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Auteur Sujet: Une guerre accidentelle contre l’Iran coûterait cher à l’armée américaine.  (Lu 205 fois)

JacquesL

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L'article le plus récent en premier, du 15 mars. http://lesakerfrancophone.fr/une-guerre-accidentelle-contre-liran-couterait-cher-a-larmee-americaine
Par  Sharmine Narwani – Le 15 mars 2017 – source The American Conservative



Citation
Beyrouth – Après des semaines d’intimidation envers l’Iran désigné comme « l’État terroriste numéro 1 » dans le monde, l’administration Trump semble avoir baissé son discours d’un ton.

Mais ici, au Moyen-Orient, où le moindre bruit émis par Washington est analysé en détail, les parties concernées ne cessent de spéculer sur un conflit entre les États-Unis et l’Iran. Cinquante jours après son investiture, la voie suivie par Trump en matière de politique étrangère reste une énigme. Il jure que « toutes les options » restent possibles avec l’Iran – mais le sont-elles ? Les quelques mesures qui ont déjà été prises, laissent entrevoir les grandes lignes – et les limites – de sa politique au Moyen-Orient. Sur les trois théâtres militaires majeurs où les forces américaines sont actuellement engagées, quelques tournants  significatifs ont été amorcés.


  • Au nord de la Syrie, les alliés kurdes de l’Amérique viennent de céder volontairement la place à l’Armée syrienne et aux forces militaires russes, pour éviter de se retrouver directement aux prises avec la Turquie, autre allié des États-Unis et membre de l’OTAN. Washington a empêché la Turquie de jouer un rôle dans la libération de Raqqa, tout en sachant pertinemment qu’Ankara ne tolérerait pas que la capitale de l’EI tombe dans les mains des Kurdes. Il apparaît de plus en plus probable que la formule qui va l’emporter verra la ville et ses alentours céder, sous parapluie russe, à une autorité amie avec le gouvernement syrien.
  • Au nord de l’Irak, le combat pour la reprise de Mossoul s’est accéléré, l’armée irakienne ayant libéré la moitié de la partie occidentale de la ville en seulement vingt jours. Agissant sous le commandement du gouvernement de Bagdad, cette armée est essentiellement composée de miliciens chiites, dont la plupart ont été formés et équipés par l’armée iranienne.
  • Au Yémen, où, selon les gros titres alarmants des journaux occidentaux, l’armée américaine commet bavures et excès, un fait beaucoup plus grave est occulté par les médias. Il est maintenant avéré – et plus seulement hypothétique comme ce l’était auparavant – que les frappes aériennes américaines touchent des terroristes d’al-Qaïda, travaillant côte à côte avec les forces des Émirats arabes unis (EAU), pour cibler des milices islamistes qui sont, comme chacun sait, alliées de fait aux Saoudiens sur le terrain. D’après certaines informations, les EAU ont fait monter les enchères la semaine dernière, en demandant aux Saoudiens de laisser tomber le président marionnette Abdrabbuh Mansour Hadi – alors que ce dernier est notoirement l’autorité yéménite que la coalition saoudienne soutenue par les Occidentaux cherchait à rétablir par la force.


En quelques semaines, Trump a démoli la stratégie louvoyante d’Obama dans les différents points névralgiques du Moyen-Orient – soit en passant directement à l’action, soit en n’empêchant plus les autres de le faire. Ce qui est remarquable, c’est que, prises au pied de la lettre, toutes ces actions servent  les intérêts de l’Iran dans la région et sapent ceux de la Turquie et de l’Arabie saoudite, alliés des États-Unis.

Mais ne vous y trompez pas. Ceci n’est que la salve d’ouverture de Trump. Ses ambitions sont bien plus grandes et ténébreuses et ces récents changements ne signifient pas forcément qu’il n’ait plus l’Iran en ligne de mire. La République islamique, ses alliés et ses adversaires restent inclus dans une partie de poker géostratégique à plus large visée du Président. Il peut les utiliser pour impliquer ou punir des cibles plus cruciales, telles que la Russie et la Chine, deux grandes puissances qui se sont aménagé des relations stratégiques avec Téhéran. L’Iran peut également lui servir d’instrument utile pour provoquer ou cajoler les alliés traditionnels de l’Amérique que sont Israël, la Turquie et différentes monarchies arabes, les amenant ainsi à adopter ses propres positions.

Les États-Unis ont d’ores et déjà adopté plusieurs postures politiques menaçantes – dont le but ultime reste à définir – ciblant principalement l’Iran. Une coalition « Émirats Arabes – OTAN » menée par l’Arabie saoudite, qui pourrait s’allier avec Israël contre l’Iran, est évoquée à demi-mot. On parle aussi de demandes émises par différentes capitales occidentales et orientales alliées, pour que Damas et la Russie excluent l’Iran de leur coalition.

Les voies maritimes : une confrontation « accidentelle »

En dépit de ce rôle de croque-mitaine attribué à l’Iran, il est improbable que Trump s’aventure dans un conflit militaire direct contre ce pays. N’est-il pas le Président qui a clamé haut et fort à quel point il désapprouvait les 6 milliards de dollars investis dans les guerres et les interventions au Moyen-Orient ? Le prolongement du conflit dans la région serait coûteux et le mettrait en porte-à-faux vis-à-vis de grands États avec lesquels il préfère faire des affaires.

