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Le plus grand problème de l’Europe est peut-être son incapacité à distinguer ami

Démarré par JacquesL, 28 Janvier 2026, 04:28:25 PM

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JacquesL

Le plus grand problème de l'Europe est peut-être son incapacité à distinguer amis et ennemis



par Giulio Chinappi

Qui aurait jamais imaginé qu'un conflit, inédit depuis des générations entre les États-Unis et l'Europe, finirait par éclater, avec le Grønland comme épicentre de cette tempête géopolitique ?

Dimanche, heure locale, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré sans détour : « je crois que les Européens finiront par comprendre que le meilleur résultat sera que les États-Unis maintiennent ou reprennent le contrôle du Grønland ». Le même jour, les ambassadeurs des 27 pays de l'UE se sont réunis à Bruxelles, évaluant l'imposition de droits de douane pour 93 milliards d'euros (108 milliards de dollars) ou des restrictions d'accès pour les entreprises américaines au marché de l'Union. Un jour plus tôt, les États-Unis avaient annoncé qu'ils appliqueraient une nouvelle taxe de 10% au Danemark et à sept autres pays européens à partir du 1er février, jusqu'à ce qu'un accord pour l'achat complet et total du Grønland soit conclu.

En apparence, la dernière réponse européenne semble indiquer qu'enfin, l'Europe pourrait passer de la défense passive à la riposte active. Cependant, la réalité est beaucoup plus complexe. Les droits de douane de 93 milliards d'euros en représailles n'ont pas encore été appliqués. Certains responsables ont noté que cette mesure, ainsi que le soi-disant instrument d'anti-coercition (Anti-Coercition Instrument, ACI), qui peut limiter l'accès des entreprises américaines au marché intérieur de l'UE, « est en cours d'élaboration pour donner aux dirigeants européens un levier dans les négociations cruciales avec le président des États-Unis lors du Forum économique mondial de Davos cette semaine ». Mais, selon les rapports, ils attendront jusqu'au 1er février pour voir si Washington donnera suite à la menace tarifaire, avant de décider d'adopter des contre-mesures.

De plus, peu après l'annonce des droits de douane américains, l'équipe de reconnaissance allemande composée de 15 personnes a brusquement interrompu sa participation à l'Opération Arctic Endurance, un exercice militaire au Grønland dirigé par le Danemark pour 2026, et a quitté l'île arctique. Auparavant, sept pays européens, dont le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Suède, la France, la Norvège, les Pays-Bas et la Finlande, avaient déployé au total 37 militaires au Grønland. Au moment de la publication, Berlin n'a fourni aucune explication publique pour ce retrait, bien que les analystes l'attribuent largement à la pression tarifaire.

Les États-Unis ont transformé la plaisanterie sur l'« achat du Grønland » en une pression concrète et sérieuse, probablement parce qu'ils ont jugé à juste titre que l'Europe ne réagirait pas de manière énergique. Pendant des années, l'Europe a mal interprété ses propres opportunités de développement ainsi que les changements qui s'opéraient dans le paysage mondial, devenant excessivement dépendante de liens profonds avec les États-Unis et remettant à plus tard, sine die, la coopération avec des partenaires plus vastes, y compris la Chine et la Russie. En conséquence, l'Europe est devenue de plus en plus vulnérable au harcèlement américain, facilement pressurable et manipulable, avec une capacité de riposte limitée.

Par exemple, après l'éclatement du conflit entre la Russie et l'Ukraine, l'Europe a cessé, de manière tranchée, ses approvisionnements en gaz en provenance de Russie, sans faire montre de beaucoup de sagesse politique ou de capacité à évaluer les conséquences concrètes d'une telle décision, pour ensuite se retrouver à faire face à d'énormes coûts économiques et sociaux. Le même schéma s'applique à la Chine. Autrefois florissantes grâce à la coopération économique, les relations entre la Chine et l'Europe ont changé lorsque l'Europe a suivi la ligne américaine, en regardant la Chine à travers un prisme idéologique plutôt que comme un partenaire pragmatique.

Dans ses relations avec les États-Unis, l'Europe choisit souvent le compromis, allant jusqu'à l'acquiescement. Lors de la guerre commerciale, l'Europe a pratiquement capitulé sans se battre, ce qui pourrait avoir ouvert la voie aux États-Unis qui peuvent, dès lors, viser ouvertement l'annexion d'une portion du territoire européen.

