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Trump se rend en Chine, mais c’est l’Iran qui détient toutes les cartes

Démarré par JacquesL, 08 Mai 2026, 03:23:24 PM

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JacquesL

Trump se rend en Chine, mais c'est l'Iran qui détient toutes les cartes




par Pepe Escobar

Il y a quelques jours, Araghchi s'est rendu en Russie. En début de semaine, Araghchi s'est rendu en Chine.

Ces deux voyages reflètent en toute splendeur la puissance du nouveau triangle Russie-Iran-Chine, qui s'est imposé comme le moteur de l'intégration eurasiatique et de la multipolarité.

Certaines des observations du ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi aux médias iraniens étaient tout à fait fascinantes. Par exemple :

«Nos amis chinois estiment que l'Iran d'après-guerre est différent de l'Iran d'avant-guerre. Son rayonnement international s'est amélioré, et il a démontré ses capacités et sa puissance. Par conséquent, une nouvelle ère de coopération entre l'Iran et les autres pays s'annonce».

C'est un code pour dire que Pékin reconnaît désormais – et soutient – Téhéran en tant que grande puissance mondiale.

Le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, a quant à lui donné la définition définitive de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran : «illégitime».

C'est une façon détournée de dire que tout ce qui touche à cette guerre de choix, de ses causes à ses innombrables conséquences, est enlisée dans un marécage d'illégalité.

Wang a formulé l'initiative diplomatique chinoise avec la politesse qui le caractérise : «Nous sommes prêts à poursuivre nos efforts pour réduire l'intensité des tensions».

Mais il s'est montré bien plus catégorique quant à la voie vers une résolution : «La Chine estime qu'une cessation complète des hostilités est impérative, que la reprise du conflit est inacceptable et que la poursuite des négociations est particulièrement importante».

Cela devrait constituer le préambule d'une véritable négociation menant à la fin de la guerre – et de toutes les guerres – au Moyen-Orient contre l'ensemble de l'Axe de la Résistance. C'est exactement la position iranienne.

Wang Yi a souligné que «la Chine soutient l'Iran dans la sauvegarde de sa souveraineté et de sa sécurité nationales et apprécie la volonté de l'Iran de rechercher une solution politique par la voie diplomatique».

C'est un code pour un soutien total de la Chine aux droits souverains et à la diplomatie – et non à l'intimidation.

Le détroit d'Ormuz est absolument vital pour la Chine en raison de ses importations d'énergie, non seulement en provenance d'Iran, mais aussi des monarchies pétrolières du Golfe. La position de Pékin doit donc être nuancée :

«La communauté internationale partage une préoccupation commune pour le rétablissement d'un passage normal et sûr dans le détroit, et la Chine espère que les parties concernées répondront rapidement aux appels pressants de la communauté internationale».

C'est un code pour signifier la fin du blocus américain tout en manifestant simultanément le respect du nouveau système juridique en Ormuz que Téhéran est en train de mettre en place.

Sur la question nucléaire, «la Chine apprécie l'engagement de l'Iran à ne pas développer d'armes nucléaires, tout en reconnaissant le droit légitime de l'Iran à l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire».

C'est exactement la position de Téhéran – en contraste frappant avec celle de Trump 2.0.


Bienvenue dans le nouvel ordre du Moyen-Orient

La Chine, par la voix de Wang Yi, a clarifié trois points essentiels : le soutien à toutes les revendications raisonnables de l'Iran ; le soutien au retrait des bases militaires américaines dans le golfe Persique ; et la participation active à la reconstruction de l'Iran après la guerre.

Parallèlement, Pékin exhorte les pays arabes à se ressaisir et à œuvrer à un nouveau cadre de sécurité – excluant l'Empire du chaos, des mensonges et, depuis peu, de la piraterie (ce que le président américain a pleinement admis). Encore une fois : c'est exactement la position de Téhéran.

Avec une finesse proverbiale, Pékin s'aligne de facto sur l'ancien commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), Mohsen Rezaee, conseiller militaire en chef du nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei.

