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Islamabad, 11 avril 2026 : la vraie négociation n’est peut-être pas celle qu’on

Démarré par JacquesL, 12 Avril 2026, 06:16:15 PM

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JacquesL

Islamabad, 11 avril 2026 : la vraie négociation n'est peut-être pas celle qu'on croit




par François Vadrot et Fausto Giudice

Vers une alliance sunnite-chiite ?

L'hôtel Serena, dans la zone rouge d'Islamabad, abrite depuis deux jours ce qui est présenté comme les premiers pourparlers directs entre les USA et l'Iran depuis 1979. Le vice-président usaméricain JD Vance est assis dans un bâtiment où le président du parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, occupe une autre aile. Entre eux, les Pakistanais font la navette.

La composition des délégations n'est pas symétrique, c'est le moins que l'on puisse dire.

Du côté iranien, 71 ou 86 personnes selon les sources. Les 71 membres correspondent à la délégation stricte (négociateurs, experts, sécurité, médias), décompte fourni par l'agence de presse iranienne Tasnim. Les 86 personnes représentent la liste exhaustive remise par les autorités pakistanaises, incluant probablement du personnel technique et de soutien supplémentaire non comptabilisé dans le premier chiffre.

La liste officielle diffusée par le Pakistan détaille cinq commissions de travail : politique, militaire, économique, juridique, et une direction générale. Le gouverneur de la Banque centrale est là. Les vice-ministres des affaires étrangères sont là. Des députés conservateurs, des experts juridiques, des conseillers militaires. L'Iran a envoyé une équipe capable de négocier des accords sur le nucléaire, les corridors de transport, les droits de douane, le détroit d'Ormuz, et les modalités de sortie des sanctions.



Du côté usaméricain, trois noms : Vance, l'envoyé spécial Steve Witkoff, et le conseiller Jared Kushner, gendre de Trump, les deux derniers particulièrement liés aux intérêts israéliens. Aucun expert technique. Aucun négociateur spécialisé sur le nucléaire. Les USA ont déployé environ 300 personnes au total, mais la quasi-totalité relève de la sécurité, de la logistique, du protocole et des communications. Les décideurs sont trois. Les exécutants sont nombreux. Les connaisseurs des dossiers sont absents.

Cette asymétrie révèle deux logiques de négociation contradictoires.

L'Iran est venu pour discuter en profondeur d'un grand nombre de sujets, et dans la durée. Chaque commission peut s'asseoir avec ses homologues pakistanais, échanger des propositions, rédiger des annexes. Le Pakistan, en tant que médiateur, reçoit ces informations et les transmet aux USAméricains. Ou pas. Rien n'oblige en effet Islamabad à tout transmettre. Rien ne garantit que les USAméricains reçoivent le détail des discussions entre Iraniens et Pakistanais sur le corridor Chine-Pakistan-Iran.

Les USA, eux, sont venus pour dire oui ou non. Leur délégation ne peut pas suivre le rythme des cinq commissions. Elle n'a pas l'intention de le faire. La stratégie usaméricaine consiste à concentrer le pouvoir décisionnel et à laisser les détails à plus tard. Mais plus tard, les détails seront déjà réglés entre l'Iran et le Pakistan.

Le Pakistan joue un rôle central. L'armée pakistanaise, dirigée par le général Asim Munir, a organisé le cessez-le-feu du 7 avril. Elle a ouvert les canaux de communication entre Téhéran et Washington. Elle contrôle l'espace physique des négociations : accès, hébergement, sécurité, transmissions. Le Premier ministre Shehbaz Sharif et le ministre des affaires étrangères Ishaq Dar sont présents, mais la main visible est celle de l'armée, dont le ministre s'est d'ailleurs exprimé avec une virulence rare avant-hier à l'égard d'Israël et de ses pères-fondateurs.

Le Pakistan n'est donc pas un médiateur neutre. D'autant que c'est une puissance nucléaire sunnite, et qui a signé un pacte de défense avec l'Arabie saoudite en septembre 2025. Il entretient des relations économiques étroites avec la Chine, qui finance le Corridor Économique Chine-Pakistan (CPEC). Il accueille sur son sol des infrastructures chinoises, des routes, des ports, des zones économiques spéciales. L'intégration de l'Iran dans ce corridor est un objectif affiché depuis plusieurs mois.

L'Iran, puissance chiite, trouve dans ce rapprochement un intérêt stratégique : sortir de l'isolement économique, contourner les sanctions, sécuriser sa frontière orientale, et peser sur les négociations avec les USA depuis une position de force régionale. La délégation iranienne n'est pas là pour supplier. Elle est là pour construire.

L'Arabie saoudite n'est pas dans la salle. Mais elle est partout autour. Elle a participé à la réunion quadrilatérale du 29-30 mars à Islamabad avec la Turquie et l'Égypte. Elle a relancé le dialogue direct avec l'Iran au niveau des ministres des affaires étrangères le 9 avril. Elle a subi des frappes iraniennes sur son sol tout au long du conflit. Et elle est liée au Pakistan par un pacte de défense mutuelle qui inclut une clause de soutien nucléaire. Riyad ne peut pas se permettre d'être désavouée par Washington, mais elle ne peut pas non plus rester spectatrice d'un rapprochement régional qui redessine les alliances sans elle. Le Pakistan joue donc son rôle de fédérateur pour le compte des puissances sunnites, y compris l'Arabie saoudite, qui préfère agir dans l'ombre plutôt que d'apparaître en première ligne.

Les USA, par la voix de Vance, affirment vouloir une négociation de bonne foi. La définition de cette bonne foi leur appartient. Les Iraniens affirment ne pas faire confiance, et le répètent publiquement. Entre les deux, le Pakistan avance ses pions.

La question implicite, que les communiqués officiels ne mentionnent pas, reste celle-ci : à qui profite réellement ce format ? Ce que l'on peut observer, à ce stade, c'est qu'il permet à l'Iran et au Pakistan de mener, parallèlement à la médiation affichée entre l'Iran et les USA, une négociation bilatérale dense dont les USA ne maîtrisent ni le rythme ni le détail. Washington demeure dans la pièce, mais davantage en position d'arbitre politique que d'architecte du processus.

Le cessez-le-feu expire le 22 avril. D'ici là, les commissions irano-pakistanaises auront avancé, peut-être davantage que ne le laisseront voir les communiqués. Vance repartira sans doute avec un accord limité. Mais l'enjeu principal sera peut-être ailleurs : dans le tissage, de plus en plus visible, d'un rapprochement régional entre puissances chiites et sunnites sous impulsion pakistanaise, avec l'Arabie saoudite dans le jeu, mais hors de la lumière.