En réalité, et malgré son insistance quand il affirme que « toutes les options » restent possibles au sujet de l’Iran, Trump  dispose d’un éventail de choix limité. Les sanctions sont toujours restées inopérantes et l’accord avec l’Iran sur le nucléaire a été bouclé de façon à ce que les autres grandes puissances concernées par cet enjeu soient exclues d’accords ultérieurs. Sous la pression de ses alliés, Trump a baissé d’un cran sa menace de saborder cet accord, qui, vient-il de réaliser, ne servirait qu’à isoler les États-Unis et non l’Iran. Des activités subversives – telles que complots de révolutions « de couleur », propagande ou cyber-conflits – se sont révélées inutiles, au vu de la vigilance historique de l’Iran sur ces différents points à l’intérieur de ses frontières. Une guerre conventionnelle exigerait comme préalable une provocation significative de la part de  l’Iran et serait sans doute sanctionnée par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Mais il reste un théâtre où un conflit États-Unis – Iran pourrait être facilement déclenché : les différentes voies maritimes qui entourent la République islamique et ses voisins. Les deux pays y disposent d’une flotte militaire et commerciale, dont les navires se croisent quotidiennement. Les tensions y sont élevées, la rhétorique susceptible de s’envenimer à tout instant et les adversaires de l’Iran dans le Golfe, tout comme Washington, sont bien placés pour y provoquer un incident et jeter ensuite de l’huile sur le feu. Comme cela a été rapporté entre les lignes par le New York Times, le Secrétaire à la Défense James Mattis, un faucon investi dans la question iranienne, a fait peu ou prou un pas en ce sens, il y a quelques semaines, en envisageant de laisser des militaires américains monter à bord d’un navire iranien dans les eaux internationales de la mer d’Arabie. Mais le site Intercept a, lui, compris et traduit la portée de cette rencontre rapprochée, par le titre suivant : Le « modéré » Secrétaire à la Défense de Trump vient de nous amener à deux doigts de la guerre.

La guerre est donc une claire éventualité, en cas de geste agressif commis par les États-Unis. L’Iran n’est pas une république bananière. Le pays a enduré une guerre de huit années avec l’Irak, guerre qui a été encouragée, financée et armée par les grandes puissances et des États de la région. La République Islamique s’est remarquablement redressée de cet assaut et continue de développer des moyens conventionnels et asymétriques, pour décourager de futures attaques.

Aussi, lorsque Trump a décidé comme bon lui semblait, d’infliger des sanctions à l’Iran à la suite d’un essai de missiles balistiques le 29 janvier dernier, les Iraniens se sont empressés de surenchérir, le lendemain de l’annonce des sanctions. Et les réactions iraniennes se poursuivent, comme un rappel à l’ordre de la haute improbabilité d’un conflit militaire avec l’Iran. La République islamique fait en sorte de nous signifier qu’elle dispose de moyens visibles et cachés, faisant état de ses essais réguliers de missiles, de ses démonstrations de défense aérienne [ur=https://sputniknews.com/military/201703051051279310-iran-s300-tests-russia/l]avancée[/url] et de ses entraînements militaires, comme l’ont prouvé les dernières simulations de Velayat 95 effectuées dans le détroit d’Ormuz, dans la mer d’Oman et l’océan Indien.

Les  tensions entre les États-Unis et l’Iran se sont intensifiées à mesure qu’augmentait le nombre de golfes, de détroits, de mers et d’océans dans lesquels les flottes militaires et commerciales des deux nations opèrent. Le Pentagone justifie avec insistance sa présence navale sur tant de lointaines voies maritimes au large de l’Asie occidentale, en rappelant qu’elle est indispensable pour faire échec au terrorisme et au piratage. Mais cette région est l’arrière-cour de l’Iran et ce dernier n’a pas besoin de justification pour y faire la police contre ces mêmes menaces, et y protéger ses eaux territoriales et ses frontières maritimes.

Au cours d’une visite que j’ai faite en novembre à Téhéran, j’ai interrogé sur ces questions le Dr Sadollah Zarein, directeur du think tank The  Andisheh Sazan Noor Institute et expert sur les questions du MENA (Middle East and North Africa), proche de l’IRGC (Islamic Revolutinary Guard Corps, Gardiens de la Révolution). « Les agissements américains nous fournissent un précédent dans l’ajustement de notre portée navale » m’a-t-il expliqué. La présence navale américaine dans les eaux territoriales iraniennes « renforce notre droit d’intervention dans le golfe Persique, le golfe d’Aden et dans d’autres secteurs maritimes ». Il en résulte « que nous sommes maintenant présents dans le Golfe du Bengale et dans l’océan Indien ».

À la question de savoir s’il trouvait inquiétant qu’un État ennemi déploie sa puissance militaire à deux pas de son pays, Zarein a souri et posément répondu : « Quand les États-Unis sont dans les parages, le mieux pour l’Iran est de rester vigilant et discipliné. Dans cette mesure, leurs agissements nous servent. Ils nous rassemblent, et encouragent l’adhésion aux forces de sécurité du pays, à notre armée et à nos frontières. »

Dans le camp adverse, Washington continue d’alimenter cette discipline et cette cohésion iraniennes en élevant ces récents « incidents » – dont l’Iran est pour une grande part non responsable – au rang d’une campagne médiatique hystérique contre ce pays.