Pékin comprend parfaitement comment Téhéran présente la résistance comme un atout stratégique. Pour la nouvelle configuration du pouvoir à Téhéran, la guerre a consisté à survivre à une pression maximale – et à des bombardements dévastateurs ; à absorber et contrôler le piège de l'escalade ; et à refuser de céder face à la coercition militaire et économique.

Tout cela, pris dans son ensemble, ne saurait être plus stratégique. On voit ici l'endurance se transformer en capital politique. Et cela se traduit instantanément à la table des négociations, malgré des pertes tactiques (aucune d'entre elles n'est stratégique).

Cette compréhension se reflète sans doute dans les deux formulations clés d'Araghchi et de Wang Yi. Examinons-les côte à côte.

L'Iran «soutient la mise en place d'une nouvelle architecture régionale d'après-guerre capable de coordonner le développement et la sécurité».

La Chine «soutient la mise en place d'une architecture régionale de paix et de sécurité dans laquelle les pays de la région participent conjointement, préservent leurs intérêts communs et parviennent à un développement commun».

Cette nouvelle architecture est le nouvel ordre du Moyen-Orient.

Il n'est donc pas étonnant que l'univers de Trump 2.0 soit déconcerté.

Car ce nouvel ordre du Moyen-Orient est un microcosme, directement lié au macrocosme du Nouvel Ordre Mondial, dont la Chine est l'un des principaux moteurs, aux côtés de la Russie.

La Russie se concentre sur la mise en œuvre, à long terme et contre toute attente, d'un Partenariat de la Grande Eurasie, qui s'étend à l'Afro-Eurasie.

Pékin est bien plus ambitieux. Essentiellement, tout s'inscrit dans le cadre des Quatre Initiatives mondiales. La dernière en date est l'Initiative de gouvernance mondiale, lancée lors du sommet de l'OCS Plus à Tianjin en septembre dernier.

Elle fait suite aux Nouvelles Routes de la Soie, ou BRI (Initiative Ceinture et Route), qui ont ensuite donné naissance aux trois premières initiatives mondiales : l'Initiative pour le développement mondial, l'Initiative pour la sécurité mondiale et l'Initiative pour la civilisation mondiale – jusqu'à la gouvernance mondiale.

Dans l'ensemble, cela constitue la feuille de route chinoise pour «construire une communauté d'avenir partagé pour l'humanité» ; l'alternative de facto au libéralisme occidental en déclin. L'ambition est, en effet, mondiale.


Chine-Iran : une vision parfaitement alignée au Moyen-Orient

Ce qui est déjà tout à fait clair, c'est que la Chine et l'Iran partagent une vision parfaitement alignée au Moyen-Orient ; c'est d'ailleurs le fondement de leur confiance et de leur dépendance mutuelles. Pékin et Téhéran comprennent à quel point l'histoire de l'après-guerre a été essentiellement celle d'un Washington utilisant le Moyen-Orient pour contrôler la planète via une obsession du pétrole.

Tout comme Téhéran a beaucoup appris de la «voie chinoise de la guerre» – «paraître faible quand on est fort», et indifférent quand on est en pleine guerre –, le voyage d'Araghchi à Pékin était essentiel pour consolider à nouveau le partenariat stratégique. Tout comme la Russie s'est engagée à fond – comme l'a confirmé la rencontre à Saint-Pétersbourg entre Araghchi et Poutine –, la Chine se positionne en tant que «soutien indéfectible».

Soit dit en passant, les pétroliers chinois continuent de transiter quotidiennement par le détroit d'Ormuz. Pas un mot de la part de Washington.

Vient ensuite le mépris total de la Chine face au dernier volet des sanctions.

Jusqu'à récemment, la Chine contournait les sanctions américaines de manière officieuse et/ou par le biais d'intermédiaires. Aujourd'hui, elle déclare officiellement ne pas reconnaître les sanctions unilatérales des États-Unis contre l'Iran ou la Russie, par exemple, ainsi que les sanctions contre ses propres raffineries de pétrole.