Source : François Vadrot

https://reseauinternational.net/islamabad-11-avril-2026-la-vraie-negociation-nest-peut-etre-pas-celle-quon-croit/
https://francoisvadrot.substack.com/p/pakistan-11-avril-2026-la-vraie-negociation?publication_id=6145126&post_id=193885843&isFreemail=true&r=4bcft0&triedRedirect=true

JacquesL

Islamabad, 13 avril 2026 – La vraie négociation n'était pas celle qu'on croyait (suite)




par François Vadrot

13 000 soldats pakistanais et des chasseurs sino-pakistanais déployés en Arabie saoudite : un fusil pointé sur la tempe des USA ?

Le 11 avril, alors que les négociations étaient en cours, nous montrions que l'asymétrie des délégations à Islamabad – 86 Iraniens structurés en cinq commissions, trois USAméricains sans experts – révélait une contradiction : l'Iran était venu pour négocier dans la durée, les USA pour imposer un ultimatum. Le correspondant du Monde à Washington, Piotr Smolar, résumera après coup cette posture en une formule cinglante : «En somme, une capitulation était demandée». Après quarante jours de guerre, l'administration Trump n'est pas venue chercher un compromis, mais une reddition. Ne l'obtenant pas, JD Vance a quitté Islamabad sans accord.

La chronologie des faits, depuis, est essentielle. Le 11 avril, pendant les négociations, un déploiement militaire pakistanais massif était déjà en cours : 13 000 soldats et une dizaine de chasseurs JF-17 prenaient position sur la base King Abdulaziz, à quelques kilomètres du cœur pétrolier saoudien. Ce mouvement, préparé de longue date, verrouillait le terrain avant même l'issue des pourparlers.

Le 12 avril, après l'échec des négociations, Donald Trump a annoncé l'instauration imminente d'un blocus naval du détroit d'Ormuz – un acte de guerre au regard du droit international. Le commandement central américain a depuis précisé que le blocus débuterait le 13 avril à 10h, heure de l'Est (ET). Soit 18h (6h du soir) dans le fuseau horaire du Golfe, où se trouve le détroit d'Ormuz.

Les médias occidentaux, y compris houseofsaud que nous suivons habituellement, ont présenté le déploiement pakistanais comme une prise de position contre l'Iran. L'argent saoudo-qatari – 5 milliards de dollars – serait le prix payé pour cette alliance militaire. Selon nous, c'est une lecture trompeuse, parce qu'elle reste prisonnière du vieux schéma binaire sunnites contre chiites. Selon toute vraisemblance, la réalité est inverse.


Le récit officiel : l'activation du pacte saoudo-pakistanais

Houseofsaud présente le déploiement comme une activation du pacte de défense stratégique (SMDA) signé en septembre 2025 entre l'Arabie saoudite et le Pakistan, dont la clause centrale énonce que «toute agression contre l'un des deux pays sera considérée comme une agression contre les deux».

Le récit est celui d'une alliance sunnite contre l'Iran. L'Arabie saoudite paie 5 milliards de dollars, le Qatar co-signe, et le Pakistan envoie ses troupes pour défendre le royaume contre les frappes iraniennes. Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a d'ailleurs posté : «L'Arabie saoudite et le Pakistan sont unis contre l'agresseur».

C'est une version propre, linéaire, et politiquement acceptable pour les opinions publiques occidentales. Mais elle repose sur une omission délibérée.


Des faits qui autorisent une autre lecture

La doctrine iranienne : pas d'attaque depuis le Golfe, pas de riposte

L'Iran a toujours distingué deux types d'agression. Une frappe directe usaméricaine (depuis des porte-avions ou la base qatarie d'Al Udeid) entraîne une riposte contre les forces usaméricaines. Mais une attaque menée depuis le territoire d'un pays du Golfe – Arabie saoudite, Émirats, Bahreïn – transforme ce pays en cobelligérant. L'Iran frapperait alors ses infrastructures, y compris pétrolières.

Les frappes iraniennes sur les États du Golfe ont précisément pour objectif de leur faire payer le prix de leur coopération avec les USA. C'est pourquoi les monarchies du Golfe ont toujours officiellement refusé de laisser leurs bases servir de tremplin pour une guerre contre l'Iran, mais n'ont pu jusqu'alors empêcher ces bases de participer à la guerre usraélienne.

Le déploiement pakistanais rend maintenant cette ligne rouge infranchissable.


Des soldats pakistanais comme bouclier, et plus encore

En stationnant 13 000 soldats et des chasseurs JF-17 sur les bases saoudiennes, le Pakistan envoie un triple message :

  • À l'Iran : «Tu ne seras pas attaqué depuis ce territoire, car nous y sommes. Si les USAméricains ou Israël frappent depuis ici, ta riposte nous touchera. Or nous ne voulons pas la guerre avec toi».
  • À l'Arabie saoudite : «Tu ne peux plus autoriser une attaque usaméricaine depuis ton sol sans nous impliquer directement».
  • Aux USA : «Vous ne pouvez plus utiliser la péninsule arabique comme base arrière pour frapper l'Iran. Le jeu en vaut la chandelle ? Vous devrez nous affronter».


La protection exceptionnelle de la délégation iranienne : une preuve de confiance

Dès l'entrée de l'avion de la délégation iranienne dans l'espace aérien pakistanais, l'armée de l'air pakistanaise a déployé un dispositif sans précédent : chasseurs d'escorte, avions AWACS de détection avancée, et avions de guerre électronique. L'appareil iranien a éteint son transpondeur (le rendant invisible aux radars civils) tandis qu'un avion pakistanais volait à ses côtés avec son transpondeur allumé, jouant le rôle de leurre. Cette «Iron Escort» visait à prévenir toute tentative d'assassinat ciblé ou de frappe israélienne ou usaméricaine contre les négociateurs iraniens.

Un tel dispositif n'est pas offert à un adversaire. Il est réservé à un allié. Il prouve que le Pakistan était prêt à engager ses forces pour garantir physiquement la sécurité des Iraniens vis-à-vis des USA et d'Israël.


La menace usaméricaine explicite : l'article du Washington Post

Trois jours avant l'ouverture des pourparlers d'Islamabad, le Washington Post publiait une tribune de Marc Thiessen, chroniqueur néoconservateur proche des milieux sécuritaires. Thiessen y appelait ouvertement, en cas d'échec des négociations, à «éliminer les responsables iraniens qui avaient été épargnés pour les besoins des négociations». Et d'ajouter : «Les dirigeants iraniens doivent comprendre que leur vie dépend littéralement de la conclusion d'un accord négocié conforme aux souhaits de Trump. S'ils refusent, ils seront tués».