Le reporter d’investigation Gareth Porter a cherché à démêler le vrai du faux, dans les allégations américaines selon lesquelles l’Iran utilise certaines de ces voies maritimes pour acheminer des armes destinées aux rebelles yéménites Houthi. Sa recherche lui a permis d’établir, preuves à l’appui, que la plupart de ces allégations étaient fausses. Et grâce à la divulgation des câbles du Département d’État par WikiLeaks en 2010, nous savons maintenant que – en privé tout au moins – des fonctionnaires américains doutent également de ces accusations portées publiquement.

L’imprévisibilité d’une guerre au sujet des voies maritimes

En janvier 2016, deux navires de la Marine nationale américaine ont pénétré dans les eaux territoriales iraniennes – délibérément ou non, cela reste fumeux – et ont été appréhendés par des Gardiens de la Révolution. Les Américains ont pu suivre le reportage de la capture des marins américains, genoux à terre, mains repliées derrière la tête, tel qu’il a été diffusé par la télévision iranienne. Conformément aux règles de la navigation maritime et au droit international, la  République islamique a relâché les officiers peu de temps après. Mais la retransmission américaine en technicolor de l’incident a mis en évidence l’imprévisibilité des opérations maritimes contre cet ennemi retors des États-Unis. Depuis plusieurs décennies, le Pentagone s’entraîne à un jeu de guerre simulée contre l’Iran, pour tester ses hypothèses et affiner ses réactions. Mais une personne que je connais et qui a participé à ces exercices du CENTCOM (Commandement militaire américain), m’a confié l’an dernier que « les États-Unis ne l’emportaient sur l’Iran dans des parties asymétriques, qu’au prix de trucs ou de tricheries ».

Intriguée, j’ai été amenée à creuser l’information et je suis tombée sur « Millennium challenge », un jeu de guerre de 2002 de l’armée américaine, ayant pour cadre le golfe Persique et opposant les États-Unis (équipe bleue) à un adversaire non identifié du Moyen-Orient et supposé être l’Iran (équipe rouge).

Selon le Lt Gen. Paul Van Riper, officier retraité des Marine Corps, qui a géré la réaction asymétrique de l’équipe rouge – et a déclaré forfait, car les règles avaient été modifiées au milieu de la partie, pour resserrer les marges de  manœuvre de son équipe – les Rouges ont contourné le système de surveillance électronique de haute technologie des Bleus, en envoyant des messagers en moto en première ligne et en utilisant des méthodes de signalement datant de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont ensuite anéanti 16 navires de guerre américains et une grande partie de la flotte navale. La partie, prévue pour s’étaler sur trois semaines, s’est terminée dès le deuxième jour.

Dans un article intitulé War games Rigged ? (Jeux de guerre truqués ?) et publié sur les sites de Navy, Marine et Army Time (il semblerait qu’il ait été supprimé depuis et nous le mettons en ligne ici), Van Riper discrédite ce jeu de guerre qui a coûté 250 millions de dollars :  « C’était en réalité un exercice entièrement conçu pour que les Bleus ‘l’emportent’. »

Van Riper explique : « On nous a donné l’ordre […] de déplacer notre défense aérienne de façon à ce que les unités d’infanterie et de marine puissent réussir leur atterrissage. Le seul ordre donné était soit de désactiver les systèmes de défense aérienne, soit de les déplacer […] Le scénario prévu consistait donc à être partout où le Commandement aéronaval (Marine Air Control Group) l’exigeait. »

Il semble qu’au lieu de tirer des enseignements de cet exercice, l’Armée américaine se soit davantage attachée à confirmer sa doctrine existante et soigner sa façade d’invincibilité. Une attitude dangereuse qui, dans les scénarios de guerre réels, peut amener les chefs militaires à commettre des erreurs de jugement et des imprudences. Et cela, l’Iran le sait.

Ce que coûte la suprématie

Pourquoi les forces armées américaines stationnent-elles dans le golfe Persique coûte que coûte ? Roger Stern, de l’Université de Princeton a établi qu’entre 1976 et 2010, Washington a dépensé la somme impressionnante de 8 milliards de dollars pour surveiller la circulation des pétroliers. À partir de 2010, les États-Unis n’ont réceptionné que 10% de ces transports pétroliers. Les plus grands bénéficiaires étaient le Japon (20%), suivis par la Chine, l’Inde et la Corée du Sud.

Trump devrait en prendre note : si l’accès au pétrole était le véritable objectif de la présence américaine dans le Golfe, Washington pourrait s’en acquitter à moindre coût en installant des oléoducs qui contourneraient la voie maritime.

Au lieu de cela, la politique américaine s’est enlisée dans une dérive de ses missions dans le golfe Persique, au gré d’une ligne de conduite dont peu de présidents américains ont osé s’écarter. Parmi les huit États côtiers du Golfe, l’Iran dispose de la plus longue bande côtière, équivalant à presque le double de celles de ses sept voisins réunis.

Puisque  les faucons de Washington s’entêtent à empêcher l’Iran de concurrencer l’hégémonie américaine dans le golfe Persique, ils doivent  être les premiers à réfléchir sur les conséquences éventuelles d’une autre guerre, encore évitable – avant qu’une catastrophe ne leur rabaisse le caquet.

