Col. Wm. F. Elkins, Nov. 21, 1864).
Lincoln voyait clairement combien il était néfaste pour une nation souveraine que des puissances autres que l'État central aient le pouvoir de créer la monnaie. Il a été tué à Washington le 14 avril 1965 par
John Wilkes Booth qui lui tira une balle dans la tête alors qu'il assistait à une représentation théâtrale dans la loge du Ford's Theater.
Les causes réelles de sa mort n'ont pas été élucidées, bien que la version officielle prétende toujours que son assassin vengeait la défaite des Sudistes. De nombreuses recherches, abondamment documentées, orientent la recherche de la vérité vers un complot beaucoup plus complexe et révèlent, notamment, que Booth reçut à ce moment-là des sommes d'argent très importantes de la part d'hommes d'affaires connus et qu'il bénéficia de nombreuses et efficaces complicités, tant pour accomplir son crime que pour quitter les lieux.
Toujours est-il que le successeur de Lincoln,
Andrew Johnson, semble, lui, n'avoir eu aucun doute quant à la cause de la mort de son prédécesseur : il a immédiatement et sans donner d'explication, suspendu l'impression des
greenbacks et le Picrocholant naissant est revenu à la monnaie-dette des banquiers.
Le 12 avril 1866, le Congrès officialisait sa décision par le vote du
Contraction Act qui stipulait que les billets greenbacks de Lincoln seraient progressivement retirés de la circulation monétaire.
Il est une autre personnalité qui, elle non plus, n'avait aucun doute sur les commanditaires de l'assassinat perpétré par Booth, c'est
Otto von Bismarck,
Chancelier de Prusse depuis 1862, qui écrivait :
«La mort de Lincoln fut un désastre pour la chrétienté. Il n'y avait pas dans tous les États-Unis d'homme qui méritât de seulement porter ses bottes. Je crains que les banquiers étrangers ne dominent entièrement l'abondante richesse de l'Amérique et ne l'utilisent systématiquement dans le but de corrompre la civilisation moderne. Ils n'hésiteront pas à précipiter les États chrétiens dans les guerres et le chaos, afin de devenir les héritiers de la terre entière».2 – Les préparatifs de l'accouchement : les crises monétaires successives : 1869 – 1873 – 1893 – 1901 – 1907La première
«Tempête sur Wall Street» — le premier «Vendredi noir» — date du
24 septembre 1869. Elle était liée à la ruée vers l'or et aux manœuvres de deux escrocs de la finance, Jay Gould et Jim Fisk, qui soudoyèrent des fonctionnaires du Trésor afin d'accaparer tout le marché de l'or, dont les transactions s'opéraient encore en greenbacks.
Une nouvelle panique avait secoué Wall Street le
20 septembre 1873. La faillite d'une société de courtage qui assurait le financement du Northern Pacific Railway avait provoqué une vente massive des titres de la compagnie.
Le 27 juin 1893 a eu lieu le premier krach boursier à Wall Street. Faillites, incertitudes monétaires, diminution des réserves d'or avaient provoqué une panique sur les titres et une classique ruée sur les achats d'or. Le sauveur sera, déjà, J. Pierpont Morgan, que nous retrouverons à la manœuvre en 1910 et en 1913. Après sa victoire sur Jay Gould et Jim Fisk dans la «bataille du rail»de 1873, J. P. Morgan s'est présenté en sauveur du Trésor américain, après un marché conclu avec le président Cleveland le 8 février 1895.
Une nouvelle panique a secoué Wall Street le
9 mai 1901 à propos d'une spéculation féroce sur la même Northern Pacific appartenant toujours au même J. Pierpont Morgan qui ruina d'un même élan les investisseurs honnêtes et les spéculateurs.
Le 13 mars 1907 vit une nouvelle chute vertigineuse des cours et comme par hasard, la même Northern Pacific s'était retrouvée au cœur de la crise. En même temps, J. P. Morgan annonçait la faillite de Knickerbocker Trust Co et de Trust Company of America qui mettaient en péril tout le réseau bancaire du Picrocholand de l'époque. Cette petite répétition de la situation montre, une fois de plus, que les mêmes causes provoquent les mêmes effets.
C'est dans ces grands moments-là qu'on reconnaît le prédateur de haut vol. Après avoir été le poison, notre banquier, John Pierpont Morgan, dont le nom se retrouve dans
toutes les crises depuis 1869, s'est présenté en remède et en sauveur de la nation. Un parfait pharmakon monétaire, en somme.
Ce n'est pas sans raison qu'il proclamait :
«Un homme a toujours deux raisons de faire ce qu'il fait. La bonne et la vraie». Au cours d'une scène cocasse digne d'un scenario hollywoodien, ce personnage aussi truculent que redoutable avait convoqué dans son bureau les présidents des sociétés financières et les avait séquestrés toute la nuit. Il ne les avait libérés que le lendemain matin à 5 h après les avoir contraints à verser vingt-cinq millions de dollars greenbacks afin de «sauver les banques»... qu'il avait contribué à mettre en péril.
Du coup, qualifiés précédemment de
«malfrats richissimes» par le président Theodore Roosevelt — celui qui avait envoyé la
Grande flotte blanche faire le tour du monde afin de démontrer la puissance du pays — J.P. Morgan et ses acolytes s'étaient métamorphosés en un clin d'œil en
«conservateurs solides qui agissent avec sagesse pour le bien public». Et c'est ainsi que la «bonne raison» de faire — celle qu'il est honorable d'afficher — est devenue la «vraie raison» d'agir, c'est-à-dire la raison officielle, la raison «ad usum delphini» pendant que la «vraie raison» — la rapacité et les manœuvres frauduleuses des auteurs de la crise — disparaissaient dans les souterrains de l'histoire et des consciences.
Comme John Pierpont Morgan fut l'un des acteurs majeurs de la création de la machine de la FED, il n'est pas inutile de préciser le pedigree de ce magnat des finances :
– qui se trouvait à la tête trois puissants groupes bancaires, J.P. Morgan & Co., First National, et National City Bank,
– qui contrôlait aussi quatre des cinq plus importantes compagnies ferroviaires,
– qui était propriétaire du méga trust de l'acier US Steel,
– qui avait créé la General Electric en fusionnant les sociétés Edison et Thompson,
– qui avait mis la main sur la flotte Leyland, ainsi que sur de nombreuses lignes qui assuraient la navigation sur le Mississipi,
– qui avait créé une nouvelle ligne de bateaux, la
White Star et que, parmi les paquebots construits dans les chantiers navals dont il était le propriétaire, figurait ... le
Titanic. On comprend peut-être mieux les raisons pour lesquels ce paquebot luxueux dans sa partie visible, mais fragile dans sa partie immergée en raison de l'absence de double coque, avait sombré aussi rapidement.
John Pierpont Morgan, le loup-cervier cynique qui n'hésitait pas à proclamer :
«Je n'ai nul besoin d'un avocat qui me dise ce que je n'ai pas le droit de faire. Je le paie pour me dire comment faire ce que je veux faire» avait pourtant lui aussi son jardin secret qu'il est juste de mentionner. Passionné d'horlogerie, il consacra une partie importante de sa fortune à enrichir une magnifique collection d'horloges et de montres anciennes, que son fils Jack légua en 1916 au Métropolitan Museum, où une aile lui est consacrée.
A la deuxième génération, les louveteaux-héritiers deviennent d'honorables philanthropes.
3 – Les hécatonchires de la finance internationaleLes Hécatonchires étaient les fils d'Ouranos et de Gaïa. C'étaient des géants à cent bras et cinquante têtes. V. Hugo a utilisé ce mot dans plusieurs œuvres :
«Rome a beaucoup de bras. C'est l'antique hécatonchire. On a cru cette bête fabuleuse jusqu'au jour où la pieuvre est apparue dans l'océan et la papauté dans le moyen âge» (in Actes et paroles). Le mot se trouve également dans son
William Shakespeare et dans divers poèmes.