Cet article n'est pas une opinion marginale. Il reflète un courant de pensée au sein de l'establishment usaméricain. Pour les Iraniens, c'est la preuve que leur vie serait en danger s'ils négociaient directement avec Washington, sans un médiateur capable de les protéger physiquement.


Les chasseurs JF-17 : la garantie chinoise concrète

Les JF-17 ne sont pas des avions quelconques. Le JF-17 Block III est développé conjointement par le Pakistan et la Chengdu Aircraft Corporation chinoise. Il est équipé d'un radar AESA et de missiles PL-15E chinois, dont la portée dépasse 145 km. Le missile PL-15, au service de l'armée chinoise depuis 2016, atteint Mach 4. Leur déploiement dans le Golfe – une zone historiquement sous contrôle militaire usaméricain – est une première. C'est la première fois que des moyens à dominante chinoise, non contrôlables par les USA ou Israël, s'installent au cœur du dispositif de défense saoudien.

La Chine est le principal allié du Pakistan et le premier client pétrolier de l'Arabie saoudite (environ 1,6 à 2 millions de barils par jour avant la guerre). En d'autres termes, Pékin a les moyens de garantir que ce déploiement ne se retournera pas contre Téhéran.

Les analystes occidentaux cherchent en vain des «garanties chinoises» écrites. Ils ne regardent pas au bon endroit : les garanties sont là, sur le tarmac de Dhahran, sous la forme de ces avions qui ne pourraient pas décoller sans l'aval technique et politique de la Chine.


La déclaration du ministre de la Défense pakistanais : un signal cohérent

Le 9 avril, le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a publié puis supprimé un message d'une grande violence contre Israël et ses pères-fondateurs. Là encore, il ne faut pas surinterpréter. Un post, même incendiaire, ne constitue pas une doctrine d'État.

Mais replacé dans la séquence, il peut être lu comme un signal adressé à l'Iran et à l'opinion régionale : le partenariat militaire avec Riyad ne signifie pas alignement sur Israël ni disponibilité pour une guerre anti-iranienne. Ce type de message ne vaut pas preuve, mais il participe d'un climat de réassurance : «Nous ne sommes pas du côté d'Israël, nous ne permettrons pas que notre alliance avec l'Arabie saoudite soit utilisée contre vous».


Le silence et les remerciements iraniens

L'Iran n'a pas dénoncé le déploiement pakistanais en Arabie saoudite. Ce silence est la preuve que Téhéran a compris le message et accepte ce verrouillage. Selon des sources de renseignement pakistanaises, le rappel public par Islamabad de son pacte de défense avec Riyad a servi de manœuvre psychologique («mind game») pour ramener l'Iran à la table des négociations, en lui faisant comprendre qu'il n'avait plus seulement affaire avec les USA, et que le Pakistan apportait son poids dans le conflit.

Et, à l'issue des pourparlers, le président du parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, chef de la délégation, a déclaré : «J'apprécie les efforts du pays frère et ami, le Pakistan, pour faciliter ce processus de négociation, et j'adresse mes salutations au peuple pakistanais». Ce langage dépasse la simple courtoisie diplomatique. Il officialise un lien stratégique.


Le blocus naval : un acte de guerre qui vise aussi la Chine et le Pakistan



Le 12 avril, sur Truth Social, Donald Trump a annoncé l'instauration d'un blocus naval du détroit d'Ormuz, reprenant une proposition du général à la retraite Jack Keane.

Comme le rappelle houseofsaud dans son analyse du même jour, un blocus est un acte de guerre au regard de la résolution 3314 de l'ONU et du manuel de San Remo. Ce n'est pas une opération de déminage ou de liberté de navigation ; c'est une déclaration de guerre économique contre l'Iran. L'article de houseofsaud souligne à juste titre que les bases saoudiennes, depuis lesquelles un tel blocus serait imposé, deviendraient les premières cibles d'une riposte iranienne – en dépit des dénégations officielles de Riyad. Mais là où l'analyse de houseofsaud s'arrête, c'est sur les conséquences pour la Chine et le Pakistan.

•  La Chine est le premier client du pétrole iranien. Un blocus usaméricain interdirait de fait tout transit de pétroliers vers la Chine. Pékin, qui a déjà négocié des corridors de contournement (notamment via le Pakistan et le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), ne peut accepter une telle asphyxie énergétique. L'article de houseofsaud note que des navires chinois ont récemment traversé le détroit sous coordination iranienne ; un blocus les exposerait à des arraisonnements. C'est un risque de confrontation directe entre Washington et Pékin.

•  Le Pakistan importe la majeure partie de son pétrole du Golfe. Ses 13 000 soldats déployés en Arabie saoudite ne sont pas seulement un «fusil dans le dos» des USAméricains ; ils sont aussi des otages potentiels. Si le blocus déclenche une guerre généralisée, les flux énergétiques vers le Pakistan seront coupés. Islamabad, déjà en crise économique, paierait un lourd tribut.

Ainsi, le blocus de Trump n'est pas seulement une mesure contre l'Iran. C'est une menace à la fois contre la Chine (pour qu'elle cesse de soutenir Téhéran) et contre le Pakistan (pour qu'il renonce à son double jeu de médiateur armé). En élargissant le conflit à deux puissances nucléaires alliées, Washington joue un jeu dangereux.


La riposte iranienne : les Houthis et Bab el-Mandeb

Si le blocus est mis en œuvre, l'Iran ne manquera pas de répliquer. Dès le 12 avril, les Houthis, alliés de Téhéran, ont annoncé que la mer Rouge était désormais «complètement et définitivement fermée» aux usages militaires usaméricains et israéliens. Leur chef, Abdel-Malik al-Houthi, a averti qu'en cas d'escalade US contre l'Iran, les Houthis «participeraient à nouveau activement et intensifieraient leurs opérations militaires».

La menace de fermer le détroit de Bab el-Mandeb est crédible : les Houthis ont déjà démontré leur capacité à frapper des navires marchands. Une fermeture simultanée d'Ormuz et de Bab el-Mandeb réduirait les exportations pétrolières de l'Arabie saoudite à presque rien, puisque l'oléoduc Est-Ouest (qui contourne Ormuz) débouche sur la mer Rouge et que presque tout part ensuite vers l'Asie via le détroit. Riyad, déjà exposé, deviendrait la première victime collatérale de l'escalade usaméricaine.


