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Libres commentaires => Asie, Pacifique => Discussion démarrée par: JacquesL le 05 Juin 2024, 01:45:46 PM

Titre: Tianenmen. De la crise sociale au putsch avorté
Posté par: JacquesL le 05 Juin 2024, 01:45:46 PM
Tianenmen. De la crise sociale au putsch avorté

Publié le juin 5, 2024 (https://lesakerfrancophone.fr/tianenmen-de-la-crise-sociale-au-putsch-avorte) par Wayan (https://lesakerfrancophone.fr/author/wayan)



Puisque tous les 4 juin les médias occidentaux en profitent pour ressortir l'intox du « massacre de Tiennanmen », afin de dénigrer la Chine, les analystes alternatifs en profitent aussi pour tenter de rétablir les faits. Bruno Guigue nous explique ce qu'il s'est réellement passé à Pékin à cette époque.


Par Bruno Guigue − Le 4 juin 2024 − Source  (https://web.facebook.com/bruno.guigue.10/posts/pfbid02bv1kxv7Tw5FLnNcgKRhekiqFN51p1d8P3KGotFenDehxNp1E5LxT2mA4wa6VjjyXl?__cft__%5B/font)
(https://i.pinimg.com/originals/08/dc/28/08dc2886a0492446a12bf2fcef8b475d.jpg)
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La lutte entre les deux groupes s'intensifie en décembre 1986 lorsque des manifestations étudiantes en faveur de la «liberté» et de la «démocratie» se déroulent dans les grandes villes. Cette contestation fait écho au mouvement lancé dès 1978 par des intellectuels comme Wei Jingshen qui réclamaient une «cinquième Modernisation», c'est-à-dire un régime démocratique, en référence aux «quatre Modernisations» prônées par Zhou Enlai. Véhiculées par des «journaux souterrains», leurs idées rencontrent un écho limité, mais elles vont ensemencer le mouvement qui se transformera en lame de fond dans les milieux intellectuels durant la crise de 1989. Lors des manifestations de 1986, les conservateurs du parti se saisissent de l'occasion pour critiquer l'action de Hu Yaobang. Les réformes qu'il a engagées de 1980 à 1987 sont contestées par une fraction importante de l'appareil dirigeant. Même s'ils comprennent la nécessité de transformer l'économie, ces responsables craignent la déstabilisation de l'ensemble de la société. Afin de résoudre cette contradiction au sommet, Deng Xiaoping fait mettre Hu Yaobang en minorité en janvier 1987 au profit de Zhao Ziyang, qui le remplace comme secrétaire général du parti après avoir été premier ministre. Au XIIIe Congrès, le nouveau dirigeant fait adopter une série de mesures en faveur d'une large décentralisation des pouvoirs, de façon à clarifier les relations entre le centre administratif du pays et les échelons régionaux ou locaux.[/font][/size][/color]
Cette timide tentative de réforme politique, toutefois, va se heurter à l'aggravation de la crise sociale. Avec «la réforme et l'ouverture», la mutation de l'économie a bâti le socle industriel d'une croissance sans précédent. Mais ce changement de paradigme soumet les Chinois à rude épreuve. La transition d'une économie collectivisée à une économie mixte secoue les fondements de la société. La mise en œuvre des réformes génère de nouvelles contradictions. Dans le monde rural, l'introduction des mécanismes de marché souligne la surabondance de la main d'œuvre agricole. La Chine compte au moins 200 millions de paysans sans emploi permanent ou dont la productivité demeure très faible. La libéralisation des prix provoque également des poussées inflationnistes, la population ayant tendance à consommer davantage en réaction à l'austérité de la période antérieure. Les réformes économiques creusent les inégalités sociales et provoquent une dégradation du rapport à la loi, entraînant l'explosion de la corruption, de la délinquance et de la criminalité. De surcroît, ce malaise social est aggravé par la conjoncture internationale : la crise du système soviétique suscite des interrogations sur la pérennité du système chinois. Au printemps 1989, pour juguler l'inflation, le gouvernement doit annoncer une politique d'austérité.