Sharmine Narwani

Traduit par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur Info
« Modifié: 02 avril 2017, 12:44:23 pm par JacquesL »

JacquesL

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US contre Iran – une guerre de pommes contre des oranges
« Réponse #1 le: 02 avril 2017, 01:25:55 pm »
US contre Iran – une guerre de pommes contre des oranges

http://lesakerfrancophone.fr/us-contre-iran-une-guerre-de-pommes-contre-des-oranges
Citation
Par le Saker – Le 7 février 2017 – Source The Saker

L’une des tâches les plus frustrantes est d’essayer de déconstruire les mythes hollywoodiens imprimés dans l’esprit des Américains sur la guerre en général et sur les forces spéciales et la technologie en particulier. Lorsque j’ai écrit la semaine dernière ma chronique sur les premiers couacs de la présidence Trump, je m’attendais bien à ce que certains des points que j’évoquais tombent dans l’oreille de sourds et c’est en effet arrivé. Ce que je me propose de faire aujourd’hui est d’essayer, une fois de plus, d’expliquer l’immense différence entre ce que j’appellerais « le mode de guerre américain », tel qu’on le voit dans les films de propagande, et la réalité de la guerre.

Commençons par la question de l’utilisation des forces opérationnelles spéciales et disons immédiatement ce qu’elles ne sont pas : les forces opérationnelles spéciales ne sont pas des SWAT [des unités d’élite, NdT] ou des forces anti-terroristes. La machine de propagande étasunienne a imprimé dans l’esprit des gens en Occident que si une force est d’« élite » et paraît « tacti-cool », c’est une sorte de force spéciale. Selon ce critère, même certains policiers anti-émeute pourraient être considérés comme des « forces spéciales ». Ce n’est, cela dit, pas un péché uniquement américain. Les Russes ont emprunté exactement la même voie ridicule et maintenant vous avez des forces « spetsnaz » partout en Russie – même l’équivalent russe du Département américain de l’application des peines dispose maintenant de forces « spetsnaz » pour traiter les émeutes dans les prisons ! De même, la fameuse unité anti-terroriste « A » (appelée à tort « Alpha » par opposition à la « Delta » étasunienne) est exactement cela : une unité anti-terroriste et pas une force militaire spéciale. Que sont donc, au sens strict du mot, les forces spéciales ? C’est une force militaire qui participe à l’effort de guerre général mais de manière autonome et pas en soutien direct aux forces de combat principales/conventionnelles. Suivant le pays et le service, les forces spéciales peuvent assurer une grande diversité de tâches allant de la fourniture de « conseillers » à ce que les Américains appellent une action directe comme l’attaque malheureuse sur la forteresse d’al-Qaïda au Yémen. Tout comme les forces aériennes, les forces spéciales ont souvent été mal utilisées, en particulier lorsqu’on ne pouvait pas compter sur les forces conventionnelles, mais cela ne signifie par que des SWAT et des forces anti-terroristes devraient être considérées comme des « forces spéciales ». Celles-ci sont toujours des forces militaires et elles opèrent en soutien à des opérations militaires.

Aparté :
Certains lecteurs américains qui ont été fâchés par mes assertions selon lesquelles les forces spéciales étasuniennes ont un bilan réel terrible ont essayé de me contrer avec un argument fallacieux logiquement : qu’en est-il des forces spéciales russes, sont-elles meilleures ? Les exemples donnés étaient Beslan, le Nord-Ost et Boudionnovsk. Il y a deux problèmes avec cet argument : premièrement, aucun de ces événements ne peut être considéré comme des « opérations spéciales » et, deuxièmement, même si les forces spéciales russes ont un bilan effroyable, cela ne signifie pas pour autant que le bilan des forces spéciales étasuniennes est bon ou, encore moins, meilleur. D’ailleurs ces trois tragédies sont totalement différentes. La crise des otages dans l’hôpital de Boudionnovsk était en effet un désastre total qui s’est produit dans le contexte d’un autre désastre total, la première guerre de Tchétchénie, et qui a eu pour résultat la mort de 130 civils sur un total d’environ 2000. C’est-à-dire que 93.5% des otages ont survécu. Si on considère que les autorités politiques civiles étaient indéniablement les pires dans l’Histoire russe et que les preneurs d’otages étaient plus de 100 terroristes tchétchènes endurcis, je pense que ce n’est pas le « désastre » que les civils aiment à penser. Ensuite, regardons Beslan. Ici, nous avons bien plus de 1000 otages et 385 victimes – bien plus qu’un « désastre », en effet. Mais souvenons-nous ce qui est arrivé ce jour-là : une bombe, apparemment l’une des plus puissantes placées dans la salle de sport, a explosé, ce qui fait que des civils locaux (des parents) ont spontanément pris d’assaut l’école. À ce stade, les forces anti-terroristes se sont simplement jointes à eux pour sauver autant de personnes que possible et beaucoup d’entre eux sont morts en protégeant les enfants de leurs propre corps. Il n’est tout simplement pas possible de faire porter le blâme pour Beslan aux forces anti-terroristes. Quant au Nord-Ost, c’est l’une des opérations de sauvetage les plus réussies de l’histoire : quelque 900 otages sont pris par environ 45 terroristes. Résultat de l’opération, tous les civils ont été libérés, tous les terroristes ont été tués et toutes les forces anti-terroristes ont survécu. Pas une seule bombe n’a explosé. Cependant, la tragédie s’est produite après l’opération, lorsque les services médicaux n’ont pas eu assez de personnel pour ranimer les otages libérés, dont certains sont même morts dans les bus en route vers les soins médicaux. En théorie, chacun de ces otages avait subi une anesthésie totale (sans avoir été intubé) et chacun d’eux avait besoin d’être réanimé par une équipe médicale. Dans leurs pires cauchemars, les forces anti-terroristes ne s’étaient jamais attendues à devoir affronter un nombre aussi immense de civils nécessitant des soins médicaux spécialisés immédiats. Les unités civiles de réponse médicale d’urgence étaient totalement submergées et n’ont même pas su quel gaz avait été utilisé. Le résultat est que 130 otages sont morts, soit environ 15% d’entre eux. Si les Russes n’avaient pas décidé d’utiliser du gaz le chiffre des victimes le plus probable aurait été bien supérieur à 500, sinon plus. Ce n’est pas ce que j’appellerais un échec de l’ensemble de l’opération, y compris le soutien civil. En termes d’opération anti-terroriste pure, c’est probablement l’opération de libération d’otages la plus réussie dans l’histoire. Permettez-moi de conclure cet aparté avec une question simple : quelle était la dernière fois qu’une force anti-terroriste en Occident a dû faire face à une situation impliquant plus de 1000 otages pris par un grand nombre de terroristes impitoyables et entraînés militairement ?