« Qui sont nos ennemis ? Qui sont nos amis ? » : c'est là une question de première importance pour toute révolution nécessaire, une phrase bien connue et familière à la majorité des Chinois. Aujourd'hui, apparemment, l'Europe a besoin de cette sagesse. Dans les relations internationales, il n'y a ni amis ni ennemis permanents : l'Europe doit donc faire face à la situation avec réalisme et lucidité.

L'Europe a longtemps cru que les États-Unis étaient ses amis, mais les États-Unis voient-ils l'Europe de la même façon ?

Malgré la présence de bases militaires américaines au Grønland et des preuves qui réfutent les affirmations sur la présence de navires de guerre russes et chinois dans la région, les États-Unis auraient pu obtenir facilement ce qu'ils veulent, qu'il s'agisse de ressources minérales ou de routes maritimes arctiques, en renforçant leurs liens militaires avec le Grønland. Cependant, cette fois, Washington s'exprime clairement sur un point : les Américains ne recherchent plus seulement la coopération, mais exigent la souveraineté pleine et entière sur le Grønland. Et ils estiment que l'Europe n'opposera probablement que peu de résistance sérieuse.

L'escalade des actions et de la rhétorique américaines montre au monde que, pour les États-Unis, le Grønland est une priorité incontournable. La vraie question est maintenant de savoir si l'Europe pourra faire comprendre à Washington qu'elle est, elle aussi, déterminée à défendre la souveraineté territoriale de ses États membres souverains.


Source : Telegra.ph via Euro-Synergies

https://reseauinternational.net/le-plus-grand-probleme-de-leurope-est-peut-etre-son-incapacite-a-distinguer-amis-et-ennemis/


JacquesL

L'Amérique n'est plus l'alliée de l'Europe et cette fois c'est structurel

Publié le janvier 27, 2026 par Wayan

Source Leon Vermeulen – Le 23 janvier 2026 – Source Blog de l'auteur



L'Europe a commis une erreur familière. Encore une fois.

Face au retour au pouvoir de Donald Trump et à ses menaces croissantes – du Groenland à la coercition commerciale en passant par son ingérence ouverte dans la politique européenne – de nombreux dirigeants européens s'accrochent encore à l'illusion réconfortante qu'il s'agit d'un problème de personnalité. Une fièvre passagère. Une déviation de la "vraie" Amérique qui reviendra si l'Europe retient son souffle assez longtemps.

Cette illusion est maintenant dangereuse.

Ce à quoi l'Europe est confrontée n'est pas Trump l'homme, mais le trumpisme en tant que système d'exploitation – un système qui a fusionné le nationalisme américain, la coercition économique, le vandalisme institutionnel et la nostalgie impériale en un modèle de pouvoir durable. Même si Trump disparaissait demain, les conditions structurelles qui l'ont produit resteraient intactes.

Les États-Unis ont changé. Et l'Europe tarde à l'accepter.


Du statut d'allié à celui de puissance adversaire

Ce tournant n'est pas dû à un tweet offensant ou une remarque grossière prononcée à Davos. Il a commencé avec la Stratégie de sécurité nationale de l'administration Trump, qui s'est ouvertement engagée à renforcer les "partis européens patriotiques", contre l'Union européenne elle-même. Ce n'est pas le comportement d'un allié. C'est une guerre politique.

Lorsque Washington commence à traiter l'UE non pas comme un partenaire mais comme un espace politique contesté – un espace à fracturer, à affaiblir et à coopter sélectivement – la relation a franchi un seuil qualitatif. À ce stade, la confiance n'est plus la catégorie pertinente. C'est le risque qui l'est.

L'Europe a maintenant affaire à une Amérique qui :

  • Considère les alliances comme des rackets de protection,
  • Traite le commerce comme une punition et une récompense,
  • Considère le droit international comme facultatif,
  • Considère la désunion interne de l'UE comme un atout et non comme un problème.

Ce n'est pas une aberration. C'est une stratégie.


Le mythe de "l'attente"

Le fantasme le plus persistant dans les capitales européennes est que l'Europe peut simplement attendre la fin de l'ère Trump – apaiser si nécessaire, éviter la confrontation et reprendre des relations transatlantiques normales une fois que le pendule reviendra à sa place.