En cette année cruciale, la situation est paradoxale. Alors que le pays est en pleine croissance et que la consommation s'envole, les contradictions s'accumulent : la transition vers l'économie de marché déstabilise la société, elle provoque une frénésie de consommation tout en générant de nouvelles frustrations. Dans les villes, la perspective des réformes liées à l'économie de marché inquiète les ouvriers des entreprises publiques, attachés au «bol de riz en fer» que le système maoïste leur a accordé. Deng Xiaoping, à l'été 1987, identifie la cause du malaise : «Les erreurs commises ces dernières années l'ont été en raison d'espoirs trop grands et d'une rapidité excessive, ne tenant pas compte de la réalité du pays». La Chine populaire était-elle prête à une mutation aussi vive de ses valeurs ? Elle méprisait le profit et condamnait l'individualisme. Or les dirigeants les désignent désormais comme les moteurs du progrès. Sans avoir vraiment adopté le capitalisme, le pays doit en subir les inconvénients. Aggravant cette atmosphère de crise, l'inflation provoque un mécontentement général tout en permettant à une poignée de spéculateurs de s'enrichir. Les salaires ne suivent pas, et le niveau de vie des travailleurs en pâtit.[/font][/size][/color]
«Les étudiants entassés à huit dans une chambre mal chauffée, les intellectuels dont le salaire n'arrive jamais à rattraper la hausse des prix, ne sont pas sans rappeler les lettrés sans emploi de l'ancienne Chine : misère et suspicion», explique Alain Peyrefitte dans La Tragédie chinoise. «Seuls 5% de la masse des élèves sortant du secondaire, soit environ 2% d'une classe d'âge, sont admis dans l'enseignement supérieur. Ils appartiennent pour la plupart aux milieux dirigeants. Et pourtant, rien ne semble moins urgent aux dirigeants que de donner à la jeunesse de bonnes conditions de travail. L'État, pauvre, assure ne pouvoir consacrer plus de 4% de son budget à l'éducation. La vie des campus frise l'indigence. Partout, la saleté. L'électricité est coupée fréquemment, autant par pénurie que pour décourager les veillées où les conciliabules s'échauffent». Mais ce n'est pas tout. La frustration des étudiants s'aiguise lorsqu'ils comparent leur situation à celle des étudiants occidentaux. «Si l'on ajoute que les disciplines restent empreintes d'idéologie ennuyeuse, que les perspectives d'avenir pour l'étudiant qui réussit sont limitées aux murs pisseux des administrations de l'État ou des provinces, on conçoit que la jeunesse universitaire chinoise rêve des campus américains».1 (https://lesakerfrancophone.fr/tianenmen-de-la-crise-sociale-au-putsch-avorte#fn-123827-1) Cette jeunesse subit aussi la rancune d'un parti dominé par des paysans, ouvriers et soldats qui continuent à lui faire payer sa «mauvaise origine de classe». La moitié des cadres du parti ont été recrutés sous la Révolution culturelle, et ils en partagent les valeurs égalitaires. Or le rétablissement de la sélection sur des critères académiques pour entrer à l'Université a évincé les candidats d'origine ouvrière ou paysanne, nourrissant le ressentiment des membres du parti à l'égard des étudiants.[/font][/size][/color]
Attirée par les images venant du monde développé, une partie de la jeunesse étudiante va réclamer des réformes démocratiques. C'est du moins ce que retiendront les médias occidentaux, faisant fi de la complexité du mouvement. Le point de départ de la contestation est l'hommage que veulent rendre les étudiants à l'ancien dirigeant Hu Yaobang, écarté du secrétariat général du parti en 1987 et décédé d'une crise cardiaque le 15 avril 1989. Parce qu'il a été limogé sous la pression des conservateurs, les étudiants lui attribuent à titre posthume l'intention d'avoir tenté de mener des réformes démocratiques et manifestent lors de ses funérailles le 22 avril. Les autorités réagissent de façon confuse. La police a pour consigne de ne pas intervenir, ce qui donne aux contestataires