Pratiquer les vertus citoyennes

Libres commentaires => Asie, Pacifique => Guerre de l'empire USraélien contre l'Iran => Discussion démarrée par: JacquesL le 13 Mars 2026, 11:30:50 AM

Titre: La guerre contre l’Iran. Non, s’emparer de l’Île de Kharg n’est pas une option
Posté par: JacquesL le 13 Mars 2026, 11:30:50 AM
La guerre contre l'Iran. Non, s'emparer de l'Île de Kharg n'est pas une option

Publié le mars 13, 2026 (https://lesakerfrancophone.fr/la-guerre-contre-liran-non-semparer-de-lile-de-kharg-nest-pas-une-option) par Wayan (https://lesakerfrancophone.fr/author/wayan)

(https://lesakerfrancophone.fr/wp-content/uploads/2015-05-21_11h17_05.png)
Par Moon of Alabama (https://www.moonofalabama.org/2026/03/war-on-iran-no-taking-kharg-island-is-not-an-option.html) – Le 10 mars 2026

Lorsque les iraniens ont sérieusement commencé à exporter leur pétrole, elles ont rapidement rencontré un problème. La côte iranienne est relativement peu profonde. Les gros pétroliers ont beaucoup de tirant d'eau. Il était donc difficile pour l'industrie pétrolière iranienne de livrer de grandes quantités de pétrole brut à de gros navires.

Heureusement, il y avait une île près des eaux profondes à environ 15 miles au large des côtes iraniennes. Des tuyaux ont été posés depuis la partie continentale productrice de pétrole de l'Iran jusqu'à l'île et des jetées ont été construites pour pouvoir charger de très gros navires transportant du pétrole brut. Le nom de l'île est Kharg. Aujourd'hui, c'est pour 90% de tous les produits le principal terminal d'exportation de pétrole produit en Iran.

(http://www.moonofalabama.org/wp-content/uploads/2026/03/khark1-s.jpg)
Agrandir (http://www.moonofalabama.org/wp-content/uploads/2026/03/khark1.jpg)

Pendant des décennies, certains politiciens amateurs américains stupides ont rêvé d'aller s'emparer de Kharg (https://www.telegraph.co.uk/world-news/2026/03/09/kharg-island-iran-war-oil-trump/) pour prendre le contrôle de la production pétrolière iranienne :

CiterDans une interview accordée à un journal britannique en 1988, un magnat immobilier prometteur de New York, Donald Trump, a été interrogé sur ses projets pour l'avenir. Fidèle à lui-même, il avait beaucoup à dire, se vantant qu'il pourrait un jour se présenter à la présidence et jurant de regagner le « respect » de l'Amérique sur la scène mondiale. Il a également eu des mots sévères pour la République islamique d'Iran, déjà un ennemi juré de l'Amérique à la suite de la crise des otages américains de 1979.

« Ils nous ont battus psychologiquement, nous faisant passer pour une bande d'imbéciles », a déclaré Trump au Guardian. « Une balle tirée sur l'un de nos hommes ou navires, et ils verront à propos de l'île de Kharg. J'envahirais et je la prendrais ».

Plusieurs personnalités de l'administration Trump actuelle ont également estimé que prendre Kharg donnerait aux États-Unis une emprise sur toutes les exportations de pétrole iranien – maintenant et à l'avenir :

Citer« Ce que nous voulons faire, c'est retirer des réserves de pétrole aussi massives en Iran des mains des terroristes », a déclaré Jarrod Agen, conseiller à la Maison Blanche, dans une interview accordée ce week-end à Fox Business, qui a laissé entendre que Kharg est un élément central de la justification de l'opération Epic Fury.

Kharg est une île relativement plate de 4 miles de long et 2 miles de large avec peu de caractéristiques. Il est difficile de la défendre.

Les États-Unis ont récemment annulé un exercice militaire (https://www.washingtonpost.com/national-security/2026/03/06/army-82nd-airborne-iran/) (archivé (https://archive.ph/vg19q#selection-229.0-243.25)) de la 82e Division aéroportée qui pourrait être l'unité principale pour une opération américaine visant à prendre Kharg.

Mais il y a deux problèmes avec cela.

Le premier est de prendre et de tenir (https://policytensor.substack.com/p/why-the-us-is-facing-strategic-defeat) une île située très proche de l'Iran :

CiterL'idée de prendre l'île de Kharg est un projet totalement insensé. Vous ne pouvez pas le faire sans avoir supprimer la capacité de tirs iranienne. Non seulement elle est entièrement exposé aux missiles et aux drones iraniens, mais elle est aussi à portée de frappe de l'artillerie mobile iranienne. Si vous débarquez une division des marines, ils devront être évacués dans les heures qui suivent après avoir subi des dizaines, voire des centaines de victimes. L'ensemble du plan suppose que les États-Unis ont supprimé les tirs iraniens, alors que la suppression des tirs iraniens est le problème même qui doit être résolu par l'armée américaine.