Commençons par l'éminence grise que fut le
Colonel House. Qui connaît aujourd'hui ce personnage,
Edward Mandell House (1858 – 1938) ? Aucun Européen, assurément, et probablement très peu d'Américains en ont entendu parler. Et pourtant ce «faiseur de présidents» comme il se plaisait lui-même à se nommer, fut l'un des hommes politiques américains les plus puissants et les plus importants du début du XXe siècle. Il contribua, en effet, à faire d'un État récemment débarqué sur la scène politique, encore peu peuplé et à peine sorti d'une sanglante guerre civile, l'empire militaro-financier qui allait dominer le siècle.
L'histoire politique officielle a tendance à ne se référer qu'aux dirigeants officiels des nations : les rois, les présidents, les Premiers Ministres et autres responsables des grandes administrations civiles ou militaires. Et pourtant, à l'abri des lumières de l'avant-scène, des éminences grises, mal connues ou totalement inconnues du grand public, exercent le véritable pouvoir. Certains le doivent au gigantisme de leur fortune, comme ce fut le cas, hier et aujourd'hui, des grands banquiers regroupés autour des Rothschild et des Warburg dans la plupart des États européens ; en Picrolandie les hommes d'influence sont représentés par de puissants groupes de pression ethniques ou financiers, tels l'
AIPAC (
American Israel Public Affairs Committee), la loge maçonnique
B'nai B'rith (
les Enfants de l'Alliance en hébreu) fondée en 1843 sur une stricte appartenance ethnique, l'industrie de l'armement ou de la pharmacie ; en France, le
MEDEF (
Mouvement des entreprises de France) et le
CRIF (
Conseil représentatif des institutions juives de France) jouent ce rôle.
Le Colonel House constitue cependant une exception à la règle : il fut un de ces hommes-charnières qui ont exercé sur le cours de l'histoire une influence disproportionnée à leurs qualités intrinsèques ainsi qu'à leur fortune. Homme de l'ombre, sorte de Père Joseph américain, confident du président Woodrow Wilson dont il dirigea en réalité toute la politique, son rôle s'explique par l'extraordinaire ascendant qu'il prit sur lui — à l'instar du Karl Rove de G. W. Bush ou du Claude Guéant de Nicolas Sarkozy. Bien qu'il n'exerçât aucune fonction officielle, il fut le diplomate officieux qui, à un moment-clé de l'histoire du monde, a tenu entre ses mains tous les fils du destin de la planète. Il n'a ni inventé, ni créé la Fed ou le sionisme, mais il fut le passeur qui, sans en mesurer toutes les conséquences, permit à des mouvements et à des évènements qui mûrissaient dans l'ombre depuis de longues années de prendre un élan qui en fit les acteurs principaux de l'histoire du monde durant tout le XXe siècle.
En 1938, peu de temps avant sa mort, Edouard House dira à son biographe, Charles Seymour,
«Durant les quinze dernières années, bien que peu de personnes ne l'eussent suspecté, je me suis trouvé au centre de toutes choses. Aucun étranger important ne s'est rendu aux États-Unis sans [venir] me parler. J'étais proche du mouvement qui assura à Roosevelt son investiture. Il m'a donné carte blanche pour le conseiller. Tous les Ambassadeurs me faisaient fréquemment des comptes-rendus». (Charles Seymour, Col. E.M. House,
The Intimate papers of Col. House, 4 v. 1926-1928, Houghton MifflCo.)
Le destin du Colonel House nous intéresse donc dans la mesure où nous subissons, aujourd'hui encore, les conséquences de son action. Celles-ci n'ont pas fini de sécréter leur venin pour le plus grand malheur des victimes d'hier et d'aujourd'hui de ses initiatives. En effet, la planète lui doit notamment les premiers pas de la légitimation internationale de l'idéologie sioniste qui a pris, à partir de l'empire US, l'essor planétaire que l'on connaît, qui a conduit à l'édification d'une nouvelle variété d'Archipel du Goulag en Palestine et à la création à Gaza du plus gigantesque camp de concentration que l'histoire ait jamais connu avec la complicité active ou passive des dirigeants occidentaux et la démission bouffie des dirigeants arabes ainsi que du génocide en cours à Gaza.
En tant qu'envoyé et représentant du président de Picrocholand au traité de Versailles qui mit fin à la première guerre mondiale, il est le concepteur du
think tank «
The Inquiry» composé de quinze membres triés sur le volet qui remodelèrent les frontières de l'Europe de l'après-guerre selon le principe du «droit des peuples à disposer d'eux-mêmes». Ce principe apparemment généreux masquait le but réel de l'opération, à savoir la volonté d'affaiblir définitivement le
Hearthland — le cœur de l'Europe — en application de la théorie du géopoliticien
Mackinder qui préconisait l'émiettement de l'ancien empire austro-hongrois en une multitude de petits États géopolitiquement inexistants.
Sur le plan international, ce principe fut également utilisé au Moyen-Orient pour démembrer «à la hache» l'empire ottoman, sans tenir le moindre compte du fameux «droit des peuples».
Depuis lors, ce principe n'est «actif» que lorsqu'il coïncide avec les intérêts de la Picrolandie. C'est pourquoi la destruction des grands ensembles est devenue le pivot et le but constant de la politique étrangère du Picrocholand comme l'ont encore prouvé récemment les guerres de Yougoslavie, d'Irak, ainsi que la floraison des révolutions colorées qui ont accompagné et amplifié l'effondrement et la dislocation de l'empire soviétique. Les gigantesques tentes militaires abondamment pourvues en nourriture et en boissons chaudes, les kilomètres de tissu orange et les banderoles en anglais ont surgi comme par magie en vingt-quatre heures, au moment des fameuses révolutions oranges en Ukraine, prélude à l'actuelle guerre Russie/OTAN avec les Ukrainiens servant de chair à canon. Démembrer la Russie et piller ses innombrables richesses, tel fut le but caché des empires occidentaux depuis Napoléon. L'Irak n'est plus qu'un champ de ruines dans lequel une société autrefois multi ethnique a volé en éclats et qu'un féroce nettoyage ethnique a métamorphosé en communautés ethnico-religieuses rivales et enfermées derrière des murs, le tout au nom de l'affichage d'une moraline pour midinettes qui prétendait «gagner les cœurs et les esprits» à la «Démocratie» à coups de bombes et de missiles tout en pillant les ressources des pays. Ça continue avec le Venezuela, l'Iran, le Groenland, etc.
Le même scénario fut mis en œuvre en Afghanistan où la fameuse «coalition internationale» prétendait «sécuriser» des zones tribales mais a semé en réalité les germes des guerres futures entre Tadjiks, Ouzbeks et Pashtouns qu'on espérait neutraliser en préparant le terrain à des conflits ethniques à venir.
L'objectif d'
Inquiry a merveilleusement fonctionné en ex-Yougoslavie dans laquelle les accords de Dayton imposés par Washington ont abouti à l'émiettement d'un État unifié en sept micro républiques — la Serbie, la Croatie, la Macédoine, le Monténégro, la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, et surtout le Kosovo — cette dernière parcelle formée d'une province détachée de la Serbie a abouti à un pseudo État maffieux, non viable destiné à donner un cadre à la gigantesque base américaine de
Camp Bondsteel opportunément édifiée à l'arrivée du gigantesque pipeline en provenance des champs pétrolifères de la mer Caspienne.
Le Colonel House conduisit l'énorme délégation de l'empire au Traité de Versailles en 1919 qui sema les germes de la deuxième guerre mondiale. Il fut également le concepteur et le fondateur du
Conseil des relations étrangères (
Council on Foreign Relations ou
CFR), un des
think tank du Picrocholand les plus influents en politique étrangère aujourd'hui encore.
Mais ce n'est pas tout : Edward Mandell House a surtout à son actif un soutien déterminant aux actions en coulisses des puissants groupes bancaires qui, après des dizaines d'années de manœuvres infructueuses, sont parvenus à donner naissance au Système monétaire du Nouveau Monde et à créer un moyen de paiement appartenant à des banquiers privés, le dollar, pivot de la puissance du Picrocholand jusqu'à la fin du XXe siècle.C'est durant les années de tractations des financiers avec le pouvoir politique — entre 1910 et 1913 — que l'influence de l'homme qui s'était quasiment approprié le cerveau du président des États-Unis, Woodrow Wilson, fut si importante dans l'ordre de la politique monétaire qu'on peut considérer qu'il fut le gros grain de sable qui a fait dévier la trajectoire de la politique mondiale afin de la mettre sur les rails de l'expansion impériale et de l'enchaîner, dans le même temps, aux puissants groupes financiers qui dominent le monde d'aujourd'hui et le conduisent à des cataclysmes imprévisibles.