Si l’on est absolument déterminé à évaluer le bilan russe des opérations spéciales, je signalerais la capture de l’aéroport international de Ruzyne à Prague en 1968, l’assaut sur le palais Tajberg en Afghanistan en 1979 et bien sûr, l’opération russe pour s’emparer de la Crimée en 2014. Mais, de nouveau, il n’y a pas de nécessité logique à prouver que les Russes peuvent le faire bien/mieux pour affirmer que les Américains ne le peuvent pas.

Passons maintenant à la question d’une éventuelle guerre entre l’Iran et les États-Unis.

La chose la plus stupide à faire pour évaluer les résultats possibles d’une attaque des États-Unis sur l’Iran serait de comparer toutes les technologies disponibles des deux pays et d’en tirer une conclusion quelconque. Comme exemple de ce genre d’absurdité, consultez cet article typique. En général, l’obsession de la technologie est une pathologie américaine courante, qui est un résultat direct des guerres menées outre-mer contre des ennemis largement sous-armés. J’appelle cela la vision de l’ingénieur sur la guerre, par opposition à celle du soldat. Cela ne veut pas dire que la technologie ne compte pas, elle compte, mais les tactiques, les opérations et la stratégie importent beaucoup plus. Par exemple, s’il est vrai qu’un Abrams M1A2 moderne est largement supérieur à un vieux T-55 soviétique, il y a des circonstances (hautes montagnes, forêts) où le T-55, correctement engagé, pourrait être un bien meilleur char blindé. De même, les canons antichars de la Deuxième Guerre mondiale, censément dépassés, peuvent être utilisés avec des effets dévastateurs sur des APC modernes, exactement comme des canons de défense aérienne dépassés peuvent être transformés en véhicules de soutien à un tir d’assaut absolument terrifiants.

Dans le cas de l’attaque des États-Unis contre l’Iran, seul un ignare total supposerait que sitôt que les Iraniens détectent l’attaque américaine, ils précipiteraient leur aviation très démodée pour essayer d’atteindre une supériorité aérienne ou espéreraient stopper l’attaque américaine en utilisant leurs défenses aériennes. Permettez-moi de rappeler à tous ici que le Hezbollah n’a fait exactement aucun usage de ses défenses aériennes (seulement des MANPADS, quand même) pendant l’attaque d’Israël contre le Liban en 2006 et que cela ne l’a pas empêché d’infliger à l’armée israélienne la défaite la plus cuisante de son histoire. Pourquoi ?

Parce qu’en général la manière américaine de faire la guerre ne marche pas vraiment. Qu’est-ce que je veux dire en parlant de « manière américaine de faire la guerre » ? Utiliser des frappes aériennes et des attaques de missiles pour endommager les capacités de l’ennemi à un degré tel que cela le force à se rendre. Cela a été tenté contre l’armée serbe au Kosovo et a débouché sur un échec absolu : les forces serbes ont survécu, totalement indemnes, à 78 jours de bombardement massif de l’OTAN (quelques MBT et APC ont été perdus, mais c’est à peu près tout). Lorsque cet échec est devenu visible aux commandants de l’OTAN, ils ont fait ce que l’armée américaine fait toujours et ils se sont tournés contre la population civile serbe en représailles (comme les Israéliens au Liban, bien sûr), tout en offrant un marché à Milosevic : vous vous rendez et nous vous laissons au pouvoir. Il a accepté et a ordonné à l’armée serbe de quitter le Kosovo. Ce fut un succès politique spectaculaire pour l’OTAN, mais en terme strictement militaire, ce fut un désastre (bien caché à l’opinion publique occidentale, grâce à la meilleure machine de propagande de l’Histoire).