Les rédacteurs du Telegraph semblent penser que le problème peut être surmonté en déployant les moyens (https://www.telegraph.co.uk/world-news/2026/03/09/kharg-island-iran-war-oil-trump/) de la marine américaine :

CiterSelon Ian Bremmer, consultant en risques politiques écrivant pour le site Web d'affaires mondiales GZERO Media : "L'île (Kharg) elle-même est moins de la moitié de la taille de Manhattan, n'est pas largement fortifiée et se trouve suffisamment isolée pour que les destroyers américains et les systèmes de défense aérienne rapprochés puissent établir un périmètre défensif crédible bien au large."

Comment pourrait-on déployer des destroyers américains dans le golfe Persique lorsque le détroit d'Ormuz est fermé ? Et combien de temps ceux-ci survivraient-ils tout en étant à portée des missiles anti-navires iraniens ?

Toute opération sur Kharg doit être faite par voie aérienne. Mais comment les soldats qui y sont déployés seraient-ils ravitaillés ? Comment évacuerait-on les lourdes pertes probables ?

Ce que The Telegraph omet de dire est que Bremmer est au courant du problème (https://www.gzeromedia.com/by-ian-bremmer/after-decapitation-whats-next). Il ne voit pas une attaque contre Kharg comme une solution à quoi que ce soit :

CiterL'Iran a encore des milliers de missiles à courte portée et de drones qui ne peuvent pas être supprimés. Ils ont montré qu'ils pouvaient frapper des navires et abattre des avions. Une opération pour s'emparer de Kharg nécessite de masser les forces américaines dans des eaux contestées contre un adversaire avec l'avantage du terrain et rien à perdre. Même un commandement et un contrôle iraniens dégradés peuvent se coordonner suffisamment pour transformer un assaut amphibie en un bain de sang que Trump ne serait pas en mesure de tolérer politiquement.
Et s'en emparer n'est que la moitié de la bataille. Admettons que les États-Unis prennent Kharg proprement et le tiennent. Maintenant, vous êtes coincé à occuper indéfiniment des infrastructures critiques au milieu du golfe Persique, à vous défendre contre un État hostile avec toutes les incitations à la reprendre en utilisant des drones, des mines, du sabotage, des attaques par procuration, du terrorisme et une lente attrition qui vous saignera pendant des années.

Considéré comme un problème opérationnel militaire, Kharg peut être prise, bien qu'au prix de lourdes pertes, et peut-être retenue pendant un mois à un an.

Mais ensuite, vous devrez faire face au deuxième problème.

Le Guide suprême iranien martyr Ali Khamenei avait menacé de renvoyer la balle pour tout ce qui est fait à l'Iran dans l'ensemble de la région du Golfe. Si l'Iran ne peut pas produire de pétrole, aucun autre pays ne pourra le faire. Si l'Iran est empêché d'exporter ses produits d'hydrocarbures, d'autres pays du Golfe le seront également. Comme l'a déclaré le secrétaire du Conseil de sécurité nationale iranien :

CiterAli Larijani – 10 mars 2026 à 12h28 UTC (https://x.com/alilarijani_ir/status/2031346339095752934)
Le détroit d'Ormuz sera soit un détroit de paix et de prospérité pour tous, soit un détroit de défaite et de souffrance pour les bellicistes.

Prenez Kharg et tous les ports d'exportation de la région du Golfe subiront des attaques soutenues à coup de missiles iraniens. Les dix jours de guerre passés ont déjà montré que l'Iran peut le faire. Aujourd'hui, la raffinerie d'Al Ruwais aux Émirats arabes Unis, la plus grande du Golfe avec une capacité de 900 000 barils par jour, a été fermée (https://x.com/andreas_krieg/status/2031350072814800916) après avoir été attaquée par des drones iraniens.

Si Kharg est prise et occupée par des soldats américains, les ports d'exportation de pétrole – Al Başrah en Irak, Mina Al Ahmadi au Koweït, Fujairah aux Émirats Arabes Unis, Ras Laffan et Mesaieed au Qatar et Ras Tanura en Arabie saoudite – seront tous soumis à des tirs iraniens soutenus.

Alors non. Prendre Kharg n'est pas une option.

Militairement, ce serait compliqué, causerait de graves pertes et s'avérerait insoutenable. Économiquement, ce serait catastrophique car l'Iran, une fois empêché d'exporter ses produits, pourra empêcher d'autres pays du Golfe de le faire.