Comme les informations concernant la genèse de l'emprise des financiers sur la planète tout entière soulèvent une révérence apeurée et comme le Moyen-Orient demeure par excellence la région du globe dans laquelle l'activité des groupes de pression et les falsifications de la vérité atteignent des sommets,
il m'a semblé capital de remonter, autant que possible à la source, afin de tenter de comprendre par quels chemins tortueux quelques banquiers ont fait main basse sur le monde et comment le sionisme talmudique a pris le pouvoir sur la terre palestinienne jusqu'à incarner un judaïsme rigoriste et raciste, qui rêve d'un État ethniquement pur, débarrassé des «animaux à deux pattes» palestiniens — pour reprendre la terminologie du Talmud — qui en contaminent le sol et en polluent l'atmosphère.Car il est candide de croire que le sionisme aurait jailli à partir de rien et d'en fixer l'origine en 1896, avec l'ouvrage du juif allemand
Theodor Herzl intitulé
Der Judenstaat. De même que l'Amazone n'est pas un miracle solaire jailli ex nihilo des entrailles de la terre, d'obscurs et mystérieux cheminements souterrains ont précédé le jaillissement de la source devenue le fleuve imposant que nous connaissons. De même l'idéologie sioniste a cheminé secrètement dans les souterrains du rabbinat de Russie, de Pologne et d'Ukraine durant des siècles avant d'acquérir la force d'apparaître en pleine lumière, puis de s'exporter en l'Europe de l'Ouest et enfin de débarquer outre Atlantique où elle est devenue quasiment omnipuissante.
Il est tout aussi naïf d'imaginer que la loi de la
Federal Reserve (FED) votée la veille du jour de Noel qui énumère les conditions de son fonctionnement serait née tranquillement d'un vote loyal du Congrès et que le président Wilson en serait l'initiateur.
La source des informations sur le Colonel HouseLes principales informations sur le Colonel House nous sont données directement par lui-même, aussi bien dans son journal que par une sorte de roman étrange et baroque que l'on peut qualifier d'autobiographique, dans lequel l'auteur se rêve en dictateur de la planète et imagine les mesures à imposer pour assurer le bonheur de l'humanité.
–
The intimate papers of Colonel House arranged as a narrative by Charles Seymour, Boston, New York : Houghton Mifflin Co, 1926-1928 –
–
PHILIP DRU : ADMINISTRATOR : À STORY OF TOMORROW, 1912 (Ces deux textes sont disponibles en libre accès dans le Projet Gutenberg.)
Des informations indirectes intéressantes sont également disponibles dans la biographie de
Arthur Howden Smith,
The Real Colonel House, Doran Company, New-York, 1918, ainsi que par l'ouvrage de
George Sylvester Viereck,
The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932, ces deux derniers ouvrages ne sont pas traduits et ne le seront probablement jamais. Une biographie plus récente vient de paraitre :
Godfrey Hodgson,
Woodrow Wilson's Right Hand : The Life of Colonel Edward M. House (Hardcover, 2006). Ouvrage également non traduit en français.
Bien qu'il ne lui soit pas consacré dans sa totalité, l'ouvrage d'
Eustace Mullins,
Secrets of the Federal Reserve, The London Connection contient également des éléments de première importance sur notre personnage, notamment sur tout ce qui concerne la conception de la Réserve fédérale et les circonstances de son vote par le Congrès.
Ces textes permettent de dresser un portrait précis et documenté tant de la personnalité que de l'action de cet homme politique étrange et hors du commun. Nous savons qu'il était d'ascendance hollandaise et que son patronyme
Huis devint
House lorsque son père émigra d'abord en Angleterre, puis outre Atlantique au début du XIXe siècle. L'immigré se fixa au Texas et fit fortune comme briseur de blocus pendant la guerre de Sécession.
Il est classique que les périodes troublées soient particulièrement propices à la formation de colossales fortunes en un temps record. Il y quelques années, le monde entier a été le témoin stupéfait des «réussites» financières foudroyantes des
Roman Abramovitch,
Mikhaïl Khodorkovski, Boris Berezovski ou Vladimir Goussinski, plus connus sous le nom générique d'«
oligarques russes». Au moment de l'effondrement de l'URSS, une brochette de petits et de gros malins, particulièrement rapaces et avisés, en cheville avec un pouvoir politique chancelant et corrompu avait, en un éclair et avec la complicité tacite du FMI et des grandes banques du Picrocholand, fait main basse sur l'essentiel des ressources énergétiques et des grandes entreprises de l'ex-URSS devenue la Russie.
M. House père n'était pas seul à avoir su exploiter les troubles de la guerre civile américaine de 1861à 1867 — également appelée guerre de Sécession — qui ont permis à quelques chevaliers d'industrie de donner la mesure de leur talent et de leur mépris pour les principes du droit et de la morale. Cette période a connu l'ascension fulgurante des
John D. Rockefeller, des
Andrew Carnegie, des
John Pierpont Morgan ou des
Cornelius Vanderbilt, lequel n'a pas hésité à affirmer froidement, en 1867, dans une gazette de New-York :
«Je n'en ai rien à faire des lois».
Ces banquiers et ces entrepreneurs affairistes dont on a vu les actions lors des crises monétaires sciemment provoquées évoquées ci-dessus se sont spécialisés dans les abus de pouvoir et les pratiques immorales, mais grassement payantes. Ils ont été qualifiés de «
barons voleurs» (
robber barons). Leurs descendants, devenus vertueux, se sont d'ailleurs empressés de consacrer une partie de leur argent à des œuvres de bienfaisance, afin de conquérir l'honorabilité qui leur permettait de blanchir et de faire protéger par la loi une fortune frauduleusement acquise. L'exemple des Rockefeller est le plus célèbre. C'est sur ces méthodes-là que s'est construit le capitalisme américain.
Le père du Colonel House fut donc un homme de cette trempe mais à un niveau moindre. Comme briseur de blocus durant la guerre civile, il exportait les productions locales — notamment le coton — et le vendait à ses correspondants anglais, dont le principal était le chargé d'affaires des Rothschild. Le fils saura se souvenir de ce contrat d'affaires. Le briseur de blocus ramenait, en échange, les produits qui manquaient au Texas et les écoulait au plus haut prix. Après avoir amassé un confortable magot — il est devenu un des hommes les plus riches du Texas — il plaça prudemment ses coquets bénéfices à Londres, dans la banque Baring, alliée à la Maison Morgan. Un nouveau marchepied était prêt pour le fils.
Il n'est pas sans intérêt de noter que les grandes banques anglaises faisaient partie de la célèbre
«Corporation de la drogue» et s'étaient enrichies dans le lucratif et très officiel trafic d'opium de la couronne britannique avec les Indes et la Chine à la suite de la fameuse
guerre de l'opium qui avait dévasté et ruiné l'empire du Milieu à la fin du XIXe siècle. En effet, après avoir subi l'incendie du Palais d'été, la Chine avait été contrainte de légaliser le commerce de l'opium et d'ouvrir ses frontières aux marchandises anglaises et françaises, mesures qui ont conduit à la ruine du pays.
La
géopolitique de l'opium s'est poursuivie de plus belle en Afghanistan avec la bénédiction — et la protection — des troupes d'occupation de l'OTAN, bien que cet organisme s'en défende. Mais un rapport officiel de l'ONU nous apprend qu'en 2007, quatre vint treize pour cent du marché mondial de l'opium provenait de ce pays et on voit mal comment les nombreuses troupes d'occupation auraient pu ignorer ce trafic. Picrocholand était donc devenu un État narco trafiquant quasiment officiel.
Les Chinois n'ont pas oublié la volonté de l'Angleterre de pourrir leur pays de l'intérieur par la drogue et la récente exécution d'un trafiquant anglais prenait place dans ce contexte. Pendant ce temps, le Picrochole aujourd'hui en charge du pays utilise le prétexte de la «lutte contre les trafiquants» pour envahir le Venezuela, kidnapper son président et son épouse, les incarcérer, piller le pays, procéder à un quasi changement de régime, s'emparer de ses réserves de pétrole et de toutes ses autres richesses.