Cette stratégie suppose trois choses qui ne sont plus vraies :

  • Que le système politique américain s'auto-corrige de manière fiable.
  • Que les institutions américaines limitent son pouvoir exécutif en matière de politique étrangère.
  • Que la dépendance de l'Europe à l'égard de la sécurité et de la technologie américaines ne limite pas fondamentalement sa liberté d'action.

Les trois hypothèses se sont effondrées.

Le Parti républicain a intériorisé le trumpisme. La bureaucratie de la sécurité américaine envisage désormais la diplomatie transactionnelle comme norme. Et la dépendance de l'Europe vis-à-vis des garanties militaires et de l'infrastructure numérique américaines donne à Washington un levier structurel qu'aucune rhétorique amicale ne peut compenser.
L'attente n'est pas la neutralité. C'est une dérive stratégique.


L'exemple du Danemark devrait terrifier l'Europe

Rien n'expose la nouvelle réalité plus clairement que le Danemark.

Pendant des décennies, le Danemark a été l'un des alliés les plus fidèles des États-Unis – saignant aux côtés des forces américaines en Afghanistan, en Irak et ailleurs. Peu de pays ont payé un prix par habitant plus élevé pour la solidarité atlantique.

Et pourtant, aujourd'hui, le Danemark se trouve publiquement humilié, son territoire ouvertement discuté comme une acquisition potentielle, sa loyauté rejetée et considérée comme de "l'ingratitude".

C'est la leçon que l'Amérique de Trump enseigne aux petits États européens : la loyauté n'achète plus la sécurité.

Si cette leçon est intériorisée – dans les pays baltes, en Europe centrale, dans les Balkans – la cohésion de l'UE ne survivra pas.


L'apaisement est désormais activement nuisible

L'apaisement est souvent défendu comme étant du réalisme. Dans le contexte actuel, c'est le contraire.

En s'adaptant aux exigences de Trump — interférence douce, absorption des menaces douanières, évitement des réponses dures – l'Europe encourage précisément le comportement qu'elle craint. Pire encore, elle aggrave les fractures internes de l'UE en récompensant les gouvernements disposés à agir en tant que mandataires américains à l'intérieur de l'Union.

L'apaisement ne préserve pas la stabilité. Il importe l'instabilité.

L'Europe a déjà vu ce film auparavant. Et elle sait comment ça s'est terminé.


La fierté n'est pas une posture, c'est une capacité

L'Europe n'a pas besoin d'antiaméricanisme. Elle a besoin de ne plus être dépendante.

La reconquête du statut ne viendra pas de grands discours sur l'ordre fondé sur des règles, ni d'invocations nostalgiques du lien transatlantique. Cela viendra d'actions irréversibles :

  • Un véritable pilier de défense européen qui puisse opérer sans l'autorisation de Washington,
  • Une réduction ciblée des dépendances technologiques envers les États-Unis,
  • L'application du pouvoir réglementaire de l'UE en tant que levier géopolitique,
  • Une politique étrangère qui n'a plus besoin de médiation américaine pour fonctionner.

Rien de tout cela ne nécessite de l'hostilité envers les États-Unis. Mais cela nécessite d'abandonner la fiction selon laquelle l'Amérique est automatiquement le protecteur de l'Europe.


Le choix auquel l'Europe est confrontée

L'Europe a désormais deux voies.

L'une conduit à un déclin géré : apaisement silencieux, paralysie stratégique et avenir en tant qu'appendice riche mais non pertinent du pouvoir américain — utile lorsqu'il est conforme, consommable lorsqu'il ne l'est pas.

L'autre mène à quelque chose de plus difficile, de plus solitaire, mais finalement de plus digne : l'âge adulte stratégique.

L'Amérique de Trump n'est pas un embarras temporaire. C'est un test de résistance – et l'Europe est en train d'échouer.

La question n'est plus de savoir si les États-Unis sont un allié fiable.

La question est de savoir si l'Europe est enfin disposée à agir comme une puissance.


Leon Vermeulen est un historien et commentateur indépendant spécialisé dans la mémoire européenne, les conflits et la réconciliation.

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/lamerique-nest-plus-lalliee-de-leurope-et-cette-fois-cest-structurel