Lire houseofsaud pour ses faits, avec prudence pour son cadrage

Les articles de houseofsaud sont utiles. Ils rassemblent souvent rapidement des faits, des déclarations et des éléments de contexte que d'autres médias occidentaux négligent. Mais ils doivent être lus avec prudence lorsqu'il s'agit du cadrage politique général.

Le site reflète manifestement une sensibilité proche des intérêts saoudiens et du Golfe. Pour mesurer le degré d'indépendance de houseofsaud, il suffit de consulter leur onglet «The Royal Family». On y trouve un arbre généalogique complet des Al Saoud, des biographies élogieuses de tous les rois depuis 1932, et un récit dynastique commençant en 1727. En somme c'est une vitrine officieuse de la monarchie saoudienne, qui se veut critique, jusqu'à un certain point. Leurs articles sur le déploiement pakistanais ne peuvent donc être lus comme des analyses neutres, mais comme des prises de position alignées sur les intérêts de Riyad.

Le site ne peut pas écrire que le déploiement est une garantie pour l'Iran, car cela déplairait à ses commanditaires. Il ne peut pas souligner le rôle de la Chine, car cela nuirait à la narrative d'une alliance sunnite contre l'Iran. Il ne peut pas mettre en avant que les JF-17 sont des avions chinois non contrôlables par les USA, car cela révélerait la marginalisation des USAméricains.


La nouvelle architecture régionale : sans les USA

Cette séquence révèle une recomposition complète des alliances au Moyen-Orient, comme nous l'avions déjà exprimé en septembre dernier lors de l'annonce du pacte SMDA :

•  Le Pakistan s'impose comme l'intermédiaire obligé entre Washington et Téhéran, mais aussi comme le garant de la sécurité iranienne face aux options usaméricaines. Il encaisse 5 milliards de dollars de la part de l'Arabie saoudite et assoit son rôle de puissance incontournable.

•  L'Arabie saoudite, sous couvert de se défendre, a accepté cette médiation armée. Elle paie pour ne pas être entraînée dans une guerre qu'elle ne contrôle pas.

•  La Chine, silencieuse, a posé un pied militaire dans le Golfe via les JF-17. Elle n'a pas besoin de bases ; ses avions volent sous cocarde pakistanaise.

•  Les USA ont perdu la main et tentent de sauver la face en annonçant un blocus naval.


Conclusion : l'échec d'Islamabad n'a pas clos la vraie négociation

JD Vance est reparti sans accord. Donald Trump a brandi la menace d'un blocus. Mais l'épisode d'Islamabad n'a pas seulement montré l'impasse usaméricaine ; il a aussi révélé autre chose : la négociation décisive n'oppose pas seulement Washington à Téhéran. Elle se joue aussi entre le Pakistan, l'Arabie saoudite, l'Iran et, en arrière-plan, la Chine.

Le déploiement pakistanais en Arabie saoudite ne prouve pas à lui seul qu'un nouvel axe régional est déjà constitué. En revanche, il indique qu'une partie des acteurs du Golfe cherche désormais à empêcher que la guerre ne leur soit imposée selon le vieux schéma de la dépendance militaire automatique envers Washington.

C'est sans doute là la vraie nouveauté de la séquence. Les USA restent capables de menacer (en vociférant), de frapper, de bloquer. Mais ils ne sont plus seuls à organiser l'espace stratégique régional. À Islamabad comme à Dhahran, une autre négociation est en cours : moins spectaculaire, plus implicite, mais peut-être plus décisive.


Source : François Vadrot

https://reseauinternational.net/islamabad-13-avril-2026-la-vraie-negociation-netait-pas-celle-quon-croyait-suite/


JacquesL

L'Arabie saoudite est coincée entre les USA, la Chine et le Pakistan, et incapable de sortir de cette nasse



par François Vadrot

L'Iran attend que le piège se referme.

16 avril : article en Une de Houseofsaud pour le troisième jour consécutif : «L'Iran dit que son arsenal est à nouveau plein. L'Arabie saoudite n'a plus que 400 intercepteurs»

Depuis le 14 avril 2026, le site d'information houseofsaud maintient en tête de sa page d'accueil un article au titre alarmiste : «Iran Says Its Arsenal Is Full Again. Saudi Arabia Has 400 Interceptors Left» («L'Iran dit que son arsenal est à nouveau plein. L'Arabie saoudite n'a plus que 400 intercepteurs»). Le 16 avril, deux jours plus tard, l'article est toujours à la Une. C'est un signal éditorial rare : la rédaction, proche des cercles de pouvoir saoudiens, veut alerter sur une situation qu'elle juge critique.

En croisant cet article avec ceux publiés les 15 et 16 avril 2026 (sur le pétrole, le double jeu pakistanais, la médiation du pakistanais Munir à Téhéran, et le mécanisme de déni iranien), une thèse centrale se dégage : l'Arabie saoudite est prise dans une nasse. Ses dépendances militaires, économiques et diplomatiques l'empêchent de réagir efficacement. Et l'Iran, son adversaire direct, n'a qu'à attendre.


La nasse militaire : 400 intercepteurs contre un arsenal iranien qui se régénère

L'article du 14 avril pose le diagnostic le plus immédiat. Après 44 jours de guerre, l'Arabie saoudite a épuisé 86% de ses missiles intercepteurs Patriot PAC‑3 (environ 2400 tirs sur un stock initial de 2800). Il lui reste environ 400 rounds. À ce rythme, la défense aérienne ne tiendrait que quelques jours en cas de reprise des frappes intensives.

Pendant ce temps, l'Iran affirme avoir reconstitué ses stocks de missiles et de drones. Même si cette affirmation est en partie exagérée, les renseignements usaméricains confirment que Téhéran dispose encore de plus de 1000 missiles à moyenne portée et de milliers de drones Shahed. Surtout, l'Iran a profité de la trêve d'avril pour accélérer sa production – grâce à des usines enterrées, des ateliers dispersés, et des composants chinois que les frappes usaméricaines n'ont pas pu détruire.

L'Arabie saoudite ne peut pas se réapprovisionner en intercepteurs avant 2027 : l'unique usine de Camden (Arkansas) produit 620 PAC‑3 par an, tous déjà réservés. La Pologne a refusé de transférer ses propres batteries. Les USA, malgré le traité de défense signé en novembre 2025, ne peuvent pas livrer plus vite. Le royaume est donc militairement coincé.