À la mort de M. House père, la fortune ayant été partagée entre ses trois fils, le jeune Édouard, qui avait également hérité d'un second prénom juif — Mandell, en souvenir d'un précieux associé de son père — se trouva, nous apprend son biographe Arthur Howden Smith,
«à la tête de plantations de coton qui lui rapportaient un revenu de vingt mille dollars par an», ce qui était confortable, mais ne le plaçait cependant nullement dans la catégorie des très grosses fortunes de l'époque.
Très vite, le jeune héritier, handicapé par une méningite et une insolation durant son adolescence et de santé fragile, abandonna les plants de coton pour une activité autrement plus excitante : la politique. Mais, soit conscience de son infirmité physique, soit résultat d'une fine observation de la manière réelle dont s'exerce le pouvoir, il refusa toujours de s'engager officiellement. Il préférait influencer les hommes politiques en demeurant dans les coulisses.
«Il adorait l'exercice secret du pouvoir par le biais des autres» et
«fuyait la publicité» écrit son éditeur Charles Seymour.
Bénéficiant de puissants appuis et d'amis dans le Ku Klux Klan — dont son père était membre — amis qui occupaient tous les postes-clés du Texas dans les années 1890 — le jeune Édouard Mandell mit à contribution son argent, sa passion pour la chose politique et son génie d'agent électoral afin d'assurer successivement l'élection de quatre gouverneurs de cet État : James S. Hogg (1892), Charles A. Culberson (1894), Joseph D. Sayers (1898), S. W.T. Lanham (1902). Conformément à la théorie qu'il mit plus tard dans la bouche de Philippe Dru dans son roman autobiographique, Édouard House occupait auprès de chacun d'eux le poste de conseiller occulte et tout puissant.
En récompense de son soutien financier et de ses judicieux conseils le Gouverneur
James S. Hogg lui décerna le titre honorifique de «
Colonel» bien qu'il n'eût jamais eu le moindre contact avec la chose militaire. Il devint donc, du jour au lendemain, le
Colonel House et ne fut plus désigné que par ce nom.
Mais l'ambition du Colonel House ne se limitait pas au contrôle du Texas. C'est le pays tout entier qu'il souhaitait dominer. Le rêve de «dictateur de l'ombre» exposé par Philippe Dru- House en 1912, consistait à transposer au pays tout entier, la méthode qui avait réussi au jeune Edouard Mandell au Texas. Par le truchement de son double romanesque, il a en effet exposé longuement sa théorie du pouvoir et le moyen presque infaillible de gagner les élections — méthode appliquée encore de nos jours et qui consiste à ne cibler que les électeurs répertoriés comme non officiellement inscrits dans un parti, à les contacter un par un par des lettres personnelles, fruits d'une minutieuse enquête apparentée à de l'espionnage et à ne faire campagne que dans les États hésitants, les fameux «swing states».
«J'enroulai un fil presque invisible autour du peuple, qui le maintenait fermement», écrit-il.
Les amis et les soutiensDès 1902, Edouard Mandell quitte son Texas natal pour New-York. Ses exploits électoraux et son rôle d'efficace «conseiller de l'ombre» lui ouvrent toutes grandes les portes des milieux politiques et financiers new-yorkais. Il remarque qu'à Washington également, le pouvoir politique est exercé par une petite poignée d'hommes au Sénat et à la Maison Blanche.
«Il est assez facile pour quelqu'un sans responsabilité de s'asseoir autour d'un cigare et d'un verre de vin, et de décider de ce qu'il y a de mieux à faire», écrit-il dans ses
Papiers intimes. Et plus loin :
«À Washington... j'ai constaté que deux ou trois hommes au Sénat et deux ou trois hommes à la Chambre, ainsi que le président dirigeaient le gouvernement. Les autres n'étaient que des hommes de paille. [...] C'était mon ambition d'y faire irruption si cela était possible, et mon ambition a maintenant fait un bond, au point de vouloir, non seulement en faire partie, mais plus tard, en être le centre...»C'est donc cette petite société qu'il s'efforça de pénétrer. Bien qu'il n'eût apparemment rien de flamboyant et que ses exploits universitaires fussent modestes, il y réussit à merveille, car il jouissait du flair infaillible de détecter les amis de qualité qui appréciaient sa discrétion et ses conseils. Son plus récent biographe,
Gogfrey Hodgson, fournit une liste flatteuse des invités habituels de son salon et de sa table, parmi lesquels on trouve des figures importantes de la littérature anglo-saxonne de l'époque tels
Henry James,
Edith Warton ou
Rudyard Kipling, futur prix Nobel, le grand pianiste polonais
Jan Ignacy Paderewski, qui deviendra le premier président de la Pologne libre, des hommes politiques, dont le très puissant
Sénateur Aldrich, l'homme fort du Congrès et le principal soutien des banquiers et de leur projet de création d'une banque centrale privée. Tout ce qui comptait à Washington — des généraux, des professeurs, des journalistes, des femmes du monde et tous les grands banquiers de la place — fréquentait sa maison. Le très influent et sulfureux financier et chevalier d'industrie
John Pierpont Morgan était l'un de ses intimes.
Parmi les fréquentations étroites du Colonel House, il faut également compter son beau-frère juif,
Sydney Mezes, le
Rabbin Stephen Wise, président du Congrès juif américain, l'avocat
Louis Brandeis qui sera «le premier juif nommé à la Cour Suprême» en 1916. Mais auparavant il aura joué un rôle crucial dans l'élaboration et le processus de validation par le congrès du
Federal Reserve Act voté en décembre 1913. Il convient également de ne pas oublier le richissime financier
Bernard Baruch, qui sera le plus gros contributeur de la campagne électorale de Woodrow Wilson, le Colonel House étant son second «bienfaiteur».
4 – La conspiration de l'île JekyllLe 22 novembre de l'année 1910, le luxueux wagon privé du richissime sénateur Nelson Aldrich a été accroché au train qui reliait New-York au sud des États-Unis et quelques personnes s'embarquaient en direction de la Géorgie.
Le voyage durera deux jours et deux nuits et les occupants de ce wagon affecteront, avec une ostentation puérile, de ne pas se connaître bien que leur long périple ait eu le même but : la chasse au canard sur une petite île située à quelques encablures des côtes de Georgie, l'île de Jekyll.
Notre groupe voyagea sous des noms d'emprunts. Les participants avaient fait preuve de ruses de Sioux afin de ne pas se croiser avant l'ébranlement du convoi et s'étaient interdit de se nommer en s'adressant la parole — ou de n'utiliser que leurs prénoms — durant le temps que dura le voyage, tellement leur méfiance était grande et s'étendait au personnel de service. Un
incognito total devait être préservé. L'un d'entre eux, qui n'avait jamais chassé de sa vie, portait même un grand fusil sur l'épaule afin de compléter le réalisme naïf du tableau.
Ces personnages, qui se comportaient de manière aussi étrange, représentaient pourtant à eux seuls le quart de la richesse planétaire de l'époque.
La description de l'embarquement et du voyage figure dans les ouvrages des auteurs qui rapportent cette scène, notamment dans celui, très détaillé, d'
Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve, The London Connection, dont je parlerai plus loin. Comme les voyageurs occupaient un wagon privé — donc soustrait par définition aux regards du public — les précautions des participants semblaient pour le moins excessives, à moins que tel Monsieur Le Trouadec saisi par la débauche, nos sévères banquiers se fussent livrés à un moment de détente ludique, avant de se concentrer sur le beau coup financier qu'ils étaient sur le point de concocter.