Dans un cas, une seule fois, cette manière américaine de faire la guerre a fonctionné comme prévu : lors de la première guerre du Golfe. Et il y a une bonne raison à cela.

Pendant la Guerre froide, les planificateurs de l’armée étasunienne et les stratèges avaient développé un grand nombre de concepts pour se préparer à une guerre en Europe contre l’Union soviétique. Ces concepts comprenaient la doctrine aéroterrestre ou celle de la Follow-on-Forces Attack (FOFA) que je ne traiterai pas en détail ici, mais qui tous mettaient un fort accent sur des systèmes de reconnaissance à longue portée et le recours à l’aviation pour vaincre une supériorité soviétique conventionnelle supposée, notamment en blindés. Je pense que ce sont des doctrines fondamentalement solides qui auraient pu être appliquées efficacement sur le théâtre européen. Au moment où l’Irak a envahi le Koweït, les États-Unis avaient peaufiné ces concepts presque jusqu’à la perfection et leurs forces armées étaient bien formées à leur application. Saddam Hussein a commis ensuite une série d’erreurs impardonnables, la pire étant de donner aux États-Unis plusieurs mois pour se déployer dans le Royaume d’Arabie saoudite (ceci contredit de manière flagrante la doctrine militaire soviétique qui me dit que Saddam Hussein n’a pas écouté ses généraux formés par les Soviétiques ou que ces généraux ont eu peur de parler).

Apparemment, Saddam Hussein croyait qu’après avoir combattu les Iraniens pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), il était prêt à l’emporter sur les États-Unis. Eh bien, il ne l’était pas. En fait, la manière dont les Irakiens se sont préparés à une attaque américaine était un rêve devenu réalité pour les planificateurs et les analystes militaires américains, parce que Saddam leur a offert la cible absolument parfaite : d’importantes formations de blindés déployées dans un désert sans couverture aérienne. Les États-Unis qui se préparaient depuis des années à combattre une armée soviétique conventionnelle beaucoup plus sophistiquée sur le terrain complexe de l’Europe centrale (forêts du Mischgelende, nombreux villages et villes, des fleuves rapides, des collines et des rives escarpées, etc.) ne pouvaient tout simplement pas croire à leur chance : les Irakiens se déployaient de la pire manière possible, faisant d’eux-mêmes une cible idéale, beaucoup plus facile en fait que ce qui était pratiqué dans les entraînements américains dans le désert. Le résultat était prévisible, les États-Unis ont tout simplement écrasé les Irakiens et n’ont eu pratiquement aucune victime.

Devinez qui a observé attentivement tout cela de l’autre côté de la frontière ?

Les Iraniens, bien sûr.

Si quelqu’un croit sérieusement que les Iraniens se prépareront à une attaque américaine en essayant de surpasser les Américains, à l’américaine, j’ai quelques doutes a lui soumettre.

Ce que les Iraniens, et le Hezbollah, ont parfaitement compris est que la clé pour l’emporter sur les États-Unis est de leur refuser leur manière de faire la guerre et de leur imposer un type de guerre qu’ils abhorrent totalement. Nous pouvons appeler cela la manière iranienne de faire la guerre. Voici quelques-unes de ses composantes essentielles :

1) S’attendre à ce que les Américains établissent leur suprématie aérienne en 24 heures ou moins, et leur refuser toute cible de valeur. Cela paraît simple, mais ça ne l’est pas. Cela exige un grand nombre d’étapes qui peuvent prendre des années à mettre en place y compris, mais pas seulement, dissimuler, renforcer et enterrer profondément les biens civils et militaires les plus précieux ; créer un réseau de communication très redondant et se préparer pour des opérations semi-autonomes si les communications échouent ; créer dans tout le pays un système de coopération local entre civils et militaires destiné à la capacité de survie des services gouvernementaux essentiels incluant l’ordre public ; avoir des procédures en place pour compenser les interruptions dans la distribution de l’énergie et la destruction de nœuds de transport essentiels ; etc… C’est peut-être ma formation suisse qui me fait parler ici, mais je supposerais qu’au cours de ces trente dernières années, les Iraniens ont creusé des milliers de tunnels souterrains et des postes de commandement qui permettent au pays, littéralement, de « passer en dessous » aussi longtemps que ce sera nécessaire.

2) Développer un certain nombre de technologies de pointe, telles qu’un GPS masqué; la pénétration et l’interruption d’un réseau informatique ; des contre-mesures de guerre électronique ; des mines ; des petites opérations navales et, bien sûr, des frappes de missiles ; non pas pour refuser aux forces étasuniennes la moindre portion du territoire iranien mais pour augmenter fortement les risques et les coûts de leurs opérations. C’est là qu’un nombre limité de systèmes de défense aérienne avancés peuvent faire toute la différence, en particulier s’ils sont dissimulés avec succès.