La nasse économique : 50 dollars d'écart entre le pétrole physique et les marchés à terme

L'article du 16 avril «The $50 Crude Gap» révèle une autre faille. Le 13 avril, le pétrole brut physique (celui qu'on charge vraiment sur un pétrolier) se négociait à 148,87 dollars le baril, tandis que le contrat à terme Brent (celui des traders financiers) cotait 99,36 dollars. Soit un écart de 49,51 dollars – du jamais vu.

Pourquoi cet écart ? Parce que les marchés financiers parient sur une fin rapide de la guerre, tandis que les raffineries asiatiques paient le prix réel de la rareté : fret multiplié par 10, assurance de guerre à 5% de la valeur du navire, et surtout une prime de pénurie de près de 40 dollars. Dans un précédent article, nous expliquions comment la guerre autour de l'Iran ne fait pas seulement monter le pétrole : elle révèle un monde où le prix officiel n'est plus la vérité économique.

Les acheteurs chinois, indiens et japonais puisent dans leurs réserves stratégiques, signent des contrats avec d'autres fournisseurs (Brésil, Nigeria, Russie), et réduisent massivement leurs achats de pétrole saoudien. Les exportations de l'Arabie saoudite vers la Chine vont chuter de moitié en mai 2026.

Le système de prix officiel d'Aramco (le «Official Selling Price»), construit depuis quarante ans sur des références qui ne fonctionnent plus, est en train de se briser. Les clients asiatiques demandent un changement de référence. L'Arabie saoudite est coincée : si elle maintient ses prix, elle perd des parts de marché ; si elle les baisse, elle avoue sa faiblesse.


La nasse diplomatique : le Pakistan joue double jeu

L'article «MBS Is Financing Both Sides of a Conversation He Is Excluded From» («MBS finance les deux camps d'une conversation dont il est exclu», 16 avril) décrit la contradiction la plus frappante. Le 15 avril, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif était à Djeddah pour recevoir 3 milliards de dollars d'aide saoudienne (plus une extension de 5 milliards). À la même heure, le maréchal Asim Munir – chef des forces armées pakistanaises et commandant des 13 000 soldats pakistanais déployés en Arabie saoudite – se trouvait à Téhéran pour remettre un «nouveau message des USA» au ministre iranien des Affaires étrangères.

Le même homme qui défend militairement l'Arabie saoudite négocie avec l'Iran pour le compte de Washington. Et l'Arabie saoudite paie pour cette médiation dont elle est exclue. Le site rappelle que le Pakistan est aussi, depuis 1992, la puissance protectrice de l'Iran aux USA (la section des intérêts iraniens est installée dans l'ambassade pakistanaise à Washington). Cette double allégeance est structurelle : le Pakistan ne peut pas être neutre, et Riyad ne peut pas se passer de lui.

Le maréchal Munir bénéficie d'un statut constitutionnel exceptionnel (27e amendement pakistanais, novembre 2025) qui le rend irrévocable par le pouvoir civil. L'Arabie saoudite finance un intermédiaire qu'elle ne contrôle pas.


L'Iran n'est pas dans la nasse, il la regarde

Aucun des articles de houseofsaud ne présente l'Iran comme un maillon de la nasse. Pourquoi ? Parce que l'Iran n'est pas un allié ou un partenaire de l'Arabie saoudite. C'est l'adversaire extérieur. Il ne coince pas Riyad par des dépendances – ce sont les contradictions des alliés de Riyad (USA, Chine, Pakistan) qui créent le piège.

L'Iran, lui, se régénère militairement, encaisse les revenus du détroit (2 millions de dollars par pétrolier qui traverse sous sa «permission»), et utilise un mécanisme de déni systématique, tel que décrit dans l'article «Ceasefire Denial Framework Is Not Propaganda – It Is the Kill Switch» («Le mécanisme de déni du cessez-le-feu n'est pas de la propagande – c'est l'interrupteur d'arrêt», 16 avril) : le CGRI revendique en interne chaque frappe comme une vague numérotée de l'opération «True Promise», tout en niant officiellement toute violation. Ainsi, aucune trêve ne peut être garantie.

L'Iran n'a pas besoin de pousser les fils. Il lui suffit d'attendre que la nasse se referme d'elle-même.


Une mise en Une prolongée : houseofsaud joue les avertisseurs

Le fait que l'article sur les 400 intercepteurs soit pour le troisième jour consécutif en tête de la page d'accueil n'est pas un hasard éditorial. HouseofSaud n'est pas un média d'opposition, mais un site proche des cercles décisionnels du royaume. En martelant ce message, il remplit le rôle de conseiller du prince qui ose dire des vérités déplaisantes.

Les autres titres des 15 et 16 avril confirment l'urgence :


L'ensemble forme un tableau cohérent : l'Arabie saoudite est vulnérable sur tous les fronts, et ses partenaires agissent chacun dans leur intérêt, pas dans le sien.


L'absent majeur : Israël, celui qui a tout déclenché

Dans tous les articles de houseofsaud des 14-16 avril, Israël est presque invisible. On le croise à peine, comme bouc émissaire dans le mécanisme de déni iranien («c'est la faute d'Israël»), ou comme cible secondaire. Jamais il n'est présenté comme l'acteur qui a provoqué la guerre.

Pourtant, le conflit a débuté le 28 février 2026 par une frappe conjointe des USA et d'Israël ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei. Israël a ensuite activement participé aux frappes contre les installations nucléaires et les bases du CGRI. Mais dans le récit de houseofsaud, Israël a disparu. Pourquoi ? Parce que l'Arabie saoudite, bien qu'officiellement en guerre contre l'Iran aux côtés des USA, ne peut pas ouvertement s'aligner sur Israël – la question palestinienne et l'opinion publique arabe l'interdisent. Résultat : Israël n'est pas dans la nasse saoudienne, il en est l'architecte extérieur, mais il n'est pas nommé. C'est un angle mort supplémentaire qui montre à quel point Riyad est coincée : elle combat dans les faits aux côtés d'Israël sans pouvoir le dire, et elle subit une guerre qu'elle n'a pas choisie, déclenchée par un État qu'elle ne peut pas critiquer.


Conclusion : une nasse dont on ne sort pas par décret

L'Arabie saoudite ne peut pas sortir de cette nasse par une simple décision. Elle ne peut pas produire ses propres intercepteurs du jour au lendemain, ni remplacer la Chine comme premier client, ni contraindre le Pakistan à cesser son double jeu. Le temps joue contre elle : le hajj commence le 18 avril, la trêve expire le 22, et les 400 PAC‑3 ne tiendraient que quelques jours.