«À l'automne 1910, six hommes sont partis chasser le canard : Aldrich, son secrétaire Shelton, Andrews, Davison, Vanderlip et Warburg. Des journalistes les attendaient à la gare de Brunswick (Géorgie). M. Davison est sorti leur parler. Les journalistes se sont dispersés et le secret de cet étrange voyage n'a pas été révélé. M. Aldrich lui a demandé comment il s'y était pris, mais celui-ci n'a pas donné d'explications de son propre chef». ~ Nathaniel Wright Stephenson,
Nelson W. Aldrich, À Leader in American Politics, Scribners, N.Y. 1930, Chap. XXIV
«Jekyll Island», cité in
Mullins,
SECRETS OF THE FEDERAL RESERVE The London ConnectionLa liste des conspirateurs : Étaient présents :
Le propriétaire du wagon qui roulait, tous rideaux baissés, vers son destin et vers le nôtre, le
Sénateur Nelson Aldrich accompagné de son secrétaire privé,
Shelton. Président de la
National Monetary Commission (Commission Monétaire Nationale
) créée en 1908 et entérinée par le président Théodore Roosevelt à la suite de la panique monétaire de 1907 qui succédait à plusieurs autres catastrophes boursières, il était l'aiguillon et l'organisateur de la réunion.
Le Sénateur entretenait des relations commerciales étroites avec l'influent homme d'affaires et banquier,
John Pierpont Morgan, beau-père de John D. Rockefeller et grand-père de Nelson Rockefeller, un ancien vice-président des États-Unis. Celui-ci n'était pas physiquement présent, mais triplement représenté, il marqua la réunion de son empreinte. Au Congrès, le Sénateur Aldrich passait pour être le porte-parole du banquier
J.P.Morgan, lequel représentait également les intérêts des
Rothschild d'Angleterre.Des représentants directs de John Pierpont Morgan figuraient parmi les participants ;
Henry Davison, associé principal de la John Pierpont Morgan Company et considéré comme son émissaire personnel,
Charles Norton, président de la First National Bank de New York, dominée par J.P. Morgan Company,
Benjamin Strong, le directeur général de la J. P. Morgan's Bankers Trust Company, et connu pour être également un lieutenant de J.P. Morgan. Il devint d'ailleurs le P.D.G. de la banque, trois ans plus tard, à la suite à l'adoption de la Loi sur la Réserve fédérale. Ces deux banquiers représentaient, eux aussi, les intérêts des Rothschild
Il semble qu'il y ait eu quelques autres «invités» dont les noms n'étaient pas révélés au début, mais lorsque
George F. Baker, un des associés les plus proches de JP Morgan, mourut le 3 mai 1931, le
New-York Times écrivit :
«Le club de l'Ile Jekyll a perdu un de ses membres les plus distingués».
Était également présent
, Frank Vanderlip, le président de la National Bank de New York, la plus grande et la plus puissante banque du pays. Il représentait les intérêts financiers de
William Rockefeller et de la société d'investissement internationale
Kuhn, Loeb and Company.
Contrairement à ce laissent entendre ceux qui affirment qu'il se serait agi d'un «complot des seuls banquiers», le gouvernement n'était pas étranger à cette réunion. Il était représenté par
A. Piatt Andrew, secrétaire adjoint du Trésor et Aide Spécial de la National Monetary Commission. Je reviendrai sur cette Commission que le Congrès avait officiellement chargée, en 1907, de préparer une réforme monétaire. D'ailleurs, les défenseurs du système de la FED se fondaient sur son existence et sur la présence du représentant du gouvernement à l'Ile Jekyll pour dénoncer comme «
complotistes» les critiques de la réunion de l'île Jekyll en omettant sciemment de mentionner les conditions dans lesquelles fut conçue, votée puis annoncée la création de la Federal Reserve. La présence de ce membre du Gouvernement prouve pour le moins la complicité de ce dernier avec les banquiers dans le «coup d'État constitutionnel» que banquiers et Gouvernement préparaient de conserve contre le Congrès et contre le peuple.
Mais le personnage le plus important parmi les participants était
Paul Warburg. C'était l'un des hommes les plus riches du monde. Son expérience du fonctionnement des banques européennes, sa forte personnalité et ses compétences en firent le meneur, la tête pensante du groupe et le véritable initiateur de la création de la FED. Il révèlera d'ailleurs des capacités de manœuvrier exceptionnelles en 1913, au moment du vote de la loi au Congrès.
D'origine allemande, il se fit ensuite naturaliser citoyen américain. En plus d'être un partenaire de la
Coon, Loeb and Company — il avait épousé en 1893 la fille du banquier Salomon Loeb, propriétaire de la banque Kuhn, Loeb & Co de New-York — il représentait sur place la dynastie bancaire des
Rothschild d'Angleterre et de France. Associé avec son frère Felix, il entretenait également des liens étroits avec son autre frère
Max Warburg, le directeur en chef du
consortium bancaire Warburg d'Allemagne et des Pays-Bas.
« Paul Warburg estimait que chaque question soulevée par le groupe exigeait non seulement une réponse, mais aussi un exposé. Il ne manquait que rarement une occasion de tenir aux membres un long discours destiné à les impressionner par l'étendue de ses connaissances en matière bancaire ». (cité dans
Mullins,
SECRETS OF THE FEDERAL RESERVE The London Connection)
Cette fine brochette représentait donc les intérêts croisés des plus grands groupes bancaires mondiaux : les
Morgan, les
Rothschild, les
Warburg et les
Rockefeller. Les historiens du Nouveau Monde les appelleront l
es Barons voleurs.
Ils s'installèrent autour d'une table et neuf jours durant dans le plus grand secret, ils mirent au point et rédigèrent minutieusement le règlement de ce qui allait devenir le Système de la Reserve Une fois arrivés dans la luxueuse propriété de J.P. Morgan sur l'ilot Jekyll, nos banquiers millionnaires rédigèrent l'acte de naissance du Système monétaire du Nouveau Monde.5 – Les banquiers de la City repartent à l'assaut de PicrocholandJusqu'en 1910, le Colonel House s'attache habilement à consolider son réseau new-yorkais et washingtonien, ainsi qu'à resserrer les liens tissés par son père avec les puissants groupes qui dominent Wall Street — les
Maisons Morgan,
Rockefeller, Dukes, Mellons, Brown-Harriman, Dillon-Reed, sans compter les
Carnegie, les Whitney ou les Vanderbilt. Au cours de son séjour en Europe durant l'été 1913, il tissera également des liens étroits avec les financiers de la City, notamment les
Rothschild et les
Warburg, dont la puissance financière dominait déjà secrètement l'Europe tout entière.
On ne peut qu'être frappé par l'étonnante homogénéité ethnique des grands financiers qui gravitent autour du Colonel House et plus généralement par celle de tous les banquiers de la City ou de Wall Street. Un co-religionnaire,
Jacques Attali, fournit quelques clés psycho-religieuses de ce phénomène dans un gros ouvrage à prétention historique,
Les juifs, le monde et l'argent, Fayard 2002 dans lequel il théorise la spécialisation des juifs dans le commerce de l'argent et justifie leur omniprésence dans cette activité :
«Pour les juifs, tirer un intérêt de l'argent n'est pas immoral. (...) L'argent est, comme le bétail, une richesse fertile, et le temps est un espace à valoriser. Pour les chrétiens, au contraire, comme pour Aristote et les Grecs, l'argent — comme le temps — ne produit pas en soi-même de richesse, il est stérile ; aussi faire commerce de l'argent est-il un péché mortel». (p. 120, coll. poche) Car, précise-t-il dans une interview donnée après la parution de son livre :
«Pour un juif, la pauvreté est intolérable. Pour un chrétien, c'est la richesse qui l'est».
Ces considérations psycho-théologico-monétaires éclairent quelque peu les motivations des grandes maisons bancaires anglaises — notamment celle des
Rothschild, de ses succursales et de ses alliés — au cours de la guerre qu'ils déclenchèrent pour la troisième fois depuis la naissance de cet État contre la loi fondamentale des USA.
Remonter à la source de la création de la FED, c'est donc découvrir que dès la naissance du nouvel État, les puissants banquiers de la City conduits par les clans
Rothschild et
Warburg avaient mené une guerre violente, obstinée et sournoise contre les principes que les pères fondateurs du nouvel État avaient voulu graver dans la
Constitution de 1787 inspirée par les philosophes libéraux. C'est dès son premier article, section 8, § 5 que la loi fondamentale précise avec force que
«c'est au Congrès qu'appartiendra le droit de frapper l'argent et d'en régler la valeur». Ses rédacteurs avaient précisément voulu éviter de reproduire le modèle anglais et sa banque centrale, propriété des actionnaires privés ; car comme disait Napoléon Bonaparte,
«la main qui tient les cordons de la bourse détient le pouvoir».