3) S’engager dans une « escalade horizontale » : plutôt que de gaspiller des efforts en essayant d’abattre des avions américains, utiliser des frappes de missiles pour détruire des aéroports (et des ports) étasuniens dans la région. C’est, d’ailleurs, la doctrine iranienne officielle. Ou frapper les forces américaines en Irak ou en Afghanistan. Viser Israël ou, encore mieux, le régime saoudien. Forcer l’US Navy soit à s’engager dans des opérations fluviales ou, au maximum, littorales (ici, les sous-marins russes de classe Kilo excelleront) ou la forcer à reculer et à fermer le détroit d’Ormuz (la marine américaine déteste les opérations fluviales et littorales et pour une raison, l’US Navy est une marine de haute mer par excellence) et les Américains sont pleinement conscients de ce qui est arrivé à la corvette israélienne Sa’ar de classe 5 de construction étasunienne lorsqu’elle a été frappée par un missile C-802 construite par les Chinois et tiré par le Hezbollah.

4) Jouer la carte du temps : le temps joue toujours contre l’armée américaine puisqu’elle s’attend à une guerre courte, facile, avec aussi peu de pertes que possible puis à une « sortie » rapide. Les Israéliens se sont essoufflés en 33 jours, l’OTAN en 78 – donc planifier un conflit d’au moins 12 mois. Les forces occidentales n’ont pas d’endurance, les laisser espérer un « vite-fait-bien-fait » puis voir comment elles réagissent lorsque cela ne se produit pas.

5) Utiliser le sentiment américain traditionnel de supériorité, leur condescendance à l’égard des « nègres des sables » ou des « hadjis » et ne pas s’embêter à essayer de les intimider. Au lieu de quoi, essayer d’utiliser cette mentalité raciste pour les faire commettre des erreurs stratégiques majeures, comme l’Iran l’a fait lorsqu’il a recouru à de faux « transfuges » irakiens qui ont répandu de la désinformation sur des armes de destruction massive inexistantes pour convaincre les néocons américains de faire pression en faveur d’une attaque sur l’Irak pour protéger Israël. Je trouve l’idée d’utiliser les néocons américains pour inciter les États-Unis à se débarrasser de Saddam Hussein et de remettre fondamentalement l’Irak à l’Iran ni plus ni moins que du pur génie. C’est, évidemment, la raison pour laquelle ce n’est jamais mentionné dans les sources occidentales.  :-)

6) Forcer les Américains à présenter plus de cibles : plus les forces étasuniennes sont déployées près de l’Iran, plus elles offrent de cibles aux contre-attaques iraniennes et plus elles s’embourbent politiquement (comme l’a montré la récente menace irakienne d’abroger les visas pour les militaires américains en réponse à l’interdiction temporaire des visas décidée par Trump ; la menace est creuse, mais à l’évidence, personne à Washington ou à Foggy Bottom n’avait jamais considéré cette éventualité). Fondamentalement, étant installées partout, les forces du CENTCOM sont haïes partout.

Ce ne sont là que quelques exemples tirés d’une longue liste de choses que les Iraniens peuvent faire pour répondre à une attaque américaine contre l’Iran. Nous pouvons nous attendre à ce que les Iraniens établissent une liste beaucoup plus longue et beaucoup plus créative. D’ailleurs, il n’y a rien de nouveau ni d’original dans la liste que j’ai faite ci-dessus, et les Américains en sont tout à fait conscients. Il y a une raison pour laquelle, même si les États-Unis sont arrivés à quelques heures d’une attaque sur l’Iran, ils ont toujours reculé à la dernière seconde. Donc nous avons ce bras de fer sans fin : les politiciens américains (qui croient leur propre propagande) veulent frapper l’Iran, tandis que les spécialistes militaires (qui font mieux que croire leur propre propagande) essaient en permanence d’empêcher une telle attaque. Je veux mentionner ici l’amiral William Fallon, un véritable héros et patriote, qui a déclaré sans ménagement, à propos d’une éventuelle attaque sur l’Iran : « Pas sous ma gouverne », en défiant directement ses supérieurs politiques. J’espère qu’un jour son service à son pays dans une situation très difficile sera finalement reconnu.

Encore une chose : Israël et les autres puissances régionales. Ils sont fondamentalement l’équivalent des légumes servis dans un restaurant de grillades : une décoration. Exactement comme l’OTAN est une force factice, les Forces armées israéliennes le sont aussi, comme tout le reste des armées locales, y compris les Saoudiens, au moins comparés à l’Iran et au Hezbollah. Oui, c’est sûr, ils dépensent des quantités d’argent, achètent des systèmes chers, mais si une guerre éclatait, les Américains porteront 90% du fardeau de la guerre réelle, tout l’opposé d’une coalition politiquement correcte. L’Iran est un très grand pays, avec une géographie complexe, et les seuls qui ont un type de capacité de projection de puissance capable de frapper l’Iran autrement que de manière symbolique, ce sont les Américains. Évidemment, je suis quasiment sûr que si les États-Unis attaquaient l’Iran, les Israéliens se sentiraient obligés de frapper une cible censément nucléaire, de retourner chez eux et de déclarer ensuite la victoire de l’« invincible Tsahal ». Mais dans la mesure où l’Iran sera significativement frappé, ce sera par les États-Unis, pas par Israël.

