Pratiquer les vertus citoyennes

Libres commentaires => Technologie et travail => Discussion démarrée par: JacquesL le 08 Août 2025, 05:24:04 PM

Titre: Le charbon Ibbenbüren : l’écologisme contre le bon sens (épisode 1)
Posté par: JacquesL le 08 Août 2025, 05:24:04 PM
Le charbon Ibbenbüren : l'écologisme contre le bon sens (épisode 1)

(https://i0.wp.com/reseauinternational.net/wp-content/uploads/2025/08/Sans-titre-5-2.png?resize=740%2C431&quality=100&ssl=1)

par Serge Van Cutsem

Charbon vert, absurdité noire : la tragédie silencieuse d'Ibbenbüren

C'est une histoire à peine croyable, et pourtant, elle est vraie, vérifiable, et symbolique de ce qu'est devenu l'écologisme politique1 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-1-475570) : une succession de décisions absurdes prises au nom d'une idéologie déconnectée de la réalité physique, énergétique et industrielle. Elle est d'autant moins contestable qu'elle ne provient pas d'un blog ou d'un militant, mais directement d'un client et ami belge de longue date. Cette entreprise belge, qui importe du charbon depuis un siècle, m'a révélé ce que je n'avais jamais pris le temps d'observer : que le charbon que je pensais encore allemand ne venait plus d'Allemagne.

Mais revenons d'abord au à l'origine de cette histoire. La ville d'Ibbenbüren, située en Rhénanie-du-Nord Westphalie (Allemagne), est depuis longtemps associée à l'exploitation du charbon. Sa mine d'anthracite était l'une des plus modernes d'Europe. À elle seule, elle produisait annuellement près de 1,5 million de tonnes de charbon de très haute qualité2 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-2-475570), avec un fort pouvoir calorifique et un faible taux de matières volatiles. Mieux encore, cette mine était entièrement mécanisée, automatisée, et directement connectée à la centrale électrique voisine, exploitée par RWE Power AG. L'ensemble était local, efficace, stable, fiable, et permettait d'alimenter le réseau allemand sans importations ni transports inutiles.

Mais en 2018, dans le cadre du programme politique de sortie du charbon (Kohleausstieg)3 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-3-475570), l'Allemagne a officiellement mis fin à l'exploitation charbonnière nationale. La mine d'Ibbenbüren a été fermée avec tambours et trompettes. C'était censé être un acte historique, une grande victoire de la transition énergétique allemande. Une cérémonie a eu lieu, où des ministres et des représentants syndicaux ont symboliquement remis le dernier morceau de charbon extrait. Les médias mainstream allemands et européens ont salué ce geste écologiste.

Sauf que... La centrale électrique d'Ibbenbüren n'a pas été fermée simultanément et elle a continué à fonctionner jusqu'en 2021 et avec quel charbon ? Avec du charbon importé depuis l'étranger, transporté par bateaux sur des milliers de kilomètres, notamment depuis l'Afrique du Sud, l'Australie, la Colombie ou le Kazakhstan4 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-4-475570). Ces cargaisons étaient acheminées vers les ports allemands ou hollandais (Rotterdam, Hambourg, Wilhelmshaven)5 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-5-475570) puis transportées jusqu'à la centrale par voie ferroviaire. En résumé, on a remplacé une exploitation locale propre et optimisée par une importation énergivore, coûteuse et à empreinte carbone très nettement plus élevée que celle de la centrale.

Le paradoxe est là et il est total : la mine ferme au nom du climat et la centrale continue à tourner avec du charbon encore plus polluant.

Après que cette centrale ait fermé ses portes, en juillet 2021 alors qu'elle disposait d'un permis d'exploitation jusqu'en 20256 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-6-475570), on aurait pu s'attendre à ce qu'un système de production équivalent, pilotable, fiable et local, prenne le relais mais il n'en a rien été. Au contraire, le site a été démoli en 2025, dans un geste aussi symbolique que idéologique, et racheté par Amprion, un gestionnaire de réseau, pour y implanter une station de conversion baptisée BalWin2. Cette installation n'est pas une centrale, elle ne produit rien par elle-même. Elle est censée injecter dans le réseau l'électricité issue des éoliennes offshore situées en mer du Nord, quand il y a du vent. Mais quand le vent tombe, ce qui arrive régulièrement en hiver (les fameux épisodes de dunkelflaute), la station reste muette. Aucune production locale, aucun stockage, aucun secours, juste une coquille vide en attente d'énergie lointaine et aléatoire. Ainsi, à la place d'une centrale capable de produire 794 MW à la demande, jour et nuit, on installe une structure qui dépend totalement de conditions climatiques instables et de câbles sous-marins de plusieurs centaines de kilomètres. En d'autres termes : on n'a pas remplacé la centrale, on l'a effacée et on a prié pour que le vent souffle.