Durant tout le XIXe siècle, les coups de boutoir des financiers furent constants (voir ci-dessus). Les banquiers de la City de Londres avaient conduit, notamment en 1812 et 1866, deux puissants assauts contre la Constitution des États-Unis.
Ils échouèrent provisoirement, mais ils provoquèrent, à titre collatéral, si je puis dire, l'assassinat de deux présidents qui avaient eu l'audace de contrecarrer leurs prétentions :
Abraham Lincoln avec son dollar «Greenback», et
James Garfield, qui venait de faire un discours sur les problèmes monétaires peu de temps avant son assassinat. Un troisième président,
John Fitzgerald Kennedy paiera de sa vie l'audace d'avoir voulu, en 1963, mettre fin à l'exorbitant privilège des financiers né de la création de la FED.
Au début du XXe siècle, après plusieurs paniques analysées ci-dessus — en 1869 – 1873 – 1893 – 1901 et 1907 — provoquées et astucieusement contrôlées notamment par un des principaux
«barons voleurs», le financier et homme d'affaires
John Pierpont Morgan — les banquiers de la City revinrent à l'assaut et remirent sur le tapis leur projet de création d'une banque centrale privée en prenant pour prétexte l'exaspération de la population après la panique boursière de 1907 artificiellement provoquée par leurs soins.
Cependant, ils savaient que le Gouvernement et le public étaient réticents et ne voulaient pas de ce genre d'institution. Il leur avait donc fallu créer de toutes pièces un événement-choc de nature à vaincre l'hostilité du gouvernement. Ce fut John Pierpont Morgan qui s'en était chargé. Fort de sa réputation d'expert financier compétent, il avait habilement distillé des rumeurs de faillite de deux banques new-yorkaises —
Knickerbocker Trust Co et
Trust Company of America — qui mettaient en péril tout le réseau bancaire du pays et la panique attendue se produisit.
Le Congrès confia alors au
Sénateur Aldrich, un Républicain, chef de la Commission des finances du Sénat qui passait pour le politicien le plus influent de l'époque, le soin de constituer et de diriger deux commissions : l'une sur le fonctionnement du système monétaire américain et l'autre destinée à mener une expertise sur le fonctionnement des banques centrales européennes. Ses relations avec le cartel des banques — sa fille avait épousé l'héritier des Rockefeller et son fils devint le président de la Chase National Banque — en faisaient pourtant un politicien pour le moins suspect de sympathie avec les financiers internationaux.
Son voyage en Allemagne, en Angleterre et en France entre 1908 et 1909, ainsi que ses rencontres avec les banquiers européens, notamment avec
Paul Warburg, l'avaient conforté dans la conviction, qui était déjà la sienne au départ, de l'excellence des banques centrales privées.
Mais l'opinion américaine et une forte majorité du Congrès, toujours aussi méfiantes à l'égard des financiers, demeuraient fermement hostiles à toute modification de la Constitution. Pressé par ses amis des lobbies, le riche Sénateur prit la tête de ce qu'il faut bien appeler un complot puisque, entre 1910 et 1913, les méthodes politiques utilisées les principaux acteurs tenaient davantage de celles la maffia sicilienne que de l'État de droit.
En effet, les deux échecs précédents de leur tentative de faire main basse sur le système monétaire du nouvel État avaient servi de leçon aux banquiers. Conscients de ce qu'il leur fallait changer de stratégie et ne pas attaquer de front et à visage découvert, ils mirent patiemment au point un véritable plan de campagne dont on mesure, avec le recul, tout le machiavélisme. Ils agirent, en effet, sur quatre fronts à la fois et, le plus souvent, en se dissimulant derrière des hommes de paille.
Il s'agissait :
–
Premièrement, de définir l'objectif avec une grande précision, autrement dit, de rédiger d'avance, et en un petit comité composé de quelques membres acquis d'avance ou partie prenante, le contenu de la loi qu'il conviendra de réussir à faire voter et qui contiendra tous les éléments de ce que devra être la future banque centrale. Ce fut l'objet de la réunion de l'île Jekyll.
–
Deuxièmement, il convenait d'assurer l'élection d'un nouveau président favorable à leurs intérêts afin qu'il n'y ait pas d'obstacle inattendu à partir de la Maison Blanche.
–
Troisièmement, il ne fallait pas oublier de mener des actions ciblées au Congrès, afin de conquérir une majorité favorable au projet.
–
Quatrièmement, il était capital d'entreprendre une vigoureuse et habile campagne publicitaire dans la presse et dans les milieux intellectuels en choisissant des journalistes connus et des professeurs directement payés par les groupes financiers, propriétaires des journaux ou importants actionnaires des Universités sollicitées, afin d'endormir l'hostilité de l'opinion publique et la convaincre du bien-fondé des
«réformes» proposées.
Chaque secteur eut donc son chef de corps d'armée :
- au Colonel House fut dévolue la campagne de l'élection présidentielle, puis de l'action psychologique sur le président ;
- au Sénateur Aldrich, l'action sur le Congrès ;
- aux financiers la corruption de la presse et l'achat des agents d'influence.
Mais l'homme qui tirait les ficelles dans les coulisses fut le puissant banquier allemand,
Paul Warburg en liaison avec le
Colonel House, eux-mêmes téléguidés par la puissante
Maison Rothschild de Londres.
Paul Warburg fut en effet le chef d'orchestre de toute cette opération. Allemand et co-propriétaire avec son frère
Félix de la banque familiale de Hambourg, il avait épousé en 1893 la fille de
Salomon Loeb, de la banque new-yorkaise Kuhn, Loeb & Co et s'était installé aux États-Unis. Or cette banque était le poisson-pilote des Rothschild européens aux États-Unis, ce qui signifie que Paul Warburg était, en l'espèce, l'homme de paille des Rothschild.
Lui et son frère étaient devenus co-actionnaires de la banque du beau-père — laquelle avait fusionné avec
Lehman Brothers en 1977, mais avait connu, comme on s'en souvient, une triste fin en forme de faillite en 2008. Cependant, au début du XXe siècle, Kuhn, Loeb & Co connaissait une si insolente prospérité que le nouvel associé et gendre s'était vu gratifié d'une rémunération mirobolante pour l'époque de cinq millions de dollars par an, simplement destinée à lui assurer la liberté de préparer la réforme du système monétaire américain en vue de l'aligner sur le modèle de la banque centrale d'Angleterre — la première au monde — qui appartenait à des banquiers privés depuis sa création en 1694.
C'était le modèle que les conspirateurs de l'île Jekyll rêvaient de reproduire aux États-Unis.
Ce sont donc les groupes bancaires internationaux
Eugène Meyer, Lazard Frères, J. & W. Seligman, Ladenburg Thalmann, Speyer Brothers, M. M. Warburg et Rothschild Brothers qui, à travers leurs succursales américaines, menèrent en sous-main toute la campagne. On voit qu'ils s'étaient préparés de longue date pour un marathon politique et que la réunion de l'île Jekyll était loin d'être improvisée.
6 – La réunion secrète des banquiers dans la propriété du Sénateur Aldrich dans l'île Jekyll et ses conséquencesEustache Mullins a décrit minutieusement les circonstances rocambolesques de la réunion de l'ile Jekyll, ouvrage qui continue d'être ostracisé, alors qu'il est le premier historien qui soit remonté le plus près possible de la source de la naissance de la FED. Depuis lors, tout le monde s'inspire de ses travaux et, sans jamais le citer et les pille sans vergogne. Je reviendrai sur la naissance et le destin de cet ouvrage.
C'est grâce à lui qu'une connaissance détaillée des circonstances du voyage et du séjour des dix participants à ce conclave est désormais répandue dans le public. On sait aujourd'hui que le
Colonel House faisait lui aussi partie du petit groupe de la dizaine de «conspirateurs» déguisés en chasseurs de canard qui s'est réunie à huis clos durant une semaine dans la propriété du Sénateur Aldrich bien que Mullins, bizarrement, ne le cite pas. Peut-être parce qu'à la fin de l'année 1910, ce personnage n'avait encore aucun pouvoir politique officiel et n'exerçait aucune fonction notable dans le privé. Néanmoins sa présence parmi les banquiers à une telle assemblée donne une idée de la force des liens de confiance qui l'unissaient alors à eux.