Houseofsaud alerte les élites saoudiennes depuis trois jours. Reste à savoir si elles entendront l'alerte – et surtout si elles ont encore des moyens d'agir, d'une façon ou d'une autre. L'Iran, lui, n'a qu'à attendre. La nasse se referme toute seule.


Source : François Vadrot

https://reseauinternational.net/larabie-saoudite-est-coincee-entre-les-usa-la-chine-et-le-pakistan-et-incapable-de-sortir-de-cette-nasse/
https://francoisvadrot.substack.com/p/larabie-saoudite-est-coincee-entre?utm_source=post-email-title&publication_id=6145126&post_id=194391453&utm_campaign=email-post-title&isFreemail=true&r=4bcft0&triedRedirect=true&utm_medium=email

JacquesL

Des documents divulgués révèlent les détails du pacte secret de défense mutuelle Arabie Saoudite-Pakistan

Publié le avril 15, 2026 par Wayan

Pare Murtaza Hussain – Le 14 avril 2026 – Source Drop Site News



Samedi, alors que le Pakistan était en train de négocier des pourparlers de cessez-le-feu durement gagnés entre les États-Unis et l'Iran, l'Arabie saoudite a fait une révélation soudaine qui semblait saper le statut du Pakistan en tant qu'hôte neutre. Dans un communiqué publié sur X, le ministère saoudien de la Défense a annoncé "l'arrivée d'une force militaire de la République islamique du Pakistan à la base aérienne du Roi Abdulaziz dans le secteur oriental", ajoutant que la force comprendrait un contingent d'avions militaires et améliorerait "la préparation opérationnelle entre les forces armées des deux pays."

Ces déploiements sont le résultat d'un pacte de défense signé l'année dernière entre Riyad et Islamabad qui a maintenant été activé en pleine guerre régionale provoquant de nombreuses attaques iraniennes contre des cibles militaires et énergétiques en Arabie saoudite.

Les pourparlers de cessez-le-feu se sont arrêtés ce week-end au Pakistan, la délégation américaine partant sans accord. Mais le Pakistan est loin d'être exclu de la partie ; des documents secrets obtenus par Drop Site News révèlent à quel point le Pakistan est engagé par traité à devenir potentiellement un participant à la guerre qu'il tente d'apaiser.

Les détails de l'accord de défense entre le Pakistan et l'Arabie saoudite n'ont jamais été rendus publics ni même examinés par le Parlement pakistanais. Ils sont rapportés ici pour la première fois sur la base de documents classifiés sur le pacte obtenus par Drop Site.

Le risque que le Pakistan soit lui-même poussé dans la guerre donne également un contexte important qui explique le zèle des dirigeants pakistanais à mettre fin aux combats. Le Pakistan entretient de bonnes relations avec l'Iran et les États-Unis et dépend fortement du soutien financier de l'Arabie saoudite. Après avoir appris que les Émirats arabes unis avaient demandé le remboursement d'un prêt au Pakistan la semaine dernière, l'Arabie saoudite et le Qatar ont augmenté de 5 milliards de dollars pour soutenir les réserves de change d'Islamabad face aux retombées de la crise économique provoquée par la guerre.


Pourparlers à Islamabad

Après des semaines de combats intenses, le Pakistan est apparu comme un médiateur improbable cherchant à mettre fin à la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Le Pakistan n'a pas une longue histoire de médiation de conflits au Moyen-Orient et est embourbé dans son propre conflit en Afghanistan.

Mais le Pakistan était extrêmement motivé pour mettre fin à cette guerre. Très tôt, le Pakistan a tenté de négocier un arrangement en vertu duquel l'Iran s'abstiendrait d'attaquer les installations saoudiennes. Le 3 mars, quelques jours après le début de la guerre, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a fait référence à l'accord de défense entre l'Arabie saoudite et le Pakistan et a déclaré qu'il avait communiqué la position du Pakistan à Téhéran. "Nous avons un pacte de défense avec l'Arabie saoudite, et le monde entier le sait", a déclaré Dar. "J'ai dit aux dirigeants iraniens de faire attention à notre pacte avec l'Arabie saoudite."

Le 8 avril, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif annonçait qu'Islamabad avait négocié avec succès une pause de deux semaines dans les combats entre les parties, destinée à s'appliquer à toute la région et à jeter les bases de pourparlers à Islamabad qui pourraient aboutir à un accord plus durable. "Avec la plus grande humilité, j'ai le plaisir d'annoncer que la République islamique d'Iran et les États-Unis d'Amérique, ainsi que leurs alliés, ont convenu d'un cessez-le-feu immédiat partout, y compris au Liban et ailleurs, AVEC EFFET IMMÉDIAT", a-t-il écrit dans un message sur X.

(Plus tard, il s'est avéré que le message de Sharif avait probablement été approuvé – sinon écrit par – les Américains. Le message initial sur X et l'historique des modifications avaient un titre qui disait « * Brouillon – Message PM du Pakistan sur X* ». Le New York Times a rapporté que les États-Unis avaient signé la déclaration, bien que la Maison Blanche ait nié l'avoir écrite.)

Vendredi, le vice-président JD Vance, les envoyés Steve Witkoff et Jared Kushner, ainsi qu'une équipe technique se sont rendus à Islamabad pour rencontrer une importante délégation de diplomates iraniens et d'experts techniques. Peu de temps auparavant, l'Arabie saoudite, qui a été relativement discrète sur les dommages dans le pays, a révélé que les attaques contre un oléoduc essentiel avaient anéanti 10% de sa capacité d'exportation.

Le samedi 11 avril, alors que le vice-président JD Vance menait des négociations avec les dirigeants iraniens à Islamabad, le ministère saoudien de la Défense annonçait que le Pakistan avait envoyé ses forces, y compris des avions de combat, en Arabie saoudite dans le cadre de leur pacte de défense. Le Pakistan avait en fait effectué discrètement des ponts aériens d'équipement militaire tout au long de décembre et janvier, comme l'ont noté des observateurs du renseignement en source ouverte. L'annonce faite un jour de négociations à Islamabad pourrait être considérée comme une forme de pression sur l'Iran. Notamment, le gouvernement pakistanais n'a pas publié de déclaration correspondante sur les déploiements.

Alors que les responsables pakistanais ont périodiquement fait référence à ce pacte, qui a été mis en place sous diverses formes depuis les années 1980, ses détails sont restés en grande partie secrets. L'itération actuelle, l'Accord stratégique de défense mutuelle (SMDA) a été signé par le Prince héritier saoudien Mohammed bin Salman et le Premier ministre Sharif le 17 septembre 2025, mais il n'a jamais été présenté au Parlement du pays pour examen.