Mais cette absurdité n'est pas isolée. En France, la centrale nucléaire de Fessenheim (zéro CO₂) a été fermée en 20207 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-7-475570) sous pression politique, mais EDF a réactivé des centrales à charbon et gasoil pour compenser, tout en important de l'électricité allemande issue du lignite. En Belgique, la sortie anticipée du nucléaire a entraîné la réouverture de centrales à gaz et des discussions sur l'achat de capacité nucléaire française. En Italie, depuis l'embargo sur le gaz russe, des centrales thermiques au charbon indonésien ont été remises en service.

Le cas d'Ibbenbüren est donc un symbole. Il illustre ce que devient l'Europe quand elle confond écologie et écologisme, science et croyance, pragmatisme et morale. On préfère le geste spectaculaire à la cohérence technique. On saborde des outils efficaces au nom de dogmes. On externalise la pollution pour mieux prétendre à la vertu.


Ceux qui paient l'addition

L'histoire ne s'arrête pas à ce scandale Ibbenbüren. En Belgique, certains citoyens, souvent parmi les plus modestes, se chauffent encore au charbon par nécessité. Cette même société importatrice et fournisseur de ces clients modestes, devait continuer à les approvisionner tant bien que mal. Mais depuis la disparition du charbon allemand, elle a dû chercher un combustible équivalent, le plus proche possible en qualité. C'est aujourd'hui du charbon... vietnamien8 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-8-475570). Oui, du Vietnam. Il traverse la planète pour atterrir dans des caves wallonnes. Et comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement belge a choisi d'augmenter la TVA sur le charbon domestique de 12% à 21%9 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-9-475570), pénalisant un peu plus ceux qui n'ont ni pompe à chaleur, ni isolation passive, ni Tesla dans un parking chauffé.

Conclusion ? L'idéologie écologiste n'a tué que le charbon local car elle l'a simplement rendu plus cher, plus lointain, plus polluant et plus injuste.

Cette anecdote révèle que le bon sens a disparu des décisions publiques et que la logique industrielle, la proximité et la cohérence écologique sont aujourd'hui sacrifiées sur l'autel d'une pensée magique et qu'à force de vouloir paraître verts, nous sommes en train de devenir gris et idiots.

Et le plus grave, c'est peut-être que cette folie est encore présentée comme un modèle.10 (https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/#easy-footnote-bottom-10-475570)


Conclusion, mais pas fin

Le charbon Ibbenbüren n'a pas réellement disparu, il a juste changé de nom et de provenance. Ce n'est pas une exception, c'est un symptôme. Un exemple frappant d'un monde où l'on détruit ce qui fonctionne pour faire semblant de bâtir du neuf, où l'on sacrifie la logique industrielle et la proximité énergétique, au profit d'un dogme injustifié, très rentable pour certains, ruineux pour les autres.

En effet, pourquoi fermer une mine automatisée et moderne, pour importer du charbon sale depuis l'autre bout du monde ? Pourquoi saboter sa propre souveraineté énergétique tout en prétendant sauver le climat ?  Pourquoi pénaliser les plus modestes pendant qu'on subventionne les grands groupes du «green deal» ?

La réponse est aussi claire qu'elle est dérangeante et elle ne tient pas dans les discours des écologistes qui sont les idiots utiles. Elle tient dans les flux d'argent, les rapports de force, et les récits officiels soigneusement entretenus.

C'est précisément ce que j'aborderai dans le second chapitre : Aller jusqu'au bout de ce voyage en Absurdie et expliquer à qui profite ce sabotage suicidaire.





https://reseauinternational.net/le-charbon-ibbenburen-lecologie-contre-le-bon-sens-episode-1/