Le terme de «conspirateurs» donne, aujourd'hui encore, de l'urticaire aux défenseurs des banquiers. Mais c'est le terme même qu'emploie l'un des participants à cet élégant raout,
Frank A. Vanderlip, dans l'autobiographie qu'il a rédigée en 1935 :
From Farmboy to Financier (
Du garçon de ferme au financier) :
«J'étais aussi discret et aussi prudent que peut l'être un conspirateur. Nous savions que nous ne devions pas être découverts, ou alors, tout le temps et les efforts que nous avions consacrés à ce travail seraient détruits. S'il avait été révélé que notre petit groupe s'est réuni et qu'il a, en commun, rédigé un projet de banque central, celui-ci n'avait aucune chance d'être accepté par le Congrès... Je ne crois pas qu'il soit exagéré considérer que notre expédition à Jekyll Island fut la source de ce qui est devenu le Federal Reserve System. [...] Les résultats de cette conférence furent entièrement confidentiels. Même le fait qu'il y ait eu une réunion n'était pas autorisé à être rendu public», car le Sénateur Aldrich
«a fait promettre à tous les participants de garder le secret» écrivit de son côté Paul Warburg dans le compte-rendu qu'il fit dix-huit ans après les évènements dans
The Federal Reserve System, Its Origin and Growth, Volume I, p. 58, Macmillan, New York, 1930 (cité par Mullins).
Le plan Warburg rédigé lors du conclave de l'île Jekyll, fut consigné dans le rapport Aldrich. En bons chasseurs de canards, les «conspirateurs» utilisèrent ensuite la technique bien connue du
leurre. Deux plans aux noms différents, mais aux contenus quasi identiques furent lancés dans le public et chacun eut ses détracteurs virulents et ses partisans enthousiastes : le
Rapport Aldrich qui faisait l'unanimité contre lui, était défendu par les Républicains et passait pour être le plan des trusts bancaires, et la
Loi de Réserve Fédérale, défendue par les Démocrates, était censée préserver les intérêts des citoyens.
Bien que le terme de «
Banque centrale» eût été soigneusement évité, c'était bien de cela qu'il était question dans les deux cas, pour le plus grand profit des banquiers, en application de la phrase du vieux, richissime et cynique John Pierpont Morgan :
«La Monnaie est une matière première» — à l'instar des pommes-de-terre ou des tomates — à cette petite différence près que les banquiers n'ont aucun mal à produire cette «matière première-là».
Cette conception agricole de la monnaie est un reflet fidèle de celle exposée par Jacques Attali :
«Pour le peuple juif, [...] écrit-il, il n'y a aucune raison d'interdire le prêt à intérêt à un non-juif, car l'intérêt n'est que la marque de la fertilité de l'argent». Mais usure interdite entre juifs.
Pour pimenter encore plus le stratagème,
Nelson Aldrich, qui venait de perdre son poste de Sénateur ainsi que Frank Vanderlip — les deux principaux meneurs de la cabale en faveur de Wall Street — attaquèrent violemment la
Loi de Réserve Fédérale, lui reprochant d'être beaucoup trop hostile aux banquiers. Comme justement le Congrès était lui aussi majoritairement hostile aux trusts, les congressistes furent dupes de cette rouerie et se ruèrent sur le leurre.
Les chapitres I à IV de l'ouvrage de Mullins qui traitent de la naissance de la FED sont dignes d'une enquête de Sherlock Holmes et se lisent comme un roman policier. Peu de membres du Congrès avaient eu le courage de s'opposer publiquement à l'un et à l'autre plan des banquiers. Le député
Charles Lindbergh fut l'un de ces opposants les plus combattifs. Père du célèbre aviateur, il avait déclaré le 15 décembre 1911 :
«Le gouvernement poursuit d'autres trusts en justice, mais il soutient le trust monétaire. J'ai attendu patiemment pendant plusieurs années l'occasion d'exposer le niveau erroné atteint par la masse monétaire et de montrer que le plus grand des favoritismes est celui que le gouvernement a étendu au trust monétaire».Le 23 décembre 1913, au moment où la loi fut votée, amer, il prononça au Congrès un discours prémonitoire, et plus actuel que jamais, compte tenu de ce que sont devenus Wall Street et la Fed :
«Cette Loi établit le trust le plus gigantesque de la terre. Lorsque le président signera ce projet de loi, un gouvernement invisible, celui de la puissance monétaire, sera légalisé. Le peuple peut ne pas s'en rendre compte immédiatement, mais le jour du jugement n'est éloigné que de quelques années. Les trusts réaliseront bientôt qu'ils sont allés trop loin, même pour leur propre bien. Pour se délivrer de la puissance monétaire, le peuple devra faire une déclaration d'indépendance. Il pourra le faire en prenant le contrôle du Congrès. [...] Ceux de Wall Street n'auraient pas pu nous tromper si vous, les Députés et les Sénateurs, n'aviez fait du Congrès une fumisterie. [...] Si nous avions un vrai Congrès du peuple, la stabilité règnerait. Le plus grand crime du Congrès est le vote de son système monétaire. Le pire crime législatif de tous les temps est perpétré par ce projet de loi bancaire. Les groupes parlementaires et les chefs de partis ont à nouveau agi et empêché le peuple d'obtenir le bénéfice de son propre gouvernement».Le député
Louis Mc Fadden avait, lui aussi, manifesté une opposition violente et écrivit :
«Un système bancaire mondial est en train de mettre en place un super État contrôlé par les banquiers internationaux. [...] Ils travaillent ensemble à l'asservissement du monde au nom de leur propre intérêt. La Fed a usurpé le pouvoir du gouvernement».
Car les circonstances du vote au Congrès avaient fait, elles aussi, l'objet de ruses, de manipulations, de tractations secrètes dans les coulisses, de marchandages. Là encore les deux mêmes larrons,
Paul Warburg et le
Colonel House, avaient été à la manœuvre. George Sylvester Viereck écrivit :
«Les Schiff, Warburg, Kahn, Rockefeller et Morgan avaient placé leur confiance en House. Lorsque la législation sur la Réserve Fédérale prit enfin une forme définitive, House fut l'intermédiaire entre la Maison Blanche et les financiers». (
George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932.)
L'opération de vote au Congrès se déroula cependant d'une manière extra-ordinaire dans ce genre d'enceinte. En effet, le
Federal Reserve Act fut présenté en catimini et dans une discrétion absolue, le 23 décembre 1913, dans la nuit, entre 1h30 et 4h30, au moment où les membres du Congrès étaient soit endormis, soit en vacances pour les fêtes de Noël.
7 – Lendemains qui déchantentLes députés démocrates présents étaient persuadés, à l'instar du président Wilson, qu'ils votaient contre le projet des banquiers et
«en faveur de la réduction des privilèges des banquiers». Il s'agit d'un stratagème classique, mais inusable. Le président Sarkozy l'a également utilisé avec succès en faisant voter par une majorité obséquieuse un traité de Lisbonne qui n'est que le frère jumeau d'un traité constitutionnel refusé par un referendum, et passé dans un shaker de manière à créer un désordre tel qu'il devenait difficile de s'y retrouver. Même magouille, même tromperie du peuple et même trahison des membres du Parlement.
Nietzsche nous avait prévenus :
«L'État ment dans toutes ses langues de la terre ; et, dans tout ce qu'il dit, il ment — et tout ce qu'il a, il l'a volé...» (Zarathoustra)
Et pendant ce temps, les journaux appartenant aux banquiers publiaient des articles délirants d'enthousiasme, chantaient la grâce du cadeau de Noël, prédisaient des lendemains qui chantent et une prospérité sans limites pour toutes les classes de la société.
Le lendemain du jour mémorable du vote, le 24 décembre 1913, le banquier
Jacob Schiff remerciait le diligent homme de l'ombre :
«Mon Cher Colonel House. Je veux vous dire un mot pour le travail silencieux, mais sans aucun doute efficace, que vous avez fait dans l'intérêt de la législation monétaire, et vous féliciter de ce que cette mesure a été finalement promulguée en loi. Tous mes meilleurs vœux. Sincèrement votre, JACOB SCHIFF».On ne peut s'empêcher de voir dans ce document le ton et le contenu du commanditaire à son subordonné et exécuteur.