Espérons que le Trump de 1988 soit depuis devenu un peu plus intelligent.


Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/la-guerre-contre-liran-non-semparer-de-lile-de-kharg-nest-pas-une-option
Titre: Ile de Kharg : engrenage fatal ou bluff ultime ?
Posté par: JacquesL le 14 Mars 2026, 03:57:25 PM
Ile de Kharg : engrenage fatal ou bluff ultime ?

(https://i0.wp.com/reseauinternational.net/wp-content/uploads/2026/03/Sans-titre-23-11.png?resize=740%2C431&ssl=1)

par Covidémence

Tout se précipite.

– les États-Unis ont bombardé l'île iranienne de Kharg. Trump s'en vante dans un message rageur (https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/116224324444349237)

– Ils déploient un contingent de 5000 marines (groupe amphibie USS Tripoli, port d'attache au Japon)

Ce bombardement est un développement majeur. L'île avait été soigneusement épargnée jusqu'à présent.

Ce point est d'ailleurs essentiel : à part quelques attaques sur des dépôts pétroliers, des raffineries... les belligérants n'ont JAMAIS tenté de détruire TOTALEMENT les grosses infrastructures pétrolières et gazières dans la région. Coups retenus.

Du côté iranien : si le pays peut frapper à loisir les bases US dans le golfe Persique et les villes israéliennes... il est évident qu'il pourrait annihiler Ras Laffan au Qatar par exemple (plus gros exportateur mondial de gaz naturel liquéfié). Le GNL ne fait généralement pas bon ménage avec des explosifs...

Et du côté israélo-américain, la cible est toute désignée, clignotant de mille feux : l'île de Kharg, les «joyaux de la couronne» comme le rappelle Trump lui-même dans son message. L'île, située à 25 km des côtes, assure 90% des exportations iraniennes de brut (1,5 à 2 millions de barils par jour).

Cet équilibre de la terreur est aujourd'hui mis à mal.

Trump pose publiquement les bases de l'escalade : l'armée US a détruit SEULEMENT les équipements militaires sur Kharg.

Si le détroit d'Ormuz n'est pas rouvert alors il reconsidérera sa décision de ne pas frapper les installations pétrolières.

Il s'agit donc d'un ultimatum.

Problème : c'est du bluff.

D'abord dans la forme. Trump décrit dans son message «one of the most powerful bombing raids in the History of the Middle East». Toujours cette emphase absurde. La perte principale semble être la piste d'atterrissage.

En outre, le bluff est évident quand on fait le lien avec l'annonce des 5000 marines.

Le plan américain se révèle comme un enfant ouvrant ses cadeaux devant un sapin de noël : ils veulent SAISIR l'île. On tout cas le faire croire.

Tout le monde comprend qu'une force de 5000 marines ce n'est pas pour rejouer le 6 juin 1944 en Iran. Mais sur l'île (20 km2), pourquoi pas ?

Quant à détruire les infrastructures pétrolières... le monde aurait du mal à se passer de 1,5 à 2 millions de barils par jour.

L'Iran pourrait en outre détruire ses propres installations (en cas de débarquement) et celles du Qatar ou de l'Arabie saoudite (pour se venger).

On reformule : si Kharg saute alors le monde saute (grosso modo).

Le cliquet est donc dangereux. La balle est désormais dans le camp iranien.

– l'Iran DOIT répliquer à l'attaque américaine contre son île car ses INTERETS VITAUX sont en jeu. Trump cherche-t-il pousser l'Iran à commettre le pas de trop ? Ou une fois de plus, croit-il en son propre hubris ?

– ensuite, si les Marines tentent réellement de débarquer sur l'île, alors l'Iran pourrait massacrer le contingent en détruisant ses propres installations, ou des installations similaires dans le golfe persique. Double prix... bien trop élevé pour Trump.

– Il est peu probable que Téhéran accepte les termes de l'ultimatum et lâche sa main mise sur le détroit d'Ormuz.

Le piège est donc tendu :

– ne pas réagir : défaite psychologique importante (intérêts vitaux foulés aux pieds). Cette non réaction pouvant mener à une autre défaite, stratégique et économique cette fois : la perte de l'île (via débarquement/occupation ou destruction).

– réagir : le saut dans le vide, dans l'inconnu

Alors coup de bluff ou escalade fatale ?


Source : Covidémence (https://covidemence.com/2026/03/14/ile-de-kharg-engrenage-fatal-ou-bluff-ultime/)

https://reseauinternational.net/ile-de-kharg-engrenage-fatal-ou-bluff-ultime/