Cela signifie-t-il que l’Iran sortirait indemne d’une attaque étasunienne ? Absolument pas. Ce à quoi je m’attends de la part des Américains, c’est qu’ils fassent ce qu’ils ont toujours fait : s’engager dans le meurtre massif de civils en représailles de leurs échecs militaires. Je sais que cela offensera, une fois de plus, certains patriotes doublement culs bénits, mais massacrer des civils et une tradition américaine datant de la fondation même des États-Unis. Quiconque en doute devrait lire le superbe ouvrage de John Grenier (vétéran de l’US Air Force) intitulé The First Way of War 1607-1814 : American War Making on the Frontière, qui explique avec des détails exquis comment les opérations américaines de terreur contre les civils ont été développées au cours des siècles. C’est bien sûr ce que les Anglos ont fait pendant la Seconde Guerre mondiale lorsqu’ils ont lancé des bombardements massifs sur les villes allemandes pour « briser leur esprit de résistance ». Et c’est ce qu’ils ont fait en Irak et en Serbie, et ce que les Israéliens ont fait au Liban. Et c’est exactement ce à quoi nous devrions nous attendre en Iran. Du moins, c’est le scénario pour le pire des cas. Il y a en réalité deux options de base pour une attaque américaine sur l’Iran et je les ai soulignées dans mon article de 2007 sur les options de réponse asymétrique de l’Iran :

D’une manière générale, nous voyons l’Empire néocon avoir deux options dans une attaque de l’Iran :

Une attaque courte, limitée, sur quelques installations nucléaires et gouvernementales iraniennes. Les buts de ce genre d’attaque seraient uniquement politiques : paraître avoir « fait quelque chose », donner aux Américains et aux Israéliens découragés quelques drapeaux à agiter, « montrer de la détermination » et « envoyer un message ferme » – le genre d’absurdité du Département d’État. S’ils ont de la chance, ils pourraient espérer tuer quelques dirigeants iraniens (ce que cela pourra leur apporter, on se le demande). Enfin, ils puniraient les Iraniens pour leur « mauvaise conduite ».
Une attaque militaire plus importante, qui ne pourrait se limiter à une campagne aérienne et qui devrait inclure au moins quelques pénétrations de troupes terrestres. Ce serait semblable à la stratégie décrite dans mon article
How they might do it[/url] [Comment ils pourraient s’y prendre]. Le but de cette option serait radicalement différent de la première : « Punir la population iranienne pour son soutien aux ‘mollahs’ (comme on dit aux États-Unis) par les urnes. C’est exactement la même logique qui a amené les Israéliens à frapper tout le Liban avec des bombes, des missiles et des mines – la même logique à partir de laquelle ils ont tué plus de 500 personnes à Gaza – la même logique par laquelle les États-Unis ont bombardé toute la Serbie et tout le Monténégro et la même logique qui explique l’étrange embargo sur Cuba. Le message ici est : si vous soutenez les méchants, vous le payerez. »


L’option dont j’ai parlé ici est la seconde, parce que c’est celle qui tuerait le plus grand nombre de gens. Mais ne vous y trompez pas, puisque aucune de ces options ne déboucherait sur quoi que ce soit ressemblant à une victoire (c’est un concept politique définissant l’atteinte d’un objectif politique), on devrait conclure que ces deux options se solderaient par un échec et une défaite. Une telle attaque marquerait aussi la fin du rôle politique des États-Unis au Moyen-Orient, à moins, bien sûr, qu’être un éléphant méprisé dans un magasin de porcelaine soit considéré comme un « rôle ». Mais ne vous y trompez pas, même si les victimes iraniennes se comptent en centaine de milliers, ou même plus d’un million comme en Irak, les Iraniens ne se rendront pas et ils gagneront. Pour une chose : terroriser des civils n’a jamais marché. Le génocide peut être une option beaucoup plus viable, mais il y a trop d’Iraniens pour y arriver et ils ont trop bien creusé des trous dans leur pays pour envisager une telle option (désolé, les Israéliens, même lancer une bombe atomique sur l’Iran ne débouchera pas sur une « victoire » d’aucune sorte). Les Iraniens sont là depuis, quoi, 3000 à 9000 ans (cela dépend de comment vous comptez) et ils ne seront pas mâtés, soumis ou vaincus par des pays vieux de 200 ou 70 ans, ou par un Empire anglo-sioniste à l’agonie.

Je soupçonne qu’à l’heure actuelle, j’irrite totalement un certain nombre de lecteurs. Alors quelle meilleure manière pour moi de terminer cette discussion sinon en ajoutant la religion au mélange ? Oui, allons-y !

La plupart des Iraniens sont chiites, c’est bien connu. Mais ce qui est moins connu est l’une des plus importantes devises des chiites qui, je pense, exprime superbement l’une des caractéristiques essentielles de l’ethos chiite, et qui dit : « Chaque jour est Achoura et chaque terre est Karbala. » Vous pouvez trouver une explication de cette phrase ici. Elle exprime fondamentalement le consentement à mourir pour la vérité en tout temps et en tout lieu. Des millions d’Iraniens, même ceux qui ne sont pas nécessairement très pieux, ont été élevés dans cette détermination à combattre et à résister, à tout prix. Et maintenant pensez à Donald Trump ou au Général « Mad Dog » Mattis et essayez d’imaginer combien leurs menaces paraissent creuses et grotesques à leurs homologues iraniens.

Devrais-je écrire une analyse des options chinoises pour répondre à une attaque américaine ? Bah – disons seulement que si les États-Unis n’ont pas ce qu’il faut pour vaincre l’Iran, une attaque sur la Chine serait tout simplement suicidaire.

The Saker

Article original paru sur The Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

 

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