Les documents ont été fournis à Drop Site par une source qui a demandé l'anonymat afin de partager des documents classifiés. Ils comprennent des versions historiques du pacte ainsi que des notes internes pakistanaises et des analyses détaillant comment le traité a été mis à jour au fil du temps ; donnant un aperçu critique de la position du Pakistan sur la guerre en cours avec l'Iran, ainsi que des risques auxquels il est confronté alors que le conflit se poursuit.


Des pactes historiques

Le pacte a débuté par un accord confidentiel signé entre les deux pays le 14 décembre 1982. Une version révisée intitulée Accord de coopération militaire (ACM) a été signée le 30 juillet 2005.

L'accord classifié de 2005 – dont Drop Site a obtenu une copie – stipule que l'objectif du MCA est "de développer et de renforcer la coopération dans le domaine militaire entre les deux pays par l'expansion dans des domaines tels que la formation, la députation du personnel, la production de défense et le transfert de technologie, l'échange d'expériences, l'achat d'armes, d'équipements, de pièces détachées et de services médicaux militaires." Le document comprend également des dispositions permettant aux deux parties d'amender et d'élargir le pacte au fil du temps.

Bien que l'accord de 2005 était important, il limitait la portée de la relation militaire bilatérale à la coopération en matière de formation et de partage d'équipement. Il n'obligeait pas le Pakistan à s'engager dans une action militaire réelle ni à assumer la responsabilité de la défense de l'Arabie saoudite.

Dans les années suivantes, la portée des engagements pakistanais envers Riyad ont considérablement augmenté. En août 2021, un résumé d'un nouvel amendement à l'accord de défense a été envoyé au gouvernement du Premier ministre de l'époque, Imran Khan. L'amendement ajoutait une nouvelle composante profondément importante au pacte, engageant effectivement le Pakistan pour la première fois à s'engager dans la défense physique du gouvernement saoudien si cela lui était demandé.

La politique étrangère pakistanaise a longtemps été déterminée par le puissant establishment militaire du pays, qui sert de faiseur de rois pour les politiciens pakistanais et a mené des accords clandestins et une diplomatie pendant des décennies en dehors de la compétence des faibles institutions démocratiques du pays.

Mais pendant près d'un an, l'amendement au pacte de 2005 est resté sur le bureau d'Imran Khan. La description des obligations pakistanaises laissait également ambiguë la question de savoir si la menace à combattre à la demande du gouvernement saoudien était étrangère ou nationale. Selon deux anciens responsables qui ont demandé l'anonymat pour discuter d'informations sensibles, Khan craignait de signer un accord qui obligerait l'armée pakistanaise à participer à une guerre étrangère.

"La deuxième partie [le Pakistan] est obligée d'envoyer ses forces au Royaume d'Arabie saoudite à la demande de la première partie, pour soutenir les forces armées de la première partie dans le traitement de toute menace affectant sa sécurité, sa sûreté, sa souveraineté, son intégrité territoriale et ses intérêts", indique l'amendement. "Un protocole sera signé entre les deux parties et joint au présent accord pour clarifier les détails de ces arrangements."

Tout en imposant des obligations radicales au Pakistan, le texte du document n'engageait pas l'Arabie saoudite à un soutien réciproque spécifique. Au lieu de cela, l'Arabie saoudite apportait un soutien financier à l'économie instable du Pakistan au fil des ans. Le Royaume détient actuellement plus de 5 milliards de dollars de dépôts à la State Bank of Pakistan, qui sont renouvelés périodiquement.

Entre août 2021 et avril 2022, des commentateurs alignés sur l'armée pakistanaise ont continuellement fait pression sur le gouvernement au sujet de sa politique envers Riyad – alléguant que Khan, qui avait continué à retarder la signature de l'accord, détruisait les relations du pays avec l'Arabie saoudite.

Un éminent critique de Khan, Najam Sethi, notait dans un éditorial de l'époque « Le général Qamar Javed Bajwa, a effectué d'innombrables visites dans le Royaume pour lisser les plumes ébouriffées du prince héritier Muhammad bin Salman, à cause des transgressions d'Imran Khan ». Les transgressions présumées comprenaient "une tentative de mettre en place un bloc rival comprenant le Pakistan, la Turquie et la Malaisie" contre l'Organisation de la Conférence islamique (OCI) dirigée par l'Arabie saoudite et de "revêtir le manteau d'un interlocuteur entre l'Arabie saoudite et l'Iran sans la bénédiction de MBS."

En avril 2022, Khan a été démis de ses fonctions lors d'un coup d'État militaire à peine voilé. L'accord a finalement été signé en février 2024 par le gouvernement intérimaire soutenu par l'armée qui est arrivé au pouvoir après avoir emprisonné Khan et interdit son parti politique.

L'amendement a été rapidement approuvé par le cabinet fédéral intérimaire nommé par le chef de l'armée pakistanaise Asim Munir. Cependant, des documents montrent que le libellé du nouvel amendement élargissant les obligations pakistanaises envers Riyad a fait l'objet de vifs débats au sein de l'establishment militaire après sa signature. L'amendement était unilatéral et obligerait le Pakistan à défendre l'Arabie saoudite, sans imposer d'obligation réciproque à Riyad.

Les évaluations ont également noté que l'amendement ne faisait pas de distinction claire entre les forces conventionnelles et nucléaires. Les documents montrent que l'armée pakistanaise était uniquement intéressée à engager des forces conventionnelles dans tout accord avec l'Arabie saoudite et cherchait à exclure explicitement la capacité nucléaire de l'obligation.

Les débats internes notaient également que les menaces à la souveraineté et aux intérêts saoudiens pourraient ne pas rester confinées sur le territoire saoudien et pourraient nécessiter une action militaire en dehors de l'Arabie saoudite. La partie pakistanaise a par la suite cherché à réduire la portée de ses obligations envers le territoire saoudien.

Bon nombre de ces préoccupations ont finalement été abordées dans le SMDA de 2025, signé des mois avant la guerre en Iran. Même si le catalyseur immédiat du SMDA semblait être la frappe israélienne contre le Qatar l'année dernière, il était toujours clair que l'accord était dirigé contre l'Iran – comme c'était le cas pour toute la coopération pakistano-saoudienne depuis les années 1980. Le SMDA ne fait pas partie des documents divulgués. Mais les divulgations publiques du Pakistan suggèrent que le nouvel accord était une mise à jour de l'ancien MCA ; renommer l'accord tout en incluant des amendements supplémentaires à la relation de sécurité.