Nous sommes en pleine guerre froide financière et face à une offensive du RIC (Russie, Iran, Chine) visant à amputer définitivement le pouvoir de l'obsession des sanctions.

L'Iran a été complètement exclu de SWIFT en 2012. Téhéran a donc procédé à une refonte du système, en capitalisant sur l'expérience acquise lors de la mise en place d'une architecture commerciale parallèle.

L'Iran effectue la majeure partie de ses échanges transfrontaliers en yuans, roubles, roupies, dirhams des Émirats arabes unis (ce qui n'est plus le cas désormais) et dinars irakiens. La Chine représente jusqu'à 35% du commerce total de l'Iran. Tout est réglé en yuans ou par troc.

L'Iran et la Russie ont officialisé en 2023 un système de règlement monétaire contournant totalement SWIFT, reliant le SEPAM iranien et le SPFS russe. Au cours de la première phase du «péage» dans le détroit d'Ormuz – le mécanisme est constamment ajusté et rationalisé –, un mode de paiement clé passait par le CIPS chinois.

Le péage est inévitable. Téhéran est pleinement conscient que Trump n'acceptera jamais de payer des réparations pour la guerre illégale qu'il a déclenchée, et sait également que des manipulations grossières sont inévitables lorsqu'il s'agira de lever le gel des fonds iraniens.

Le péage pourrait servir de substitut à l'obtention de réparations et permettre de percevoir une somme équivalente aux fonds iraniens gelés dans les banques occidentales ; il forcera également l'Occident à lever les sanctions contre les banques iraniennes et le système financier iranien.

Après tout, Téhéran a déjà clairement indiqué que seules ses banques sont autorisées à percevoir les droits de passage dans le détroit d'Ormuz.
Traduction : chaque pays qui doit transiter devra traiter avec le système financier iranien.

De plus, ces droits aideront l'Iran à reconstruire ses infrastructures détruites.


Faire face à la vulnérabilité structurelle des États-Unis

Les États-Unis ne jouent même pas aux dames, sans parler du poker. La Chine joue au weiqi («go»). Le weiqi consiste à façonner le plateau, lentement mais sûrement, en sacrifiant un détail ici et là pour une suprématie globale. La Chine façonne patiemment le plateau depuis deux décennies. Au weiqi, une fois que l'on a correctement façonné le plateau, le reste du Grand Jeu se déroule de lui-même.

C'est là où nous en sommes aujourd'hui.

S'il fait preuve de curiosité intellectuelle, Trump sera en mesure de voir la puissante puissance industrielle de la Chine (ce qu'on appelle le capitalisme productif) et son contrôle total sur les chaînes d'approvisionnement dont dépendent les États-Unis.

Il sera confronté à la vulnérabilité structurelle des États-Unis : la liste proverbiale des terres rares, des chaînes d'approvisionnement industrielles, de l'accès aux matériaux essentiels pour le F-35, des missiles Patriot, de vastes secteurs du complexe militaro-industriel américain.

Et on lui rappellera que la loi américaine ne dispose plus d'une autorité extraterritoriale automatique en Chine. Oui, cela fait mal.

Pendant ce temps, les sept siècles d'affrontement entre la Rome impériale et la Perse continueront de se rejouer, à la vitesse de l'éclair, au XXIe siècle. La guerre des États-Unis s'est révélée totalement impuissante : impossible à gagner face à l'usure, ce qui mènera la Perse à la suprématie au Moyen-Orient.

Ce revirement géopolitique stupéfiant est rendu possible par un puissant mélange d'idéologie, de cohésion sociale, de mépris total pour les barbares grossiers, et de volonté de les ruiner en recourant à une logistique impossible. Sans parler du contrôle total du détroit d'Ormuz.

Les bulles éclatent rapidement dans l'Empire du Chaos, du Mensonge et de la Piraterie, frappé sans pitié par la réalité du RIC.


Pepe Escobar

source : Sputnik Globe 

https://reseauinternational.net/trump-se-rend-en-chine-mais-cest-liran-qui-detient-toutes-les-cartes/