l'impression qu'ils ont carte blanche pour accentuer la pression sur les autorités. Pourtant, le 26 avril, Deng Xiaoping approuve un éditorial du Quotidien du Peuple qui accuse les manifestants de participer à une «conspiration bien planifiée pour semer la confusion dans le peuple et plonger le pays dans les troubles». En révélant l'intransigeance du pouvoir, cette intervention accélère le mûrissement de la crise. Zhao Ziyang, de son côté, cherche à ramener le calme en discutant avec les porte-parole du mouvement, et le 3 mai il qualifie leur mouvement de «patriotique». Mais il ne parvient pas à convaincre ses collègues de retirer l'éditorial du 26 avril et il y perd sa crédibilité.[/font][/size][/color]
«C'était inattendu parce que le pétrole était rationné et difficile à obtenir pour les gens ordinaires. Les soldats qui ont réussi à s'enfuir des bus enflammés ont été battus à mort. Le mot massacre pourrait être utilisé pour cette atrocité – bien qu'elle ne rentre pas dans le narratif occidental, puisque ce sont des soldats qui sont morts. D'autres militaires sont arrivés à Muxidi et, outragés par la vue de leurs collègues massacrés, ils ont tiré sur les manifestants : il y eut davantage de morts, cette fois parmi les civils».6 (https://lesakerfrancophone.fr/tianenmen-de-la-crise-sociale-au-putsch-avorte#fn-123827-6) Les affrontements se multiplient aussitôt. Selon le Washington Post du 5 juin 1989, «les combattants antigouvernementaux sont organisés en formations de 100 à 150 personnes. Ils sont armés de cocktails Molotov et de matraques en fer, pour affronter l'APL qui n'était toujours pas armée les jours précédant le 4 juin». Les soldats capturés dans les transports de troupes sont lynchés ou brûlés vifs. Le 3 juin, le bilan s'élève déjà à quinze militaires et quatre manifestants tués. Plusieurs dizaines de véhicules militaires sont à nouveau incendiés par les émeutiers. C'est le chaos. Le gouvernement ordonne alors à l'armée de reprendre le contrôle des ruelles. Dans la nuit du 3 au 4 juin, les militaires entrent massivement dans la ville et répriment l'émeute. Mais il n'y a aucun combat sur la place Tian'anmen, et aucun char n'écrase de manifestant. Après les événements du 4 juin, le gouvernement estime le nombre de victimes à 300 personnes, soldats et émeutiers confondus. Un bilan que le monde occidental qualifie aussitôt de mensonger, et ses médias parlent de 1 000 à 3 000, puis finalement de «10 000 victimes».[/font][/size][/color]
Tous ceux qui dénonceront avec indignation le «massacre de la place Tian'anmen» ont un point commun : ils n'y étaient pas. Auteur d'un ouvrage pour lequel il a réalisé sur place deux cents entretiens avec les auteurs du drame, Alain Peyrefitte confie ses interrogations : «J'arrivai à Pékin, au mois d'août, persuadé, d'après les récits de la presse occidentale et d'après ce que j'avais vu de mes yeux parmi les images des télévisions, que les chars chinois, débouchant sur Tian'anmen, avaient massacré la foule des étudiants pris au piège : à coups de canons et de mitrailleuses lourdes, ou sous les chenilles des blindés, l'armée y avait fait un affreux carnage. Or, à ma grande surprise, les observateurs occidentaux demeurés à Pékin – diplomates ou journalistes – ainsi qu'Amnesty international ne démentaient pas la version officielle : l'armée n'aurait pas tiré sur la place, si ce n'est en l'air ; le quadrilatère occupé depuis sept semaines aurait été évacué pacifiquement. Certains disaient qu'ils ne pouvaient rien affirmer, les témoignages qu'ils avaient recueillis étant trop divergents. Depuis lors, j'ai retrouvé la trace de précieux témoins qui se trouvaient sur Tian'anmen pendant la nuit. Plusieurs s'estimaient obligés de confirmer la version officielle des autorités chinoises».7 (https://lesakerfrancophone.fr/tianenmen-de-la-crise-sociale-au-putsch-avorte#fn-123827-7)[/font][/size][/color]
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