Contourner le Parlement

Selon le communiqué de presse conjoint saoudo-pakistanais annonçant le SMDA 2025, "L'accord stipule que toute agression contre l'un ou l'autre pays sera considérée comme une agression contre les deux."

Les conditions dans lesquelles une telle réciprocité peut être déclenchée restent cependant floues. L'Arabie saoudite a une capacité limitée de fournir une assistance militaire au Pakistan en cas de conflit. Le principal rival stratégique d'Islamabad reste l'Inde, qui entretient des liens politiques et économiques étroits avec Riyad. Le Pakistan est également actuellement impliqué dans une féroce guerre transfrontalière avec l'Afghanistan, pour laquelle l'Arabie saoudite n'a fourni aucune assistance matérielle.

Malgré leurs nombreux accords privés, le Pakistan et l'Arabie saoudite ont eu une histoire difficile dans la mise en œuvre d'une coopération significative en matière de sécurité.

Début 2015, l'Arabie saoudite a lancé une coalition militaire pour intervenir dans la guerre civile au Yémen, ciblant le mouvement Ansarallah, qui avait envahi le sud du pays et forcé le gouvernement internationalement reconnu à quitter la capitale, Sanaa. À l'époque, Riyad avait demandé au Pakistan de fournir des navires de guerre, des avions et des troupes au sol pour aider à combattre le groupe. La demande était enracinée dans des décennies de mécénat financier et l'hypothèse que la signature de l'ACM de 2005 permettrait une telle collaboration.

Cependant, en l'absence d'un cadre bilatéral clair, et ne voulant pas impliquer le pays dans une guerre civile de plus en plus horrible au Yémen, le Premier ministre de l'époque, Nawaz Sharif, a renvoyé l'affaire au Parlement pakistanais. En avril 2015, dans une rare démonstration de consensus démocratique entre les partis, l'Assemblée nationale du Pakistan a adopté une résolution rejetant la participation militaire à la guerre au Yémen et appelant à la neutralité pour permettre un rôle de médiation. Le vote a été embarrassant pour Riyad et un choc pour les relations saoudo-pakistanaises.

La guerre contre l'Iran a une fois de plus soulevé la question de savoir si et comment cet accord peut être appliqué. La version actuelle du pacte de défense signé en 2025 a déjà été remise en question, le Pakistan répugnant à s'impliquer dans une confrontation militaire visant l'Iran, qui bénéficie actuellement d'un large soutien de la population pakistanaise.

"Le pacte saoudien devient un problème pour nous", a déclaré une source décrite comme familière avec la prise de décision militaire pakistanaise au Financial Times dans un article sur les efforts de médiation pakistanais du 28 mars. Les commentaires ont également mis en lumière ce que le Pakistan s'attendait à retirer de l'accord : "C'était censé être de l'argent contre de la dissuasion. Mais nous n'avons obtenu aucun nouvel investissement saoudien et la dissuasion a échoué."

L'Iran a lancé de nombreuses attaques contre les forces américaines basées dans des installations militaires saoudiennes qui avaient aidé a lancé les attaques contre Téhéran. Le 6 avril, en représailles aux attaques israéliennes contre ses propres infrastructures énergétiques, l'Iran a également bombardé le complexe pétrochimique de Jubail en Arabie saoudite – l'un des plus grands complexes industriels au monde et, selon certains rapports, responsable de 7% du PIB saoudien.

Pour l'instant, le déploiement reste largement symbolique et n'est pas susceptible d'avoir un effet immédiat sur la guerre. Un expert militaire pakistanais qui a parlé à Drop Site News sous couvert d'anonymat en raison de la sensibilité de l'affaire a déclaré que le déploiement sur le territoire saoudien offre une utilité limitée dans le scénario actuel. L'Iran ne mène pas – et ne devrait pas mener – une invasion terrestre de la péninsule arabique. Le soutien pakistanais à la défense antimissile et par drone n'ajouterait pas grand-chose au soutien défensif fourni par les États-Unis dont Riyad bénéficie actuellement.

Selon les termes actuels de l'accord, qui est entièrement défensif, l'Arabie saoudite ne pourrait pas demander au Pakistan de contre-attaquer l'Iran, même depuis le territoire saoudien. Une attaque lancée depuis le sol pakistanais semble également improbable et ne relèverait probablement pas du champ d'application du SMDA.

Même un conflit limité avec l'Iran serait politiquement radioactif au Pakistan. Cela placerait le Pakistan du côté de la coalition dirigée par Israël – une allégeance qui serait très impopulaire auprès de nombreux Pakistanais. Et ce serait aussi un cauchemar stratégique pour un pays qui fait déjà face à deux autres pays hostiles à sa frontière, et risquerait la perspective d'un encerclement total si ses liens se détérioraient avec Téhéran.

Le Pakistan compte une importante population chiite qui constitue un pont solide entre Islamabad et Téhéran et le conflit a suscité des tensions avec le gouvernement. Lors d'une réunion fin mars avec d'éminents religieux chiites qui avaient exprimé des inquiétudes au sujet de la guerre, le chef de l'armée Asim Munir aurait déclaré aux personnes rassemblées : « Si vous aimez l'Iran, allez en Iran ». Syed Ahmad Iqbal Rizvi, chef adjoint du Mouvement pour l'unité musulmane, un organisme regroupant des partis chiites, a répondu dans une déclaration enregistrée : "Nous répondons hardiment aux remarques du chef de l'armée : nous aimons notre pays, mais cette guerre est entre le bien et le mal. Nous sommes avec le droit, avec l'Iran."

Dans cette optique, l'engagement continu d'Islamabad à agir en tant qu'artisan de la paix a du sens en tant que tentative de conjurer une catastrophe stratégique qui pourrait engloutir ses propres intérêts. Dans une déclaration, faite le lendemain de l'échec des pourparlers, le ministre pakistanais des Affaires étrangères Muhammad Ishaq Dar exprimait l'espoir que le Pakistan continuerait à trouver un moyen de combler le fossé entre Washington et Téhéran.

"Il est impératif que les parties continuent de respecter leur engagement en faveur du cessez-le-feu", a déclaré Dar. "Le Pakistan a joué et continuera de jouer son rôle pour faciliter l'engagement et le dialogue entre l'Iran et les États-Unis dans les jours à venir."


Murtaza Hussain

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/des-documents-divulgues-revelent-les-details-du-pacte-secret-de-defense-mutuelle-arabie-saoudite-pakistan