Le président Wilson, pourtant «créé» par les banquiers et exceptionnellement favorable à leurs plans avait, à la surprise générale, renâclé au dernier moment et avait refusé de signer le décret destiné à donner force de loi à ce vote. Le banquier
Bernard Baruch, qui jouera un rôle capital dans la politique des États-Unis dans les années qui allaient venir, s'était précipité à la Maison Blanche et avait arraché l'accord du président qui contestait, non point le principe ou l'ensemble de la loi, mais des détails concernant les nominations à l'intérieur du système.
Néanmoins, en 1916 prenant tardivement conscience des conséquences de cette loi et des restrictions qu'elle apportait au pouvoir exécutif — le sien — il manifesta, des regrets et émit forces gémissements d'impuissance :
«Notre grande nation industrielle est contrôlée par leur système de crédit. Notre système de crédit est privatisé, c'est pourquoi la croissance du pays ainsi que toutes nos activités sont entre les mains d'une poignée d'hommes qui si nécessaire, pour des raisons qui leur sont propres, peuvent geler, vérifier et détruire la liberté économique. Nous sommes devenus un des plus mal gouvernés, des plus contrôlés et des plus soumis de tous les gouvernements du monde civilisé. Il ne s'agit plus d'un Gouvernement libre d'opinion ni d'un Gouvernement de conviction élu à la majorité mais d'un Gouvernement soumis à la volonté et à la fermeté d'un petit groupe d'hommes dominants». (
L'Économie Nationale et le Système Bancaire, document sénatorial N°3, N° 223, 76ème Congrès, 1ère session, 1939.)
C'est pourquoi les journalistes, et même les historiens qui attribuent la paternité de la FED au président Woodrow Wilson, alors que sa contribution à ce projet fut pratiquement nulle, ne connaissent pas les circonstances de sa venue au monde.
Jusqu'en 1910, le Colonel House s'attacha habilement à consolider son réseau new-yorkais et washingtonien, ainsi qu'à resserrer les liens tissés par son père avec les puissants groupes qui dominent Wall Street — les
Maisons Morgan,
Rockefeller, Dukes, Mellons, Brown-Harriman, Dillon-Reed, sans compter les
Carnegie, les Whitney ou les Vanderbilt. Au cours de son séjour en Europe durant l'été 1913, il tissera également des liens étroits avec les financiers de la City, notamment les
Rothschild et les
Warburg, dont la puissance financière dominait déjà secrètement l'Europe tout entière.
On ne peut qu'être frappé par l'étonnante homogénéité ethnique des grands financiers qui gravitèrent autour du Colonel House et plus généralement par celle de tous les banquiers de la City ou de Wall Street. Un co-religionnaire,
Jacques Attali, fournit quelques clés psycho-religieuses de ce phénomène dans un gros ouvrage à prétention historique,
Les juifs, le monde et l'argent, Fayard 2002 dans lequel il théorise la spécialisation des juifs dans le commerce de l'argent et justifie leur omniprésence dans cette activité :
«Pour les juifs, tirer un intérêt de l'argent n'est pas immoral. [...] L'argent est, comme le bétail, une richesse fertile, et le temps est un espace à valoriser. Pour les chrétiens, au contraire, comme pour Aristote et les Grecs, l'argent — comme le temps — ne produit pas en soi-même de richesse, il est stérile ; aussi faire commerce de l'argent est-il un péché mortel». (p. 120, coll. poche) Car, précise-t-il dans une interview donnée après la parution de son livre :
«Pour un juif, la pauvreté est intolérable. Pour un chrétien, c'est la richesse qui l'est».
Ces considérations psycho-théologico-monétaires éclairent quelque peu les motivations des grandes maisons bancaires anglaises — notamment celle des
Rothschild, de ses succursales et de ses alliés — au cours de la guerre qu'ils déclenchèrent pour la troisième fois depuis la naissance de cet État contre la loi fondamentale de Picrocholand.
Remonter à la source de la création de la FED, c'est donc découvrir que dès la naissance du nouvel État, les puissants banquiers de la City conduits par les clans
Rothschild et
Warburg avaient mené une guerre violente, obstinée et sournoise contre les principes que les pères fondateurs avaient voulu graver dans la
Constitution de 1787 inspirée par les philosophes libéraux. En effet, c'est dès son premier article, section 8, § 5 que la loi fondamentale précise avec force que
«c'est au Congrès qu'appartiendra le droit de frapper l'argent et d'en régler la valeur». Ses rédacteurs avaient précisément voulu éviter de reproduire le modèle anglais et sa banque centrale, propriété des actionnaires privés ; car comme disait Napoléon Bonaparte,
«La main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit» ?
L'opération de vote au Congrès se déroula cependant d'une manière extra-ordinaire dans ce genre d'enceinte. En effet, le
Federal Reserve Act fut présenté en catimini et dans une discrétion absolue, le 23 décembre 1913, dans la nuit, entre 1h30 et 4h30, au moment où les membres du Congrès étaient soit endormis, soit en vacances pour les fêtes de Noël.
En revanche, l'éditorial du
New York Times contenait un commentaire dithyrambique du projet. Il ne cachait pas son enthousiasme et dans son édition du 23 décembre 1913, il se félicitait de la
«vitesse sans précédent» qui avait marqué l'adoption de la loi et ajoutait qu'
«on voit la main excellente de Paul Warburg dans cette stratégie finale». Il ajoutait
«Le projet de loi portant sur les Opérations de banque et de Monnaie s'améliorait et devenait plus sain chaque fois qu'il passait d'une extrémité du Capitole à l'autre. Le Congrès a travaillé sous la surveillance publique dans la fabrication de ce projet de loi».Eustace Mullins, dans son excellent
Secrets de la Réserve Fédérale, dont je parlerai dans une deuxième partie, ajoute ce commentaire ironique
: «Par surveillance publique, le Times apparemment voulait désigner Paul Warburg, qui pendant plusieurs jours avait gardé un petit bureau dans le bâtiment du Capitole, où il dirigeait la campagne couronnée de succès d'avant-Noël de passer le projet de loi et où les Sénateurs et des Membres du Congrès venaient toutes les heures à sa demande pour conduire sa stratégie».Ce n'est que six ans après fameuse réunion de l'Ile Jekyll, en 1916, que
Bertie Charles Forbes en révéla l'existence dans la revue qu'il venait de fonder, le
Forbes Magazine. Le
Federal Reserve Act était voté et les dés étaient jetés depuis trois ans.
Depuis lors, l'île Jekyll a été vendue à l' État de Georgie et une maison porte une plaque sur laquelle est inscrite la phrase :
«Le système de la Réserve fédérale fut créé dans cette maison».
À suivre...
•
John Fitzgerald Kennedy et la nouvelle tentative de réforme financière
• Histoire de l'Histoire de la révélation au public du système de la Réserve Fédérale
• Ezra Pound et son combat contre l'usurocratie
• Le mécanisme de l'escroquerie de la Réserve Fédérale
• L'entrée en guerre des États-Unis
Bibliographie•
The intimate papers of Colonel House arranged as a narrative by Charles Seymour, Boston, New York : Houghton Mifflin Co, 1926-1928.
•
Philip Dru administrator : A story of tomorrow, 1912 (Ces deux textes sont disponibles en libre accès dans le Projet Gutenberg.)
• Arthur Howden Smith,
The Real Colonel House, Doran Company, New-York, 1918
• George Sylvester Viereck,
The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932.
• Une biographie plus récente vient de paraître : Godfrey Hodgson,
Woodrow Wilson's Right Hand : The Life of Colonel Edward M. House (Hardcover, 2006)
• Bien qu'il ne lui soit pas consacré dans sa totalité, l'ouvrage d'Eustace Mullins,
Secrets of the Federal Reserve, The London Connection• Jacques Attali
, Les juifs, le Monde et l'Argent, Histoire économique du peuple juif, Fayard 2002, (Livre de poche pour les références)
• S. Freud, W.C. Bullit, Payot 2005,
President T.W.Wilson, portrait psychologique, (livre de poche).
Aline de Diéguez (https://reseauinternational.net/author/alinededieguez/)
https://reseauinternational.net/la-naissance-maffieuse-du-dollar-2/